‹ Choléra-morbusChapitre 5 sur 50 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

COUP d'oeil historique sur l'invasion du choléra en

EUROPE ET SUR LES ÉPIDÉMIES DE 1832, 1849, 1853, A PARIS, DE 1848 ET 1853 EN ANGLETERRE.

Le choléra, dont le berceau est dans l'Inde, près des bouches marécageuses du Gange, y renfermait depuis des siècles son existence et ses ravages.

Tout à coup il franchit les limites qu'il semblait s'être imposées jusqu'alors, et en 1817 il se montre à Jessore, à Malacca, à Java, où sur k millions d'habitants, il en fait périr 400,000 ; à Bénarès, à Bornéo, au Bengale, depuis Calcutta jusqu'à Bombay (1818). De là il passe aux îles Moluques, aux îles de France et de Bourbon (1819); dans l'empire des Birmans et dans la Chine , où il s'étend depuis Canton jusqu'à Pékin (1820).

Bientôt s' avançant vers Touest et le nord , il vient

Il DU CHOLÉRA-MOIîBUS.

en Perse ('18'21), et de là dans T Arabie, à Bassora, à Bagdad. Deux ans après, en 1823, il paraît au pied du Caucase, sur les bords de la mer Caspienne et dans la Sibérie (1826), vers les régions polaires; il pénètre dans le cœur de la Russie, où de nombreuses victimes signalent sa présence à Pétersbourg et à Moscou (1830). .

J.'année suivante , il envahit successivement : en Afrique, l'Egypte; en Europe, la Pologne, la Gallicie, l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, la Prusse (1831); et continuant toujours ses effrayants progrès , il traverse la mer, se montre en Angleterre, d'où, franchissant le détroit , il passe en France , éclate à Calais et bientôt à Paris, après avoir parcouru, dans ce voyage de géant, plus de 3 millions de lieues carrées, et couvert cet espace immense de deuil et de sépultures. (Rapport sur le choléra,)

§ I. — Epidémie de 1832 à Paris.

C'est le 6 janvier 1832 que le premier malade cholérique fut signalé à Paris; le 13 février, un autre malade mourut du choléra, et enfin le 26 mars, 1 personnes furent attaquées tout à coup et succombèrent en peu d'heures. Le 27 mars au soir, arrivèrent à l'Hôtel -Dieu 6 cholériques atteints au plus haut degré; le 28, on en comptait 22; le 31 mars, 300, et sur les quarante-huit quartiers de Paris la maladie en avait déjà envahi trente-cinq.

La plupart des malades que nous vîmes dans les premiers jours à l'Hôtel-Dieu offraient dans les symptômes un très haut degré d'intensité : faciès cadavé-

IIISTOII^E DES ÉPIDÉMIES. 5

rique, teinte violette ou livide de la face et des mains, altération profonde des traits et de la voix, yeux caves et secs; taches violettes sur les cuisses, les bras, le corps; refroidissement glacial des membres, du nez, de la face, de la langue; haleine froide, soif vive, inextinguible; sensation de chaleur brûlante à l'épigastre; pouls radial , chez la plupart imperceptible ; cœur battant mollement, mais avec fréquence; sentiment d'oppression, respiration rare, rétraction et plus rarement distension ou empâtement des parois abdominales ; suppression des urines, crampes, vomissements et déjections blanchâtres. Certes , l'observateur le plus inattentif eût au premier aspect reconnu la maladie ; aussi nul doute sur son caractère , nulle hésitation.

Déjà cependant , et dès les premiers jours , à côté de ces malades si gravement affectés, arrivaient quelques cas douteux ou peu prononcés, qui annonçaient eux-mêmes un développement épidémique.

A cette époque la température était froide, un vent du nord soufflait avec force ; pendant trois jours cet état atmosphérique se soutint, et pendant trois jours l'aspect des malades fut le même à leur arrivée.

Le quatrième jour, la température s'éleva, le thermomètre marqua de 15 à 18 degrés ; presque aussitôt l'aspect des malades changea aussi : ils arrivaient moins froids, moins violets, moins plombés ; des vomissements et des déjections très liquides, mais verdâtres, remplacèrent les déjections et les vomissements blanchâtres. La mortalité ne fat pas moindre. Quelques uns de ceux dont le traitement semblait avoir amélioré Tétat furent pris de délire, de soubresauts

dans les tendons, de coma ; la langue molle, humide, blanchâtre, devint visqueuse ou sèche, à demi fuligineuse; les lèvres s'encroûtèrent; les yeux, secs d'abord, devinrent chassieux ; l'état adynamique, en un mot, fut manifeste. Les salles Sainte-Martine et Sainte-Monique de l'Hôtel-Dieu, encombrées depuis plusieurs jours, perdaient' de leur salubrité, et si la température s'était plus longtemps soutenue, si l'encombrem.ent n'avait momentanément cessé par la distribution des malades dans d'autres salles, la tendance typhoïde eût fait des progrès.

Mais alors, le vent du nord revint, le thermomètre baissa, et pendant quelques jours encore les premiers symptômes reparurent. Effrayés de la violence des accidents , du froid glacial de la peau , de la langue , les médecins portèrent leurs efforts à déterminer une réaction : alfusions froides , excitants énergiques à l'intérieur et à l'extérieur, boissons chaudes en abondance, etc., tout fut prodigué. Le temps pressait, les malades succombaient en quelques heures; il fallait à tout prix les relever de cet état de prostration extrême, les arracher au danger d'une asphyxie imminente. Ces moyens échouèrent dans la plupart des cas : les malades périssaient sans se réchauffer; ou bien leur peau, devenue tiède par le frottement, s'humectait d'une sueur froide et visqueuse, présage aussi certain de la mort , mais qui en imposa d'abord , et s'accompagnant d'une amélioration passagère, fit concevoir des espérances trompeuses. La plupart des malheureux qui échappèrent à ce premier danger succombèrent un peu plus tard à celui que nous allons signaler.

