‹ Choses du Nord et du MidiChapitre 11 sur 53 · LILLA · texte numérisé non relu

LILLA

Cependant les pensées de politique et de conspiration n'occupaient pas seules l'âme de Lorenzo. Depuis longtemps, des ombres traversaient son imagination, ombres vagues, h vrai dire, mais qui avaient toutes un incontestable caractère féminin. Ses pensées ne demandaient pas mieux que de se fixer sur un objet précis; il faisait à l'occasion différentes remarques, et entre autres que Santina, la fille du propriétaire chez qui il logeait, avait des yeux noirs pleins de flammes, qui la faisaient singulièrement ressembler à une bohémienne. Un matin, Santina entre dans sa chambre et lui remet une lettre toute mignonne et parfumée, portant pour sceau un Amour le doigt sur les lèvres, avec le mot discrétion. — Une lettre d'une dame ! dit Santina en la remettant. Elle était d'une dame effectivement, et contenait ces douces et caressantes paroles, pleines de promesses et d'espérances : « Je connais votre secret, je sais à quelle noble tâche vous vous êtes dévoué. Les âmes comme la vôtre n'ont pas besoin d'encouragement; mais vous ne serez peut-être pas fâché d'apprendre qu'une amie s'intéresse à vous et vous accompagne de tous ses vœux. Si cette nou-

velle vous est agréable, soyez aujourd'hui à l'Acquasola entre quatre et six heures de l'après-midi, et portez un camélia blanc à votre boutonnière. Pas un mot de tout ceci. Vous ne me connaissez pas, mais vous me connaîtrez en temps et lieu, si vous êtes discret. En attendant, pensez quelquefois à celle qui pense à vous. » On peut imaginer sans peine les émotions qui remplirent cette journée, les ardeurs, les désirs curieux, l'activité sans but, l'agitation sanguine, toutes les sensations pénétrantes et énervantes de plaisir inquiet et de fiévreux bonheur dont rénumération serait trop longue. Jamais le soleil n'avait été si beau que ce jour-là, jamais la nature n'avait été aussi éclatante, jamais les soucis et les besoins de la vie matérielle n'avaient été aussi légers, jamais les hommes n'avaient été des ombres plus muettes.

« On était dans les premiers jours d'avril. L'air était si clair, la verdure si fraîche, le soleil si brillant ! Hier encore, tout paraissait froid et sentait l'hiver. Quel merveilleux changement! — Oh! salut à toi, douce nature; jamais je ne t'ai tant admirée, jamais je ne t'ai sentie avec autant d'intensité qu'à ce moment. Es-tu réellement plus belle que de coutume, ou est-ce la joie que je porte dans mon cœur qui jette sur toi ces couleurs si brillantes? — Un sentiment de tendresse infinie inondait tout mon être; j'aimais jusqu'aux vaches qui paissaient tranquillement aux rayons du soleil. Une vieille femme s'approcha de moi et me demanda la charité. Son mari était malade à l'hôpital, et elle était misérable. Ce dernier mot résonna à mes oreilles comme une note discordante et presque comme un reproche. Quelqu'un pouvait-il être malheureux dans un jour pareil? — Venez ici, ma bonne femme* — Et je lui donnai toute la petite monnaie que je possédais. Si j'avais été riche, elle aurait eu au moins du pain

pour toute sa vie. Je l'aurais fait, et je le lui dis. Elle me regarda d'un air moitié reconnaissant, moitié étonné. — C'est un beau jour, n'est-ce pas, ma bonne dame? — Un beau temps pour les semailles, s'il continue encore un peu! répondit-elle avec un signe de tête dubitatif. — S'il continue ! Pourquoi ne continuerait-il pas? Ces vieillards seront-ils donc éternellement des oiseaux de mauvais augure? »

