ARTICLE
Nous croyons devoir, à l'exemple des meilleurs pathologistes, faire une distinction entre le choléra sporadique et le choléra épidémique, et nous commencerons par la description du premier:
CHOLl-riA SPOrwADïOrE. ;',3
§ I. — Choléra-morbus sporadique (flux bilieux) , cboîerrhagie (Chaussier).
Cette maladie, rare clans les climats du nord, est très fréquente dans le midi de la France et de l'Europe ; elle sévit particulièrement, comme nous l'avons dit, à la fin de l'été et au commencement de l'automne.
Copland en distinguait trois variétés : choléra bilieux, choléra flatulent,. choléra spasmodique , selon la prédominance de tels ou tels symptômes. On l'a distingué en essentiel et en symptomatique (Racle). Nous ne tiendrons compte que de cette dernière division.
A. — Choléra-morbus sporadique essentiel.
Symptômes, — Le choléra sporadique débute le plus souvent par une douleur plus ou moins violente à l'épigastre et dans une assez grande étendue de l'abdomen. Cette douleur consiste en des coliques, des tortillements, une constriction forte et donnant lieu à une anxiété très vive. L'abdomen est plus ou moins douloureux à la pression. Il survient presque aussitôt des nausées avec éructations et rapports acides, et des vomissements dont la matière consiste d'abord dans les aliments et les boissons que le malade a pris ; puis elle se compose d'un liquide plus ou moins aqueux et teint ou mélangé de bile ; ils deviennent enfin jaunes, verts, amers et entièrement bilieux ou persistent à conserver une âcreté qui brûle l'arrière-gorge.
Aux vomissements succèdent bientôt des déjections abondantes avec coliques plus ou moins violentes, gar-
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gouillements, borborygmes, et composées de matières acres, crime grande lelidiié, irritant, corrodant quelquefois l'anus. Les selles sont dans quelques cas d'une abondance telle que les malades remplissent en peu d'instants plusieurs vases; d'abord composées de matières liquides, puis d'un liquide auquel sont mêlés des aliments mal digérés , et enfin contenant une grande quantité de bile qui leur donne une couleur herbacée, verdâtre ou noirâtre. 11 y a souvent alors dureté et rétraction des parois abdominales.
Un hoquet fatigant et continu tourmente souvent les malades qui continuent à éprouver une sensation d'ardeur très vive à la gorge. La langue est sèche, rouge ; il y a une soif ardente, appétence des boissons froides dont l'ingestion provoque souvent les vomissements et accroît l'anxiété des malades. A ces symptômes se joignent fréquemment de la céphalalgie, des crampes assez vives qui agitent les malades et qui occupent surtout les mollets, les pieds et s'étendent parfois à tout le corps. Les contractions qu'elles déterminent alors dans les muscles de l'abdomen y occasionnent des bosselures dures et douloureuses.
Le pouls, d'abord à peu près normal, devient accéléré, petit, serré, misérable. La voix s'altère au point que l'on a peine à entendre les paroles prononcées par les malades ; la respiration est haute, accélérée, suspirieuso, le visage et les extrémités se refroidissent; le refroidissement s'étend parfois à tout le corps ; une sueur froide et visqueuse se joint à une grande anxiété, à une prostration complète.
Si la maladie ne cède pas aux moyens employés pour la combattre, ce qui est fort rare^ et ce que nous n'a-
vons jamais vu dans les deux cents cas environ de choléra sporadique que nous avons observés, les vomissements et les déjections alvines deviennent presque continuels et ces dernières involontaires ; les crampes augmentent d'intensité et de fréquence ; la face devient pâle, terreuse ; les yeux s'excavent et les joues se creusent profondément; la maigreur fait en quelques heures des progrès effrayants ; les syncopes, les lipothymies, la carphologie, les soubresauts des tendons se déclarent et précèdent et annoncent la m.ort.
Quand le choléra se termine heureusement, la convalescence est rapide ; cependant il persiste quelquefois pendant plusieurs jours de l'Irritation, une grande susceptibilité de l'estomac et des intestins qui cèdent à un régime doux et modéré , à l'usage de boissons acidulées.
En 1826, j'ai publié dans le Journal complémentaire des sciences médicales, page 193 et suivantes, neuf observations de choléramorbus sporadique que j'avais recueillies dans ma pratique et dans celle de mon père , k Marseille et à Paris : quelques uns de ces cas étaient assez graves pour faire craindre une issue funeste. Je crois devoir reproduire ces faits, et les réflexions dont je les ai fait suivre, pour faire juger de l'analogie des symptômes avec ceux du choléra épidémique , que les médecins français ne connaissaient pas à cette époque. Dans deux de ces cas , la maladie s'est déclarée dans la même maison, à vingt-quatre heures de distance, chez une dame et chez sa femme de chambre; dans deux autres, la cause déterminante a été évidemment des aliments de lourde digestion ; le cinquième malade est un enfant de trois ans; dans la sixième observation , c'est après l'immersion dans la mer , le sujet sortant de manger, que le choléra a éclaté; dans la septième, la maladie a été d'une gravité extrême , et a présenté presque tous les traits du choléra asiatique ; dans la huitième, le début a été marqué par une congestion cérébrale et une syncope ; dans la neuvième , enfin , il s'agit d'un jeune homme de faible constitution, qui, après une partie de chasse, par un temps pluvieux, fut atteint des symptômes cholériques. Ainsi , dans tous les cas, la cause a été bien nettement dessinée , les symptômes graves et l'issue heureuse, grâce au trai-
tement que j'avais adopté, opium et privation presque absolue de boissons.
Première observation. — Le 1" septembre 1 824 , madame D..., à Marseille, d'un tempérament bilioso-nerveux, d'une faible complexion, et souffrant habituellement de l'estomac, est prise, vers six heures du soir, d'un malaise avec bâillement et quelques coliques ; peu après, des nausées et des vomissements se manifestent; quelques aliments sont rendus; les selles ne tardent pas à devenir fréquentes, liquides et douloureuses. Les efforts de vomissement redoublent alors; le pouls est 2Jei/f et fréquent. Madame D... se met au lit. Aux symptômes que je viens d'énumérer, et auxquels se joignent des frissons, le froid des extrémités, le hoquet, des crampes dans les membres, je ne tarde pas à reconnaître un choléra-morbus. De la limonade est prescrite et prise à petites doses ; les efforts de vomissement et les selles continuent; les tranchées deviennent de plus en plus violentes; les extrémités, froides comme de la glace; le visage est pâle; les douleurs dans la région de l'estomac sont atroces; une agitation convulsive s'empare de la malade; les dents craquent, la langue conserve sa couleur naturelle; la malade se croit près d'expirer. On apporte une potion contenant une once (30 grammes) de sirop diacode que j'avais prescrite ; la malade la prend par cuillerées de cinq en cinq minutes; toute autre boisson est suspendue, les selles et les efforts de vomissement sont aussi fréquents, mais moins douloureux. Je fais entourer les extrémités de linges chauds; on continue à donner des cuillerées de la potion , les crampes diminuent, les douleurs abdominales cèdent, les extrémités se réchauffent, une réaction fébrile s'établit, tout cesse une heure environ après l'ingestion de la première cuillerée de la potion ; la malade s'endort profondément , et le lendemain matin il ne restait aucune trace de la maladie.