Par cela même, en effet, qu'aucune émission sanguine

n'était pratiquée et même praticable, par cela même qu\me nécessité impérieuse avait réclamé l'emploi d'excitants d'une énergie extrême, la réaction se fit avec une violence telle que beaucoup de malades succombèrent en un ou deux jours, en quelques heures, à des congestions le plus souvent cérébrales ;- d'autres survécurent un peu plus longtemps, grâce aux saignées locales ou générales qu'on put pratiquer ; mais, chez ceux-là même, un état fort grave d'accablement, de prostration , succéda aux émissions sanguines ; l'ébranlement primitif avait épuisé leurs forces , ils s'éteignirent dans une agonie souvent paisible.

Depuis lors de nouvelles variations atmosphériques eurent lieu, et l'aspect et la marche de la maladie suivirent ces changements plus ou moins brusques, plus ou moins prolongés. Cependant, le grippé des traits, les ecchymoses des membres, la lividité de la face, l'excavation des yeux, ne se présentaient que sur un plus petit nombre de malades ; et si beaucoup offraient encore l'absence du pouls radial, on n'observait que chez quelques uns le froid glacial de la langue et de l'haleine.

Les premiers ravages du choléra ont porté sur la classe la plus malheureuse et dans les quartiers les plus malsains et les moins aérés. C'est en partie à cette cause qu'il faut attribuer l'effrayante mortalité des premiers temps de l'épidémie, le peu de succès des médications. Plus tard, la frayeur diminua l'incurie, les victimes n'étaient plus des malheureux sans pain, sans vêtements, exposés pendant un hiver entier aux rigueurs de la saison : cette première proie était dévorée ; la plupart des malades reçus dans les hôpitaux

ctaieiii des ouvriers aisés saisis au milieu de leur travail et moins exténués par des privations de tout genre; l'éveil était donné sur les symptômes précurseurs, le mal combattu à son origine, les résultats plus satisfaisants. A l'anarchie funeste, suite inévitable des premiers moments de confusion et d'effroi, succéda un cours plus régulier, et dans les moyens de secours, et dans les prescriptions thérapeutiques.

Jusqu'au 24 avril, les succès et les revers se balancèrent dans tous les services; les revers l'ont partout emporté.

Quant aux succès partiels que prétendaient avoir obtenus certains chefs de service, nous ferons observer que si la mortalité relative avait été, par exemple, moins grande au Val-de-Grâce , c'est que cet hôpital n'avait reçu que peu de malades dans les premiers jours, que la plupart de ceux qui y étaient arrivés étaient, ou moins gravement affectés, ou traités dès le principe, les chirurgiens de régiment les dirigeant à la moindre indisposition sur les hôpitaux (1).

Le Gros-Caillou fut plus malheureux. Sans prétendre expliquer la cause de la gravité de la maladie en ce lieu, nous ferons observer que cet hôpital est situé près des bords de la Seine ; que beaucoup de salles sont peu aérées, et par conséquent peu salubres ; et qu'enfin quelque circonstance particulière a dû s'y présenter, puisque plus de la moitié des malades devinrent cholériques dans la maison où ils étaient reçus

(I) Ceci était important à noter à cause des prétentions de la médecine physiologique, dont l'illustre auteur, Broussais, était encore en vie.

pour d'autres affections depuis un temps plus ou moins long.

L*HôteI-Dieu , la Pitié et la Charité sont les trois hôpitaux civils qui reçurent le plus de malades, et dans lesquels, par conséquent, la mortalité a été la plus forte.

Gela tient sans doute à leur position centrale; c'est là qu'ont été transportées les premières masses de malades. En etret, les rues les plus affectées étaient situées vers l'hôtel de ville ou sur la rive gauche de la Seine, aux environs de l'Hôtel-Dieu et de la Pitié. Or, toutes ces rues sont habitées par des ouvriers que l'on entasse dans des chambres basses, sans air^ où règne une odeur repoussante; elles sont remplies de ces hôtels garnis où on loge à la nuit , réceptacles impurs des vices et de la misère. Que faire contre de pareilles causes de mort? comment rendre à la santé des organes depuis longtemps affaiblis, altérés, et sans force de réaction contre un poison dont la violence tue alors même qu'il agit sur des organes sains? Si l'on joint à cela les émotions diverses qu'a éprouvées le peuple, ces bruits d'empoisonnement qui ont si malheureusement excité ses passions, ce découragement total, cet abattement morne et profond, cette terreur qui a succédé et qui se lisait sur tous les visages, on comprendra qu'à moins d'un pouvoir surnaturel la médecine devait rester impuissante. Quant à l'encombrement dans les hôpitaux, et surtout à l'Hôtel-Dieu, nous pensons qu'il a eu fort peu d'influence sur la maladie ; il n'aurait agi d'une manière funeste que si la chaleur y avait fait développer le typhus qui menaçait de s'y introduire. Sous ce rapport, nous ne saurions trop louer l'em-

pressement qu'a mis Tautonté à ouvrir de nouvelles maisons sur tous les points, à transporter à domicile tous les moyens de secours que réclamait l'état des malades.

§ II. — Epidémie de Paris en 1849.

Nous n'insisterons pas plus pour cette épidémie que pour celle de 1832, sur la source d'où elle a pu nous arriver. Partie, à ce qu'il paraît, comme la première, de l'Inde, elle a en plusieurs années, de 1845 à 1849, passé en Perse, en Piussie; de là, à travers la Pologne, la Prusse, la Hongrie, la Gallicie, la Hollande, elle a gagné l'Angleterre et l'Amérique. En 1832, c'est à travers le cordon sanitaire établi à Calais qu'elle s'est précipitée sur Paris, sans toucher aux points intermédiaires ; en 1849, elle ravage d'abord Lille, Calais, Dunkerque, Fécamp, Yport, puis Arras, Douai, Valenciennes, et enfin éclate à Piouen le 27 février.

A peine apprend-on que quelques cas se sont déclarés à Saint-Denis, à la suite, dit-on, d'un régiment venu du Nord, que la ipvésence officielle en est reconnue à Paris le 17 mars.

