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d’ Allemagne, trépassant d’épuisement et de douleurs a Bénévent ; Gélase II, pour éviter le méme sort, quittant Rome et s’en venant mourir a Cluny ; Innocent ET, Eugéne III, Alexandre ITI, Luce III, Innocent III, Innocent IV, Alexandre IV, Urbain IV, Clément IV, Grégoire X, Nicolas III, Martin IV, Honorius IV, Nicholas IV, Célestin V, Benoit XI, Urbain V, Grégoire XI s’acheminant tristement vers le sol de 1’étranger, loin de cette chaire de Pierre qui leur avait été confiée en dépdt sacré ; Eugéne IV n’échappant que par la fuite a la fureur des Romains qui l’avaient fait prisonnier ; Pie VII arraché du Vatican par Napoléon I ; Pie IX, chassé par la révolution, se réfugiant 4 Gaéte, puis retournant a4 Rome pour y souffrir et lutter bravement contre les ennemis de la Papauté et du Catholicisme. .
ae * Longtemps, longtemps encore, |’affreux cauchemar passa et repassa devant le Sauveur atterré : son ame ne pouvait encore s’habituer a une semblable ingrati-
tude envers ceux qu’il avait marqués du sceau de son
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héritage et de son apostolat. L’holocauste lui paraissait impossible ; il élevait les mains vers son pére : il allait le supplier une seconde fois d’éloigner de lui la terrible coupe, lorsqu’un cri de sublime résignation s’échappa de sa poitrine :
— Mon pére ! si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite !
Le sacrifice était accepté : le monde yenait d’étre sauve,
Seulement, depuis cette nuit lugubre de l’agonie, les larmes du Christ ont continué a suinter lentement sur les joues de chacun de ses successeuts.
En s’asseyant sur le trone de Saint-Pierre, chaque pape doit aller les puiser au fond du calice amer du jardin des Oliviers. Deés qu’il l’a porté a ses lévres, il se fait une sourde rumeur parmi les hommes qui ont aidé 4 crucifier leur Dieu. Ivres de sang et de vertige, ils se précipitent en foule sur les murs du vatican, pour renverser d’un seul coup ce vase de la divine tribulation qui doit rester toujours 14 comme un éternel monument de leur déicide. Mais écrasés aussi par une éternelle malédiction, leur rage restera toujours impuissante. Les larmes du Christ sont la pour protéger les portes de son Eglise, et toujours,
mt eet area trouver a ceux qui voudront s’ ‘élever ‘contre elles, les gémonies sur les bords du ‘Tibre, la roche tarpéienne aux pieds du Capitole. u
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L’ABBE LAVERDIERE.
A 1’étal de la marée, lorsque les matinées de juin deviennent chaudes et embaumeées, vous auriez pu voir, au pied de l’escalier visqueux et verdatre de la douane de Québec, un prétre de taille moyenne, a l’ceil noir, vif, au teint basané, aux épaules carrées, détacher de son organeau le cable qui retenait prisonniére une solide et jolie chaloupe
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L’ ABBE LAVERDIERE.
— comme on sait les construire dans l’ile d’Orléans — pousser au large, puis, du vent plein les voiles, courir dans le baissant vers les cétes verdoyantes du Chateau-Richer.
Impassible, la main sur la barre, le chapeau légérement incliné par la brise, ce hardi marin qui disparaissait ainsi petit 4 petit dans les profondeurs bleues de Vhorizon, était l’abbé Laverdiére qui, joyeux comme un écolier, s’en venait demander a sa paroisse natale une journée de repos nécessité par la nature aride et fatigante des importants travaux qu’il s’était imposés.
C’était la, dans ce ravissant village du Chateau- Richer, que Charles-Honoré Laverdiére était né le 23 octobre 1826.
Elevé pieuSement et humblement par une honnéte famille de cultivateurs, il puisa de bonne heure, sous le chaume paternel, ces sentiments de modestie et d’énergie qui firent l’honneur de sa vie.
