‹ Chomedey de Maisonneuve [microforme]Chapitre 12 sur 31 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les mêmes (qui font silence respectueux), MAISONNEUVE, CHaAR- LES DE MAUPERTAL.

MAISONNEUVE— (calme, avec autorité). —Qu'estce ceci ? et ce désordre et ce tumulte ?

ARCHAMBAULT.—Seigneur, les chiens aboient à la forêt. Les Iroquois sont-là, assurément.

Crosse.—Trons-nous pas en parti contre eux ?

Tous.—Irons-nous pas ?

MAISONNEUVE—(avec fermeté el calme).—Le temps n’est pas venu pour ce coup hardi.

MATTEMAILLE.— Nous sommes lassés de ces délais.

ARCHAMBAULT.—Nous garderez-vous en d’éternelles alarmes ?

PRIMOT.—Nous ne pouvons être en assurance aux seuils de nos portes.

HEBERT.—Nous ne pouvons faire quatre pas hors de la palissade sans être assaillis par ces assas- Sins.

MATTEMAILLE. — Humilierons-nous pas, un jour, ces insolents ?

MAISONNEUVE— (avec calme).—Mes amis, le temps n'est pas venu ; pour la centième fois je vous le dis, le temps n’est pas venu de nous faire justice.

Gorry.—Cette modération est à contre-temps, Elle enhardit nos ennemis. Ils nous méprisent comme des lâches en voyant que nous n’osons les poursuivre, pas même à une portée de fusil.

MATTEMAILLE.—Champlain était prudent et pourtant il n’a pas hésité à courir les humilier jusque dans leurs cantons.

BARBEAU.—Nous laisserons-nous fusiller sans bouger jamais ?

MAISoONNEUVE.—Avez patience ; quand Dieu nous aura donné du monde, nous tenterons de bons coups.

Crosse.—Nous nous rendons méprisables. Un sauvage provoqué prend de sanglantes revanches et nous, comme des lièvres peureux, nous nous tapissons dans nos glapiers.

ARCHAMBAULT.—Allons ! allons ! en une heure nous les aurons débusqués et nous aurons enfin la paix et le respect.

MATTEMAILLE.—Les capitaines hurons vengent leurs guerriers tués dans l’embuscade ; nos frères, à nous, sont indignement assassinés et nous ne bougeons pas ?

ARCHAMBAULT.—Allons ! allons! vengeons nos frères !

Tous—(avec un mouvement). — Allons, allons.

MATTEMAILLE.—La plus vile cabane huronne aurait assez de cœur pour châtier le meurtre de ses guerriers !

MAISONNEUVE—(avec calme).—Mes amis j’admire votre ardeur généreuse, votre martial orgueil. Mais observez donc que nous ne sommes qu'une poignée d'hommes. Les Troquois sont légion. Leur tuer cent guerriers, qu’est-ce pour eux. Les cinq cantons réparent tout aussitôt cette perte légère. Pour rous, perdre dix hommes, moins que cela, cinq colons, c'est un tort irréparable, un désastre qui compromet l’établissement de Villemarie. Attendez ; le temps des représailles n’est pas venu.

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