C'est à l'Hôtel-Dieu et à l'hôpital de la Charité que se montrent les deux premiers cas. En 1832 , quinze jours ont suffi pour que l'épidémie parvînt à son summum d'intensité; en 1849, ce n'est que trois mois après, c'est-à-dire en mai, qu'une augmentation considérable est signalée. Ainsi les décès à domicile , par exemple, qui en mars 1849 étaient de 130, en avril de 649, se sont élevés en mai à 2,436, et en juin à e5,769, tandis qu'en 1832 les décès en mars étaient

HISTOmE DES ÉPIDÉMIES. 11

de iO, et en avril de 7,402. La décroissance, qui était en juillet 1849 de 419 décès, n'a pas persisté en août, où le chiiTre de la mortalité a été de 810, pour diminuer faiblement en septembre et s'éteindre à peu près, mais non entièrement, en octobre, où le chiffre descend à 32 ; tandis qu'en 1832, dès le mois de mai, la mortalité, de 7,/j62, descend à 440, pour atteindre un chiffre élevé de 1,820 en juillet, décroître ensuite des deux tiers en août et s'éteindre en octobre.

Ainsi, l'épidémie de 1849 a mis bien plus de temps à s'accroître et à diminuer que celle de 1832. Mieux soutenue dans sa marche, elle s'est prolongée même par quelques cas isolés jusqu'au mois de décembre et avec une gravité à peu près égale.

Quant à la mortalité générale et comparée de ces deux épidémies, voici les chiffres que nous trouvons dans le rapport officiel.

Dès le 14 avril 1832, c'est-à-dire dix-huit jours après l'invasion, le nombre des malades était déjà de 12 à 13,000 et le chiffre des morts de 7,000.

La mortalité cholérique de l'année 1832 a été de 18,402. La mortalité générale annuelle de dix années de cette époque étant en moyenne à Paris de 25,300, et celle de 1832 s'étant élevée en totalité à 44,119, il s'ensuit que si l'on défalque de cette somme les 18,402 décès par le choléra, on obtient encore un chiffre de 25,717, supérieur au chiffre moyen. Ainsi la mortalité ordinaire, loin de diminuer, a été plus considérable pendant le choléra.

• Quant à la mortalité relative, en 1832, énorme dans les premiers jours, puisque dans les 22 premiers malades il y eut 18 morts j à partir du 20 avril , elle

12 1)1 <:iiOLi;i;A->{Oia{L's.

fut réduite à la moitié ; au commencement de mai, au

tiers, et plus tard elle fut moindre encore.

Les 7% S", 9% 10% 11' et J^'' arrondissements ont fourni d'abord plus des 2/3 des décès; dans la recrudescence, le 6" arrondissement a remplacé le 9". — Relativement au sexe, on a compté 9,170 hommes et 9,232 femmes; les décès se sont répartis, du reste, de la manière suivante :

Hommes. Femmes. Totaux.

Décès à domicile. 5,123 6,045 11,168

— aux hôpitaux civils 2,852 2,552 5,404

— aux hospices civils 91 430 521

— aux hôpit. et hospices milit. 830 7 837

— aux prisons 9 10 19

— aux domiciles inconnus. . . 265 188 453

A ces chiffres, on devrait ajouter les décès signalés par le choléra en octobre, novembre et décembre 1832, dont la totalité est de 200, savoir : 62 en octobre, 33 en novembre, et 105 en décembre; on arriverait alors au chiffre total de 18,602 décès pour l'année

Dans les années suivantes, un certain nombre de décès par le choléra ont encore été signalés. Ainsi , dans l'année 1833, 515; en 1834, 25 ; en 1835, U, et en 1836, 7.

Dès lors, toute influence épidémique parut définitivement éteinte, et il n'a été publié aucun relevé officiel jusqu'en 1849.

Cette année (2'' épidémie), la mortalité a été :

A domicile de 10,950 (1)

Dans les établissements civils . .[il^^f.^g' ^'333) 6,905

Dans les établissements militaires! . ^P' ^y*^' ' * | 1,329 Ce qui donne un total de 19,184

Il s'ensuit que l'épidémie de 1849, moins soudaine, moins violente, a été en définitive plus meurtrière que celle de 1832, du moins si on la considère d'une manière absolue ; car de 1832 à I8/49, c'est-à-dire dans l'espace de dix-sept années, la population de Paris s'est accrue de 250,000 âmes (voy. le Rapport de M. Blondel ) ; il s'ensuit que relativement au chiffre de la population, la mortalité adonné 24 pour 100 de moins en 1849.

Un fait remarquable y a été en outre signalé, c'est l'invasion d'un hospice considérable, la Salpêtrière, qui, dans la première épidémie, avait paru jouir d'une espèce d'imiiaunité, ou qui du moins n'avait été atteint que dans des proportions bien inférieures.

Cet hospice, dont la population ordinaire s'élève aux environs de 5,000 personnes, n'avait offert en 1832 que 546 malades, et sur ce nombre 328 décès.

En 18/i9, on y a compté 1,859 malades, dont 1 ,811 femmes et 48 hommes ; le chiffre des décès s'est élevé à 1,409, dont 28 hommes et 1,374 femmes.

(1 ) Y compris 1 1 6 décès dans les prisons.

Ces chiffres se répartissent de la manière suivante :

Indigentes 1,189 cas. 952 décès.

Aliénées 468 — 345 —

La première phase de l'épidémie de 1819 (avril) a, sur une population moyenne de 4,252 individus, atteint /i-56 personnes et enlevé /|22 malades. La deuxième phase (juin), sur une population réduite par les sorties et les congés à 3,710, a atteint 542 personnes et enlevé 420 malades. C'était une proportion, pour la première, de 1 malade sur 7,78 habitants; i décès sur 10,07; pour la deuxième, 1 malade sur 6,84 habitants, et 1 décès sur 8,83. Aux deux époques les morts ont été aux malades dans la proportion de 77 à 100.

Ainsi :

Pour les employés, il y a eu 1 malade sur 3 personnes.