Les jours passent, les billets anonymes se succèdent, la déesse reste toujours invisible comme si elle prenait plaisir à prolonger le mystère. Enfin le voile se déchire, le rendez-vous devient sérieux, et Lorenzo s'achemine au lieu fixé. Avec quels tressaillements et quels battements de cœur ! Oh ! comme il lui semble que la journée est longue ! et lorsque l'heure désignée approche, comme il lui semble que le temps s'enfuit vite, au contraire! Il en est presque à. désirer que le rendez-vous soit manqué. Peut-être n'aura-t-elle pu venir! Mais non, un pas encore, et il est à, ses côtés. « Qui parla le premier, ce qui fut dit, comment je me trouvai à côté d'elle, de tout cela je n'ai pas le moindre souvenir. » Le temps s'écoule, elle est partie, et il est toujours là, plongé dans l'extase. « Les étoiles brillaient, les rossignols chantaient doucement, des milliers de mouches lumineuses étincelaient dans l'air, qui semblait imprégné d'amour. C'était comme un conte de fées. Je restai longtemps, aspirant le bonheur par chaque pore et baisant le bouquet de roses qu'elle m'avait laissé. Lorsque je rentrai à la maison, ma mère fut frappée de mon air de bonheur. — Comme vous êtes beau ce soir, mon chéri ! me dit-elle en me passant la main dans les cheveux; je ne vous ai jamais vu autant à votre avantage. — Je me sens si heureux ! répondis-je en l'embrassant, la rougeur au front. — Dieu te bénisse, mon cher fils! répondit-elle. — J'allai

me coucher, me répétant ces incomparables vers de Pétrarque :•

Chiare, fresche, dolci acque,

en substituant le nom de Lilla à celui de Laure, et je sommeillai toute la nuit sans me réveiller. »

Mais le plus doux bonheur a son amertume, et Lilla n'était pas femme à ménager l'amertume. C'était un de ces caractères féminins par excellence, faits pour dérouter à chaque instant, et qui demanderaient une analyse de tous les moments, une scrupuleuse surveil* lance de soi-même, dont la passion n'est pas capable. Le bonheur avec elle ne serait durable que si le rayon sous lequel elle a vu Lorenzo pour la première fois pouvait l'entourer d'une éternelle auréole; mais les rayons sont fugitifs, et fugitifs aussi les sentiments de Lilla. Frappée de tout ce qui brille, elle a aimé Lorenzo comme elle aurait aimé un beau soleil, un beau costume, un beau cheval. Lorsqu'elle le vit pour la première fois, c'était le jour de la réception de Lorenzo comme carbonaro ; la réception avait eu lieu dans l'appartement de son frère, et Lilla se trouvait par hasard cachée derrière les rideaux de l'alcôve. Les yeux de Lorenzo brillaient ce soir-là d'un éclat si héroïque, si exalté, si romanesque, que Lilla en conserva bon souvenir. Au fond, Lilla n'est qu'une jeune et belle sauvage ; elle n'a aucunement ce qu'on nomme le sens moral, non par dépravation, mais par ignorance absolue : elle ne sait ce que c'est, et sa nature ne lui dit rien à cet égard. Obéissant en toute chose à son caprice et à sa passion du moment, elle est par conséquent, comme toutes les femmes de son caractère, capable de méchanceté sans être instinctivement méchante, et cependant, malgré tous ces défauts vains

et puérils, qui ne peuvent manquer de frapper presque immédiatement, Lilla est dangereuse précisément à cause de ces défauts mêmes. Sa légèreté, ses caprices ne sont point des charmes, mais sont des stimulants funestes, qui aiguillonnent, excitent et tiennent en haleine l'amour tout en le lassant. C'est une de ces femmes dont on se sépare dix fois et vers lesquelles on revient autant de fois, car la vanité a de singuliers accommodements, et l'orgueil blessé est un mauvais conseiller. La facilité qu'on a de se venger de ces natures qui offrent tant de prise, le plaisir de les fouler aux pieds sans qu'elles puissent se défendre, le regret qu'on éprouve ensuite de ces quasi-lâchetés, la crainte d'avoir été trop dur, prolongent outre mesure ces orageuses passions qui ne finissent jamais chez les hommes vulgaires, qui flétrissent et empoisonnent leur vie, et dont les natures élevées elles-mêmes ne se délivrent qu'avec peine et après de longs combats. Lorenzo eut à faire toutes ces expériences.

