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I.e coma, persistant avant la réaction, est mortel

CHOLÉRA ÉPiDliSUGUi'.. 8^

après la réaction, et accompagné de chaleur et de rougeur à ia face, de plénitude du pouls, il a été plusieurs fois combattu avec avantage par les révulsifs et les saignées locales.

Le sommeil ou l'assoupissement, les yeux entr'ouverts , la cornée transparente disparaissant sous la paupière supérieure, est commun à la plupart des cholériques. 11 est mauvais que pendant ce sommeil la tête soit pendante sur le côté de l'oreiller ou renversée en arrière, le cou proéminent. Une sensation continue d'oppression à l'épigastre est mauvaise.

Le délire avant la réaction nous a paru toujours mortel ; après la réaction 5 il peut n'être l'effet que d'une congestion. Les saignées locales ou les révulsifs en triomphent quelquefois, comme du coma.

Dans tous les cas, l'absence des urines est mauvaise ; une réunion de signes fâcheux, si les urines coulent encore ou reparaissent, laisse de l'espoir ; s'il n'y a pas d'urines, une amélioration quelconque est vaine; quelquefois cependant les urines coulent sans que la maladie soit moins grave. Des crampes atroces , des vomissements multipliés, des selles extrêmement fréquentes, sont de mauvais signes. Le coucher sur le côté ou sur le ventre, les bras et les jambes contractés, ployés et ramassés (nous en avons vus quelques uns se tenir sur les coudes et les genoux), indique un grand danger ; ordinairement alors le ventre est rétracté fortement, les douleurs y sont vives, la face exprime l'anxiété et la souffrance.

■ La teinte fortement plombée de la face est aussi dangereuse que la couleur violette et le refroidissement.

Dans les premiers jours, en 1832, les malades suc-

combaieiit sans râle h demi couchés sur le côté, la tête basse et pendante. Depuis lors la mort survint plus fréquemment avec râle, la tête renversée, les yeux fixes et entr'ouverts.

Plusieurs fois la mort a été précédée de selles sanguinolentes.

Chez un assez grand nombre de malades, une amélioration peu prononcée se manifestait, aucun symptôme bien alarmant ne survenait; sept, huit, dix jours se passaient dans un état équivoque ; mais alors un hoquet fatigant et incoercible, ou de nouveaux vomissements, ou de nouvelles selles, ou plus rarement des crampes fort vives, annonçaient un nouveau danger, et de plus en plus affaiblis, prostrés, ils s'éteignaient plus ou moins lentement.

Chez d'autres, la fuliginosité des lèvres, la sécheresse ou la viscosité de la langue, le chassieux des yeux, l'em. barras des idées , la distension , le ballonnement du ventre, la puanteur des selles, annonçaient un état typhoïde, et ils succombaient. Les tortillements violents et continus d'entrailles sont un mauvais signe.

Quelques uns entraient largement en convalescence, et après deux ou trois jours, après avoir pris du bouillon, quelques soupes, être restés sans selles, sans crampes , sans vomissements , tout à coup et sans cause connue, une rechute effrayante survenait: prostration, refroidissement, absence du pouls, selles, vomissements, mort en quelques heures. Chez deux ou trois, c'est aux premières cuillerées de bouillon que la rechute s'est déclarée, et presque toujours, dans tous ces cas, la mort a suivi. Chez beaucoup de malades qui ont succombé, les selles ont été verdâtres, bilieuses

dès le début. Nous avons quelquefois observé un froid glacial aux pieds avec pâleur et blancheur mate ; les malades ont succombé.

Une douleur vive et persistante dans le flanc droit est un mauvais signe.

Un pouls dur, inégal , avec rougeur extrême de la face, injection des yeux, coma ou délire, est mauvais, lors même que les autres symptômes se sont améliorés.

Le défaut de réaction est mortel ; l'excès offre moins de danger, on peut le combattre ; l'amélioration qui survient trop promptement après la période de froid est trompeuse.

Dans la réaction , une céphalalgie intense et qui persiste après les saignées est souvent de mauvais augure.

Plusieurs malades, offrant avec d'autres symptômes graves une dilatation considérable , mais égale des deux pupilles, ont été sauvés; nous n'en avons vu aucun survivre après avoir présenté une inégalité de dilatation pupillaire. Cette inégalité de dilatation s'observe du reste assez fréquemment et est très prononcée.

Toutes conditions égales d'ailleurs, l'âge moins avancé est une garantie de succès. La prostration est toujours plus à craindre chez les vieillards ; la mort arrive plus souvent dans la première période de réaction chez les hommes jeunes et robustes.

Les vieilles femmes ont été en général très grave - • ment atteintes; les femmes jeunes ou d'un âge moyen l'ont été moins , et l'on compte chez elles un assez grand nombre de succès.

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Des phthisiques très avancés ont été pris de choléra; la grossesse , Tétat de nourrice , n'ont point préservé du choléra et de la mort.

On a prétendu que les vénériens étaient exempts du choléra. 11 est vrai qu'à Paris il est mort peu de filles publiques, mais à Londres un grand nombre ont succombé; au Gros-Caillou, c'est dans le service des vénériens que le choléra s'est le plus souvent déclaré.

Quelques enfants en bas âge, que nous avons vus et qui ont présenté des symptômes cholériques, sont morts après quelques heures de cris continuels qui paraissaient arrachés par des crampes ou des douleurs abdominales. Les cholériques sont en général mornes, abattus, indifférents à ce qui se passe autour d'eux.

2° Symptômes favorables du choléra épidémique.

Dans la période de prostration , un refroidissement modéré , une stase peu prononcée du sang veineux à la face et aux mains, la présence du pouls radial quoique petit et fréquent, l'absence de toute céphalalgie , la netteté des idées, la promptitude des réponses, l'élasticité de la peau des mains, le défaut de rides dans ces parties , l'aspect presque naturel , le peu d'altération de la voix, des traits, l'éjection de quelques urines, la modération des crampes, des selles et des vomissenjents, de l'anxiété et de l'agitation, sont de bon augure.

Un début lent, de quelques jours, annoncé par des selles liquides, mais trop fréquentes, par de rares vomissements, promet une plus longue existence. Cette lenteur des prodromes avait eu lieu chez beaucoup

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de malades arrivés dans an état très grave et dès les prenfiiers jours en 1832 ; on a eu tort de la signaler comme marquant le début d'une autre période de l'épidémie; seulement l'éveil n'était pas donné, et les malades ne s'observaient pas avec autant de soin.

Dans la réaction, aucun signe n'est meilleur que la chaleur douce et halitueuse de la peau , une sueur chaude et abondante et l'apparition des urines ; tout danger présent manque tant que ces signes persistent ; si à ces signes favorables se joint la transformation des selles blanchâtres en selles bilieuses , on peut pronostiquer la guérison.

Un pouls plein, vif, avec chaleur et rougeur générales, n'est pas défavorable; on peut agir alors, les forces ne manquent pas, les malades supportent très bien les évacuations sanguines. Dans la réaction l'état du sang donne un des signes les plus certains touchant l'issue du mal. Si le sang reparaît en quantité convenable, redevient rouge , qu'il se prenne en caillot et se couvre d'une certaine couche couenneuse, c'est un indice des plus favorables. Il faut toujours en tenir compte.

L'humidité des yeux , de la langue sans viscosité , sans fuliginosité, est un bon signe.

Une terminaison franchement typhoïde n'est pas essentiellement mortelle, nous avons vu plusieurs malades guérir après avoir offert la plupart des symptômes du typhus.

Le désir modéré des boissons, le défaut de chaleur brûlante aux entrailles ou à l'épigastre, le calme de la respiration , l'appétit pour quelques aliments , sont de bons signes.

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Les nourrices que nous avons vues malades, et chez lesquelles les mamelles n'ont pas cessé d'être distendues, ont guéri.

L'apparition des règles dans la réaction est d'un très bon augure.

Le retour de la voix à son timbre normal est heureux.

Chez beaucoup de malades qui guérissent, la stupeur, une espèce d'hébétude, persistent quelquefois fort longtemps, alors même qu'ils se lèvent et prennent des aliments. Il reste souvent une coloration et un aspect particuliers qui rappellent la maladie et font reconnaître les convalescents cholériques.

En général , l'absence d'un ou de plusieurs signes fâcheux , doit être regardée comme une circonstance favorable.

En général aussi, le danger de la réaction est d'autant moins grand, et surtout d'autant moins prompt, que le refroidissement , que la prostration ont été moindres , et que , par conséquent , des stimulants moins énergiques ont été employés.

E. — Variétés du choléra épidémique.

Avant d'aborder l'histoire si importante des lésions anatomiques dans le choléra épidémique, je crois devoir indiquer quelques variétés observées par divers auteurs, quelques épiphénomènes qui offrent plus ou moins d'intérêt, soit sous le rapport du diagnostic, soit sous celui du traitement.

Ainsi M. Magendie admet plusieurs transformations f dont la première doit être , selon nous , celle

qu'il appelle le choléra insidieux ; puis viendront la transformation fibrillaire, le choléra intermittent, le choléra sec, le choléra avec érythème, etc.

^ I. — Choiera iusidieux.

C'est une forme qu'admet M. Magendie et qu'il a vue assez souvent. Elle simule une congestion cérébrale, une apoplexie, des paralysies partielles, etc., et comme chez l'illustre Cuvier, à l'autopsie on ne rencontre aucune lésion cérébrale qui explique cet état.

^ II. — Abattement ou idiotissrie cholériqvîe.

A côté du choléra normal, du choléra type, il y a certaines afTections qui sont aussi le choléra, quoique ne revêtant pas la forme algide. M. Magendie a donné à l'une de ces affections qu'il a rencontrée plusieurs fois dans les hôpitaux le nom d' abattement ou d'idiotisme cholérique. Cet état a frappé des individus de telle sorte, qu'il les a rendus nuls au physique et au moral, les a plongés dans un anéantissement complet. Des hommes connus par leur énergie et leur bravoure sont tombés dans un état d'abjection pitoyable ; on aurait dit des imbéciles ou des crétins, pouvant à peine se lever, n'osant pas faire un mouvement, boire un verre d'eau, dans la crainte que cela ne devînt l'occasion du choléra.