Pour les indigentes 4 — 3 —

Pour les aliénées i __ 4 —

La mortalité a été de 15 pour 100 du total général des malades. En résumé, 1/3 et 1/4 des habitants, suivant les classes, ont été atteints; en moyenne, les 3/4 des malades ont succombé ; mais les employés n'ont perdu que moitié, les indigentes les 4/5^% les aliénées les 3/4.

Dans cet hospice, comme partout, la mortalité a été en outre plus grande chez les enfants au-dessous de quinze ans et chez les personnes âgées.

§ III. — Epidémie de 1848) en Angleterre.

Dans la première semaine d'octobre 1848, des cas

de choléra furent enregistrés à Londres et à Sunderland. Pour toute l'Angleterre, il y eut 1,105 morts par le choléra dans les trois derniers mois de l'année. L'épidémie, à partir de ce moment, suivit une marche décroissante, et en avril 1849 les morts ne s'élevaient qu'à 107; pendant le mois de mai, à 327. Alors commença la grande invasion du mal : En juin il mourut 2,0i6 personnes; en juillet, 7,570; en août, 15,872 ; en septembre, 20,379 ; en octobre, 4,654 ; en novembre, 844; en décembre, 163. La trente sixième et la trente-septième semaine de l'année 1849 furent les plus fatales; il périt dans ces deux semaines 12,592 personnes du choléra. Le 6 septembre fut le jour le plus fatal : il y eut ce jour-là 1,121 morts- par le choléra. La mortalité totale causée par celte maladie, en 1849, fut 53,293, dont 12,152 au-dessous de dix ans. Rapport de la mortalité à la population : 3 sur 1,000.

Par suite de diarrhées graves il y eut 18,887 morts, principalement observées chez des enfants. Proportion relative à la population : 11 sur 10,000.

Danger de mort plus grand aux âges avancés :

4 3 sur 10,000 à douze ans.

64 sur 10,000 à soixanie-dix ans.

La durée de l'attaque de choléra fut en moyenne : de cinquante heures dans 39,468 cas, de moins de vingt-quatre heures dans 20,684 cas.

Dans quatre-vingt-cinq de six cent vingt-trois districts de l'Angleterre , on n'enregistra pas de cas de mort par le choléra.

Les centres des attaques de la grande épidémie

16 DU CIIOLÉflA-MORBUS.

turent Londres , Portsmouth , Plymouth , Bristol , Merthyr-Tydfil, Wolveiiiampton , J.iverpool, Hul! et TynemouUi.

Moyennes de la mortalité :

Sur 10,000 hiib. Sur 10,000 hah.

Hull 241 Tynemoulh 4 29

Merthyr-Tydfil .... 234 Gravesend M 9

Sloke Damezel .... 493 Nevvcastle underLynne. 417

Salisbury 185 Hunslel . , 102

Nealh. .' 109 ^ /Rolherltilhe 205

Liverpool 167 g! Sainl-Olave 181

Plymouth 167 o I Saint- George Soulhark . 164

Sculcoates 152 a ) Bermondsey 161

East Slone-House. . . 1 '>8 S j S'-Saviour." 153

Leeds 145 § s NeNvinglon 144

S^'Germans 143 S f Lambelh 120

Wolverhamplon. ... 137 g \ Wandsworlh 100

La mortalité fut en moyenne de 50 sur '10,000 sur les côtes, de 17 sur 10,000 à l'intérieur. Elle fut de 125 sur 10,000 dans les districts renfermant les grands ports, de 47 sur 10,000 dans les districts renfermant les ports de second ordre, de 15 sur 10,000 dans les autres districts côtiers.

Des habitants de localités basses , situées sur les bords de la mer ou de rivières, 85 sur 10,000 périrent par le choléra. A Londres, la perte fut de 62 ; dans les villes de l'intérieur, 38; dans les petites villes et la campagne, autour des sources de rivières, 12 seulement sur 10,000. Des villes de l'intérieur, la mortalité fut la plus grande à Wolverhampton, Merthyr-Tydfil, Manchester et Leeds ; dans les trente-cinq autres villes importantes de l'intérieur, la mortalité ne fut que de 11 sur j 0,000. A Londres, la distribution des eaux influença considérablement la mortalité. La densité de la population et la pauvreté des habitants eurent

De 20 à 40 pieds. .

aussi leur part d'influence ; mais les résultats de l'élévation des localités furent les plus frappants de tous: ainsi, en moyenne, la mortalité cholérique fut dans les divers quartiers de Londres, à une élévation de moins de 20 pieds au-dessus du niveau de la marée haute à l'échelle de Trinity-House :

Sur 10,000.

De 80 à 100 pieds. . 22

100 pieds 17

§ IV. — Epidémie de 1853, en Angleterre,

L'épidémie de 1853, comme celles qui l'ont précédée, s'est d'abord montrée dans les ports de mer. Les premiers cas bien caractérisés furent enregistrés au mois d'août, et l'on peut dater le commencement de l'épidémie du 20 août ; jusqu'au i^' octobre, les morts enregistrés (comprenant quelques décès dus au choléra sporadique) se sont élevés à 133. La dernière épidémie débuta au l^"" octobre 1848, celle de 1831- 1832 commença aussi au mois d'octobre 1831 ; cette année , l'épidémie a débuté plus tôt , mais en masse elle n'a pas causé à Londres plus de décès que dans le même nombre de semaines en 18/|8.

A Newcastle-sur-la-Tyne , sur une population de 89,156 habitants (en 1S51), la mortalité cholérique a éievé le chiffre de la mortalité générale en trois mois, de 638 h 2,085; et à Gateshsad, de 374 à 771. A peine introd'jit dans cette région, le poison épidémique y fit explosion et fit périr environ 2,000 personnes. Dans aucune des attaques antérieures, on n'avait ob-

18 DU CHOLtflA-MORBUS.

serve une action destruclive aussi subite. L'épidémie actuelle, qui suit de si près celle de 1849, serait-elle d'une nature diiïérente et plus fatale? Ou des circonstances locales, indépendantes de la nature du mal , doivent-elles être invoquées pour expliquer la marche si prompte et si destructive de la maladie à Newcastle? Une enquête minutieuse peut seule fournir la réponse à cette importante question; mais déjà nous pouvons affirmer que la nature de la maladie n'est pas plus maligne que celle des précédentes épidémies , et que les événements de Newcastle confirment d'une formidable façon la loi hygiénique qui interdit l'usage des eaux impures.

