CONTES, FORMULËTTES ET BLASON POPULAIRE
z'"* ric ! — Crac ! — Sabot ! — Cuiller à pot !
— * Québec ! — Marche avec ! — Marche aujourd’hui, marche demain, à force de marcher on fait beaucoup de chemin. — Il y avait
une fois un homme et une femme . ))
Cette sorte d’introduction aux contes populaires a pour objet de commander le silence. Ce conteur dit : — Cric !.. ; les auditeurs les plus voisins répondent : — Crac !.. ; et ainsi de suite. Petit à petit les conversations cessent, et lorsque la (( formulette )) est terminée, le silence est établi et le conteur peut commencer : — (( Il y avait une fois. ...»
choses d’autrefois
M. Paul Sébillot, dans ses contes populaires de la Haute-Bretagne, a publié une version allongée de cette formulette. La voici :
(( Il y avait une fois ;
« — Cric ! — Crac ! — Sabot ! — Cuiller à pot ! — Soulier de Dieppe ! — Marche avec ! — Marche aujourd’hui, marche demain, à force de marcher on fait beaucoup de chemin. — Je passe par une forêt où il n’y avait point de bois, par une rivière où il n’y avait point d’eau, par un village où il n’y avait pas de maisons. Je frappe à la porte et tout le monde me répond. Plus je vous en dirai, plus je mentirai : je ne suis point payé pour vous dire la vérité.
((Il y avait une fois — pour une bonne fois — -un homme et une femme qui étaient très âgés, etc. ))
M. Sébillot, avec qui je suis en correspondance depuis longtemps, et qui est un folk-lo riste convaincu, me demande avec instances de recueillir les contes populaires du Canada français. Je me récuse pour une foule de raisons, et je passe le chanteau à qui voudra le prendre. Ce serait pourtant plaisir de raffiné que de
FEUILLES ÉPARSES
transcrire les contes des Sept rangées de dents et des Sept paires de souliers d’acier ! . . . .
On appelle (( blason populaire » les surnoms ou appellations dérisoires que l’on se donne d’une localité à l’autre. J’ai fait autrefois une cueillette de termes de blason populaire canadiens que j'ai envoyés à mon aimable correspondant d’outre-mer. Il a publié cela dans un très curieux ouvrage ( Blason populaire de la France, par H. Gaidoz et Paul Sébillot, Paris, 1884), rédigé avec un soin et une probité littéraire admirables. Les Jarrets noirs de la Beauce, les Beignets de Sainte-Rose, les Chonayens ou Canons de Lorette, les Sorciers de l’ile d’Orléans, y figurent avec indications de provenance et notes explicatives détaillées.
Dans le comté de Charlevoix, les habitants des principales paroisses ont leur blason : les Dindes de la Malbaie, les Moutons des Eboulements, les Loups de la Baie St-Paul, les Têtes d’ Anguilles de la Petite-Rivière, les Marsouins de l’île aux Coudres.
On disait autrefois, et l’on dit peut-être
encore aujourd’hui, dans le comté de Bellechasse : les Que t eux de St-Gervais. C’est un blason qui jure avec l’aisance générale des habitants de la localité ; mais une fois blasonné par le populaire, on est affublé pour longtemps, sinon pour toujours.
Les formulettes canadiennes sont très nombreuses :
« — C’est aujourd’hui la Saint-Lambert,
Qui quitte sa place la perd;
— C’est aujourd’hui la Saint-Laurent,
Qui quitte sa place la reprend... ;
<( — Petit couteau d’or et d’argent, ta mère t’appelle au bout du champ, etc. ; — Colimaçon borgne, montre-moi tes cornes, etc... )) sont connues de tous les habitants de nos campagnes, de même qu’une foule de devinettes et de proverbes.
Les contes populaires finissent souvent par cette formulette ; (( N, i, ni, mon petit conte est fini !.... » ou par cette autre : (( J’ai pilé sur la queue d’une petite souris ; elle a fait kir ki, mon conte est fini ! ))
Tout cela fait voir jusqu’à quel point nous
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sommes restés français, et en dit plus long peutêtre que d'éloquentes démonstrations.
Il est bien loin de nous le temps des contes de la Barbe-Bleue, de Ccndrillon, des Trois Souhaits, de la Belle au bois dormant !... .Alors l'explorateur Leduc n’avait pas encore révélé au monde l'existence du Klondyke ; mais on nous faisait voir de l’or à pleines tonnes. Pour opérer ce prodige, un pauvre garçon, ami des fées et épris de la tille du Roy, n’avait qu’à dire : « Par la vertu de ma petite baguette ! . . . . )) et c’était fait !