‹ Chomedey de Maisonneuve [microforme]Chapitre 28 sur 31 · LA SURVIVANCE DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

LA SURVIVANCE DE CHAMPLAIN

Champlain a rempli sa mission ; il n’a plus qu'à mourir. “ Après avoir donné à sa chère colonie de nombreux témoignages d’un dévouement sans borne et les exemples d’une piété aussi ardente qu'’éclairée, Champlain prit une nouvelle naissance au Ciel le jour même de la naissance de notre Sauveur en terre ; il mourut le jour de Noël, 25 décembre 1635” (Laverdière).* Plus heureux

(*) LA MORT DE CHAMPLAIN—On était arrivé aux derniers jours de décembre 1635, les jours les plus courts de l’année. Sur le promontoire alors couvert de neige le soleil se montrait à peine, rasant l'horizon et ne jetant qu’une lueur pâle et fugitive aux fenêtres de la pauvre habitation où le fondateur de Québec agonisait. Hélas! sur l’ombre grandissante des soirs d'hiver, l’ombre éternelle descendait lentement.

Champlain vit venir la mort et ce fut le grand déchirement de son cœur de rompre tous les liens qui l’attachaient à la terre, et de dire adieu à la vie et à ceux qui lui étaient chers, à la vieilie France qu’il ne reverrait plus et surtout à sa chère Nouvelle-France dont les futures destinées lui causaient tant d’anxiété.

Mais il était un grand chrétien ; et le joyeux carillon de Noël annonçant la venue du Messie lui apporta de douces consolations. C'était le jour où le ciel promet la paix aux hommes de bonne volonté, et toute sa vie n’avait-elle pas prouvé sa bonne volonté? C'était le jour où son Dieu qu’il

que Moïse qui expire en présence seulement de la Terre de Promission, Samuel de Champlain meurt

avait aimé et servi fidèlement descendait sur terre : ne venait-il pas recevoir son œuvre comme un patron reçoit l'ouvrage de son ouvrier, et lui payer son salaire ?

LA GLORIFICATION DE CHAMPLAIN.—Sans doute, nous sommes tous de ceux qui croient que l’homme ne meurt pas tout entier, et que la résurrection et l’immortalité sont promises à tous.

Mais il est des hommes d'élite auxquels l'humanité décerne une autre immortalité, même sur cette terre, et qu’elle ressuscite pour les combler d’honneurs.

Voilà l'étrange phénomène de la vie des nations auquel nous assistons, et que j'ai appelé quasi surnaturel.

C'et une résurrection, la résurrection de notre grand ancêtre,père de notre nationalité! C’est sa victoire définitive sur la mort. C’est la glorification de son œuvre. C’est l’apothéose d’un homme personnifiant toute une race, et recevant de sa patrie la couronne de l’immortalité !

Messieurs, la vie et la gloire humaines sont deux manifestations de Dieu sur la terre. Elle sont les deux grandes visiteuses qui en font sans cesse le tour, et dont les appels font sortir les uns du néant et les autres de l'oubli. Mais les appels de la gloire s'adressent plutôt aux morts qu'aux vivants, et il y a souvent des siècles que ceux-là dorment oubliés au fond de leurs tombeaux introuvables, quand la gloire les réveille et leur communique une vie nouvelle qui n'aura plus de fin.

On s'étonne que l’on n'ait pu trouver ni le tombeau, ni les cendres de Champlain. C’est que ce tombeau a dû voler en éclats aux appels de la gloire et que le mort en est sortis glorieux.

Pendant plus de deux siècles, il a dormi dans cette terre qu’il a tant aimée ; mais ce long sommeil n’était pas le travail de la destruction et de l’anéantissement. C'était l’incubation de la gloire. C'était la germination de cette semence d’immortalité qui fait les morts si grands que les tombes ne peuvent plus les contenir et qui les fait surgir tout rayonnants de l’ombre dans des attitudes d’apothéose.

Le Juge A.-B. RoUTHIER.

dans la terre promise de ses rêves. Je cherche son tombeau ; je cherche sa poussière dernière : ces restes mêmes d’outre-tombe qu’on entoure de respect, sont anéantis, et voici qu'après deux siècles et plus Champlain, que le sépulcre a dévoré, se lève sous les yeux d’une génération qui le révère. IT nous apparaît sur un piédestal superbe, sous une forme incorruptible, victorieuse des temps, et son regard embrasse la ville qu’il a fondée, élargie, embellie, riche de souvenirs patriotiques et d’espoirs éternels. Le vaillant est tombé sur le champ de ses magnanimes labeurs. Comme Roland, d’épique souvenir, Samuel de Champlain meurt hors du sol de douce France ; maïs plus fortuné que le héros des champs de bataille de l’époque Carlovingienne, qui ne laisse qu’un nom que les poètes couronnent de gloire, mais d’une gloire toute de fiction, Samuel de Champlain laisse pour postérité un peuple qui publiera avec amour son nom ; et quand le preux féodal n’est plus qu’une légende, Samuel de Champlain voit par delà deux siècles un peuple entier se ramasser autour de son monument, acelamer son souvenir et la grandeur de son œuvre.

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