Ainsi, en réponse aux interrogations du Registrar gênerai, les surintendants des bureaux de l'état civil à Newcastle et à Gateshead , ont prouvé que la ville qui, jusqu'au 5 juillet dernier, recevait une eau pure, a é(é depuis cette époque alimentée par les eaux impures de la Tyne, puisées dans le voisinage des égouts de la ville (1).

La même cause produisit les mêmes effets à Hull en 18/i9, et la ville d'Exeter fournit un exemple renversé du même fait. Cette ville, en 1832, recevait une eau fort impure, elle fut décimée par le choléra.

(1 ) Analyse de l'eau de la Tyne (D. R. D. Thomson) : — Matière animale chargée de vibrions vivants, en suspension,- 0,28 centigrammes par 4 lilres 1/2 (Gallon). Sur ces 28 centigrammes,

3 centigrammes 1/2 étaient de la matière animale distinctible, et le reste, 2i centigrammes 1/2, se composait de débris siliceux de carapacesd'infusoires. Eu dissolution dansl'eau, il se trouva en outre

4 5 cenligramm.es de matière organique. Cette eau renfermait encore, pour 4 litres i/2 , 7 centigrammes de carbonate de chaux, 46 centigrammes de chlorhydrate et de sulfate de soude, et du sulfate de magnésie. On la disait filtrée.

L'eau ayant été depuis cette époque obtenue d'une source saine, la ville échappa aux ravages de l'épidémie de 18/i8-l849.

§ V. — Épidémie de 1853, à Paris.

Quant à l'épidémie actuelle, si Ton veut bien nous permettre de lui donner ce nom, on conçoit qu'il nous est impossible d'en présenter l'histoire. Il ne nous est pas plus donné qu'à tout autre de prévoir jusqu'où elle s'étendra, à quel degré elle portera ses ravages, si elle est destinée à s'éteindre après quelques éclats isolés^ comme elle a fait au Havre où, d'après le témoignage de notre honorable confrère, M. le docteur Maire^ ses ravages se sont bornés du 15 septembre au 15 novembre (deux mois) à 57 cas sur lesquels 21 décès ont eu lieu, et où elle paraît être définitivement arrêtée. Voici d'ailleurs à ce sujet ce que dit la Gazette des Hôpitaux du 19 novembre dans un article sur l'état sanitaire de Paris : « Depuis huit à dix jours il a été reçu dans les hôpitaux de Paris plusieurs cas de choléra asiatique et quelques uns se sont développés chez des malades en traitement ou en convalescence d'autres maladies. Mais si cette coïncidence d'un certain nombre d'affections cholériques venues du dehors ou développées simultanément à l'hôpital semble indiquer une influence épidémique ou, pour parler le langage scholastique, une constitution cholérique, nous devons nous hâter d'ajouter qu'à en juger par le très petit nombre de cas qui se trouvent comme disséminés çà et là dans quelques hôpitaux, et dont la proportion ' n'a pas sensiblement augmenté dans ces derniers jours:

20 DU CH(3LÉRA-M0RBUS.

à en juger surtout par le caractère même et la bénignité relative du plus grand nombre de ceux que nous avons observés, cette influence est certainement très affaiblie. Si c'est là le début d'une épidémie , elle est loin de s'annoncer avec les caractères de gravité des épidémies précédentes.

» En effet, à l'IIôtel-Dieu, où le chiffre est le plus considérable, il s'élève au plus h 10 ou 12 pour toute la semaine, sur lesquels o décès, dont 2 ont eu lieu avanthier et 1 hier. Parmi les 7 à 8 malades qui se trouvent en ce momentdansla salle Sainte-Jeanne, nous n'avons trouvé chez aucun d'eux les caractères si accusés par lesquels s'annonçait l'épidémie de 1849, et surtout celle de 1832. Les déjections alvines et les vomissements ont bien la fréquence et le caractère spécial des évacuations cholériques; l'absence des urines, l'extinction de la voix, le refroidissement cutané, les yeux caves et la teinte cyanosée de la peau sont bien autant de signes qui ne laissent aucun doute sur la nature de l'affection; mais nous n'avons trouvé chez aucun de ces malades ces signes élevés à ce haut degré d'intensité qui annonce une fin prochaine et inévitable. La température de la peau est abaissée, mais elle n'est pas froide, algide ; la langue conserve sa température normale ; la circulation est considérablement ralentie , mais non complètement enrayée. Nous avons pu constater chez presque tous des pulsations très faibles, mais enfin perceptibles à l'artère radiale. La teinte de la peau est légèrement cyanosée, mais elle n'offre point cet aspect bleuâtre si caractéristique, et l'on ne voit point cette altération profonde des traits et cette fonte rapide des tissus qui rend les sujets mécon •

iiaissables en quelques heures. Enfin quelques caractères manquent tout à fait, et entre autres le plus doidoureiioo et le plus jjénible de tous, les crampes. Les malades accusent une anxiété précordiale, un malaise extrême, des douleurs vagues dans tous les membres, mais aucun de ceux que nous avons vus n'a accusé de crampes. La même observation paraît avoir été faite jusqu'à présent chez tous. Il y a chez presque tous les malades une tendance beaucoup plus facile à la réaction.

» Telle est à peu près la physionomie générale que nous ont présentée les malades qu'il nous a été possible d'examiner jusqu'ici. Si nous joignons à ce tableau du choléra indien affaibli les circonstances au milieu desquelles la maladie s'est déclarée chez la plupart de ces sujets, les uns convalescents d'affections graves, de fièvre typhoïde, et déjà affaiblis par une longue maladie, les autres récemment arrivés à Paris et se trouvant par ce fait encore sous l'influence des épreuves d'acclimatement et par conséquent plus exposés à subir l'action des causes pathogéniques générales, on comprendra toutes les réserves que nous faisons sur les conséquences à déduire de ces premiers faits, et combien il y a de motifs pour tempérer nos appréhensions. »

Les autres journaux de médecine, et entre autres la Gazette médicale, V Union médicale, la Gazette hebdomadaire, la Presse médicale, ont tenu à peu près le même langage, ou du moins ont approuvé en quelques mots ces aperçus en donnant un chiffre à peu près égal de malades et de décès.