Son cours classique fut rapide et brillant. Parmi ses camarades dé classe, se trouvait M. l’abbé Verreault, et de cette époque date une vieille amitié qui, resserrée par les souvenirs de l’enfance et consolidée par les mémes goftits historiques, n’a été brisée que par la mort.
Au sortir du collége, M. Laverdiére se voua a l’état ecclésiastique, et le 3 octobre 1851, il était agenouillé aux pieds de Monseigneur Baillargeon qui, pour la premiere fois, conférait la dignité de la prétrise.
Le jeune prétre était arrivé a la réalisation du réve de sa vie, et'sa piété exemplaire, sa profonde science du cceur humain, ses connaissances théologiques, Vinaltérable douceur de son caractére, le désignaient d’avance comme une précieuse acquisition pour une maison d’éducation.
Le séminaire de Québec se Vagrégea, et pendant des années il fut successivement professeur de troisiéme, de seconde, de mathématiques, de physique, de chimie, de musique vocale et instrumentale, et plus tard professeur titulaire de la chaire d’histoire a l'Université Laval et conservateur de Vimportante bibliothéque de cette institution.
C’était 1a, 4 travers les longues files ot s’étalaient
ses livres chéris qu’il faisait bon de voir l’abbé.
Laverdiére, la soutane toute poussiéreuse, les mains tachetées d’encre, expliquer comment 1’ Université avait obtenu possession des Heures de Marie Stuart ; montrer ses collections d’incunables et faire toucher du doigt ses Alde, ses Estienne, ses Plantin et ses Elzévir.
Bibliophile, comme I’ étaient Charles Nodier et Brunet, comme le sont encore Paul Lacroix, Edwin Tross et Harrisse, il n’y avait pas un coin de cette vaste salle qui ne fat connu de l’abbé. L’héte le plus petit, le plus obscur, était choyé a l’égal des plus précieux in-folios, et la collection de brochures canadiennes recueillies par ses soins est peut-é@tre unique en son genre. L’ceil du maitre rayonnait partout dans cet immense royaume de l’intelligence, et que de notes,
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de conseils, de renseignements précieux se sont éparpillés la, sur ce parquet, prodigués a pleines mains par ce modeste savant qui donnait sa science au premier venu avec la candeur et l’insouciance d’un enfant.
Nul mieux que l’abbé Laverdiére, n’avait su se rendre maitre des secrets de notre histoire — surtout depuis 1500 jusqu’a 1700 — et lui seul connaissait et, emporte malheureusement avec lui une foule de choses curieuses sur cette €poque reculée et si intéressante.
Ne refusant jamais un service, loyal, franc, délicat, d’une politesse exquise mais sans rafinerie, ayant toujours sur les lévres une excuse pour ceux que Yon attaquait devant lui, l’abbé joignait a ces charmantes qualités un grand amour pour le travail, sous quelque forme qu’il vint a lui, musique, peinture, beaux-arts, lettres ou sciences.
Chez lui, le sentiment artistique était on ne peut plus développé.
La musique le jetait dans des ravissements ineffables, et combien de veilles n’a-t-il pas consacrées a éditer le ‘‘ Chansonnier des Colléges, ’’ les cantiques a Vusage des maisons d’éducation, les trois éditions des chants liturgiques, la derniére édition du Graduel et du Vespéral, la Semaine Sainte, le Rituel Romain, et sa derniére ceuvre, le Paroissien noté.
Pendant plusieurs années il professa le dessin au séminaire, et de mon temps, quelques-unes de ses compositions pleines de finesse et de délicatesse de
ton, servaient encore de modéles aux éléves. En architecture son gofit était d’une grande sfireté, et plus d’une fois — pendant la récréation — il s’est amusé a modeler avec la pointe d’un couteau des petits navires ou des fouillis de sculpture pleins d’élégance et d’originalité.
Causeur aimable, d’une grande timidité avec les étrangers, mais doux, confiant et enjoué avec ses amis, l’abbé était, comme tous les savants, d’une incroyable distraction.