Deuxième observation. — Soit influence du climat et de la saison, soit action des mômes aliments de digestion difficile , la femme de chambre de madame D... subit, dans la nuit, la même série de phénomènes morbides que sa maîtresse : déjections abondantes, vomissements fréquents, porracés, crampes, coliques spasmodiques violentes, refroidissement glacial des extrémités, etc. Les mêmes moyens sont employés , les mêmes effets ont lieu ; seulement la malade, fort jeune et d'un tempérament sanguin bien tranché, éprouve et continue à éprouver, après la cessation des autres accidents, lin mal de tête déchirant; la face est fortement injectée; une épistaxis favorable survient, et la délivre bientôt de la céphalée qui îa tourmente.
Troisième observation. ■ — Mademoiselle D..., âgée de trente ans environ, petite, brune, d'un tempérament bilieux prononcé, arrivée seulement depuis quelques mois à Paris, prend, dans le mois d'août ^ 8^6, en abondance , une soupe de son pays , composée de courge
CHOLÉKA SPORADIQUE. 37
et d'un bouillon chargé de suc de tomates. La digestion est pénible, laborieuse, la nuit peu tranquille, le sommeil agité; le lendemain matin , quelques nausées, un malaise général, une douleur vive à la tête se manifestent. Je suis consulté : la saison, le tempérament de la malade, un faciès un peu extraordinaire , mon habitude d'observation dans ce genre de maladie, me font soupçonner l'approche d'un choléra-morbus. Je déclare franchement mon opinion à la malade, qui en est beaucoup effrayée; je la rassure. Cependant les nausées continuent, quelques tranchées fugaces se déclarent. Je défends tout aliment et prescris quelques cuillerées de limonade. Les accidents augmentent ; des crampes stomacales , le froid des membres surviennent; un vomissement succède; la couleur fortement prononcée de la bile ne masque cependant pas entièrement celle des aliments qui sont rendus. La vue et l'odeur m'y font reconnaître une partie de la soupe prise la veille; quelques morceaux encore entiers de courge y sont même aperçus. Les déjections alvines se répètent alors coup sur coup ; les crampes s'accroissent ; un ténesme fatigant se déclare ; la malade se tord dans son lit , mord avec force son oreiller , dit et paraît souffrir beaucoup ; des efforts violents de vomissement ont lieu , sans autres résultats que quelques gorgées de matières bilieuses ; une chaleur ardente est ressentie dans la région de l'estomac, de l'œsophage, du pharynx ; la langue est très rouge , les papilles saillantes , la soif ardente. La malade demande à boire avec les plus vives instances ; je m'y refuse ; elle parvient cependant à obtenir de son frère un verre d'eau sucrée, qui est aussitôt rejeté, et ne fait qu'augmenter les accidents, accidents qui, du reste, se sont manifestés avec une étonnante rapidité. On apporte une potion que j'avais prescrite, et qui contenait une once seulement de sirop diacode; j'en fais prendre à l'instant la moitié, le reste est administré par cuillerées de cinq en cinq minutes. Les douleurs, les vomissements, les selles se calment bientôt comme par enchantement; la chaleur reparaît aux extrémités; la malade s'endort, et s'éveille au bout de trois heures dans l'état le plus satisfaisant. Un doux bien-être a succédé au malaise le plus inquiétant, et, pour tout ressentiment de son mal, elle n'éprouve qu'un peu de tension et de gonflement dans le bas-ventro, qui, pendant quelques jours, est légèrement sensible à la pression et aux moindres secousses déterminées par la marche.
Quatrième observation. — Charles, âgé de trois ans , d'un tempérament bilioso-lymphatique , d'une constitution délicate , ayant les extrémités des os longs un peu développées , éprouvait depuis quelques jours un malaise et une inquiétude qui le rendaient morose et pleureur; il manquait d'appétit, et avait maigri d'une manière assez marquée. Le 29 août 4 826, à sept heures du matin, il prend du café au lait, et aussitôt après il pâlit et éprouve un tremblement général, avec frissons et refroidissement marqué des extré-
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mités; des vomissernenls répétés succèdent à ces premiers symptômes; une assez grande quantité de bile fortement colorée est rejelée avec d'effrayantes anxiétés; l'enfant gémit, pleure et crie de douleur ; le ventre se resserre et devient extrêmement sensible ; il n'y a pas de déjections; le pouls est petit, concentré et rapide; les membres glacés; la soif la plus intense se manifeste. L'enfant demande à boire à grands cris ; une boisson d'eau sucrée est incessamment rejelée ; le ventre ne s'ouvre pas. Une goutle de laudanum de Rousseau est administrée dans une cuillerée d'eau; quelques minutes après, deux gouttes en sont prises, puis trois; le mal se calme, mais le malaise subsiste une huitaine de jours; des nausées, mais sans vomissements, reviennent à différentes reprises; un peu de diarrhée survient, elle est favorable. Le petit malade se rétablit parfaitement, et reprend son embonpoint naturel.
Cinquième observation. — Reynaud , ouvrier corroyeur à Marseille, a l'imprudence d'aller se baigner dans la mer une ou deux heures après avoir mangé; la chaleur était grande, c'était vers la fin d'août 1 824, année fertile en choléra-morbus. Un frisson très vif le saisit instantanément; il perd connaissance; on l'emporte, et il ne revient à lui que pour se trouver en proie aux plus violentes douleurs : des tranchées atroces le tourmentent, il se tord dans son lit, ses camarades ont de la peine à l'y contenir ; des vomissements et des déjections d'une fréquence et d'une abondance effrayantes se déclarent; on le gorge de boissons, qu'il rend aussitôt avec d'horribles souffrances. J'arrive deux heures après l'invasion de la maladie : je trouve le malade entièrement froid, sans pouls, les yeux entr'ouverts et caves, la face décomposée et d'une pâleur extrême. Je le crus mort un instant, cependant le cœur battait encore; quelques mouvements convulsifs avaient lieu de temps à autre dans les membres; le pouls faisait de temps en temps sentir quelques battements à peine perceptibles; le malade ne pouvait plus avaler. Je fis entourer les membres de linges très chauds; des sinapismes brûlants furent appliqués sous la plante des pieds; le malade parut reprendre un peu de force ; il avala une ou deux gorgées de limonade très froide. Quelques instants après, une secousse se manifeste, le malade se redresse dans son lit, accuse avec des cris une douleur atroce dans la région de l'estomac; un torrent de bile est rejeté; des crampes déchirantes reparaissent dans les membres ; le malade veut s'abreuver d'eau fraîche, ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on parvient à l'empêcher de se lever. J'avais envoyé chercher une dizaine de pilules d'un demi-grain (0,02) d'opium chaque; j'ai de la peine à le déterminer à en prendre une, qui est subitement rejetée; j'en fais avaler deux dans une cuillerée d'eau; le malade y parvient après de grands efforts ; son gosier semble, dit-il, se fermer à l'approche du remède ; deux autres pilules sont prises encore au bout de cinq minutes : les douleurs dès lors diminuent
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peu à peu , le corps se réchauffe sous l'influence des linges très chauds sans cesse renouvelés; le malade ressent du penchant à dormir. Je donne encore deux pilules; il s'endort, et ne se réveille qu'après six heures d'un sommeil calme et profond. A son réveil, il ne lui reste qu'un souvenir confus de ce qui s'est passé, et un peu de sensibilité dans l'abdomen; mais la peau avait pris une couleur légèrement ictérique, qui ne sedissipa quedouzeouquinze joursaprès, sans autre traitement que des boissons rafraîchissantes et un régime doux et léger.