« Un de mes amis, dit M. Magendie, colonel d'une

bravoure éprouvée, est depuis deux mois dans cet état

de faiblesse voisin de l'idiotisme, malgré tous les soins

. que je lui ai prodigués. » La distraction et le mouve-

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ment, joints à un bon régime, sont les meilleurs moyens à employer en ces cas ; on peut y joindre Tusage des toniques.

§ III. — Transformation fibriilaire, palpitante.

Il est une autre transformation que M. Magendie a a,\')pe\ée fibriilaire, palpitante. Il ne l'a vue que deux fois; elle a duré deux ou trois jours et s'est terminée favorablement au moyen des antispasmodiques , de la diète et de quelques bains. C'est une forme à noter, mais qui ne paraît pas dangereuse ; elle n'empêche pas le sang de reprendre ses caractères naturels.

Cette espèce est caractérisée par une contraction, une palpitation continuelle, non pas de chaque muscle du corps, non pas de chaque faisceau, mais pour ainsi dire de chaque fibrille musculaire.

§ IV. — Choléra sec (Choiera sicca).

Dans les cas où le malade, dit M. le docteur Roth, qui a observé le choléra en Hongrie en 1831, après de vains efforts pour vomir, est subitement saisi de crampes, où son nombril est rentré et enfoncé, qu'accablé de douleur il replie ses genoux jusqu'à la poitrine, qu'il crie et gémit; quand l'ipécacuanha qu'on lui administre ne fait plus du tout, ou ne produit qu'imparfaitement son effet, que les crampes augmentent continuellement, que la figure devient bleuâtre, que la poitrine est oppressée, que la respiration devient de plus en plus pénible, que la voix s'éteint, que les yeux deviennent ternes, il faut alors, sans perdre

de temps, appliquer sur le ventre, depuis les parties génitales jusqu'au thorax, des cataplasmes bien chauds faits de farine de moutarde et de vinaigre. Pour leur donner encore plus de force , on y ajoute du raifort (Rad. armorac).

Il faut aussi, sans perdre de temps, administrer des frictions sur les extrémités. Si tout de suite on n'aperçoit pas des effets manifestement salutaires, il faut le plus promptement possible mettre le malade dans un bain alcalin très chaud, dans lequel on jettera un peu de chaux vive.

On couvrira ensuite soigneusement le malade dans sa baignoire jusqu'au cou , de manière que la tête reste libre. Bientôt on verra les heureux résultats des soins qu'on aura donnés. La roideur des membres diminue, la peau se ramollit et reprend son élasticité ; la fixité du regard se dissipe, Tœil redevient clair et transparent, et le malheureux, arraché à la mort, renaît bientôt à une nouvelle vie. (Roth.)

§ V. — Choléra intetsaitîent.

On a cité quelques exem.ples de ci ioléra-morbus affectant une forme intermittente. Voici un cas rapporté par M.Magendie dans ses leçons, et qui mérite une sérieuse attention, non seulement pour la forme, mais pour le mode de traitement i sulfate de quinine) qui a réussi à arrêter les accès et a amené la guérison de la malade.

Choléra intermittent, guérison par le sulfate de quinine.

« Une jeune' Allemande fut annenée dans nos salles, dit M. Magendie, dans un état algide complet, avec vomissements, évacua-

lions alvines, crampes, etc. Cette fille fut immédiatement, et pendant la nuit, soumise à mon traitement, et le lendemain matin elle était fort bien ; elle avait eu des sueurs abondantes qui semblaient avoir terminé la maladie ; mais le soir, sur les sept heures, elle fut reprise des mômes accidents, et sa vie parut tout aussi compromise que la veille. Elle fut de nouveau soumise au traitement et avec le même succès ; le lendemain, semblable rechute tout aussi grave. Je doutais encore ; je craignis que les gens de service ne se fussent laissé abuser ; je vins moi-même deux jours de suite m'assurer des faits, et ne conservai plus aucun doute. Je crus que c'était le cas d'essayer l'action du sulfate de quinine. Elle fut telle, que le second jour les accès cessèrent complètement: la convalescence fut dune quinzaine de jours, après quoi celte fille fut admise comme infirmière à l'hôpital, où elle est encore, je crois, à ce titre. »

Je ne doute pas, ajoute le professeur, de l'existence d'un choléra intermittent qui, à la couleur bleue et aux évacuations séreuses près, a la plus grande analogie avec les fièvres algides graves des pays marécageux célèbres par leur insalubrité.

Dalmas admet aussi l'existence d'un choléra à type d'abord rémittent et ensuite intermittent. « Nous avons constaté ce fait en Pologne, dit-il, plus rarement en France. C'est ordinairement après quatre ou cinq jours de paroxysmes bien marqués que l'intermittence s'établit; le type tierce est le plus commun; jamais nous n'avons rencontré le type quarte ; le quotidien n'est pas rare. » [Dictionnaire de médecine, 2* édition, t. YII, p. 493.)

M. Worras a observé en Afrique la fièvre pernicieuse cholérique avec les évacuations séreuses.

§ VI. — Choléra avec ér y thème (roséole cholérique de M. R,ayer).

Lepecq de la Clôture, dès 1777, avait signalé un cas de choléra sporadique chez une jeune fille qui, au troisième jour, eut les poignets, l'avant-bras, le dos, le cou, couverts de rougeurs pustuleuses. D'autres médecins, M. Koehler, de Varsovie, Prchal, en Gallicie, Romberg et Heysselden ont observé des éruptions qu'ils ont comparées à la variole, au zoster, à la roséole. Ces faits ont été signalés en France dans un fort bon mé-

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moire de M. Duplay, interne à la Charité dans le service de M. Rayer, et publié dans la Gazette médicale du 15 septennbre '183'2 ; dans l'ouvrage sur les Maladies de la peau, par M. Rayer lui-même, et dans la Revue médico-chirurgicale d'octobre 1849, par M. le Goupils. Alibert l'a observé également à l'hôpital Saint-Louis en 1832.

D'après ces divers observateurs, l'érythème ne se montrerait pas constamment avec des formes identiques.

« J'ai observé, dit M. Rayer, cette variété dans l'épidémie de choléra asiatique qui a régné à Paris en 1832. A la suite de la période de réaction, il survenait chez quelques cholériques, surtout chez les femmes, une éruption qui apparaissait le plus ordinairement sur les mains et sur les bras, et s'étendait ensuite sur le col, la poitrine, le ventre, les membres supérieurs et inférieurs, A son début, elle était caractérisée par des plaques la plupart irrégulièrement circulaires, s'éloignant plus ou moins dans certains endroits de cette forme, d'un rouge très clair, saillantes et peu prurigineuses. Très nombreuses sur les mains, les bras et la poitrine, elles l'étaient moins sur d'autres régions; sur quelques points elles étaient très rapprochées et tendaient à se confondre. Entre ces diverses plaques, la peau était saine et formait des îlots blancs et irréguliers ; quelquefois l'éruption, à son summum, était disposée en plaques plus ou moins rapprochées qui formaient une rougeur en nappe assez analogue à la scarlatine légère ; sur d'autres points, l'aspect de réruption se rapprochait davantage de celui de la rougeole et quelquefois de l'urticaire.

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» J'ai vu cette éruption compliquée d'une inflammation du pharynx ou des amygdales, et sa disparition suivie d'une aggravation des symptômes et même de la nîort. Sur la poiti'ine, les taches devenaient quelquefois continentes et donnaient lieu à des plaques de la largeur de la main, saillantes et assez bien circonscrites. L'éruption prenait ensuite une teinte rose terne, à peine pouvait-on en découvrir les traces sur la peau ; dans certains points', celle-ci était d'un jaune clair. Vers le sixième ou le septième jour, l'épiderrae se fendillait et se détachait en écailles très larges sur presque tous les points où l'éruption avait existé. » (Traité des maladies de la peau , 2^ édition , t. I , p. 238.)

Voici, du reste, une observation dans laquelle cette éruption s'est montrée de la manière la plus évidente. La terminaison a été heureuse.

Observation. — Choléra algicle , roséole à la suite de la réaction; ijuérison. (Recueillie par M. Duplay.)

Bongat, valet de chambre, âgé de quaranle-lrois ans, entra à l'hôpital de la Charité le 17 mai I 832. Cet homme était malade du choléra depuis huit jours. Il avait été confié aux soins d'un praticien distingué. Des sangsues, des ventouses scarifiées, des moxas avaient été placés sur la région épigastrique. Cependant la diarrhée et les vomissements avaient continué. Le malade était à peine sorti de la période algide quand il fut admis à l'hôpital. Il présentait alors l'état suivant : Langue humide et tiède ; voix très faible, face pâle sans expression cholérique ; pouls petit, mais très appréciable ; pas de crampes, pas de vomissements pendant la nuit, une seule selle en diarrhée. La respiration paraît pénible, quoique l'auscultation ne fournisse aucun signe morbide. On provoque une réaction plus forte à l aide de quelques cuillerées de vin de Malaga et de sinapismes appliqués aux extrémités. Les jours suivants, la voix reprend son timbre naturel, le pouls se relève et la respiration cesse d'être pénible.

Le 21 , une éruption se manifeste sur tout le corps, mais spécia-

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lement sur les membres et sur le ventre. Elle est disposée par plaques assez étendues, d'un rouge assez foncé, de forme irrégulièrement circulaire, non proéminentes et offrant tous les caractères de la roséole. Dans certains points, cette rougeur est en nappe et ressemble un peu à celle de la scarlatine. Sur la poitrine, l'éruption se rapproche beaucoup de la rougeole. Du reste, l'état général est excellent. Celte éruption n'est accompagnée d'aucun trouble des principales fondions. Le 27, elle était entièrement éteinte et ne fut pas suivie de desquamation. Le malade était en pleine convalescence.