Telle était donc Lilla, jeune femme de vingt ans à peine, fille d'un noble génois et d'une actrice, veuve du marquis d'Anfo et sœur du comte Alberto, ce même domino qui avait présidé la séance nocturne où Lorenzo fut reçu carbonaro. Enfant gâtée de son père, jamais ses caprices n'avaient été contrariés, et à dixsept ans elle s'était mariée par amour avec un des dandies les plus renommés de Rome, élégant cavalier qui, ayant épousé Lilla plutôt pour refaire sa fortune dilapidée que par une inclination bien marquée pour elle, eut la galanterie de se casser le cou trois mois après son mariage. Gracieuse, coquette, spirituelle, volontaire, au fond Lilla n'aimait guère que la vanité, tout ce qui brille Un moment, et tout ce qui donne un succès d'un moment* Elle rafTolait, par exemple, des couleurs voyantes, qui attirent invinciblement l'œil ;

elle avouait avec naïveté qu'elle pouvait se consoler de l'absence de celui qu'elle aimait toutes les fois qu'elle produisait un effet et qu'elle obtenait un succès d'admiration. Boudeuse, querelleuse, changeante, gracieux Protée féminin, il ne fallait jamais la prendre au mot, ni compter sur la force de son affection, lorsque sa vanité pouvait être blessée, ni attendre d'elle indulgence ou pitié pour les plus légères fautes vénielles contre l'élégance et le bon goût. Un jour, le pauvre Loaenzo est saisi d'une sorte de petite vérole qui le défigure momentanément. Il écrit à Lilla en lui annonçant son départ prochain pour les bains de mer, et s'excuse de ne pouvoir se présenter auprès d'elle avec la ridicule figure que lui a faite sa maladie. Lilla se fâche et lui ordonne de venir dès le lendemain, s'il veut expier sa faute et obtenir son pardon. Pouvait-il supposer que son affection pût être influencée par un tel accident? « Je fus assez faible pour céder. Lilla fut choquée à ma vue, et ne put s'empêcher de le laisser voir. Je le remarquai, et j'en fus piqué. Notre entrevue fut froide et courte. Nous nous sentions tous deux mal à l'aise, et lorsque nous nous séparâmes, il y avait un nuage entre nous. Pauvre Lilla! ce n'était pas sa faute, mais la mienne. Les hommes doivent faire très attention à ne pas choquer ce sentiment d'élégance et de beauté qui est inné chez les femmes, et qui n'est jamais blessé avec impunité. Ma figure était rouge et gonflée, et une grande partie de ma chevelure, ma seule beauté, avait été coupée par ordre du médecin. En réalité, j'étais assez laid pour effrayer un quadrupède ! Quelle merveille que Lilla m'ait trouvé tel ! »

Brouilles et raccommodements occupèrent ainsi plusieurs mois, mais enfin l'orage éclata. Parmi les connaissances de Lorenzo et <Je ses amis, se trouvait un

certain Beltoni, fat d'insupportable belle humeur, élégant de mauvais goût, très satisfait de lui-même et le faisant entendre à autrui. Un jour, Lorenzo, caché derrière un rideau, surprend toute une conversation dans laquelle Beltoni se vante de ses aventures amoureuses. La malheureuse femme qui fait le sujet de la conversation n'est autre que Lilla elle-même. Lorenzo passe toute la nuit à rassembler les lettres qu'il a reçues d'elle et à écrire la lettre de séparation, tâche difficile et qu'il faut recommencer plus d'une fois. — C'est trop dur! c'est trop indulgent! c'est trop froid ! — La lutte finit par une défaite. Après tout, ce Beltoni est un fat, toute cette histoire est peut-être une pure invention de sa part. Lorenzo a une entrevue avec Lilla. Comment, elle, aimer cet homme ! quelle odieuse histoire! Elle a été coupable par légèreté peut-être, Beltoni l'amusait, il contait de si plaisantes histoires, mais voilà tout. La tempête éclate avec son habituel accompagnement de pleurs, de sanglots, d'évanouissements. Lorenzo cède encore et s'en retourne calmé, mais refroidi. Les relations continuent. Cependant un jour de fête populaire, Lorenzo aperçoit à un balcon la tête de Lilla penchée près de celle de Beltoni. Le paquet de lettres scellées depuis plus d'un mois est envoyé immédiatement, et les billets d'explication et d'excuse de Lilla sont rigoureusement refusés. Le silence se fait pendant quelques mois autour de Lorenzo. Enfin Lilla apparaît subitement un matin à la campagne, dans un lieu écarté dont Lorenzo avait fait sa retraite favorite, et alors a lieu la scène définitive et violente, inévitable et nécessaire dénouement.