Sixième observation. — Mon père, médecin en chef de l'hôpital delà Charité de Marseille, fut appelé, en août 1822, auprès d'une garde-malade âgée de cinquante ans environ , d'un tempérament bilieux, maigre d'ailleurs, et d'une complexion faible. Depuis vingtquatre heures cette femme éprouvait des tranchées, quelques nausées, dudévoiement, des crampes légères dans les mollets; d'ailleurs rien d'inquiétant ne s'était montré, et la m.alade regardait son affection comme une indigestion que devaient calmer la diète et quelques boissons chaudes , lorsqu'une crise se déclare tout à coup : des vomissements surviennent, peu abondants ; les selles se pressenties crampes acquièrent plus de violence, les extrémités sont froides; de vives douleurs dans le ventre effraient la malade au point qu'elle se croit perdue, et demande à grands cris son médecin. Avant son arrivée, elle satisfait à la soif ardente qui la dévore, et les vomissements redoublent; d'elle-même elle reconnaît que la boisson est contraire à son mal, et demande des oranges, dont elle suce avec plaisir quelques tranches. Le mal paraît se calmer un instant, mais c'est pour revenir avec plus de violence, et l'effet en est si prompt qu'une heure ou deux suffisent pour mettre la malade dans un tel état que l'on dirait qu'elle va expirer dans l'agonie d'une maladie longue et cruelle; les joues sont creuses, le visage est terreux, les yeux ternes, la maigreur extrême. Mon père arrive avec moi, et quelque habitué qu'il soit à observer cette maladie dans ses accidents les plus graves, il est effrayé de l'aspect de la malade, tourmentée d'ailleurs d'un hoquet fatigant , de crampes horribles, de douleurs déchirantes dans l abdomen, et vomissant sans relâche des matières noirâtres en abondance; il y a suffusion ictérique à la peau; le pouls est presque nul, les membres glacés; la malade ne répond que d'une voix lente et presque inintelligible. Une once (30 grammes) de sirop diacode est prescrite et avalée d'un trait; deux autres onces (60 grammes), prises par cuillerées de quart d'heure en quart d heure. Les accidents se calment, mais la malade est restée plus de deux mois à se rétablir entièrement ; elle était d'une maigreur si extraordinaire, qu'il faut avoir vu des exemples pareils pour concevoir qu'une maladie de vingt-quatre heures puisse déterminer un changement aussi notable. Depuis lors, la malade, qui sent vivement, ne peut se rappeler qu'en tremblant les acci-
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dents quelle a éprouvés, et frémit au nom seul de la maladie redoulable dont elle a failli ôire la victime.
Scpticme observalion. — iNîadame M..., âgée de trenle ans environ , d'une forte constitution, ayant beaucoup d'embonpoint, et enceinte de trois mois, ressent, en septembre I 825, de vives douleurs dans le ventre, après avoir mangé avec excès de la pastèque (melon d'eau) ; il s'établit bientôt un dévoiement très abondant, et la malade rend une quantité énorme de bile presque pure et fortement colorée : deux lipothymies ont lieu, et paraissent dues à l'excès de la douleur. Le hoquet se déclare et devient bientôt très fatigant: mais la susceptibilité de l'estomac paraissait peu augmentée, lorsque quelqu'un conseille à la malade de se faire vomir , au moyen de quelques verres d'eau chaude, en l'assurant que c'est ce qui la débarrassera le plus promptementde ses tranchées. Elle se rend à ce funeste conseil; des vomissements abondants et peu bilieux en sont la suite; mais les tranchées, au lieu de passer, s'accroissent considérablement; le hoquet la suffoque, des crampes dans les membres et des frissons s'y joignent. Deux heures ont suffi peur développer cette série d'accidents fâcheux. La malade, effrayée, envoie chercher son médecin ; il est absent. Je suis appelé en seconde main , et je me hâte de prescrire quatre pilules d'un demi-grain (0,02) d'opium chacune, persuadé qu'aucune boisson ne serait gardée ; et, effrayé moi-même de la violence du mal , l'état de grossesse de la malade me donnant de vives inquiétudes, je m'attendais à l'avortement. Comment pourrait-elle résister à une crise pareille , elle que je trouvais presque sans pouls, et dans une situation aussi fâcheuse que la malade de l'observation précédente? Une pilule est avalée cependant : les accidents persistent; j'en fais prendre une seconde, une troisième de cinq en cinq minutes; à la quatrième , enfin, le mal paraît céder, la somnolence se déclare.
J'ai pour habitude d'insister sur l'emploi de l'opium jusqu'à ce qu'il se manifeste des symptômes cérébraux bien marqués, c'est-àdire une somnolence évidente, un besoin pressant de dormir. L'expérience m'a appris que, jusque-là, on ne pouvait compter sûrement sur les effets de l'opium, qui semble n'agir sur le cerveau que lorsqu'il a triomphé des accidents de la maladie. C'est aussi ce que j'ai observé quand j'ai fait prendre cette substance dans les hémorrhagies utérines ; nul assoupissement ne s'est montré avant que les symptômes locaux aient été calmés. Que l'on me pardonne cette courte digression , je me hâte de revenir à ma malade. Elle éprouva ce besoin salutaire de dormir; je suspendis aussitôt les doses d'opium, et j'ordonnai que l'on respectât son sommeil. A son réveil, les accidents avaient tout à fait disparu, sauf le hoquet, qui la tourmenta six jours entiers, résista à tous les antispasmodiques, et ne céda qu'au temps et à la nature. Du reste, aucun accident consécutif n'eut lieu; la malade, fort amaigrie et très faible, s'est
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réparée peu à peu ; l'accouchement s'est fait au terme ordinaire, et fort heureusement.