Cette opinion s'est trouvée encore confirmée les

jours suivants par la Gazette des llôpUaux, qui a suivi les phases de celle épidémie débutante avec le plus grand soin et à laquelle nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter un nouvel article publié le mardi 22 novembre :

« Les nouveaux cas de choléra que nous avons eu roccasion d'observer depuis deux jours dans les hôpitaux, tout en continuant à témoigner d'une influence épidémique dont on ne saurait plus méconnaître l'existence, tendent à nous faire persister, jusqu'à nouvel ordre du moins, dans l'opinion que nous avons émise dans notre précédent article sur l'atténuation de la cause épidémique. D'une part, il n'y a point progression sensiblement croissante dans le nombre des invasions. 7 ou 8 cas nouveaux àTHôtel-Dieu, 5 ou 6 à la Charité, 1 ou 2 à Beaujon, à Necker, à la Maison de santé, tel est à peu près le contingent fourni aux hôpitaux par l'épidémie dans un intervalle de deux jours. Les admissions venues du dehors et les invasions déclarées dans les salles se balancent dans des proportions à peu près égales, circonstance dont nous ne voulons pour le moment déduire aucune conséquence nécessairement prématurée, mais que nous notons comme pouvant ultérieurement avoir sa valeur. Quant à l'intensité des cas, nous devons dire que cette fois nous en avons vu d'une gravité excessive et auxquels aucun trait ne manquait pour compléter le triste tableau du choléra : évacuations caractéristiques d'une abondance et d'une fréquence excessives, crampes extrêmement douloureuses dans tous les membres, extinction complète de la voix, yeux caves et cernés d'un noir livide, prostration et anxiété extrêmes, absence

complète des urines, peau glacée et visqueuse, perte de la contractilité cutanée, tel était l'état d'un homme d'une cinquantaine d'années au moment où on l'a apporté samedi matin, 19 novembre, à dix heures, à la Charité. C'était un des cas de choléra asiatique type. M. Cruveilhier, qui était encore dans les salles au moment où ce malheureux y est entré, a résumé en deux mots devant les élèves qui l'entouraient l'état du malade. Empruntant un terme de comparaison à l'échelle animale ipeau froide et couverte d'un enduit visqueux comme chez les animaux à sang froid, a-t-ii dit, voilà l'état de cet homme.

» INous étions convaincu en quittant ce malade que nous ne le verrions plus; nous avons appris, en effet, qu'il a succombé dans la soirée. D'après les quelques renseignements qu'il nous a été possible de recueillir sur son compte, nous avons appris que cet homme, récemment arrivé de l'Auvergne pour chercher de l'ouvrage à Paris^ avait éprouvé du chagrin par suite de sa séparation forcée de sa famille et de l'incertitude où il était sur son sort et sur son avenir. Depuis quelques jours qu'il était à Paris, il travaillait aux terrassements que l'on fait en ce moment sur les bords de la Seine au-dessous du jardin des Tuileries, où il était le plus souvent les pieds dans l'eau. Enfm, il était depuis trois jours en proie à la diarrhée au moment où se sont déclarés les premiers symptômes du choléra.

» La veille au soir, une femme était morte dans le même service (de M. Cruveilhier), salle des femmes. V-oici dans quelles circonstances. Cette femme, âgée de soixante-sept ans, avait une diarrhée chronique, pour laquelle elle était soignée depuis trois mois à

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l'hôpital. Dès qu'il avait eu connaissance des premiers cas de choléra déclarés dans la maison , M. Cruveilhier avait conseillé à cette femme de quitter Thôpital. Celle-ci avait persisté à rester malgré ces sages avis, et c'est dès le lendemain même qu'elle a été prise des accidents cholériques qui l'ont promptement enlevée. La maladie a fait invasion le 17 à dix heures du soir, et la mort a eu lieu le lendemain à six heures de l'aprèsmidi, c'est-à-dire au bout de vingt heures.

» Dans le même hôpital, un peu plus loin, dans le service de M. Rayer, ou il était mort la veille un individu atteint à un degré à peu près semblable à celui du premier malade dont nous venons de parler, nous avons vu un convalescentdanslesmeilleurescondi tiens; c'est un homme dans la force de Tâge, qui avait été pris, lundi l/i dans la matinée, de vomissements, selles et crampes-extrêmement violentes, après trois jours de diarrhée. 11 est resté dans cet état grave toute la journée du lundi et la nuit du mardi; le mardi matin la réaction a eu lieu, et la convalescence s'est établie sans accident.

» Trois malades venus du dehors ont été admis dans le service de M. Piorry. Ces trois malades, bien qu'assez gravement atteints, d'après ce qui nous en a été dit (nous n'avons pu les voir au début), sont en ce moment en voie de rétablissement. Mais un fait sur lequel M. le professeur Piorry a eu la bonté d'appeler notre attention , c'est que depuis l'entrée de ces trois malades dans son service un infirmier a été pris d'accidents cholériques tellement brusques et tellement intenses qu'il a succombé en quelques heures. Le système de ventilation, si utile d'ailleurs en toute occasion, et que

M. Piorry préconise particulièrement dans cette circonstance, n'avait pas été mis en pratique. C'est à cet oubli des mesures prescrites qu'il attribue cette invasion brusque et presque foudroyante.

