‹ Chomedey de Maisonneuve [microforme]Chapitre 27 sur 31 · LES TROIS MOMENTS LE CETTE ŒUVRE CHRÉTIENNE ET FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LES TROIS MOMENTS LE CETTE ŒUVRE CHRÉTIENNE ET FRANÇAISE

Champlain choisit le lieu de l’établissement, et ce choix fut providentiel ; il sanctifia le sol de la Nouvelle-France ; il ambitionna d’y fonder une colonie catholique et son vœu fut rempli; ces trois actions constituent substantiellement l’œuvre de Champlain et le mérite religieux de sa vie.

Qu'il est beau, mes frères, le patrimoine de nos pères ! Elle est magnifique la vallée du Saint-Laurent que Dieu donna à notre race en héritage ! O Canada ! chantait l’un de nos poètes.

O Canada, plus beau qu’un rayon de l'aurore ! Et moi, que dirai-je, célèbrerai-je ma patrie, l’abondance et la majesté de ses eaux ; l’enceinte vaste, l’encadrement de ses montagnes azurées ; la décoration séculaire de ses forêts ; ses plaines plantureuses ; ses saisons variées et salubres ! Champlain, explorant ce grand fleuve qui baigne le sol national plus heureusement peut-être que le Nil, la féconde Egypte, Champlain s’émerveillait : “ Le pays, écrivait-il, va de plus en plus en s’embellissant.… plus nous allons en avant, plus le pays est beau ! ” Quand les Cartier, les Maisonneuve, quand les fils du patriarche d’Assise et les disciples de Loyola eurent connu cette terre du

Canada, tous aussi bien que Champlain pressentirent que ce territoire, comme la terre de France, serait le lieu d’un peuple choisi ; unanimement ils lui donnèrent le plus beau des noms, un nom de prédilection au ciel, un nom cher au monde catholique, un nom révéré des vieilles nations, celui de France, ce fut la France Nouvelle de l'Amérique ! Champlain avait visité maintes régions et particulièrement la délicieuse Acadie ; inspiré de Dieu, il choisit pourtant, pour berceau du peuple qui allait naître, le promontoire de Québec, si bien nommé le Cap Diamant, châsse splendide préparée par la nature à sertir uu noble berceau ! Ici l’historien louera le coup d'œil sûr, le jugement sagace de Samuel de Champlain dans le choix qu'il fit du rocher de Québec pour asseoir la colonie française. A cette fin il célèbrera et “le havre magnifique qui peut contenir les flottes les plus nombreuses ? et “le grand fleuve qui fournit une large voie pour pénétrer au centre de l'Amérique septentrionale ” et le rocher inexpugnable qui doit être “la clef de la vallée ” “ la sentinuelle avancée d’un empire français”. Ne nions pas les lumières du génie, mes frères ; cependant Dieu, “qui envoie du ciel, comme parle Bossuet, les généreux sentiments, les sages conseils et toutes bonnes pensées”, éclairait ce génie, en étendait les vues. Oui, élevons plus haut nos yeux, mes frères, et disons que Dieu guidait dans ce choix notre fondateur : Dieu avait re-

gardé avec complaisance le rocher de Québec et décrèté d'y établir l'Eglise-mère de la chrétienté canadienne-française ; Dieu avait choisi ce rocher de Québec, comme jadis le mont Sion, pour y établir le culte de son nom et la gloire de son Eglise : Quam elegit Dominus ut poneret nomen suum ibi (III Reg. XIV).

Ce n’était pas tout de bien choisir le sol de la patrie nouvelle ; il fallait le sanctifier.

L'histoire sainte nous apprend que le Tabernacle, que Jéhovah avait honoré de sa présence au désert, avait déposé, au temps du saint roi David, chez un homme vertueux qui s'appelait Ohbédédom. Le précieux dépôt fut pour ce fils d'Israël une source de prospérité et de bénédictions.