Huitième observation. — Imbert , âgé de trente-six ans, scieur de long, d'une forte constitution, d'un tempérament biHoso-san~ guin , après avoir travaillé au soleil pendant une matinée très chaude, but un verre de vin pur, et fut pris presque aussitôt d'une congestion violente à la tête; il perdit connaissance, et fut transporté chez lui. J'arrivai bientôt, et je le trouvai dans l'état suivant : face injectée au plus haut point, yeux brillants et égarés par intervalles, délire alors et loquacité ; mais bientôt les yeux se ferment ; assoupissement profond , pouls lent et presque naturel ; quelques mouvements convulsifs dans les membres, surtout abdominaux. Je veux le saigner, sa femme s'y oppose ; j'insiste vainement, elle se refuse même à une application de sangsues, et, malgré tous mes efforts, je ne puis vaincre sa résistance. Je fis appliquer de larges sinapismes à la plante des pieds et aux jambes ; j'ordonnai de la glace sur la tête:' mais les sinapismes en rendirent l'emploi inutile. Au bout d'une heure environ la tête fut libre, et il ne resta aucune trace de congestion. Alors les symptômes abdominaux se déclarèrent, un vomissement vraiment effrayant survint: le malade rendit en quelques minutes plusieurs vases de bile presque pure , et les secousses se succédèrent presque sans intermittence. Le ventre s'ouvrit aussi en proportion, les douleurs devinrent horribles : il semblait, disait le malade, qu'on lui déchirait le flanc avec des tenailles ; il se tordait, et accusait aussi des crampes très douloureuses dans les jambes et les bras : un tremblement violent et général le saisit. J'avoue que ces symptômes , qui se succédèrent en quelques minutes, m'effrayèrent; je m'attendais au retour de la congestion cérébrale, je ne savais que faire. Devais -je prescrire de l'opium? Les accidents primitifs me le rendaient suspect; cependant, après avoir essayé vainement de l'eau à la glace, je me décidai à faire un essai prudent : une once (30 grammes) de sirop diacode fut prescrite, et donnée par cuillerées ; les accidents parurent bientôt diminuer, et comme je ne vis apparaître aucun symptôme de congestion nouvelle, je m'enhardis, et fis prendre une première pilule d'un grain (5 centigrammes) d'opium; une seconde, donnée dix minutes après, suffit pour triompher du mal. Le malade s'endormit ensuite profondément, et le sommeil , ici comme dans tous les cas, indiqua la fin de la maladie.
Xeuvième observation. — M. Cartier, âgé de vingt-huit ans, petit, d'une faible complexion , ayant le visage ordinairement coloré, les organes pectoraux dans un état habituel de gêne, chasseur déterminé , revenait, dans une matinée pluvieuse du mois de septembre 1824, d'une partie de chasse. Accablé de fatigue, il se contente de prendre un bouillon, et se dispose à se coucher.
Comme il se déshabillait , un frisson violent le saisit, ses dents
U1 I)C CHOLKKA-MOUBL'S.
claquent, loul son corps tremble; il éprouve dans la région de l'estomac et vers la poitrine un sentiment de constriction très vive ; sa respiration devient entrecoupée, haletante; il lui semble qu'il va à chaque instant perdre haleine; son visage s'injecte au plus haut degré, ses yeux deviennent rouges et brillants. Ses parents, effrayés, se hâtent de bassiner son lit, et, en attendant que je sois arrivé, lui font boire une jzrande quantité d'eau de tilleul très chaude : dès lors nausées, efforts de vomissement, tranchées, selles douloureuses et peu abondantes ; les efforts se succèdent de plus en plus violents, de plus en plus infructueux; la gêne de la respiration continue, des crampes surviennent, les extrémités sont glacées, la région do l'estomac brûlante : tel est Tétat dans lequel je trouve le malade. Le pouls est fréquent, petit, déprimé ; un nouvel effort de vomissement survient, et une matière noirâtre, semblable à du sang, est expulsée avec des anxiétés inexprimables. Je fais prendre de la limonade; l'apparence des matières vomies m'effraie, je crains de prescrire de l'opium. Cependant les douleurs s'accroissent, le malade pousse des cris et me conjure de le soulager. Une sueur froide générale se manifeste, une syncope a lieu. Des sinapismes aux jambes sont appliqués ; le malade revient à lui, mais il souffre encore autant. C'était un des premiers malades que je soignais du choléra-morbus, et j'avoue que je demeurais dans une cruelle hésitation. Mais comme je voyais les forces décliner de moment en moment, les traits s'altérer profondément, et tous les symptômes redoubler d'intensité, je me décidai à prescrire une once (30 grammes) de sirop diacode dans une potion; une cuillerée en fut administrée , puis une deuxième , une troisième , et ainsi de suite. Le calme survint, l'ordre se rétablit peu à peu, un sommeil réparateur s'empara du malade, et amena une prompte et complète guérison. Je pourrais ajouter ici un grand nombre d'observations dans lesquelles l'opium, employé au début, a calmé presque instantanément les symptômes, mais ce serait me répéter inutilement. L'expérience, ainsi que je l'ai dit, m'a d'ailleurs appris que l'opium n'agit sur le cerveau que lorsqu'il a, pour ainsi dire, épuisé ses forces contre les accidents de la maladie. Je n'ai donc pas craint de forcer un peu les doses de cette substance , et je m'en suis bien trouvé. Pour ce qui est de l'eau à la glace, des sangsues à l'épigastre, etc., ces moyens sont quelquefois d'excellents auxiliaires; employés au début, ils peuvent triompher de quelques choléra-morbus légers, de ceux de Paris, par exemple; mais quelques fâcheux exemples que j'ai eus sous les yeux de l'insuccès de ces moyens m'ont prouvé qu'il faut recourir à une autre méthode plus efficace, quand la maladie est violente. L'opium en pilules ou délayé dans une petite quantité de véhicule m'a toujours réussi à calmer les douleurs, et cela une heure au plus tard après l'ingestion ; et c'est à calmer les douleurs que l'on doit le plus s'attacher.
CHOLÉRA SPOIUDIQUE. /i3
Le choléra-morbus , au reste, sans avoir à Marseille autant de gravité que dans l'Inde, y acquiert souvent une grande violence, et s'y montre quelquefois avec tant de fréquence que l'on serait presque tenté de le regarder comme épidémique. Pendant les années que je viens de passer à Marseille, j'ai eu l'occasion de traiter un grand nombre de choléra-morbus ; je n'ai éprouvé aucun revers, et j'ai cru devoir faire connaître le mode de traitement qui a si souvent réussi entre mes mains et celles de mon père, traitement qui, du reste, répond à la théorie que je m'étais formée de la maladie , et que je n'ai véritablement adopté que depuis que je lui ai vu recevoir la sanction de l'expérience.
{Journal complémentaire, 1826.)
Causes. -— Les causes se résument en peu de mots : c'est l'ingestion d'aliments indigestes, de fruits tels que melons , pastèques , figues , pris à contre-temps ou en quantité trop considérable, l'usage de la bière, et surtout le refroidissement subit par le passage de journées avec chaleur brillante à des nuits fraîches, c'est-à-dire la température de la fm de l'été et du commencement de l'autoirme.
Lésions cadavériques. — Nous dirons peu de chose des lésions cadavériques, n'ayant jamais eu l'occasion de les observer par nous-même.
On a trouvé un peu de rougeur des intestins , parfois une coloration brunâtre, d'autres fois des ulcérations, et l'on a cru, par cela même, pouvoir ainsi considérer la maladie comme une inflammation gastrointestinale. Des altérations de la rate, du foie, de l'œsophage, ont aussi été signalées, mais les cas de mort après le choléra sporadique et les faits rapportés sont trop peu nombreux pour qu'on puisse y ajouter une. bien grande confiance.
UU DU CHULÉliA-MOKBLS.
Traitement du choléra-morbus sporadiqiie essentiel.
Les observations que nous avons publiées de notre pratique (voy. p. o5) indiquent assez quelle est la naéthode de traitement que nous adoptons pour cette variété dix choléra. Ces règles ont, du reste, été tracées d'une manière complète par M. Ferrus, dans son article du Dictionnaire en 30 volumes ; nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à cet ouvrage le passage qui a rapport à cette affection.