» Enfin, au moment où nous écrivons ces lignes, nous venons de voir trois ou quatre malades, dont deux femmes, du service de M. Briquet, prises dans l'hôpital même, et un homme entré d'hier vers midi, qui ont présenté quelques symptômes de choléra assez accusés, mais que nous ne pourrions considérer cependant comme constituant une véritable attaque de choléra. Ainsi, l'homme couché dans les salles de M. Cruveilhier n'a même pas eu de diarrhée ; il n'a eu ni refroidissement, ni arrêt de la circulation, mais seulement des vomissements avec des douleurs dans tous les membres et une grande prostration. L'une des deux femmes a eu de la diarrhée, des vomissements et des crampes très violentes, mais sans algidité ; chez l'autre, enfin, les symptômes cholériques n'ont consisté qu'en quelques crampes très douloureuses et des vomissements répétés ; mais, malgré le peu d'intensité de ces accidents, l'état de cette femme, atteinte d'une lésion organique très avancée , est en réalité fort grave.

» Voilà pour la Charité. Revenons à l'Hôtel-Dieu.

» Nous avions fait allusion, dans notre précédent article, à quelques malades qui avaient été pris d'accidents cholériques graves étant en convalescence ou encore même en cours de fièvre typhoïde. Deux de ces . malades ont succombé ; un troisième était mourant au moment de notre visite. Deux ou trois malades qui ont éprouvé des accidents cholériques plus ou moins

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graves ces jours derniers sont maintenant en convalescence ou en voie de guérison.

» Le seul cas nouveau grave dont nous ayons eu connaissance à F Hôtel- Dieu depuis notre première revue est celui d'une femme couchée dans les salles de chirurgie (service de M. Gosselin) pour une tumeur blanche du genou. On était à l'administrer au moment de notre visite; nous n'avons pu la voir; cette femme a succombé. Trois autres femmes ont été prises également dans les salles de M. Trousseau (salle Saint- Bernard). Il en est mort une sans que nous ayons pu la voir. Les deux autres sont en convalescence. L'une d'elles est une jeune nourrice qui était à l'hôpital depuis quelque temps pour un phlegmon de l'aine; elle n'a point eu, à ce qu'elle nous a assuré, de diarrhée prodromique ; l'invasion s'est faite brusquement par des vomissements, des crampes violentes et le refroidissement de la peau. La réaction s'est assez promptement établie. Cette femme est en ce moment en pleine voie de rétablissement. Nous citerons enfin, pour mention seulement, une femme couchée dans les salles de M. Requin, et qui, phthisique au dernier degré, était depuis longtemps en proie à une diarrhée colliquative, lorsque, sous l'influence de la constitution épidémique régnante, la diarrhée a pris tout à coup le caractère cholérique. Des faits de ce genre doivent, suivant toute apparence, êti'e assez communs en ce moment. »

Ainsi, on voit que le symptôme le plus douloureux, les crampes, qui se rencontrait dans tous les cas ou à peu près en 1835 et en 1 8ù9 a manqué dans la plupart des cas que l'on a observés en premier lieu en 1853.

Mais l'espoir que l'absence de ce grave et douloureux accident avait fait concevoir ne s'est pas réalisé, et bientôt les faits subséquents l'ont montré dans toute son intensité, ainsi qu'on vient de le voir dans le passage de la Gazette des hôpitaux, dont nous reproduisons un nouvel article en date du 24 novembre ; '

« Aucune entrée nouvelle n'a eu lieu hier ni la veille à l'Hôtel-Dieu, et, d'après ce que nous avons pu savoir des autres hôpitaux, aucun cas nouveau n'y a été signalé non plus. Les malades que nous avons vus sont donc des malades atteints depuis trois ou quatre jours, et la plupart pris dans les salles mêmes. Or, voici ce que nous avons observé sur ceux qui sont en ce moment en traitement à l'Hôtel-Dieu, et ce que nous avons appris sur le petit nombre de ceux qui y ont succombé dans ces derniers jours.

w Dans le service de M, Trousseau, une seule femme est morte ; mais cette femme, au moment où elle a été prise d'accidents cholériques , avait une péritonite jugée mortelle, de sorte qu'on ne peut considérer ici le choléra que comme une complication qui a tout au plus précipité peut-être de quelques jours une fin inévitable. Quant aux deux femmes dont nous avions déjà parlé , et qui avaient présenté des symptômes cholériques d'une intensité médiocre, elles sont en voie de rétablissement.

» Dans la salle Sainte-Jeanne (services de M. Rostan et de M. Aran), nous avons vu deux cas nouveaux, l'un atteint de fièvre typhoïde et qui a été pris ces jours derniers d'accidents cholériques graves qui, hier encore, inspiraient des craintes sérieuses. Nous avons remarqué chez ce malade, comme chez quelques au-

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très, que les vomissements n'offraient point Taspect ordinaire; ils étaient d'une couleur verdâtre qui rappelle assez bien les évacuations des personnes qui ont pris du calomel, ou encore les vomissements des femmes atteintes de fièvre puerpérale.

» Le second malade est un jeune homme entré à l'Hôtel-Dieu le 20 novembre ; c'est le frère du premier malade qui a succombé dans le service de M. Rostan à un choléra algide des plus prononcés. Ces deux frères habitaient ensemble dans la rue Porte-Foin, au Marais. Un troisième cas de choléra a éclaté dans cette même maison , sur un ouvrier dont n'avons pu connaître le sort.

» Le malade dont nous parlons était, au moment où nous l'avons vu , dans un état de réaction complète. Bien que la peau eût été réchauffée et qu'elle conservât sa température normale, ce malade respirait péniblement ; sa respiration était fréquente , haute et suspirieuse, et il était dans un état de demi-stupeur et d'engourdissement intellectuel dont on le tirait momentanément en le faisant parler ou en l'excitant par divers moyens; mais il retombait immédiatement dans cette sorte d'anéantissement.

» Cette même particularité, que nous venons de signaler chez ce malade, nous l'avons observée aussi avec des variantes chez quelques unes des femmes du service de M. Grisolle, qui méritent que nous nous y arrêtions un instant.