Un soir — c’était dans le temps ot tout le monde était soupgonné d’étre Placide Lépine — il y avait réunion chez un de nos hommes de lettres. La biographie de l’abbé Casgrain venait de paraitre, et je ne me rappelle plus trop comment cela était, mais cet endiablé de Lépine avait trouvé le moyen de faire défiler péle-méle la-dedans M. Laverdiére, le tombeau de Champlain et M. Stanislas Drapeau.
Ce malencontreux souvenir souleva de suite une longue dissertation de la part de l’abbé Laverdiére, et peut-étre aurait-elle duré longtemps, si elle n’efit été interrompue par une odeur trop accentuée pour étre agréable.
Des perquisitions sévéres furent ordonnées, séance tenante, et bient6t l’on découvrit que, tout en discutant, l’abbé avait allumé sa lanterne sourde, avec intention de regagner sa chambre, mais que, dans un magnifique mouvement oratoire, il l’avait gravement glissée dans la poche de son manteau, ot depuis
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cinq minutes elle se donnait a cceur joie de petits airs de volean incompris.
L’abbé Laverdiére écrivait difficilemeut, mais son style était d’une remarquable clarté et ses renseignements d’une exactitude a toute épreuve.
Un jour, il se mit en téte de retrouver la chapelle que Champlain avait batie et dédiée a Notre-Dame de Recouvrance. D2/ailleurs, aucunes données précises ; mais, d’aprés l’abbé, les précieuses ruines devaient exister entre le presbytére et la cathédrale de Québec. Alors, prenant son compas et son crayon, il esquisse un plan de la ville, telle qu’elle était en 1634, plan perdu depuis longtemps, mais qu’il refit d’aprés les anciens actes de concession, et un beau matin, la soutane retroussée, le pic a la main, l’abbé Laverdiére ouvrait bravement la tranchée en arriére de la cathédrale, faisant de droite, de gauche, voler roches et poussiére, et répondant flegmatiquement a ceux qui riaient de lui :
— Le mur est la; il doit aller tomber prés du maitre-autel de la cathédrale.
Soudain le fer grince sur la pierre ; une étincelle jaillit, et ’abbé tout en sueur, passe sur son front un foulard a larges carreaux, et jette un regard fe joie a ceux qui l’entouraient.
Notre-Dame de Recouvrance venait d’étre re-
trouvée !
Cette patience 4 toute épreuve était indispensable a homme qui toute sa vie ne fit que des travaux dé bénédictin.
En 1858, en collaboration avec les abbés Ferland, Plante et Bois, il surveilla l’impression des relations des Jésuites, trois tomes trés-grands, in-8, 4 deux colonnes, qui contenaient toute la collection imprimée a Paris au commencement du XVIle siécle, et devenue introuvable aujourd’ hui.
Pour compléter cet immense travail que nous devons a l’esprit d’entreprise de M. Augustin Cété et a la patriotique intervention du curé de Maskinongé, Vabbé Laverdiére le fit suivre d’une table synthétique, véritable chef-d’ceuvre de précision et d’analyse.
Plus tard, lors de la mort de M. Ferland, le séminaire le pria d’éditer la seconde partie du cours d’histoire canadienne laissée inachevée par ce savant professeur, et comprenant les périodes de 1663 a 1759. Ce fut probablement ce travail qui lui suggéra V’idée de publier son ‘ Histoire du Canada a l’usage des maisons d’éducation, ’’ ouvrage devenu classique aujourd’ hui, et que M. l’abbé Cyrille Légaré apprécie en ces termes :
— Les événements s’y développent avec clarté. Les faits y sont présentés, avec ces détails particuliers qui permettent de'les retenir. Le style y sait unir la simplicité 4 la correction. M. Laverdiére n’avait qu’un but en publiant cet abrégé : aider nos éléves a étudier nos annales. Il a fait plus, il a composé un
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livre qui attache le lecteur et lui procure le plaisir de rafraichir sa mémoire, sans le condamner 4a l’aridité ordinaire 4 ce genre d’écrits.”’