« La plupart des praticiens, dit M. Ferrus, depuis Arétée, s'accordent à conseiller dans le début du choléra l'usage de simples délayants, les boissons aqueuses, gommeuses et abondantes. 11 importe peu qu'avec Sydenham on donne de l'eau de poulet, ou que, suivant Celse et Hoffmann, on ne prescrive que de l'eau pure ; mais la différente température de ces boissons présentera peut-être quelque intérêt. Généralement les tisanes sont prises tièdes ; cependant quelques médecins (je suis de ce nombre), et parmi eux le professeur Récamier, préfèrent les administrer tout à fait froides. Sans discuter longuement cette opinion, nous rappellerons que le froid devient, dans plusieurs cas, un sédatif très puissant, et que c'est probablement de cette manière qu'il peut agir dans la maladie qui nous occupe. Les anciens, en conseillant les boissons abondantes, en en distendant l'estomac, avaient pour but, disaient-ils, de délayer l'humeur acre et mordicante qui irritait ce viscère, et, quel que soit leur raisonnement, leur pratique était fréquemment suivie de succès. Dans ces derniers temps, Alphonse Leroi intro-
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cîuisit une méthode tout opposée, et qui, néanmoins, compte aussi, dit-on, de nombreuses réussites. Ce professeur voulait qu'on laissât le malade souffrir de la soif; alors il permettait seulement d'humecter la bouche avec quelques gorgées d'eau froide qui devaient être aussitôt rejetées. Alphonse Leroi fondait cette médication sur l'impossibilité où se trouve le ventricule de garder quoique ce soit dans lecholéra-morbus, et tout son traitement consistait à donner d'heure en heure un tiers de grain de laudanum opiatum purifié par l'éther. Cette préparation d'opium est la même que celle que l'on préconise aujourd'hui sous le nom d'extrait d'opium privé de uarcotine ou préparé par la méthode de M. Robiquet, A doses graduées, on a pu, sans accident, ou plutôt avec avantage, donner jusqu'à huit grains (40 centigrammes) de ce médicament actif dans l'espace de vingt-quatre heures.
» Nous puiserons, dans les diverses méthodes curatives des auteurs, les moyens thérapeutiques que nous croyons devoir indiquer pour le traitement du choléramorbus. Pendant les premières heures des évacuations, il convient de prescrire une boisson légère, un peu mucilagineuse : trop chargée de mucilage, elle pourrait fatiguer l'estomac ; elle sera légèrement tiède, plutôt froide que chaude ; il faut se garder d'en gorger le malade; on ne la lui fera prendre que par quart de verre ; cette quantité suffit pour calmer la soif et rendre moins douloureuses les contractions du ventricule (Celse, Sydenham, etc.). Pinel prescrivait, et nousmême avons donné avec avantage, soit de l'eau sucrée, soit une eau de groseilles très peu chargée, également à froid et à très petites doses^ mais fréquemment ré-
tkO^ DV CIIOLKRA-MORBUS.
pétées. On pourra joindre à ces boissons des applications locales, émollientes et sédatives; de simples compresses imbibées d'une décoction de guimauve et de têtes de pavot rempliront ce but : ces topiques seront également à une température modérée. Dans ce début de la maladie, on peut aussi conseiller les lavements gommeux et narcoiiques donnés au degré de la chaleur humaine. 11 n'est pas besoin de recommander la diète la plus sévère ; mais nous rappellerons que le système nerveux général réclame le plus grand calme; nous prescrirons d'abord aussi le repos absolu des forces musculaires et des organes sensoriaux. Le malade sera donc placé dans un lieu frais, autant à l'abri de la lumière et du bruit que de toute odeur pénétrante. Enfin, il importe autant qu'il ne souffre pas du froid que de ne point l'accabler par de nombreuses couvertures.
>; Ces simples secours ayant été d'abord mis en usage, on doit, si l'on a obtenu quelque amendement dans les symptômes, les continuer, ou leur en adjoindre d'une autre nature s'ils n'ont point été heureux. Dans cette seconde période du cboléra-morbus, on a surtout vanté les narcotiques ; c'est toujours le laudanum liquide ou l'extrait gommeux d'opium qu'on administre : la première préparation à la dose de quinze à vingt gouttes dans une potion, et l'autre en pilules d'un tiers de grain à un grain {"2 à 5 centigrammes) jusqu'à en prendre 3 à 4 grains (15 à 20 centigrammes) dans les vingt-quatre heures. On peut employer, à cette même dose , l'opium privé de la narcotine ; il est ainsi plus franchement sédatif. Les lavements seront aussi rendus calmants par l'addition du lauda-
num. Enfin, on peut essayer de l'application d'un emplâtre de thériaque sur l'épigastre. Plus tard, et dans le but d'établir une dérivation, on devra recourir aux rubéfiants ou même aux vésicatoires apposés dans cette même région ou aux extrémités inférieures. Dans plusieurs circonstances, on a vu disparaître en peu d'heures tous les accidents du choîéra-morbus par le seul secours d'un large vésicatoire appliqué sur la partie du ventre qui répond à l'estomac et au lobe gauche du foie (Fouquier et Orfila). Un moyen précieux et trop rarement employé est le bain tiède; il ne faut pas craindre d'y tenir le malade plusieurs heures. L'adynamie , qu'on dit suivre constamment le choléra, ne trouve sa cause que dans la maladie même ; on ne l'amènera jamais en calmant les douleurs par quelque moyen que ce soit. Nous ne voulons point par là proposer les évacuations sanguines; l'expérience a depuis longtemps appris qu'elles étaient funestes. Nous n'hésiterions pas cependant à recourir à l'usage de quelques sangsues, si, dans un cas particulier, le concours des symptômes et des causes nous indiquait une fluxion locale ; si encore le malade était pléthorique ou sujet à une hémorrhagie qui aurait disparu depuis peu de temps. Les évacuants , purgatifs et émétiques, sont aussi repoussés du traitement du choléra-morbus. Ettmuller, en les préconisant, s'est attiré le blâme de tous ceux qui ont écrit après lui.
» De nos jours, cependant, Halle employait quelquefois une potion dans laquelle entre l'ipécacuanha associé aux calmants. Un médecin (M. Gallereux) dit en avoir retiré les plus grands avantages. En Angleterre, M. Bowes préconise, comme spécifique du cho-
A8 DU niOLKRA-^fonRUS.
léra-morbii--, l'acide nitrique affaibli ; la dose est de quinze à vingt gouttes que l'on fait prendre étendue dans une infusion de Colombo. Nous ne connaissons aucun détail plus précis sur l'administration et les effets de ces médicaments.
V Ix \omissement, comme le symptôme le plus grave, a été particulièrement combattu par quelques uns; on a tour à tour proposé le camphre, le musc, le Colombo, etc. Nous ne croyons pas que ces moyens puissent entrer dans une médication rationnelle ; les exemples de succès dus à leur emploi sont d'ailleurs fort rares. Au reste, il serait superflu de vouloir rapporter tous les moyens mis en usage pour calmer les accidents du choléra-morbus ; ici, comme dans toutes les maladies où le danger est imminent, les praticiens ont plutôt suivi l'impulsion de l'humanité, qui fait partout chercher des secours, qu'ils n'ont écouté les règles d'une thérapeutique sévère. » (Dictionnaire en 30 vol., t., VIL p. 467.)