» Quatre femmes (dans une salle de 25 lits) sont actuellement en traitement dans ce service pour des accidents cholériques plus ou moins graves. Sur ces quatre malades, une seule est venue du dehors; les

trois autres ont été prises clans l'hôpital. Celle qui est venue du dehors, et qui est couchée au n° 10, est entrée le 20 avec des crampes, la peau froide et cyanosée, des selles cholériques, des vomissements fréquents, mais des vomissements verdàtres comme ceux que nous indiquions tout à l'heure , et qui ont constamment conservé le même caractère depuis le début jusqu'à ce jour. La réaction s'est établie chez elle assez promptement, mais une réaction incomplète, si incomplète qu'aujourd'hui encore la température de la peau est très sensiblement abaissée, malgré les efforts que l'on ne cesse de faire pour la réchauffer; que le pouls est sensible , mais très petit et très faible ; les urines rétablies, mais rares. La peau est en outre très faiblement contrftctile ; elle revient sur elle-même lorsqu'on la pince, mais très lentement. L'état de cette malade inspire à M. Grisolle des craintes que nous partageons avec lui.

» Des trois autres malades, qui toutes ont été prises dans les salles, l'une, couchée au n° 17, présentait depuis quelque temps les symptômes d'une tuberculisation pulmonaire commençante ; elle a été prise d'emblée, sans diarrhée prémonitoire, de crampes, vomissements, refroidissement de la peau, et chez celle-ci, comme chez la précédente, la réaction a été aussi incomplète ; la température de la peau est au-dessous du type normal , le pouls est faible. Cette malade présente en outre cet état de stupeur analogue à celui que nous signalions tout à l'heure chez le dernier malade venu de la salle des hommes (Sainte- Jeanne). Bien qu'il n'y ait plus d'évacuations, son état ne laisse pas que d'inspirer aussi de vives inquiétudes. Les deux

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autres malades étaient depuis longtemps dans les salles pour des affections utérines. L'une d'elles, celle qui occupe le dernier lit, n'^^S, était à l'agonie au moment de la visite; elle présentait cette particularité que nous n'avions encore observée sur aucune autre, le développement d'un phlegmon à la joue gauche avec une tuméfaction considérable de la lèvre inférieure, dont le bord muqueux était recouvert d'une escarre gangreneuse. La seconde, sa voisine, couchée au n° 24, et qui est atteinte d'un phlegmon du ligament large, est encore en proie à des vomissements et à des selles cholériques ; elle est cependant dans un état moins grave que les autres.

» Pour terminer le dénombrement des malades de l'Hôtel -Dieu, nous mentionnerons deux cas développés également dans le service de i\L Grisolle (hommes) : l'un chez un sujet atteint de pneumonie double, et qui a succombé ; le second , développé chez un varioleux à la période de dessiccation des pustules , et qui est en voie de guérison.

» Nous devons ajouter que , d'après les renseignements que nous avons recueillis sur les hôpitaux qu'il ne nous a pas encore été possible de visiter, il n'a été reçu aucun cholérique du dehors pendant ces deux derniers jours. Nous nous sommes informé également de l'état sanitaire des grands centres hospitaliers, tels que Bicêtre et la Salpêtrière , et nous avons appris avec satisfaction qu'il ne s'y était déclaré jusqu'ici aucun cas de choléra, ni même de cholérine.

» Enfin, en ce qui concerne les hôpitaux militaires, nous n'avons eu connaissance jusqu'ici que d'un seul décès attribué au choléra. »

Au moment où nous écrivons ceci (2 février 185/j), répidémie a atteint un nombre de 980 malades, dont 50o sont sortis guéris. La mortalité a été de 453.

Il n'entre pas dans notre plan de décrire les phases de l'épidémie en Russie, en Suède, en Danemarck, etc. Nous n'avons pas non plus à étudier sa marche, et nous ignorons, répétons-le, si ses ravages se borneront à quelques cas au Havre, à Paris, ou s'ils s'étendront dans d'autres localités de la France et de rétranger. Nous nous contenterons de donner quelques chiffres sur le nombre des cas et des décès dans diverses capitales, et dans quelques localités importantes :

À Moscou, au 22 octobre 1853, le choléra avait atteint 6,893 individus, dont 3,013 étaient morts^ 3,821 guéris, et 59 restaient en traitement.

A Saint-Pélersbourg, depuis l'apparition, le 1'^" octobre 1852, jusqu'en octobre 1853, le choléra a atteint 13,861 individus, sur lesquels 8,190 guérisons et 5,609 décès.

A Helsingfors, jusqu'au 31 aoiàt , il y a eu 1,325 malades, 708 guérisons et 606 décès.

Dans le gouvernement de Neyland (Russie), jusqu'au 29 août, il y a eu 787 cas, 316 guérisons et 298 morts.

A Abu, jusqu'au 27 août, on a compté 1,027 malades, 512 guérisons et i62 décès. — Dans les campagnes, aux environs de cette ville, il y a eu, jusqu'à

la "même date, 226 malades, 70 guérisons et 109 décès.

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A Borga, jusqu'au 28 août, 214 malades, 109 guérisons et 91 décès.

A Travasterus,]i\isqvLa\x 20 août, 494 cas, 230 guérisons et 233 décès.

A Copenhague, 7,325 attaques et 4,082 décès. L'eau est mauvaise. Le mal a frappé 7 1/2 p. 100 de la population et en a fait périr 4 1/2 p. 100.

A Hambourg, le nombre des attaques a été de 531, dont 277 mortelles. Les cinq sixièmes des cas se sont montrés dans les quartiers bas et marécageux de la ville.

A Berlin, depuis l'apparition dans la première semaine du mois d'août 1853, le nombre des cas a été de 1,151, dont 740 suivis de mort.

A Stockholm, le nombre des cas a été de 4,078 et celui des décès de 2,424.

A Carlscrona (Suède), au 20 septembre, sur une population de 12,000 âmes, le choléra avait atteint 1 individu sur 7 et en avait enlevé 1 sur 12. Les médecins s'accordent à attribuer ce grand ravage à la très mauvaise qualité de l'eau des fontaines publiques.

k Bruxelles, où l'épidémie ne s'est pas arrêtée, depuis le 13 septembre 1853, il y a eu 12 malades et 9 morts.

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