« — Vous voilà enfin, dit-elle. Je suis à vous chercher et à vous attendre depuis deux heures.

« J'étais tellement étonné et stupéfait, que je ne pus trouver un mot à répondre.

« — Vous vous attendiez peu, poursuivit-elle amèrement, à ce qu'un jour je ferais usage de la belle description que vous m'avez faite de cette vallée et de ce que vous appeliez d'habitude votre oasis dans le désert, pour venir vous y surprendre, assez peu agréablement, à ce qu'il me semble.

« — Si vous désiriez me surprendre, vous avez, je le confesse, réussi parfaitement; agréablement, cela ne se peut guère. La démarche que vous venez de faire est si imprudente, si téméraire ! Nous pouvons être vus de tous côtés.

« La lèvre de Lilla se plissa. — Vous craignez que je ne porte atteinte à, ma réputation? Gomme vous êtes devenu prudent tout à coup ! Vous l'étiez moins lors de nos rendez-vous quotidiens dans le jardin.

« — Je regrette de vous voir ici, parce que je crains, bien plus parce que je suis sûr qu'il ne peut résulter rien de bon de cette entrevue. Toutefois je suis tout prêt & écouter ce que vous pouvez avoir à, me dire.

« — Vous avez une manière froide et tranquille de dire et de faire des choses amères, qui vous appartient en propre et qui fait bouillir le sang.

« Je vis qu'elle était en train de se mettre en fureur, et je restai silencieux. Il se fit une pause.

« — Je vous en prie, lui dis-je, ne récriminons pas à l'endroit du passé. Qu'il nous serve plutôt de leçon. Nous avons fait une expérience. Nous n'étions que deux enfants; nous ne nous connaissions pas l'un l'autre, nous nous connaissions peu nous-mêmes. Le temps nous a révélé des différences de sentiments et d'habitudes qui sont tellement incompatibles... Bref, l'expérience n'a pas réussi. Il faut nous avouer la vérité ; vous ne m'avez jamais aimé.

« — Peut-être! interrompit brusquement Lilla; je

ne sais pas... Mais ce que je sais bien, continua-t-elle avec chaleur, c'est que depuis...

« Elle s'arrêta, et changeant subitement de ton : — Nous devons être amis ou ennemis à mort. Choisissez.

« — Mon choix est déjà fait, dis-je en respirant librement ; soyons amis, et séparons-nous en paix.

« — Non, non, pas de séparation ; soyez encore pour moi ce que vous fûtes autrefois.

« — Gela, je ne le puis pas, et je ne le serai jamais, répondis-je immédiatement.

« — Jamais ! dites- vous. Et elle tressaillit de la tête aux pieds comme saisie d'un frisson. Je ne répétai pas le mot, mais je fis un geste qui en voulait dire tout autant.

« — Bien alors ! Soyons ennemis et agissons comme tels. Il faut que j'aie votre vie, ou que vous ayez la mienne.

« En parlant ainsi, elle tira de la poche de son amazone deux petits pistolets et m'en offrit un.

« — Bah ! ceci est de la folie, répondis-je presque en souriant et en prenant le pistolet, que je jetai à terre. Vous pouvez me tuer si cela vous fait plaisir, mais jamais je ne lèverai mon petit doigt contre une femme.