Dès cette époque, du reste, plusieurs faits de ce genre furent observés dans les salles du même hôpital, services de Lherminier et Rallier. De son côté, Alibert avait aussi appelé l'attention sur cette affection morbilleuse qu'il décrivait de la manière suivante : a La première malade qui nous l'offrit est une jeune personne de dix-sept ans, entrée le 9 avril 1832, avec tous les symptômes d'un choléra intense, traitée avec succès par lépicacuanha et l'émélique en lavage, mais chez laquelle survinrent bientôt des phénomènes nerveux graves qui furent combattus par le vin de quinquina et les vésicatoires : dabord, aucun changement favorable, mais ensuite amélioration brusque et sensible ; la langue s'est humectée, la somnolence a presque disparu, la malade répond à toutes les questions. Ce fut alors qu'en nous assurant de l'état du pouls nous aperçûmes sur les mains et les avant-bras un grand nombre d'élevures lentiformes d'un rouge peu intense, entourées d'une auréole sensible et se trouvant le siège d'une chaleur prononcée. Nous crûmes d'abord que cette éruption était purement accidentelle et tenait à l'application de sinapismes faite sur les parties indiquées; mais nous fûmes bientôt convaincus du contraire en découvrant la même éruption sur la poitrine, le ventre et les cuisses. Ces espèces de papules étaient loin d'avoir partout la même forme; les unes étaient cono'ides, d'autres se trouvaient surmontées d'une gouttelette purulente; sur plusieurs points, elles étaient si petites et si rapprochées que leurs auréoles confondues formaient une espèce de plaque érylhémateuse.

» Nous avons trouvé la même éruption chez deux autres malades, l'une âgée de soixante ans, l'autre d'une trentaine d'années, entrées toutes deux avec les symptômes du choléra, et qui, traitées par ripécacuanha et l'émétique, avaient éprouvé un soulagement prompt et très marqué. Chez la plus jeune des deux dernières malades, les papules étaient d'une petitesse extrême et très rapprochées; pourvues d'auréoles toutes confondues ensemble, elles formaient de larges plaques érylhémateuses, et ce n'était qu'en les regardant de près et de côté qu'il était possible de découvrir le sommet de chaque papule. » [Gazette médicale de Paris, 24 avril 1832.)

Ces érythèmes ont aussi été observés par Alibert et par d'autres

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praticiens chez des malades aUeinls de simples cholérines. L'apparition de l'érythème parait souvent coïncider avec un amendement sensible de l'état morbide. Peut-être pourrait-on en ce cas regarder ces éruptions comme critiques et ne serait-il pas déraisonnable de provoquer par quelque moyen artificiel, comme l'urtication, de semblables éruptions?

F. — Lésions cadavériques dans le choléra épidémique.

Nous empruntons en partie ce qui suit à Tarticle Choléra de notre Dictionnaire des Dictionnaires de médecine^ t. II, p. 503 et suivantes, où ce sujet a été traité par nous d'une manière complète; nous y joindrons le résumé des observations faites en 1849 et en 1853.

1** Aspect général des cadavres. — Lorsque les malades succombent dans la première période du choléra épidémique , l'habitude extérieure ne diffère presque pas de ce qu'elle était pendant la vie, et les cadavres offrent une grande ressemblance avec ceux des individus qui sont morts par asphyxie; c'est ainsi qu'on remarque cette teinte violacée de la peau, que nous avons signalée pendant la vie. On a prétendu que la cyanose disparaissait plus promptement aux membres inférieurs qu'aux épaules, aux bras et aux mains ; quoi qu'il en soit, il faut se garder de confondre la teinte cholérique avec les ecchymoses qui ont lieu sur les cadavres des cholériques, comme dans les autres cadavres, et qui occupent toujours les points les plus déclives. Si l'on incise les régions de la peau où se manifeste la teinte cyanosée , il s'écoule un peu de sang d'une couleur foncée. Tout le corps a tellement diminué de volume, que le tégument externe présente des rides et des plis nombreux : les bagues que les

cadavres portent aux doiglss'en échappent. Laroideur cadavérique ari'ive promptcnient cl à un haut degré; les mâchoires sont fortement contractées; les fesiicules sont collés contre les orifices inguinaux , le scrotum est dans un état de corrugation ; la verge est raccourcie, le gland livide. Les cadavres présentent une chaleur remarquable, qui contraste avec le froid qu'on avait observé pendant la vie.

Ce phénomène remarquable que nous avons constate sur les premiers cholériques morts à l'Hôtel -Dieu en 183'2 avait été signalé par d'autres observateurs, et avait excité une profonde surprise. 11 a été de nouveau constaté en 1849, et nous venons d'en être témoin encore dans les autopsies des sujets morts cette année (1853). Yoici du reste ce qu'en dit M. Briquet (Traité du choléra ds 18/i9-1850, p. 379) : « Sur une dizaine de cadavres de cholériques au moins , nous avons éprouvé au contact de la main la sensation d'une chaleur beaucoup plus forte que celle que les mêmes sujets nous avaient fait éprouver avant l'extinction de la vie. Les sujets avaient succombé durant la période algide. » Les personnes attachées au service des malades, et étrangères à la science médicale, avaient également remarqué ce fait , que M. Briquet a constaté d'une manière irrécusable, le thermomètre à la main: en plaçant le thermomètre dans l'aisselle d'un cholérique quelques instants après la mort, il a obtenu un degré de chaleur supérieur à celui qu'il avait trouvé sur le même sujet dans les derniers instants de la vie.

Dans un cas entre autres , le fait ayant été constaté dix minutes avant la mort et dix minutes après , la température du cadavre fut trouvée élevée

de 1/2 degré au-dessus de celle du même sujet vivant. De ces faits et d'autres plus ou moins analogues, M. Briquet conclut que dans les premiers moments qui suivent la mort des cholériques, on perçoit quelquefois une augmentation de température, non seulement appréciable par le toucher, mais encore réelle et susceptible d'être déterminée par le thermomètre. Cet accroissement, du reste, n'a jamais dépassé 1 degré au creux de Faisselle, tandis que dans le pli de l'aine il était plus considérable.

Mais cette élévation de température est passagère ; le cadavre ne tarde point à subir la loi des corps physiques, au nombre desquels il vient de descendre ; il perd ce surcroîL de chaleur, dernier privilège qu'il empruntait de la vie, et tend à se mettre en équilibre de température avec les corps environnants.

Plusieurs observateurs, et entre autres MM. Dalmas et Sandras, ont vu des cadavres de cholériques exécuter des mouvements d'une certaine étendue, et plusieurs fois, dit M. Bouillaud, il m'a suffi de frapper vivement les muscles des membres pour en déterminer la contraction et produire des mouvements manifestes. M. Foy a vu, six ou huit heures après la mort, des soubresauts et des mouvements très prononcés dans les avant-bras, les poignets, les doigts et les orteils ; ces mouvements augmentaient si l'on piquait les membres avec une épingle.

La putréfaction est généralement lente à se développer, et n'arrive souvent qu'au bout de quatre ou cinq jours. L'abdomen reste longtemps av^nt d'acquérir cette teinte verdâtre qui se fait remarquer promptement dans les cadavres ordinaires, et ne se

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distend pas même plusieurs jours après la mort ; ce qui tient sans doute à ce que le tube intestinal ayant subi une sorte de lessive, il y a absence de matières siercorales, et par conséquent une disposition moindre à la décomposition cadavérique de cette cavité.

Pour étudier méthodiquement les altérations offertes par les cadavres des cholériques, nous suivrons la marche que nous avons adoptée dans l'étude des symptômes, c'est-à-dire que nous examinerons successivement chaque appareil.

2"* Appareil digestif. Bouche, — La langue présente les mêmes particularités qu'on observe pendant la vie, on y aperçoit quelquefois des granulations analogues à celles que l'on trouve dans le tube digestif; les dents présentent parfois une couleur bleuâtre , qui non seulement occupe leur surface, mais encore pénètre dans l'intérieur du tissu dentaire ; cette colo= ration est tellement foncée, que les garçons d'amphi-= théâtre se sont plaints souvent de ne pouvoir en tirer parti comme dents artificielles.

Œsophage, — La muqueuse œsophagienne est recouverte quelquefois par une petite quantité de liquide blanc et crémeux, analogue aux flocons qu'on rencontre dans la matière des selles et des vomissements ; cette muqueuse , d'une couleur hortensia ou lilas , présente aussi cpelquefois des granulations blanches et très marquées, surtout vers l'orifice cardiaque ; on a vu dans quelques cas la membrane interne de l'œsophage se détacher par plaques.

Estomac, — Quelquefois réduit au volume d'un intestin, d'autres fois dilaté et rempli de gaz; sa membrane interne est souvent injectée et présente une

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rougeur plus ou moins foncde, variant de l'hortensia au noir; celte couleur est parfois uniforme, d'autres fois poinlillée ou disposée par plaques. I.a muqueuse gastrique a élé rencontrée intacte, ou bien amincie, épaissie, ramollie, gangrenée et s*enlevant avec le dos du scalpel sous forme de bouillie. Cette membrane présente souvent des replis plus ou moins saillants, et est parsemée, assez rarement, de granulations. Le tissu sous-muqueux semble offrir moins de cohésion que d'ordinaire ; la cavité de Testomac contient des boissons, et quelquefois un peu de bile jaune ou verte, ce qui est rare; mais le plus souvent on y découvre un liquide trouble, floconneux, spumeux, blanchâtre, semblable à celui des vomissements ; on a vu des cas où cette matière était rougeâtre. On trouve aussi dans la cavité de cet organe des mucosités filantes et comme albumitieuses, ou bien une couche de matière crémeuse qui adhère à sa surface ; l'orifice pylorique est souvent contracté et rétréci.