B. — Choléra sporadique symptomatique.
M. le docteur Racle a publié, dans la Revue médico' chirurgicale (1849, p. 200), un mémoire fort intéressant sur le choléra sporadique symptomalique , qu'il cherche à distinguer du choléra essentiel, c'est-à-dire de celui qui ne laisse pas après lui de lésions anatomiqucs.
T.e choléra sporadique tel que je l'ai observé à Marseille, avant l'apparition du choléra épidémique en France, se distingue, comme je l'ai dit, du choléra épidémique, par la nature bilieuse des vomissements
CilOLÉHA 5P0RAD10UE. AO
et des selles, par l'absence de cyanose proprement dite, et surtout par la terminaison que pour mon coQipte j'ai toujours vue heureuse, malgré la gravité des symptômes.
Si l'on veut bien remarquer que les faits observés par M. Racle datent de l'année 1845, on sera tenté de regarder leur développement comme du à une influence cholérique qui conservait encore quelque chose de la forme de celle de 1832. On sait que depuis les épidémies qui y ont régné, on observe toutes les années à Londres et à Paris un certain nombre de cas de choléra à forme asiatique et mortels.
Ces réflexions n'ont nullement pour but de diminuer le degré d'intérêt et d'importance des observations du mémoire de M. Racle. Avec lui, en effet, nous admettons un choléra symptomatique; et quelque peu disposé que l'on soit à en admettre un essentiel, c'est-à-dire sans lésions cadavériques après la mort, force est cependant de reconnaître que, dans quelques cas, ces lésions manquent. Nous pourrions, à côté du fait suivant où M. Racle démontre fort bien l'existence des lésions cadavériques, citer un exemple où elles manquaient complètement; mais comme il s'agit d'un fait recueilli pendant l'épidémie actuelle, nous préférons en renvoyer l'insertion à l'article Choléra épidémiqiie, afin de le mettre en regard d'une observation où ces lésions étaient au contraire fort apparentes.
Voici le fait de M. Racle que nous ferons suivre des conclusions de son mémoire :
D' CHO!.KJ:a-.\;OJ<BI S.
alio}i (te ch')l<-ra SioracUque fujmptomatique. Mort. Antopsie, lésions cadavériques .
.a malade est une femme de trente-deux ans, blanchisseuse, ui l'ut placée, le 3 octobre 1845, au n" 9 de la salle Sainte- Monique, à [Hôtel- Dieu. La faiblesse primitive de sa constitution a encore été augmentée depuis plusieurs années par les privations et la misère.
Au mois d'avril de celle année, elle a fait un séjour assez prolongé pour y être traitée d'un rétrécissement de l'anus, suite de l'opération d'une fistule. Depuis celte époque, elle n'a jamais cessé d'être souffrante, et elle a toujours éprouvé des accidents du côté du tube digestif.
Le 26 septembre, elle fut exposée, pendant une partie de la journée, à un froid très violent dans un bateau de blanchissage. Dans la soirée, elle fut prise d'un frisson intense bientôt suivi de chaleur et de sueur. Ces premiers accidents sont suivis dans la nuit d'une vive opression, de douleur dans le côté gauche du thorax ; et. au milieu des efforts d'une toux pénible, la malade crache quelques filets de sang.
27. Les symptômes thoraciques se calment dans la matinée. Ils sont remplacés par de l'anorexie, des nausées. La malade est forcée de se coucher. A dix heures du soir, elle se réveille en sursaut et est prise de vomissements très abondants et de déjections alvines involontaires considérables, comme si, disait-elle, elle avait été empoisonnée. Ces accidents se reproduisent dix fois dans le courant de la nuit, et ne laissent à la malade un peu de repos que le matin.
28. Ce jour et la nuit suivante, les accidents reparaissent avec plus d'intensité et s'accompagnent alors de hoquets et de crampes dans les jambes. Ce dernier phénomène, qui avait déjà paru la nuit précédente, s'accompagne de douleur, puis d'un profond engourdissement des parties qui en sont le siège.
Aucun secours ne fut porté à la malade, qui demeura seule chez elle jusqu'au 3 octobre, en proie aux mômes accidents auxquels s'étaient ajoutés la suppression de l'urine, un refroidissement extraordinaire de tout le corps et des sueurs abondantes et visqueuses. Elle fut alors transportée à l'Hôtel- Dieu.
4 octobre. On la trouve dans l'étal suivant : Intelligence conservée, mais la malade a de la peine à répondre à cause de son extrême faiblesse et d'une aphonie presque complète. Physionomie immobile, mais exprimant une profonde souH'rance. Orbites profondément excavés; yeux cernés de bleu, brillants, non injectés; lèvres amincies et violacées; face couverte d'une sueur froide et visqueuse. L'iialeine, la langue et les membres donnent la sensation d'un froid
CHOLKIIA SPOHADÎQUE. 51
très intense. Les extrémités sont cyanosées. Le pouis, insensible à l'ortère radiule et à riiuniérale du côté droit, est perceptible, quoique très faiblement, à gauche; il bat de '1 I 0 à 1 I 6 fois par minute. Les bruils du cœur sont vifs mais faibles. Narines sèches et pulvérulentes; bouche froide, médiocrement humide; les papilles de la langue sont hérissées, blanchâtres.
Depuis le matin, trois vomissements d'un liquide porracé, abondant, et en même temps trois évacuations alvines d'un liquide bilieux assez clair. L"abdomen est légèrement météorisé et très douloureux à i'épigaslre et au niveau du cœcum. Dans la nuit, la malade a pu uriner. (^Tilleul, oranger, eau de Sellz ; opium, ô, 10 en deux pilules; frictions sèches sur tout le corps j sinapismes aux membres à plusieurs reprises; réchauffer la malade.)
Dans le milieu de la journée, la malade se sent mieux et commence à se réchauffer. Le soir, réaclion modérée. 11 n'y a eu que trois évacuations dans la journée.
o. L'amélioration continue. Cependant il y a encore eu trois évacuations involontaires et un vomissement. Môme traitement. Le soir, retour des accidents cholériques avec toute leur intensité. Ces phénomènes se calment encore une fois pendant la nuit pour reparaître très intenses le 6 au malin.
6. On observe alors le retour du refroidissement général, la cyanose de la face et^ des extrémités. La peau, encore un peu rétraclile, est couverte d'une sueur visqueuse. Les bras, lesjaînbes et répigastre sont le siège de crampes prolongées et douloureuses. Deux vomissements et trois selles involontaires. Dans la nuit, la malade est prise dé délire et la respiration s'embarrasse.
Le 7, on la trouve dans une somnolence profonde. Les deux yeux présentent une ecchymose à leur partie interne. Malgré la position horizontale de la malade, il s'opère quelques vomissements involontaires. La malade succombe dans la matinée; la durée de sa maladie ayant été de onze jours.