Vers cette époque se place aussi la publication de différents opuscules sur Ja découverte du tombeau de Champlain, sur Notre-Dame de Recouvrance, ainsi quune brochure ‘‘a la mémoire du Pére Enémond Massé, S. J.,’’ cette derniére en collaboration avec l’abbé Casgrain.
Il trouvait aussi le temps d’écrire dans L’ Adetle, journal publié par les éléves du séminaire de Québec, et redigea au jour le jour — suivant l’ancienne tradition — la relation de ce qui se passait de plus remarquable sous ses yeux. Ce dernier travail est inédit. Tl en est de méme d’un catalogue complet des éléves qui ont étudié au grand et au petit séminaire, ainsi que quelques pages d’un nouvel ouvrage classique sur Vhistoire du pays.
Mais l’ceuvre de toute sa vie, les deux grands ouvrages qui porteront 4 la postérité le nom de M. Laverdiére, ce sont les ‘‘ @uvres de Champlain’’ et le ‘¢ Journal des Jésuites,’’ ce complément indispensable des relations, mais plus libre dans ses allures, comme le disait lui-méme l’abbé. Fait en collaboration avec M. l’abbé Casgrain, ce dernier travail ‘‘ s’occupe naivement a consigner jour par jour une foule de détails intimes qui pouvaient @tre utiles non-seulement aux membres de ia compagnie de Jésus, mais encore 4 tous ceux qui plus tard voudraient étudier a
fond notre histoire. Ces détails, peu importants alors, sont aujourd’hui d’un grand intérét, a cause de la lumiére qu’ils peuvent jeter sur ces époques meculées. *’ (2)
Cet ouvrage, édité avec un grand luxe typographique par M. Brousseau, est devenu rarissime aujourd’hui. Détruit par un incendie, a peine y en a-t-il quatre-vingts exemplaires en circulation, dont cinquante appartiennent au gouvernement fédéral.
Les ‘‘ GEuvres de Champlain ’’ faillirent avoir le méme sort.
Nul ne pourra redire toute la vigueur et la constance qu'il a fallu pour mener a bonne fin cette entreprise colossale. Depuis déja six ans, M. Laverdiére révait d’offrir au public une source historique qui menagait de se tarir d’un jour a l’autre ; l’édition originale des ‘‘ GEuvres de Champlain” se faisait de plus en plus rare, et l’on ne connaissait plus guére qu’un seul exemplaire du voyage de 1603, celui de la Bibliothéque impériale de Paris.
Ce réve longtemps caressé devient tout a coup réalisable.
M. George Desbarats mettait 4 la disposition de Université ‘tout un matériel bien assorti de caractéres antiques, avec le personnel nécessaire pour completer l’ceuvre. ”’
L’impression commenga, mais lentement, comme M. Laverdiére aimait a faire toute chose.
(1) Préface du “ Journal des Jésuites, ”
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—Ne fallait-il pas éclaircir certains passages obscurs ?
— Or, ajoutait-il, beaucoup le sont devenus par le changement des circonstances et des temps. Rien de plus facile que de laisser passer inapercues les difficultés de ce genre, continuait-il malicieusement : mais approfondissez la question. I] faut étudier les lieux, comparer les plans anciens et modernes, les concilier, les raccorder, recourir aux titres et aux documents primitifs ; et, aprés un travail d’un grand mois, vous n’avez 4 mettre au bas de la page qu’une toute petite demi-ligne.
Si méme tout se fait terminé la; mais dans cette demi - ligne, l’abbé découvrait tout - 4 - coup que tel mot rendait mieux l’idée que tel autre. Alors il courait a la cure soumettre ce cas grave a Vabbé Casgrain, son collaborateur habituel, puis revenait prendre conseil de son assistant - bibliothécaire, M. Louis Gauthier, et ne se deécidait a raturer qu’aprés avoir soupesé longuement le pour ou le contre. D’autres fois, c’était Vorthographe d’un vieux nom qui 1l’embarrassait. Vite de prendre son chapeau et d’aller frapper a la porte de son ami M. l’abbé Plante, ou mieux encore, si le cas l’exigeait, de se mettre bravement a remuer
les antiques paperasses du greffe.
