SCÈNE IV
LAMBERT CLosse, le couvre-feu, — CHARLES DE MAUPERTAL,
LAMBERT-CLOSSE—(qui chante le couvre-feu). —
Colons de Villemarie,
Chrétiens fermes au devoir,
Le couvre-feu vous convie
Au repos bien doux du soir.
Vive Marie !
Amis, bonsoir.
CHARLES—(qui sort de la chapelle).—Bonsoir, Closse.
CLosse.—Bonne nuit, Monsieur Charles. Vous allez donc nous quitter demain.
CHARLES.—-A regret.—Cependant, j’en remercie le Ciel, j’ai assez vécu avec M. de Maisonneuve pour le connaître et m’édifier.
.: CLOSSE.—M. Robert, votre frère, n’est pas aussi sensible aux exemples d’une belle vie. N’avez-
vous pas été marri de le voir si peu chevaleresque ce matin quand nous courrions sus aux Iroquois ? Ne vous fâchez-vous pas de le voir vendre des boissons enivrantes aux sauvages pour grossir un peu son pécule ? N’êtes-vous pas humilié de ses accointances avec le méprisable Astiscoua ?
CHARLES. — Closse, votre discours avive mon chagrin et ma honte.
CLosse.—Mon Dieu ! oui, j’ai tort. M. Robert est votre frère ; un frère... Assurément c’est malhonnête de médire de lui quand vous êtes là. Pardonnez-moi cette cruauté.
CHARLES.—Hélas ! quelle vie que la mienne !
de quelles joies, de quelles tristesses mêlée! Je vis, l’âme éprise de desseins magnanimes, exaltée d’espoirs radieux, mais épreuvant, hélas ! trop souvent les ennuis noirs, les perplexités crucifiantes, les lassitudes qui accablent, des dégoûts, des mélancolies à mourir, bref, me semble-t-il, toutes les navrances intimes de Gethsémani.
CLosse.—Courage ! Courage, M. Charles! $i votre âme chrétienne et chevaleresque ne s’altère point, Dieu vous donnera bon avenir.—Bonsoir, M. Charles.
CHARLES.—Bonne nuit, Closse.—(71 sort d’un côté, Closse de l’autre ; celui-ci entonne le chant du couvre-feu et sa voix s'éteint).
ASTISCOUA— (sortant de sa cachette).—Par Île manitou, jai failli glisser dans un mauvais pas. Si
j'eusse été prêt à frapper quand de Maupertal est sorti, ou s’il fût sorti en compagnie de Maisonneuve ! — (Montrant son manitou) — Agreskom me protège merveilleusement. Allons, guettons la proie et cette fois tombons dessus comme le milan sur le passereau.—(71 se cache de nouveau près de la chapelle).