Saintement avide des multiples faveurs qui accompagnaient le Tabernacle, David fit une grande s0lennité. Les lévites et les douze tribus font retentir des psalmodies inspirées ; les encens jetés sur le feu des encensoirs embaument la voie publique ; les fumées des holocaustes montent au ciel et au milieu de ces pompes sacrées le roi-prophète conduit l’Arche de l'Alliance dans sa ville capitale, Jérusalem, et ce fut un bonheur pour Juda ! Mais combien plus sanctificateurs et plus tutélaires, mes frères, sont les symboles du culte

chrétien ! Cartier avait commencé la sanctification

du sol national en érigeant sur ce coin de terre que vous possédez, mes frères, la Croix du Christ

rédempteur, la croix, unique mais impérissable monument que le navigateur malouin nous laissa de son passage ! Champlain couronna l’ouvrage commencé.

IL bâtit l'autel au pied du rocher de Québec. Il avait compris que l’autel où le Christ a ramassé les trésors de la Rédemption, est la pierre angulaire, l’assise principale d’un peuple qui veut vivre et prospérer ; qu’on ne met point prudemment ailleurs le fondement de nos solides espoirs ; Mec enim aliud nomen est sub cœlo datum hominibus in quo oporteat nos salvos fieri (Act. IV). Plein de cette foi, Champlain érige l’autel sacro-saint, jette au-dessus pour l’abriter la voûte de la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrance. Une famille religieuse l’entoure, encore par les soins de Champlain. Les disciples de Loyola, en prêchant à nos ancêtres toute la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ comme elle est contenue dans la Tradition et les Saintes Ecritures, firent de nos pères des hommes de foi, de foi pure et éclairée ; en ajoutant le prestige de l’exemple à l’autorité du discours, les disciples de Loyola rendirent populaires, par les leçons vivantes Ge leur vie, l’abnégation, la patience héroïque, la chrétienne pénitence; ils firent de nos pères des hommes de mœurs austères et fortes. Ministère précieux dont nos pères remerciaient le ciel en attendant qu’il vint celui que Dieu devait faire le père de la chrétienté

canadienne-française, le très pieux et immortel évêque Montmorency-Laval.

Enfin, l’ambition de Samuel de Champlain, aije dit, était de fonder, dans la Nouvelle-France, une colonie catholique. L’heure est venue de transporter dans la vallée du Saint-Laurent ies gens de Normandie et de Bretagne, d’Anjou et de Saintonge pour y faire souches vivaces, foyers de patriarche. Vous nommez l’année 1608. Mes frères, vous vous trompez. Sous les rois François I, Henri IIL et Henri IV, les entreprises coloniales ont mal succédé. On s’est écrié ! Malheur ! Infortune ! on se trompait. De Roberval, de la Roche, de Mont, Champlain lui-même—car au commencement n’étant qu’un subalterne, il ne faisait pas ce qu’il voulait—jettent sur nos plages des colonies où se rencontrent d’abord trop de repris de justice, plus tard nombre de Huguenots. TL’ange du Canada, qui veillait sur notre berceau pour v mettre l’honneur et la religion, ne protégea pas ces colons qui n’avaient pas ou la foi ou les mœurs que le Ciel exigeait, et ces colonies naïssantes périrent misérablement. Non, mes frères, ne faites pas erreur : ce n’est vraiment pas en 1608 que le soleil éclaira le jour de notre naissance nationale, à nous, peuple canadien-français. (C’est de l’essai colonial de 1632 que l’historien Laverdière écrit avec vérité : “l’on peut dire qu’en cette année-là, la Nouvelle-France, si cruellement éprouvée, prit

comme une nouvelle naissance et se trouva bientôt assez forte pour vivre de sa propre vie au milieu de ces grandes forêts du Nouveau-Monde,. ” Quoi ! mes frères, auriez-vous oublié la catastrophe de 1629 ? Le ?2 juillet 1629, Louis Kerth, plantait le drapeau anglais sur lun des bastions du château Saint-Louis ; le canon, tonnant dans la rade, annonçait que le Canada était devenu possession britannique. Alors c'était un malheur ! aujourd’hui, certes, il nous agrée de faire partie de lempire anglais. Dans cette vallée du Saint- Laurent, Français et Anglais, amis et émules, nous unissons nos talents, nos volontés, nos bras pour la fortune et la gloire de notre commune patrie et nous sommes contents de notre sort. Le caractère du peuple anglais a grandi avec ses destins ; sa magnanimité et sa libéralité ont rendu son drapeau populaire. Aussi avec quelles sincères amitié et gratitude accueillez-vous dans vos fêtes présentes le très-noble représentant de notre gracieuse souveraine Victoria dont l’empire et la majesté couvrent nos libertés religieuses et politiques. Mais alors le patriotisme inspirait d’autres vœux. Nous avions à naître et la France, la fille aînée de l’Eglise, était élue de Dieu pour être notre mère.