Intestins, — La membrane muqueuse présente une coloration qui est tantôt rosée, rutilante, lilas, écarlate, rouge brun , lie de vin , noirâtre; mais elle est le plus souvent couleur hortensia.

En frottant ces places avec le doigt, les vaisseaux se vident, pâlissent, et la partie de l'intestin tachée en apparence par la phlogose reprend la couleur blanche qu'elle présente normalement. 11 n'y avait pas là interposition de la matière colorante du sang dans la structure de l'intestin, il n'y avait donc pas phlogose.

Chez les malades succombant pendant la réaction, surtout si elle donne lieu à des métastases sur le tube digestif, on trouve sur l'intestin des traces de phlogose

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ne disparaissant pas sous la pression du doigt ; ce sont des marbrures rouges qu'on ne peut enlever ni par lo frottement ni par le lavage : c'est un état véritablement inflammatoire de la muqueuse de l'intestin, et, si le malade avait des symptômes de gastrite ou de gastro-entérite, la muqueuse est enflammée dans un espace plus étendu, et Ton trouve des plaques crypteuses présentant des traces d'inflammation ; les érosions sont rares et presque exceptionnelles. (Gendrin, Leçons sur le choléra, Voy. Gazette des hôpitaux, lo décembre 1853,)

Cette coloration est généralement plus marquée dans le cœcum, le commencement du côlon et le rectum, que dans l'intestin grêle ; quelquefois la muqueuse intestinale estramollie, diminuée d'épaisseur, ou épaissie dans une étendue variable; quelquefois elle est désorganisée, gangrenée dans des proportions plus ou moins considérables; les. parties mortifiées présentent alors une teinte livide, verdâtre ou noirâtre. Elles sont mollasses et répandent une odeur fétide; cette dégénérescence gangreneuse paraît envahir plus souvent le gros intestin que l'intestin grêle. Une des particularités les plus constantes (/i5 fois sur 50, Bouillaud) que préeente la muqueuse du tube digestif est une éruption discrète ou confluente de corpuscules granuleux, dont le volume et la forme se rapprochent de ceux d'un grain de millet ou d'un grain de chènevis. j\J. Gendrin y voit une tuméfaction des cryptes mucipares distendus par le fluide qu'ils contiennent. D'après W^L Serres et Nouai (Gazette des hôpitaux, 28 avril 1832) 5 ces granulations ressemblent aux bourgeons ç-hanius d'un vésicatoire récent^ et donnent à Tintes-

tin , quand on le regarde à contre-jour, l'aspect de la peau d'un galeux ; ordinairement leur couleur est d'un blanc grisâtre dans les plus grosses , et un peu rosée dans les plus petites; elles font saillie à la surface de la muqueuse, et si on les comprime avec l'ongle après les avoir divisées en deux avec le scalpel , ou môme sans les diviser, elles laissent suinter une matière blanchâtre et molle, et s'affaissent. Selon M. Briquet, ces granulations ne sont autre chose que les follicules solitaires hypertrophiés. Sur 32 sujets il a trouvé 31 fois ces grains de psorentérie ; dans 2[i cas, ils étaient pâles, à demi transparents, et dans 7, légèrement rosés. Ils n'ont manqué qu'une seule fois, et c'est chez un enfant de quinze jours, mort rapidement du choléra. Dans quelques cas leur nombre est tellement considérable, que M. Lélut l'a évalué à 42,000 pour toute la surface intestinale; ils n'offrent pas partout le même aspect: ainsi dans l'estomac près de l'orifice cardiaque, dans le duodénum près de l'ouverture pylorique, dans le cœcum, et souvent dans le côlon, elles offrent les particularités suivantes : Un orifice se présente au centre de chaque granulation sous l'apparence d'un point noir ; quant à la circonférence, elle est entourée d'un cercle étroit de couleur noire que l'on aperçoit bien en plaçant la partie où siège la granulation entre une vive lumière et les yeux. Au contraire, dans le jéjunum et l'iléon on n'aperçoit pas sur ces granulations d'orifice visible à l'œil nu, mais en s'aidant du microscope achromatique de M. V. Chevallier, on a pu y voir deux orifices et quelquefois trois. Vers la fin de l'iléon, ces granulations sont tellement nombreuses et Dressées les unes contre les autres,

qu'elles forment des plaques de plusieurs pouces d'étendue. MM. Serres et Nonat (Mémoire lu à V Académie des sciences) pensent que cette éruption intestinale provient du développement des papilles intestinales; M. Bouillaud, qui a étudié avec soin ce point d'anatomie paihologique, affirme comme M. Briquet, que dans l'immense majorité des cas, ce sont des follicules intestinaux qui ont augmenté de volume. D'après les recherches de MM. Czermaket Hyrtz (Girardin et Gaymard), si l'on injecte les artères et les veines, la matière des injections qui passe facilement dans les follicules de Brunner et de Peyer n'arrive pas dans les granulations inlestinales des cholériques ; mais si, au lieu d'injecter les artères et les veines intestinales, on fait passer l'injection dans les vaisseaux lymphatiques, on remplit ces granulations: d'où il résulterait que celles-ci ne sont autre chose qu'un développement des glandules lymphatiques décrites parHetwig, Rudolphi, etc.

Quelle que soit la structure de ces granulations, dit de son côté M. Nonat, dans une note publiée par la Gazette des hôpitauœ, le 10 décembre 1853, cette lésion se rencontre chez les cholériques dans Timmicnse majorité des cas ; mais elle varie aux diverses périodes de la maladie. Quand la mort survient au bout de huit ou dix heures, malgré l'investigation la plus attentive, elles sont à peine visibles, rudimentaires. Quand la maladie a duré de vingt- quatre à quarante -huit heures, l'éruption granuleuse est arrivée à son développement parfait; les granulations sont remplies de liquide, vésiculeuses. Si la vie se prolonge au delà de deux jours, l'éruption diminue peu.àpeu; et enfin ^ à

i04 nu CRor.ÉuA-MOiiBus.

Texception de quelques cas, du sixième au huitième jour, elle est complètement ellacée. D'ailleurs, les granulations suivent, dans leur diminution le môme ordre que dans leur développement; elles persistent en dernier lieu dans l'iléon. Parfois elles conservent un assez grand développement pendant la période de réaction. Dans trois cas même elles ont continué de s'accroître, et elles se sont offertes à nous sous la forme de boutons confluents dont le volume égalait environ celui d'un pois à cautère; dans deux de ces cas elles étaient d'un rouge brunâtre, et commençaient à s'ulcérer à leur sommet. Chose digne d'intérêt, les plaques de Peyer conservent leur état sain, même alors que l'éruption granuleuse est devenue le siège d'un travail consécutif d'inflammation. Dans trois cas de ce genre, les plaques de Peyer se dessinaient à la face interne de l'iléon par autant de plaques elliptiques, déprimées au-dessous des parties ambiantes qui étaient couvertes de granulations confluentes.

Quant aux plaques de Peyer, selon M. Briquet, elles se montrent , au conti'aire, toujours avec un développement plus marqué que dans l'état normah Elles sont saillantes, pâles et d'un blanc mat; parfois leur gontlement est tel que l'épaisseur de l'intestin se double à leur niveau. Cependant, leur surface piq'iotée par l'ouverture des follicules offre très rarement, nous ne dirons point des traces d'inflamniation , mais la plus légère injection, et quand des arborisations nonibreuses couvrent la muqueuse ambiante, elles s'en isolent par leur pâleur. Elles ont une consistance un peu molle ; en les raclant avec Tongle. on éprouve la même résistance qu'en raclant

le parenchyme d'un fruit légèrement aqueux, comme la cerise. En les pressant entre les doigts, on les affaisse , et lorsque le doigt se retire , il laisse son empreinte sur la plaque comme sur une partie œdémaliée.

Les m^e^^i'/i^ contiennent fort rarement de la bile, ou quelques légères traces de matières stercorales; mais, en revanche, on y trouve presque toujours une quantité plus ou moins considérable (1/4 de litre à 1 litre) d'un liquide qui diffère peu de celui des évacuations qui ont eu lieu pendant la vie ; il consiste en une matière fluide d'un blanc jaunâtre, caillebottée, grumeleuse, ressemblant à du petit-lait mal clarifié, ou à une décoction de riz, et contenant des flocons en suspension ; son odeur est fade et spermatique , sa saveur douceâtre ou amère. Le liquide cholérique (c'est ainsi qu'on le nomme), recueilli dans un vase, forme en peu de temps un dépôt de matière blanche et floconneuse qui ne paraît être, d'après M. Bouillaud, qu'un mélange de fibrine, de mucus et d'albimiine. D'après le même auteur, les grumeaux blancs qui flottent dans la matière des vomissements et des selles, et qui ressemblent à des grains de riz crevés, sont formés par l'albumine qui a été coagulée par les acides contenus dans le tube digestif: la preuve, c'est que si l'on verse de l'acide acétique ou hydrochlorique dans du sérum, on obtient une liqueur semblable au liquide cholérique. M. Lecanu , qui vient de vérifier ces analyses faites par M. Hermann en 18^29, et par M. Bouillaud, les a trouvés formés par de l'eau contenant en suspeo^ sion de l'albumine, de la fibritîe et pas mal de sels alcalins.