« — Une femme! Gomme vous êtes généreux! ditelle avec dédain ; comme les airs de supériorité virile vous vont bien ! — Puis éclatant de rage : — Oui, une femme, une femme mortellement ofTensée qui demande réparation, entendez-vous? Ne vous reste-t-il donc plus une étincelle d'honneur?

« Je demeurais immobile. Je vis qu'elle était sur le point de me frapper avec sa cravache, mais je ne remuai pas.

« — Oh! pourquoi ne suis-je pas un homme? — Elle jeta à terre le pistolet qu'elle tenait.

« — Je voudrais que vous le fussiez, murmurai-je.

« — Le youdriez-vous? répliqua-t-elle. Je prends acte de ce vœu, et vous vous en souviendrez quelque jour. — Puis elle partit.

« Elle n'avait pas fait dix pas, lorsqu'on en lendit à peu de distance la voix de Santina qui m'appelait par mon nom. Lilla revint sur ses pas et dit en riant d'une façon maladive : — Ah! c'est votre négresse? Je veux la voir.

« — Vous ne la verrez pas, dis-je.

« — Craignez-vous que je ne la tue?

« — Vous voulez insulter une pauvre fille innocente, qui ne vous a fait aucun mal ; voilà ce que je crains et que je ne permettrai pas, répondis-je.

« Cependant Lilla persistait et s'efforçait de me repousser. Que pouvais-je faire ? Pour prévenir un malheur, je n'avais d'autre moyen que de répondre à Santina que j'y allais et que je désirais qu'elle s'en retournât, tout en retenant les mains de Lilla. Lorsque j'eus vu Santina rentrer à la maison, je laissai Lilla libre, et je lui dis : — Je vous demande pardon de la violence que je vous ai faite. Vous me remercierez un jour de vous avoir empêchée de commettre un acte indigne de vous.

« — Misérable! dit-elle d'une voix rauque, le compte que nous avons à régler ensemble est lourd ; mais le jour du règlement viendra, tenez-vous-le pour dit. — Et à ces mots elle s'en alla. »

Il y a du mouvement et de l'originalité dans cette scène, qui a dû être vraie. En général, quel que soit l'arrangement artistique du livre, on sent que M. Ruffini a surtout écrit avec ses souvenirs. C'est là ce qui fait le charme de cet épisode d'amour. La figure de Lilla n'aurait jamais été si vivante, si l'auteur n'avait pas écrit de mémoire ; elle n'aurait jamais été aussi vivement illogique, aussi follement insensée. Nous

recommandons spécialement cet épisode aux romanciers anglais. Lilla est bien un portrait de femme, elle n'est pas entourée de ces nuages métaphysiques qui enveloppent trop souvent comme des déesses ossianiques les héroïnes du roman anglais contemporain. En général d'ailleurs, les caractères de femmes dans la littérature anglaise ont toujours été trop tout d'une pièce : ou trop angéliques, ou trop odieux, ou trop grossiers.

Lilla tint parole, et sa vengeance faillit être terrible. A quelque temps de là, Lorenzo la rencontre au spectacle, causant et riant avec un jeune officier des gardes du corps, à qui elle le désignait ouvertement. Involontairement les yeux de Lorenzo se portant sur cette loge, son regard rencontra celui du jeune officier, et il lui sembla lire une expression de défi dans la physionomie de ce dernier. A la sortie du spectacle, l'officier l'arrête, et quelle n'est pas sa surprise en reconnaissant le tyran Anastase, la terreur du collège, détrôné par lui naguère ! Un duel s'ensuit, et Lorenzo tombe blessé. La rancune de Lilla n'alla pas plus loin, et elle poussa l'indulgence jusqu'à venir , voilée , demander chaque jour de ses nouvelles. Lorenzo ne la revit plus que deux fois, et dans des circonstances encore plus tragiques. Lilla venait alors s'humilier et solliciter son pardon , que Lorenzo , quoiqu'il ne le dise pas ouvertement, fut trop heureux de lui accorder.

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