SCÈNE III
ASTISCOUA, -— ROBERT.
ASTISCOUA—-(les regards tournés vers la chapelle). — Le menteur, trop lâche encore pour avouer son ouvrage ! Il veut s’en décharger sur le Père Vimont. Ah! je ferai sortir de son cœur faux le mensonge et la vie comme une couleuvre de sa peau écaillée. |
RoBERT.—Le cafard ! Il m’insulte ! Il voudrait me perdre ! Il va périr lui-même ; ma patience est à bout... Astiscoua que vas-tu faire ?
ASTISCOUA.— As-tu compris son discours ?
ROBERT.—Oui, certes, et je l’ai ressenti.
AsTiscouA.—Hé bien ! prête-moi ton poignard et je venge l’injure commune.
ROBERT—(avec humeur).—Mon poignard !…… Frappe-le du tomahawk.
AsTIscoOUA.—Non, je n’en ferai rien.
ROBERT—(après un silence).—Est-ce là ton dernier mot ?
ASTISCOUA.—Astiscoua ne fera rien si de Maupertal ne lui prête son poignard.
ROBERT—(après un silence). —Sauvage, tu abuses de l’urgence où nous sommes. Voici mon poignard.—(Le présentant à Astiscoua)—Tu ne trembles pas ; tu n’appréhendes rien ?
ASTISCOUA — (à deux genoux, renverse une pierre, aspire la bouche contre terre, puis se relevant). — J’ai renversé la pierre que le Père Vimont avait posée sur les os de nos Pères ; j’ai aspiré leur esprit vaillant et farouche. Astiscoua ne faiblira pas.
RoBERT.—Voici le poignard. Frappe... fort...
au cœur.—(J1 sort).
ASTISCOUA—(seul).—Qui t'a faite, arme homicide ? Quel destin inespéré est le tien! Ton fer brille ; ta pointe est aiguisée ; ta lame, affilée et
pénétrante. Le manitou de l’injure vengée habite en toi. C’est lui qui me sourit dans les reflets d'argent que tu me jettes. Tout à l’heure tu t’abreuveras d’un sang noble.
(On entend venir le couvre-feu ; Astiscoua se dissimule au coin de la chapelle).