Autopsie vingt-deux heures après la mort. — Le péritoine ne présente aucune lésion. L'estomac contient un demi-litre d'un liquide jaunâtre, opaque, d'une odeur acide. La muqueuse de là moitié gauche de l'organe est ramollie sans traces d'inflammation ; celle de la moitié droite est saine. Près du pylore se trouve une plaque noire produite par un pointillé très fin et un lacis de vaisseaux. Le duodénum présente la môme teinte dans toute son étendue. Le jéjunum est sain ; c'est seulement dans l'iléon que se trouvent les principales lésions. Les plus élevées consistent en des plaques noires formées par un épaississement de la muqueuse et pénétrées de sang; ces plaques, arrondies, discoïdes, larges et épaisses comme des lentilles, sont d'abord isolées; plus bas, elles se rapprochent ; plus bas encore, elles se réunissent en plaques beaucoup plus larges. Entre ces dernières, la muqueuse semble
avoir subi un léger grattage, et un peu plus bas elle présente de véritables ulcérations. Celles-ci, petites et arrondies d'abord, dégénèrent bientôt en fissures qui s'allongent de plus en plus et s'insinuent entre les plaques noires déjà indiquées. Plus bas, enfin, la destruction de la muqueuse est générale, et il n'en reste plus de vestiges que sur les plaques colorées. Celles-ci paraissent alors très élevées et isolées connme des îlots sur une surface entièrement ulcérée et de couleur rose. Cet état se continue dans une longueur de près de 30 centimètres jusqu'à la valvule iléo-cœcale qui est restée intacte. Entre les diverses plaques que je viens de décrire se trouvent de distance en distance de riches arborisations vasculaires. Enfin la partie inférieure de l'iléon a une épaisseur double de celle qui lui est habituelle.
Dans le gros intestin, on ne trouve que des rougeurs arborisées assez générales et quelques follicules ulcérés au sommet. A la partie ulcérée de l'arc du côlon, on trouve le noyau d'un fruit reposant sur une large ulcération à bord et à fond grisâtres. Cette ulcération est entourée d'une rougeur vive et d'un épaississement notable des tuniques intestinales; ses dimensions sont de 4 centimètres dans un sens et de 2 dans l'autre. Plus bas existent encore deux ulcérations semblables à la précédente, mais plus petites et moins profondes.
M. Y. Racie rapporte encore plusieurs autres observations dont les unes suivies de mort, les autres de guérison. Le choléra, dans ces faits, s'est montré avec tous ses symptômes caractéristiques, et s'est développé chez des sujets déjà affectés de maladies antérieures.
a Dans l'un de ces cas, dit M. Racle, le choléra eut une durée de soixante-trois heures seulement, et l'on trouva une hcmorrhagie interstitielle de l'intestin grêle avec aspect chagriné de la muqueuse et un pointillé pseudo-membraneux très étendu.
» Dans une autre circonstance, le choléra eut une marche en quelque sorte intermittente (le choléra épidémique a pris aussi quelquefois cette forme) : il dura une première fois quinze jours; puis, après une convalescence assez longue, il reparut de nouveau pour se
CHOLÉUA SPOKADIQUE. 53
terminer par la mort. L'estomac était le siège de l'état mamelonné; l'intestin grêle était œdémateux, rouge et fortement ramolli dans toute sa longueur.
» A côté de ces choléras développés, si je puis ainsi dire, sur des lésions intestinales, on en voit d'autres qui naissent à l'occasion de pneumonies.
» En J8i5, un convalescent de fièvre typhoïde mourut, dans le service de mon frère, après trentesix heures d'accidents cholériques. On trouva une double pneumonie suppurée, dont l'existence n'avait été révélée par aucun des symptômes habituels.
» Je pourrais joindre à ce fait trois autres cas semblables dans lesquels la durée du choléra n'a jamais dépassé cinq jours.
» D'autres fois c'est à l'occasion d'une hémorrhagie interne que les accidents cholériques prennent naissance.
» Enfin, j'ai eu l'occasion devoir se reproduire toute la série des accidents du choléra chez une femme atteinte de cancer ulcéré de l'estomac ; ces accidents survinrent à l'époque où une perforation commençante faisait naître une péritonite circonscrite. La durée du choléra ne fut que de vingt -quatre heures. »
Quant à l'union du choléra avec les affections intestinales, elle avait déjà été indiquée par bien des auteurs, et entre autres par Bonnet, Bianchi, F.Hoffmann, Portai, Miller, etc.; cette union a été signalée d'ailleurs dans toutes les épidémies de choléra asiatique, et il ne serait pas impossible qu'un reste d'influence de
54 DU CIIOLliaA-MOFBUS.
ce genre n'ait contribué à leur développement depuis quelques années. Nous avons déjà fait observer qu on a rencontré des choléras graves et mortels oiïrant les caractères du choléra asiatique pendant les années qui ont suivi l'épidémie de 1832 ; il en est de même après celle de 1849, et nous pouvons en citer un exemple que nous empruntons à la Gazette des hôpitaux, et qui peut servir de transition de cette épidémie à l'épidémie actuelle.
Choléra-morbus sporadique à forme asiatique. Mort. [Observation communiquée par M. Machelard.]
Le sujet de l'observation était un homme de quarante-neuf ans, d'une coinp'.exion vigoureuse, d'un tempérament lymphatico-sanguiri, habiluellemenl d'une bonne sanlé, exerçant la profession de matelassier.
Dans la matinée du 26 octobre, pendant qu'il se livre dans les magasins de son patron à ses occupations ordinaires, il est pris, sans l'intervention d'aucune cause appréciable, d'un frisson violent et prolongé, auquel viennent bientôt s'jijouter un état général de malaise et une diminution notable des forces. Un certain intervalle de repos n'ayant pas suffi pour dissiper son abattement, le sujet n'en continua pas moins son travail. Dans le courant de la journée, une loux sèche et légère se déclare, sans s'accompagner de point de côté : il y a un peu d'oppression, l'anorexie est presque complète. Le malade, dont le régime a été très modéré, prend à son retour chez lui quelques lasses d'une tisane adoucissante. La nuit est peu satisfaisante; il y a eu de l'agitation ; le sommeil a fait presque entièrement défaut.
Le lendemain 27, l'état de la veille persiste. Malgré son affaiblissement, le malade retourne à son atelier; il mange plusieurs potages, perd ses forces et respire difficilement. La nuit est mauvaise ; il y a lraiisf»iration.
Le 28, le malade retourne à ses occupations ; mais il est pris de défaillance et d'un vomissement. Il rentre chez lui la peau humectée d'une sueur froide. 11 me fait appeler; je conslale l'état suivant :
Le décubitus est dorsal ; la face est fatiguée, empreinte d'un certain abattement; les traits ont perdu de leur animation. Le malade est anéanti. Les frissons ont cédé; la température de la peau est rétablie; le pouls est peu fréquent. Soif modérée; perte d'ap-
CHOLÉRA SPORÂDIQUF. 55
petit. Percuté, le thorax résonne bien partout, et le bruit respiratoire s'enlend également dans tous les points. Dans le doute sur la véritable nature de la maladie, je conseillai de continuer l'emploi des agents extérieurs destinés à maintenir îe rétablissement de la chaleur cutanée; à la boisson pectorale et diaphorétique j'ajoutai un julep gommeux, diacodé, et deux bouillons.