On a quelquefois trouvé, au lieu de liquide cholérique, une matière rougeâtre, briquetée et même lie de vin, en quantité variable, dans laquelle M. Donné a reconnu par Tinspection microscopique la présence d'un grand nombre de globules sanguins, La consistance de cette matière varie, sa couleur est sale et son odeur désagréable. On a vu ces deux sortes de liquides exister en même temps dans le tube digestif de quelques cadavres; dans ces circonstances, le liquide cholérique occupait particulièrement les portions supérieures, tandis que la matière rougeâtre était contenue dans les portions inférieures du tube digestif. Outre les liquides que nous venons de décrire, on trouve ordinairement la muqueuse intestinale revêtue, dans une étendue plus ou moins considérable, d'une couche de matière blanchâtre, analogue à de la crème, à de la bouillie, couche qui présente souvent une ligne d'épaisseur. MM. Floyd, T. Ferris, ont observé des cas dans lesquels cet enduit présentait la plus grande analogie avec les fausses membranes qu'on rencontre dans la trachée des individus qui succombent au croup. Le docteur Boehm, de Berlin, qui a examiné au microscope le liquide des cholériques, attribue les flocons qu'il tient en suspension à des fragments de l'épithélium qui se seraient détachés à la manière de Tépiderme dans certaines éruptions cutanées, telles que la scarlatine, etc. M. Lassaigne a analysé le liquide recueilli dans le cœcum d'une femme. Sur 100 parties, ce chimiste a trouvé : eau, 93,75, et quelques traces de matières grasses , de matière colorante du sang , de soucie, de chlorure de sodium et de potassium, de phosphate alcalin et de phosphate terreux.

CHOLÉIIA ÉPIDÉMIQUE. 107

La composition du liquide cholérique, comme on le voit , se rapproche de celle du sérum du sang. Ce liquide ne rougit pas le papier de tournesol et n'est point acide (Magendie). Si on le fait ch au (Ter, il se prend en masse, ce qui dépend de la proportion d'albumine qu'il contient.

Tube digestif vu à U extérieur. — Quand on ouvre la cavité abdominale, il ne s'en exhale pas, môme après un assez long espace de temps, cette odeur fétide et désagréable qu'on remarque dans les cadavres d'individus qui ont succombé à d'autres maladies. Le péritoine est luisant , visqueux , adhérent aux doigts , le plus souvent sec; quand on sépare le- circonvolutions intestinales en contact, on produit une foule de filaments semblables à ceux d'une toile d'araignée (Rochoux). Ces mêmes particularités s'observent dans les autres séreuses. La cavité péritonéale ne renferme que bien rarement une faible quantité de sérosité; le tube digestif, vu par sa face externe , présente, dans une étendue variable, une couleur qui varie depuis la teinte hortensia jusqu'à la nuance violette; cette couleur est quelquefois uniforme , d'autres fois plus prononcée dans certains points que dans d'autres. Elle n'est autre chose que la rougeur de la membrane muqueuse qui se laisse apercevoir à travers les tuniques musculaire et séreuse. La cavité du tube digestif est dilatée par les liquides et les gaz qu'elle contient, ou bien contractée au point d'égaler la grosseur du doigt; quelques circonvolutions ont été trouvées invaginées. Si Ton touche aux intestins, ils font éprouver une sensation d'empâtement tout à fait singulière ; on aperçoit à travers la séreuse des arborisations très belles et

plus OU moins prononcées, qui sont produites par Tengorgement des veines.

Mésentère. — Tout Tappareil vasculaire contenu dans le mésentère et celui qui se trouve distribué derrière la lame péritonéale présentent une injection variable en étendue, et qui partout se montre avec la couleur livide caracléristique. Dans les grosses veines de l'abdomen, dans le système de la veine porte, dans les veines sus-hépatiques, on rencontre du sang noir et poisseux en grande quantité.

En passant le doigt sur la surface péritonéale, on sent qu'elle est poisseuse ; c'est que cette surface, desséchée d'abord, s'enduit ensuite d'une matière qui donne cette sensation. Cette matière poisseuse est celle qui se retrouve dans tous les tissus, excepté dans ceux des viscères parenchymateux. Ainsi, dans tout le tissu cellulaire, dans le tissu musculaire, on voit cette matière poisseuse qui adhère aux doigts qui les pressent.

Epiploons. — Rien d'extraordinaire, à l'exception de l'injection, qui n'existe pas toujours.

Raie. — D'après MM. Laugier et de Larroque (Àrch. de méd., juin 1832, p. 204), elle est exsangue, généralement rapetissée, flétrie, ridée comme si elle eût été exprimée en la tordant dans un linge. Quand on la coupe par tranches et qu'on promène perpendiculairement la lame du scalpel sur une de ses coupes, à peine obtient- on un peu de sang. M. Briquet l'a vue ramollie et un peu hypertrophiée.

3° Appareil sécrétoire. Pancréas, — Bien à noter.

Foie. — On l'a vu congestionné et d'une teinte violette, mais souvent il est à peu près à l'état normal, plutôt réduit qu'augmenté de volume* A la coupe, il

CH0LÉ15A ÉflDÉMlQUî;. 109

n'en suinte qu'une très minime quanlité de sang, ce qui tient surtout h l'clat de coagulation et de densité de ce liciuide.

La vésicule biliaire est ordinairement distendue par une grande quantité de bile, et cependant les conduits excréteurs de la bile sont toujours libres. M. Briquet a vu, dans un cas, la membrane interne de la vésicule enflammée et en contact avec un liquide jaunâtre et purulent. La couleur de la bile est variable, elle paraît augmentée en densité; elle ressemble assez souvent à du savon noir ; d'autres fois elle est épaisse et filante comme de la mélasse.

4° Appareil urinaire. Reins. — Les reins sont vides, et l'on ne trouve qu'un peu d'urine trouble dans les bassinets; la vessie est vide, et les urines ont diminué à mesure que les excrétions séreuses se faisaient dans l'inieslin pour se supprimer complètement au moment où le malade a franchi la période phlegmorrhagique pour entrer dans la période cyanique. Ils sont engorgés , hyperémiés chez les sujets morts dans la période de réaction; en ce cas, ils sont augmentés de volume, ont une teinte rouge violacée, et laissent suinter à la coupe une quantité de sang assez consi» dcrable ; les bassinets contiennent quelquefois une matière blanche assez semblable à celle qui tapisse l'intérieur du tube digestif. En examinant les mamelons, on voit alors partir de leurs sommets des rayons à teinte blanche et laiteuse qui suivent le trajet des tubes urinifères, et s'elTacent à leur immersion dans la substance corticale. Ces rayons blanchâtres sont dus à l'accumulation d'un liquide spécial trouble et fort épais dans les tubes de Bellini ; en pressant les marne-

110 DU CHOLÉRA- MOUBUS.

Ions entre les doigts, dit M. Briquet, le liquide en est chassé, les rayons laiteux disparaissent, et la coloration rouge des mamelons devient manifeste. Ce liquide, semblable à de la bouillie ou à un précipité d'albumine, n'a jamais manqué.

a Mais il y a, poursuit M. Briquet, d'autres taches radiées ; celles-ci sont de couleur jaune d'ocre ou d'un jaune de sablon ; tantôt elles se présentent sous la forme d'aigrettes s'irradiant a la surface et dans toute l'épaisseur de la substance tubuleuse; tantôt, au lieu de rayons, on voit sept ou huit petits dépôts jaunes serrés irrégulièrement ; parfois il en existe sur tous les mamelons, d'autres fois sur quelques uns seulement. lia pression ne les enlève pas, et par l'écrasement de ces points entre les doigts on éprouve la sensation d'une poussière calcaire que l'on aurait pressée. Ces rayons et dépôts de couleur jaune d'ocre sont dus à la présence, dans les tubes urinifères, d'une matière que nous avons analysée; notre ami, M. le docteur Boullandj micrographe habile, a trouvé que cette matière était formée uniquement par des cristaux d'acide urique. L'analyse chimique nous a conduit au même résultat. »

Ces dépôts d'acide urique se sont rencontrés dans les tubes urinifères de treize des trente-cinq sujets autopsiés par M. Briquet. Les bassinets présentent ordinairement une injection veineuse assez vive.

Capsules surrénales ordinairement saines.

Uretères. — Rien de remarquable, si ce n'est que ces canaux sont parfois tapissés d'une couche de matière blanchâtre semblable à celle des intestins.

Vessie. — Presque toujours contractée, dure, ridée.

retirée derrière le pubis, généralement vide, et tapis-= sée souvent à Tintérieur par une couche de matière blanchâtre analogue à celle que nous avons signalée dans les autres organes.

Urètre. — Ce canal est sain ; on Fa vu revêtu à l'intérieur d'une couche de matière semblable à celle des organes qui précèdent.

5" Appareil respiratoire. Fosses nasales. —Quelquefois leur muqueuse est revêtue d'une couche blanchâtre; répiglotte et le larynx sont plus ou moins injectés,

La membrane muqueuse de la trachée et des bronches présente une coloration rose, rouge et parfois violette; absence d'écume bronchique. M. Briquet y a vu, dans trois cas seulement, une éruption de petites bulles miliaires au niveau de l'ouverture des folliciiles contenus dans la muqueuse.

Poitrine, ■ — Les poumons sont d'une intégrité remarquable, gris marbre, légers, crépitants, presque exsangues , s' affaissant sous le doigt, dont leur tissu conserve l'empreinte et ne réagissant pas, à la manière de la pâte de guimauve. Ils sont le plus souvent appliqués sur les côtés de la colonne vertébrale, comme les poumons d'un animal vivant à qui on a fait une plaie pénétrante de poitrine ; ils laissent entre eux et la plèvre un espace dans lequel l'air pénètre en sifflant quand on perce la paroi thoracique. Le tissu pulmonaire est sec ; coupé par tranches, il s'écoule des principaux vaisseaux un sang noir et poisseux qui s'échappe •à grosses gouttes; mais les vaisseaux capillaires sont vides ; leur bord postérieur est le siège d'un engouement général fort léger.

112 DU CIIOLÉltA-MORCUS,

Plèvres. — Elles sont lisses, brillantes, poisseuses, adhérentes aux doigts, parfois comparables à des boîtes de sapin anglais parfaitement vernissées llochoux); en un mot, leur aspect est entièrement analogue à celui du péritoine.