1629 a done vu périr la colonie française de 1608 : Champlain a pleuré sur ses labeurs anéantis et quels labeurs ! Vingt ans et plus il a soutenu la tâche de son âpre destinée ; les mécomptes et

les déboires se sont multipliés, comme ses espérances; vingt fois il a essuyé la mer et ses tempêtes et ses calmes pleins d’ennui ; les jaloux, les envieux se sont complus à traverser ses desseins ; les puissants lui ont fait mendier leur protection. La patience de notre fondateur dans cette longue suite de tribulations et de traverses fut invincible, invincible comme le promontoire de Québec qu’assaillent en vain les flots du Saint-Laurent, soulevés par un vent de tempête. Maïs voici qu’en juillet 1629, les Kertk, combattant pour l’Angleterre, prévalent ; Champlain est contraint de capituler ; un vaisseau anglais doit rapatrier en France les officiers de la Compagnie de Caen, ies religieux, les soldats et les colons. Toutes les patriotiques fatigues de Champlain sont frappées de stérilité ; la noble entreprise du héros catholique et français échoue ; tout son grand effort s’évanouit.

Mais Dieu soit béni ! quand tout semble perdu dans les tâches chrétiennes c’est l’heure où votre puissance, Ô mon Dieu, se déclare et tout est sauvé !

C’est le 23 mai 1633, trois vaisseaux français mouillent dans le port de Québec. La Nouvelle- France a été restituée, le 29 mars 1632, à la France par l’Angleterre. Une compagnie d’hommes, —les cent associés que de catholiques pensées et des vues patriotiques inspirent, ont reçu du Roi la direction de la colonie française en Canada ; un

cardinal d’un génie créateur accorde à notre pays ses sollicitudes. Champlain est rentré dans la rade de Québec ; ses trois vaisseaux, le Don de Dieu, le Saint-Pierre, le Saint-Jean portent deux cents colons honorables à qui Charlevoix a rendu ce glorieux témoignage : “J’ai vécu avec quelques-uns de ces premiers colons presque centenaires, de leurs enfants et d’un assez bon nombre de leurs petits-enfants, tous gens plus respectables encore par leur probité, leur candeur et la piété solide dont ils faisaient profession que par leurs cheveux blancs et le souvenir des services qu'ils avaient reudus à la colonie.” Tous, officiers supérieurs, religieux, colons vont débarquer. Le canon résonne ; son tonnerre plaît comme une ciameur triomphale ; partout éclatent l’allégresse et la sereine espérance. Mes frères, saluez, saluez la patrie canadienne-française qui naît. Elle est là, en germe mais entière. Les deux cents colons c’est notre peuple avec son noble caractère, sa forte foi, ses rudes et féconds métiers : Champlain, c’est l'autorité régissant les sujets sous la dictée d’une raison droite et de principes chrétiens ; les RR. PP. Ennemond Masse, Jean de Brébœuf représentent votre clergé ami, dévoué; le vaisseau le Saint- Pierre porte un nom fatidique : il symbolise la dvnastie pontificale, pierre angulaire sur laquelle va s'asseoir Ja chrétienté du Canada. Vibrez, canons du fort : mêlez-vous, voix des cieux et voix des

eaux ; hymnes sacrées, élevez-vous de la plage de Québec et du pont des vaisseaux ! Aujourd’hui luit un grand jour, l’un des bons jours de tout un peuple ; aujourd’hui naît la Nouvelle-France, la France de l'Amérique.

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