Le lendemain 29, les accidents se sont aggravés ; les traits sont altérés, les lèvres, le visage et les mains sont violacés ; les extrémités sont froides. Le pouls est faible, petit, et disparaît sous la plus légère pression. Les battements du cœur sont faibles, obscurs et confus.
En présence de ces phénomènes, l'idée d'un choléra à la période algide ne devait guère tarder à s'offrir à mon esprit. Il est vrai que le tableau de la maladie était loin d'être complet, puisque le tube digestif restait tout à fait étranger à la scène morbide, que les crampes faisaient entièrement défaut, ainsi que l'atîaiblissement de la voix et la suspension de la sécrétion urinaire; mais à la cyanose, qui constitue sans contredit un des caractères les plus tranchés du choléra, on pouvait encore ajouter l'abattement des forces, l'oppression et l'existence d'une sensation pénible à l'épigastre. En outre, il y avait eu de l'insomnie et reproduction d'une moiteur rendue fort incommode par sa fraîcheur. Bien que l'idée d'une lésion locale, dont j'avais été préoccupé la veille, ait maintenant perdu à mes yeux son importance, je n'en explore pas moins la poitrine; mais l'auscultation et la percussion ne me fournissent aucun renseignement nouveau. Deux autres états morbides pouvaient jusqu'à un certain point fournir l'explication des phénomènes soumis à mon observation. Avais-je atTaire à une fièvre pernicieuse algide? Mais la marche des accidents ne rendait pas cette supposition très vraisemblable; d'un autre côté la paipation et la percussion de la région hypochondriaque gauche ne permettaient de constater aucun engorgement splénique. S'agissait-il d'un cas de concrétions sanguines du cœur? Le malade n'avait jamais rien eu du côté de cet organe. Quant à l'idée d'une lésion récente aiguë, la marche des accidents ne lui était pas non plus favorable, ainsi que la conservalion de la sonorité précordiale. L'admission d'une variété de choléra paraissant seule capable de fournir une interprétation rationnelle de Tétat actuel, je dus ni'empresser, pour conjurer le péril, d'instituer un traitement approprié à la nature des accidents. Une tasse de café se tro ivant préparée, elle est administrée immédiatement. On la fait suivre d'une boisson alcoolique chaude. Je prescris un vomitif, une potion préparée avec des eaux distillées aromatiques et l'acétate d'ammoniaque , l'application de deux larges vésicatoires aux cuisses; sinapismes et frictions. Quelques heures plus tard, je' retourne auprès du malade en compagnie de mon estimable confrère du bureau de bienfaisance, le docteur Foucart,
ûG 1)1 CIlOLLIiA-.MOHBLS.
qui partage mon opinion sur la nyliire du mal. Lafîeclion a continué à faire des progrès. La médication a été impuissante à donner une réaction : l'élal algide a été plus prononcé, les extrémités sont glaciales ; le trouble des fonctions de la respiration et de la circu^ lation a été croissant. Le pouls radial fait complètement défaut; on ne perçoit pas non plus les pulsations au pli du coude; les battements du cœur sont encore moins distincts ; on entend, disséminés dans la poitrine, des râles sibilants et ronflants qui se sont produits sous Linfluence de la congestion déterminée par la gêne de la circulation pulmoftaire; la sécrétion urinaire paraît notablement diminuée. Le malade, qui a conservé sa connaissance intacte, commence à s'inquiéter; il s'agite, dans l'espérance de dissiper par une attitude nouvelle, son étouffement et son malaise épigastrique. Les deux vésicatoires destinés aux cuisses ayant été omis par suite d'un malentendu, on se hâta de les appliquer de chaque côté de la partie antérieure de la poitrine. La boisson vineuse du matin est remplacée par une infusion de menthe additionnée de rhum. On continuera la potion ammoniacale, et l'on insistera avec persévérance sur l'emploi des sinapismes et des frictions. Je revois le malade dans la soirée ; sa situation est devenue encore plus grave et presque désespérée. Son agitation me fait renoncer à l'idée d'un bain chaud. Les deux vésicatoires s'étant déplacés, je recouvre tout le devant de la poitrine d'un vaste emplâtre cantharidé; je m'efforce de ranimer la circulation languissante et de favoriser le retour de la chaleur par des frictions répétées avec un Uniment camphré et ammoniacal, suivies de l'application de pièces de laine chaudes; mais je me retire sans avoir obtenu la plus légère amélioration, et en portant un pronostic funeste qui s'est vérifié vers la fin de la nuit. [Gazelle des hôpitaux, 22 janvier 1853.)
Il est à regretter que dans ce cas l'autopsie n'ait pu être pratiquée, mais il nous paraît évident que l'on aurait trouvé du côté de la poitrine des lésions anatomiques correspondant à une pneumonie qu'avait décelée l'exploration stéthoscopique. Ce cas se rapprocherait donc de ceux de M. Racle, avec la diflerence que le choléra aurait ici revêtu à peu près tous les caractères du choléra asiatique.
Nous terminerons cet article en rapportant quelques unes des conclusions que M. Racle tire fort judicieu-
CllOLEUA SPORADIQUE. 57
sèment de son mémoire et qui sont relatives au pronostic et au traitement du choléra symptomalique.
« Sans chercher, dit-il, à étendre ces considérations, je ferai quelques applications de ce qui précède au diagnostic, au pronostic et au traitement.
» Lorsqu'une maladie vient à provoquer le développement d'un état cholérique, ses symptômes disparaissent pour ainsi dire derrière ceux du choléra, et c'est cette dernière maladie qui seule semble exister.
)-^ L'union du choléra avec diverses affections explique pourquoi, après la mort de quelques cholériques, on trouve si souvent des lésions variables d'un cas à un autre.
)) Le pronostic doit être celui de la maladie ou de la lésion organique, et non celui du choléra. L'issue du choléra idiopathique non épidémique n'est presque jamais dangereuse; celle du choléra symptomalique est presque toujours funeste.
>^ On doit négliger en partie le traitement des accidents cholériques, parce que la guérison de ces accidents n'est nullement utile à la maladie qui se cache sous l'apparence du choléra, et que souvent les moyens excitants employés pour le choléra redoublent la gravité des lésions de l'autre affection. En conséquence, c'est vers le traitement de cette dernière que doivent se diriger tous les efforts; et comme elle est le plus ordinairement de nature inflammatoire, le traitement antiphlogistique est celui qui, même en l'absence d'un diagnostic bien établi, a le plus de chances de succès. 11 faut d'autant moins craindre l'emploi des moyens de ce genre qu'ils sont loin d'augmenter la gravité des phénomènes cholériques. >^
58 nv CHOLÉIIA-MORBUS.
Hâtons-nous maintenant d'arriver à la partie vraiment impoi'tante de cet ouvrage, la description et le traitement du choléra-morbus épidémique, dans lequel nous comprendrons ce qu'on a plus ou moins improprement appelé cJwIérine, diarrhée prémonitoire, etc., et qui, selon nous, n'est que le résultat d'une atteinte moins grave de l'influence épidémique.