Dans les vaisseaux pulmonaires, et surtout dans les veines, on trouve un engorgement vasculaire prononcé si le sujet est mort depuis quelque temps. Dans Tartcre pulmonaire et ses divisions se voit un sang noir et poisseux; ce sang montre que l'hématose a cessé de se faire progressivement avant la mort, et cette cessation progressive de l'hématose peut s'observer sur le cadavre où Ton trouve du sang avec les propriétés que nous lui connaissons enveloppant des caillots plus solides qui présentent à leur centre des vestiges d'une matière coagulable se rapprochant par son apparence de celle qui se trouve dans le sang à l'état sain. C'est que, l'hématose devenant imparfaite, les veines pulmonaires ne rapportent plus au cœur que du sang mal hématose, la marche du sang est ralentie par le ralentissement de la circulation , et s'il se fait des caillots dans les veines, le sang poisseux les entoure au moment de la mort du sujet.

Diaphragme. — Rien à noter, si ce n'est que cette cloison est souvent fortement refoulée en haut.

6'' Appareil circulatoire. Cœur. — Presque toujours sain, présentant quelquefois à son extérieur des taches ou ecchymoses qui paraissent dues à la rupture des vaisseaux nourriciers. Sur quarante-quatre sujets, M. Marens {Gaz. des hop,, 28 juillet 1831) a rencontré ces ecchymoses neuf fois. Les cavités cardiaques, particulièrement les droites, contiennent un sang noir et

CHOLÉRA ÉPIDÉMIQUK. US

caillebotté analogue à la gelée de groseille, sec comme du raisiné ou bien semblable à un beau vernis noir. Les cavités gauches sont presque vides. La consistance du cœur est diminuée assez souvent, et son tissu friable, mou, pâle et flétri, a quelquefois la couleur de la feuille morte.

Les artères sont vides, revenues sur elles-mêmes, présentant quelquefois, dans les troncs principaux, des macules rougeâtres qui paraissent dues à une imbibition cadavérique. Le peu de sang que ces vaisseaux contiennent est noir.

Les veines caves supérieure et inférieure, les sousclavières, les intercostales, en un mot tous les gros troncs veineux sont gorgés d'un sang très noir. Les veines des membres ne contiennent qu'une médiocre quantité de ce liquide; ces vaisseaux présentent souvent à leur intérieur des traces d'imbibition sanguine.

7° Appareil de V innervation, —Les vaisseaux et les sinus de la dure-mère sont gorgés d'un sang noir. Dans quelques cas, M. Rocheux y a vu une accumulation de sang telle dans la pie- mère qu'elle simulait des ecchymoses larges comme la paume de la main. L'arachnoïde ne paraît pas avoir présenté cette sécheresse que nous avons signalée dans d'autres séreuses.

La consistance du cerveau et du cervelet est normale; coupées par tranches, les substances cérébrale et cérébelleuse laissent échapper de leurs vaisseaux principaux quelques gouttes de sang noir et poisseux. D'après M. Velpeau, les ventricules cérébraux contiennent une quantité plus ou moins considérable de sérosité. Pointillé vasculaire nombreux des deux sub-

1 1 /l DU CHOLÉRA-MOEBUS.

stances et surtout de la grise, et parfois adhérence de la pie-mère au cerveau.

La pie-mère rachidienne est injectée ; la moelle épinière presque toujours saine; parfois augmentation de quantité du liquide céphalo-rachidien. MM. de Larroque et Laugierpnt vu, vers la queue de cheval, des désordres semblables à ceux produits par l'inflammation.

Les nerfs pneumogastriques sont à l'état normal. M. Bouillaud a vu trois fois une légère altération de ces cordons nerveux. Les autres cordons nerveux n'offrent rien à noter.

Système nerveux ganglionnaire, - Ce système n'offre rien de particulier, quoique Delpech ait attribué l'affeclion cholérique à une inflammation des ganglions semi-lunaires.

8° Jppareil de la locomotion, — Les muscles sont plus foncés en couleur que dans les cadavres ordinaires, ils ont une teinte de sang veineux qui se retrouve dans presque tous les tissus; ils sont durs, roides, contractés et souvent tendus comme des cordes.

Les os ont, dans certain cas, une couleur rouge. Les lésions cadavériques constatées chez un petit nombre de sujets qui ont succombé dans ces derniers jours [Gazette des hôpitaux, 29 novembre 1853), n'ont présenté jusqu'ici aucune circonstance particulière, rien qui n'ait déjà été vu et décrit dans les précédentes épidémies. On y a reconnu tous les caractères anatomopathologiques constatés en 1832 et en 18i9.

Voici en quelques traits quelles sont les principales lésions cadavériques propres au choléra qui ont été en quelque sorte vérifiées de nouveau sous nos yeux par les dernières autopsies.

CHOLÉRA ÉPIDÉMIOUK. 115

« L'aspect du cadavre des sujets morts dans la période algide ne diffère pas sensiblement de l'aspect même que présentait le malade dans les derniers moments de la vie. On y retrouve la rigidité des membres, la teinte cyanique de la peau du visage, des mains et d'une plus ou moins grande étendue de la surface du corps; la teinte livide des lèvres, l'amaigrissement extrême de la face, l'excavation profonde des orbites, etc. Nous avons constaté, en outre, chez quelques sujets, notamment chez l'un de ceux qui ont succombé dans la salle Sainte- Jeanne à l'Hôtel-Dieu, une flétrissure extrêmement prononcée du globe oculaire avec des ulcérations de la cornée. Un caractère qui est particulier aux cadavres des cholériques et qui a été également constaté chez ces derniers, c'est la persistance de la température qu'avait le corps au moment de la mort, température très inférieure, comme tout le monde le sait (et comme nous l'avons déjà dit), à la température normale, mais plus élevée que n'est habituellement celle des cadavres des sujets morts de toute autre maladie.

» Dans les organes intérieurs, on a retrouvé sur prèsque toutes les membranes muqueuses de vastes ecchymoses disséminées çà et là, tant sur la muqueuse gastro-intestinale que sur la muqueuse bronchique, ecchymoses qui ne sont que le résultat d'une stase sanguine mécanique semblable à celle qui a lieu sous la peau.

» On a retrouvé encore cet état sec et poisseux si remarquable et si caractéristique dans cette maladie de toutes les membranes séreuses, péritoine, plèvres, péricarde, etc., ainsi que ces flocons, ces grumeaux

116 nu CHOLÉRA-MORBUS,

albumineux adhérents à la surface de ces membranes, » L'une des lésions principales, et à laquelle on a dans le tempsattaché unegrande et juste importance, est celte éruption granuleuse de l'intestin, cette sorte de psorentérie, ainsi qu'on l'a appelée (Serres et Nonat). » C'est, en général, sur les malades qui succombent rapidement dans la période algide qu'on la rencontre. Cette éruption a été trouvée très abondante et très développée chez le premier malade qui a succombé dans les salles de M. Rostan, et qui est mort dans la période algide. Nous devons dire cependant qu'elle a été trouvée aussi sur un malade mort dans les mêmes salles après plusieurs jours de maladie. » {Gaz. des hop., 1853.) Voici, du reste, deux observations dont nous devons la première à l'obligeance de M. Nonat luimême, et dont la seconde nous a été communiquée par un autre observateur non moins distingué, M. Marcé, interne des hôpitaux et lauréat de l'École pratique. Elles sont remarquables par cette particularité que, dans la première, les lésions anatomiques étaient très saillantes, et qu'elles manquaient entièrement dans la deuxième.

Première observation. — Clioléra-morbus terminé par la mort. Autopsie, psorejiiérie ; par M. Nonat, médecin de l'hôpital de la Pitié.

Coquiec (Alexandre), ôgé de vingt-sept ans, étudiant en médecine, est entré à la Pitié, dans le service de M. Nonat, le 24 novembre 4 853.

Ce malade, quoique d'apparence assez robuste, était sujet depuis quelque temps à des indispositions fréquentes, surtout depuis son retour de vacances.

Le 23 au soir, ayant une diarrhée assez abondante, il but du vin chaud.

CHOLÉRA ÉPIDÉMIOUE. 117

Le 24 au matin, il fut pris delà plupart des symptômes du choléra : diarrhée persistante, vomissements, crampes, douleurs à l'épigaslre et surtout à Ihypochondre droit.

Dans le courant de la journée, il appelle un médecin qui lui ordonne du thé : il en prend un peu. Les accidents ne font qu'augmenter de gravité. Il entre à la Pitié le soir, à sept heures. L'interne de garde le trouve dans la période algide : cyanose peu marquée, froid visqueux, vomissements et diarrhée, crampes. Il lui fait prendre une poiion excitante et laudanisée; sinapismes.

Le lendemain 25, à la visite, teinte cyanique générale et très caractérisée; yeux caves, ternes; perte presque complète de la vue; intelligence presque complètement naturelle. Le malade donne quelques renseignements sur son état depuis le 23, et seml)le se douter de sa malidie Froid général très marqué; peau visqueuse comme celle des batraciens. Langue froide, assez humide ; haleine glacée, odeur toute spéciale; voix un peu éteinte et saccadée; respiration jissez normale. Pouls petit, mais très fréquent (130 pulsations); bruits du cœur presque imperceptibles, lents. Crampes générales très douloureuses. Constriction douloureuse de 1 abdomen, mais surtout douleur vers l'hypochondre droit. Epigaslre un peu sensible à la pression. Depuis la veille, peu de vomissements et de diarrhée; selles et matières de vomissement fétides, blanchâtres avec une légère teinte jaune; pas d"urine depuis près de vingtquatre heures.

Immédiatement après la visite, vers dix heures, un bain d'air chaud lui est donné; six ventouses scarifiées sont appliquées sur l'hypochondre droit. Pour la journée : thé; eau de Seltz; glace.

Une demi-heure après le bain de vapeur, aucun changement favorable. Au contraire, refroidissement plus marqué; crampes forçant le malade à se pelotonner dans son lit. Pouls complètement insensible; l'intelligence baisse; le malade se trouve bien; voix presque entièrement éteinte : pronostic mortel.

En effet, vers onze heures et demie, le malade meurt sans aucun signe de réaction.

Autopsie le 26, à neuf heures du malin. -— Teinte cyanique moins marquée que pendant la vie. Roideur cadavérique très grande.

Péritoine très visqueux; intestins assez développés et rouges extérieurement. A leur intérieur, injection générale assez intense. Â la fin de l'intestin grêle surtout, et aussi dans le reste de cet intestin, ainsi qu'à l'esîomac même, présence d'une infinité de petits boutons. Psorentérie formant le caractère pathologique du choîéra. De plus, valvules conniventes beaucoup plus hypertrophiées dans toute l'étendue de l'intestin grêle. Liquide renfermé dans les intestins contenant une grande quantité de flocons blanchâtres.

Plaques de Peyer altérées en assez grande quantité; les unes très rousres, les autres blanchâtres, ressemblant à des cicatrices.

118 DU CHOLÉnA-MORBUS.

Rate petite, contenant du sang. Foie assez naturel, un peu plus rouge que d'habilude. Reins liypertrophiés , gorgés de sang, la substance corticale très développée ayant comme atrophié la tubuleuse.

Cœur mou, contenant une grande quantité de sang noir, visqueux , ressemblant à du raisiné. Pas de caillots. La substance même du cœur est noire cl infiltrée de sang diftluent.

Rien de particulier aux poumons. Un peu d'emphysème.

[Gazelle des hôpilaux, 6 décembre i 853.)

Deuxième observation. — Choléra-morbus. • — Mo7H. — Absence de prodromes et de lésions anatomiques.

Rien que nous soyons porté à croire que dans la très grande nnajorité des cas la lésion anatomique signalée par MM. Serres et Nonat existe, et que les cas où on ne la rencontre pas sont exceptionnels, il faut cependant tenir compte de ces exceptions, que l'on a cherché à expliquer par le temps plus ou inoins long qu'a duré la maladie, ou par Tépoque plus ou moins éloignée de la mort où Tautopsie a été pratiquée. C'est à ce titre, nous le répétons, que nous publions le fait suivant dont l'authenticité nous est parfaitement garantie par la bonne foi et l'habileté de l'observateur :

Le 28 novembre, à une heure de la nuit, on apporte à l'hôpital Beaujon le nommé Petit-Jean (Manuel), manœuvre, âgé de dix-neuf ans. Il est couché salle Saint-François, n° 16, service de M. Sandras.

Le dimanche au malin cet homme, qui les jours précédents était dans un état de sanlé parfaite, est atteint de diarrhée et d'un malaise extrême. Il prend plusieurs verres de vin chaud, et même de l'eau-de-vie. Mais son état ne fait que s'aggraver, et vers midi les vomissements surviennent; les évacuations se succèdent avec une rapidité et une abondance extrêmes. Surviennent bientôt les crampes , la teinte cyaniqne des mains, le refroidissement des extrémités. A son entrée à l'hôpital, l'état général était des plus graves, le pouls insensible à la radiale.

On eut recours à dessinapismes fréquemment répétés, à des frictiens excitantes. On donna une potion avec l'éther et le laudanum.

Le lundi 28 novembre au matin, les extrémités s'étaient réchauffées , et l'on percevait bien faiblement le pouls; mais la voix était éteinte, les crampes persistaient, la cornée était terne, et les évacuations se succédaient, quoique à intervalles plus éloignés. Le malade succomba le soir à huit heure.^, sans qu'on ait pu obtenir un commencement de réaction franche et légitime. La mort avait lieu trente-six heures après l'invasion des accidents, et sans l'apparition de la diarrhée prodromique.

A l'autopsie, faite trente heures après la mort, on trouve le cœur à l'état normal, mais renfermant une assez grande quantité de sang noir, poisseux, non coagulé, et tout à fait caractéristique.

Les poumons retenus par des adhérences, mais sains du reste.

Le foie fortement congestionné; la vésicule était distendue par une grande quantité de bde.

A l'extérieur, l'intestin n'offrait rien d'extraordinaire ; seulement rS iliaque du côlon était très revenue sur elle-même.

La muqueuse stomacale offre au niveau de la grande courbure des ecchymoses sous-muqueuses au nombre de quatre ou cinq , mais du reste pas d'autre altération.

Dans le duodénum et le jéjunum , la muqueuse offre une couleur rosée, mais non uniforme, et siégeant surtout par plaques. Il y a en outre des arborisations nombreuses et très finement dessinées ; les valvules sont comme boursouflées et œdémateuses ; en les raclant, on enlève une certaine quantité de mucus visqueux , rougeâlre et adhérent; pas de ramollissement de la muqueuse. Les plaques de Peyersont en certains points un peu saillantes: mais l'examen le plus attentif ne fait découvrir qu'un seul de ces follicules durs, saillants, qui constituent la psorentérie, et encore estil peu caractérisé et même révoqué en doute par quelques uns des assistants.

Dans le cœcum on rencontre, comme dans l'estomac, des ecchymoses sous-muqueuses assez abondantes; du reste tout le gros intestin est parfaitement sain, à part un lombric et quelques trichocéphales. La cavité intestinale contenait une assez grande quantité de liquide tout à fait analogue aux déjections cholériques.

[Gazette des hôpitaux, 4 3 décembre 1853.)

Etude du sang des cholériques, — D'après M. Rayer, du sang de cholérique, recueilli dans un vase en passant sur la boule d'un thermomètre, a fait monter le mercure à 24 degrés et demi Réaumur ; sa couleur était plus foncée que celle du sang d'un individu affecté de péricardite; il s'est bientôt pris en masse et

120 DU CHOLÉRA-MORBLS.

n'a présenté qu'une fort petite quantité de sérum ; au bout de deux à trois jours d'exposition à l'air, la surface du caillot est devenue complètement noire comme du goudron, tandis que du sang ordinaire , conservé pendant le même laps de temps, est resté rouge. Battu pour en séparer la fibrine, il s'est faiblement coloré en rouge, tandis que le sang ordinaire, pendant la même opération, est devenu rutilant. Sa consistance est très considérable, et il s'écoule comme un vernis épais ; on peut résumer ainsi le travail de M. Rayer :

1^ Le sang cholérique rougit peu à l'air;

2^* Il rougit moins sous son sérum que le sang non cholérique ;

3° Son sérum rougit moins le caillot du sang non cholérique que le sérum ordinaire ;

4« Les sels favorisent et avivent sa coloration à l'air ;

50 11 conserve plus longtemps que le sang non cholérique la propriété de rougir par les sels;

6*^ Enfin , il contient moins de sérum et moins de sels que le sang non cholérique, et par cela même, est moins oxygénable.

D'après Wittstock, les caractères physiques du sang des cholériques seraient les mêmes que ceux du sang physiologique. La densité est de 1038,5 et la proportion des parties solides de 137,5 sur 1000. D'autres analyses de Simon, de O'Shaughnessy, de Heller, ont donné des résultats variables. MM. Becquerel et Rodier ont repris ces recherches, et de plusieurs analyses ils ont conclu que : La densité du sérum est très considérable, beaucoup plus forte que dans Tétat normal : la proportion d'eau diminuée; la somme des

CHOLERA ÉPIDÉMiQUE. 121

matériaux solides très augmentée ; Talbumine dans des proportions normales et ayant plutôt une tendance vers la diminution que vers raugmcntation. Le chlorure de sodium est notablement augmenté, il y en a près d'un tiers de plus que dans l'état normal ; il s'est donc concentré dans le sang. Les matières grasses ont été plus que doublées; enfin, les matières extractives sont en proportions énormes (1).

Dans deux analyses complètes du sang, on a observé les mêmes résultats, el en outre, une densité très considérable, ainsi qu'un chiffre extrêmement élevé des globules. Le sang s'est coagulé avec une extrême difficulté, et ce n'est qu'avec des peines infinies qu'on a pu obtenir une petite quantité de sérum.

Examen microscopique du sang cholérique, —M. Magendie [Gazette des hôpit,, 29 mai 1832) a trouvé, dans le choléra, les globules sanguins dans l'état suivant : Leur forme était irrégulière, on n'y voyait pas ce petit noyau opaque qu'on remarque à l'état sain. La coque qui contenait chacun de ces globules était froncée comme une pomme ridée. D'autres ont prétendu n'y avoir trouvé aucune différence avec le sang d'un homme sain.

Effets du sang cholérique sur les animaux, — M. Magendie a injecté 250 grammes de sang cholérique dans la veine jugulaire d'un chien à qui on avait retiré 250 grammes de sang par le même vaisseau ; cet animal a succombé le soir avec tous les symptômes du choléra, A l'ouverture cadavérique, les intestins

(i) Becqueret et Rodier, Traité de chimie pathologique appliquée à la médecine pratique, 1854, ^ voi. in-8. p, 134.

ont olTert les mêmes lésions et le même liquide qu'on trouve dans les cadavres de cholériques.

Étude sur la matière des vomissements et de la diarrhée dans le choléra, — MM. Becquerel et Rodier ont analysé en 18/i9 les matières des vomissements cholériques provenant de six malades différents, tous dans un état fort grave, et présentant les caractères tranchés qu'ils ont dans le choléra. Tous soumis à la filtration, ont filtré facilement et laissé sur le papier un résidu insoluble et un liquide parfaitement transparent. Ces deux parties ont été examinées avec le plus grand soin. La première, la partie insoluble, est constituée presque exclusivement par de l'albumine coagulée, dont les fragments sont unis par du mucus en quantité très faible et tout à fait impondérable.

En résumé, ainsi que nous l'avons déjà dit d'après les analyses de MM. Bouillaud, Lassaigne et Lecanu (p. 105 et 106), l'analyse des vomissements permet de considérer ce liquide morbide comme constitué par du sérum du sang étendu d'une quantité d'eau variable, et en général très considérable, au milieu duquel nage de Talbuminc coagulée, dont les fragments sont unis par du mucus, et dans lequel se trouve une proportion relativement considérable de chlorure de sodium.

De l'analyse de quatre liquides diarrhéiques provenant de malades cholériques dans un état fort grave, MM. Becquerel et Rodier ont tiré les mêmes conclusions que pour les matières des vomissements , sauf toutefois l'alcalinité des déjections due à des sels ammoniacaux qui ne s'y trouvent du reste qu'en faible proportion. C'est , en définitive , une eau légèrement albumineuse dans laquelle le chlorure de sodium est

en quantité notable et au milieu de laquelle nagent des fragments d'albuuiine coagulée (1).

Du reste, les uns ont vu dans les déjections cholé* riques des lamelles détachées de la muqueuse intestinale altérée ; d'autres, des noyaux de cellules épithéliales; ceux-ci, des globules se rapprochant plus ou moins des globules du pus ; ceux-là, des modifications de la fibrine.

MM. G. Swayne, Brittau et Budd (de Bristol), y ont reconnu, en 1849, des corpuscules d'apparence singulière, qu'ils regardèrent comme exclusivement propres au choléra.

Examen des urines des cholériques, — Dès les premiers jours de l'épidémie de 1849, M. Michel Lévy annonça, par une note adressée à l'Académie de médecine, en date du 7 avril, qu'il avait constaté la présence de l'albumine dans l'urine des cholériques ; il a recherché cette .substance non seulement dans l'urine excrétée, mais encore dans l'urine extraite à l'aide du cathétérisme , chez les cholériques cyaniques et algides.

Contrairement à l'opinion de M. le professeur Rostan, qui a également constaté, et avant lui (dès le 9 mars), la présence de l'albumine, M. Michel Lévy pense que l'albumine existe aussi dans l'urine à la période de réaction. Quoi qu'il en soit, cette circonstance le conduit à rejeter l'idée de typhus consécutif, de transformation typhoïde appliquée à l'appréciation de la période réactionnelle du choléra. Il regarde la présence de l'albumine comme une sorte

(1) Becquerel et Rodier, loc. cit.^ p. 476 et 488.

124 DU CHULÉUA-MOUBUô.

de mesure de rintensité du choléra, comme un régulateur du pronostic et de l'action thérapeutique. La présence de l'albumine a été aussi constatée, en 1853, dans les urines des cholériques, par M. Vernois.

M. John Grave a découvert, au microscope, un produit qu'il appelle champignon du choléra, dans la première urine rendue par les cholériques. Suivant lui, contrairement à M. Swayne, les cellules du choléra se trouveraient ailleurs que dans le tube digestif.

M. W. Bird pense que ces cellules sont différentes de celles de M. Swayne, et qu'il ne s'agit ici que de tondes comme on en trouve souvent dans l'urine normale.

Étude de Vair expiré par les cholériques, — M. Donné (Bouillaud, Monographie du choléra, 1832, p. 225) a fait passer de l'air expiré par deux cholériques, à travers de l'eau de chaux, et cette eau s'est troublée sur-le-champ, ce qui prouve que cet air contenait de l'acide carbonique.

De son côté, M. Rayer a fait sur ce sujet des expériences intéressantes [Gazette médicale ^ 1832, n° 37), d'où il résulte :

1° Que l'air expiré par les cholériques qui n'olïVent point les caractères de l'asphyxie contient à peu près la même proportion d'oxygène que l'air expiré par des individus sains ;

2*» Que l'air expiré par les cholériques qui olïrent les caractères extérieurs de l'asphyxie contient notablement plus d'oxygène que celui expiré par des individus sains ;

3" Enfin, que la diminution ou le défaut d'absorption de l'oxygène dans la respiration coïncide avec

CHOLÉRA ÉPiDÉMlOLi:. 125

l'abaissement de la température du corps, l'altération du sang et l'imperfection ou le défaut d'hématose.

Appréciation des phénomènes. — « Pour peu que vous arrêtiez vos réflexions sur les phénomènes observés dans le choléra, dit M. Gendrin , sur leur enchaînement aux diverses périodes et sur les recherches anatomiqueset cliniques dont nous avons parlé plus haut, il vous sera facile de vous faire une idée nette des phénomènes morbides, d'établir la doctrine réelle des accidents cholériques ; je veux vous faire comprendre la nature de cette affection.

» Le malade atteint de choléra est manifestement frappé d'emblée d'une déperdition de liquide qui se fait sur la muqueuse du tube digestif si abondamment, que l'organisme manifeste l'épuisement qui en résulte pendant qu'on voit arriver au dehors les causes de cet épuisement : ce sont les excrétions morbides. Ce point de départ , qui existe à priori dans le choléra, est la clef de tous les accidents qui se succèdent.

» Quand on voit ces déperditions de liquide qui normalement se trouvent dans le sang, et qui s'en séparent après avoir été plus ou moins élaborés^ on conçoit que l'organisme doit souffrir, et cette souffrance se manifeste par le refroidissement des extrémités, refroidissement causé non par la déperdition du calorique, puisqu'on ne peut y remédier par une production artificielle de chaleur, mais bien par la déperdition de l'activité des fonctions plastiques. Le sentiment de faiblesse éprouvé par les malades, la débilité qui croît avec lui, est donc un phénomène qui peut s'expliquer et qu'on comprend parfaitement.

>: L'anorexie commence avec la maladie cholérique

12ft DU CHOLÉRA-MORBUS.

et se continue avec elle. La digestion n'est possible que par la sécrétion normale des liquides destinés à Taccomplir. Cette sécrétion est tarie, ou du moins la sécrétion du suc gastrique est convertie en un fluxséreux anormal.

o Les autres sécrétions sont supprimées; il ne se produit plus d'urine, et si la diaphorèse survient, ce n'est guère autre chose qu'une exsudation qui se produit sur un cadavre commençant, c'est une exsudation qui se fait sans circulation, sans turgescence de la peau, comme on la voit presque toujours survenir chez les moribonds. On comprend que les sécrétions se suppriment, car c'est dans le sang qu'elles puisent à chaque instant leurs principes constituants, et le sang, altéré dans sa composition , ne peut plus les leur fournir.

» 11 arrive que la maladie cholérique s'arrête ; alors les déperditions se suspendent, et le malade peut retrouver en lui-même assez d'activité fonctionnelle pour réagir et récupérer un état de son organisme qui puisse le conduire à la santé en passant par la période réactionnelle : alors la question change complètement de face.

» Nous touchons là à une des plus importantes questions de pathologie générale, i.e phénomène de la réaction, c'est-à-dire la surexcitation vasculaire allant jusqu'à la fièvre et favorisant les sécrétions, se montre chez beaucoup de malades. 11 s'établit dans l'organisme en vertu de la loi que nous allons énoncer : c< Toutes les fois que sous l'influence d'une cause quel- » conque une certaine dépression se montre dans les û appareils de la plasticité, elle a pour résultat de ra-

» lentir l'activité circulatoire, de créer la torpeur et « Tengourdissement. Dès que cette dépression s'arrête, » soit par épuisement de la cause productrice, soit par )^ la perturbation que la médication peut apporter » dans l'économie , l'organisme continue d'agir et » d'accomplir ses fonctions dans la limite de la dé- » pression; alors l'activité fonctionnelle se relève pro- » gressivement et tend à favoriser la circulation ralentie » momentanément, et à détruire la stase sanguine qui » existait dans les capillaires. La circulation reporte » dans les vaisseaux du sang qui a repris ses qualités » physiologiques ; l'appareil vasculaire est surexcité » par ce sang auquel il n'est plus habitué , c'est ce qui rt constitue l'état fébrile et une grande propension aux » phlogoses. » N'est-ce pas un phénomène analogue qui se produit chez un homme enfermé longtemps dans l'obscurité, et à qui Ton rend tout d'un coup la lumière du jour; il ne peut la supporter, et elle détermine chez luiunétatdesoulTrance, un véritable état pathologique.

)^ En appliquant cette doctrine au choléra, le phénomène se spécialise par les modifications fonctionnelles que cette maladie entraîne dans l'appareil vasculaire périphérique.

» Dans le choléra-morbus, aussi longtemps que les déperditions continuent, aussi longtemps que les capillaires sont en contact avec le sang qui ne s'hématose plus et qui est devenu visqueux , la débilité persiste dans les appareils des fonctions plastiques ; mais sitôt que les accidents cessent, l'hématose revient peu à peu; ces appareils sont surexcités par le sang revivifié, et il se produit de la fièvre synoque de réaction qui appartient à tous les choléras.

1?8 Di (jHOKtf.A-MOHBUS.

» Toutes les fois que l'organisme est maintenu dans un état fébrile, il est dans un état insolite qui a pour caractère principal l'aptitude au développement des états morbides, des phlogoses en particulier. Ne voiton pas cela chez les sujets maintenus dans un état fébrile par une cause traumatique, par une opération chirurgicale, par exemple? Ils sont toujours à la porte de phlogoses intercurrentes.

» Dans toutes les maladies où se produit une période réactionnelle, il y a danger pour l'apparition d'inflammations diverses, et de ces phlogoses qui déterminent ces métastases épigénétiques qui se montrent à la suite de tant de choléras; aussi, dans tous les écrits bien faits, trouve-t-on que, quand la réaction est très énergique , il faut la réprimer par une médication appropriée pour réprimer les accidents inflammatoires de l'encéphale auxquels elle donne lieu. Par là j'arrive à vous montrer comment la réaction , bien que succédant au choléra et constituant un phénomène indispensable pour le retour du sujet à la santé, peut devenir la cause d'accidents épigénétiques et engendrer cette série de phlogoses qui se développent soit dans l'encéphale, soit dans le tube digestif, soit sur la peau, soit dans les parotides, soit enfin dans d'autres organes encore.

«Vous voyez qu'en vous expliquant comme je les comprends les phénomènes que l'on observe pendant le cours du choléra, je n'ai pas eu à faire un bien grand effort de logique , et que j'avais raison de vous dire que la genèse des phénomènes qui se produisent dans cette maladie était facile à concevoir. (Leçons sur le choléra; — Gazette des hôpitaux, 13 décembre 1853.)

CHOLÉRA KPIDl-MIOUF.. 129

G. — Maladies consécutives ad choléra ou avec lesquelles il

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