Pendant tout ce temps, M. Paul Dumas, le chef d’atelier, bayait aux corneilles, fumait d’intermina-
bles pipes, et demandait a4 tue-téte son ‘‘ bon a Eker
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— Doucement, mon ami, doucement, disait alors d'un petit air tranquille, M. Vabbé Laverdiere. Lorsque ‘‘ Champlain’’ sera terminé, on ne me demandera pas compte du temps consacré a son impression, mais de l’exactitude et de la fidélité de mon travail.
Malgré ces lenteurs et ces minuties de bon bibliophile, le travail venait d’@tre heureusement terminé ; les clichés étaient 4 Ottawa, et le chefd’ceuvre de la typographie canadienne allait étre distribué aux souscripteurs, lorsque, dans une seule nuit, un désastreux incendie vint détruire le précieux travail et tous les ateliers de M. Desbarats.
Tl était neuf heures du matin lorsque l’on vint apporter la dépéche qui faisait part 4 M. Laverdiére de la terrible catastrophe.
Tl la prit, la lut tranquillement ; puis, se tournant vers un ami qui était la:
— Ceci me cause un grand chagrin; réellement M. Desbarats ne méritait pas une pareille épreuve.
— Et votre Champlain ? vos six années de travaux, reprit l'autre : est-ce que vous n’y songez plus ?
— Si, si, repartit l’abbé d’un air réveur ; jy songe bien encore.
Puis aprés une pause :
— Tenez, mon ami, pour vous dire la vérité sur mon Champlain, je ne suis pas faché de ce qui lui arrive. Par ci, par la, s’étaient glissées quelques incorrections, une virgule de trop ou de moins, que sais-je,
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moi ? Mais mon chef d’atelier a eu le bon esprit d’en conserver une révise, et Dieu inspirant M. Desbarats, ma seconde édition n’en sera que plus exacte.
Exacte ! dans ce seul mot, M. Laverdiére avait résumé toute sa vie.
Labbé avait eu raison de compter sur la bonne volonté de M. Desbarats, car le 13 février 1869, ce dernier lui écrivait :
— Vos raisons et la conduite du séminaire a mon égard sont trop bonnes pour que je ne céde pas. Champlain se réimprimera 4 Québec ; il m’aura cofité quelques trois mille louis. ’’ (60,000 frs. )
Les travaux recommencérent, et M. Laverdiére youlut imprimer lui-méme la premiére page de cette merveilleuse édition. Peu 4 peu elle passa par toutes les péripéties de sa sceur ainée, jusqu’au jour ot le dernier “‘ bon a tirer ’’ devait étre signe.
Ce matin-la, l’atelier s’était fait plus matinal que d’habitude. Des festons de feuilles et de fleurs courajent sur les murs de l’imprimerie, et les ouvriers en chemises blanches se tenaient debout, recueillis prés de leurs casses.
Tout a coup la porte s’ouvre, et l’abbé Laverdiere entre, tenant 4 la main le fameux ‘‘ bon 4 tirer. 3
Tl avait revétu sa soutane neuve pour ce jour de fete, et ses joues rougissaient de plaisir ; mais en voyant ces préparatifs inusités, il s’arréte tout €mu.
Alors l’imprimeur, M. Ignace Fortier, s’avancant gravement lui dit :
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— M. Vabbé, vous avez voulu imprimer la premieére feuille de cette magnifique édition de Champlain; vous nous ferez l’honneur d’imprimer la derniére.
Et il lui offrit le barreau de la presse.
L’abbé le prit en tremblant, déboutonna sa soutane, retroussa ses manches, se pencha pendant quelques instants, puis relevant fiérement la téte, s’écria, les yeux pleins de larmes :
— Enfin, messieurs !
— Non, M. l’abbé, tout n’est pas fini, repartit le chef, M. Paul Dumas. Nos ouvriers, avant de vous quitter, ont voulu vous offrir ce gage de l’estime et de la reconnaissance qu’ils vous témoignent, pour avoir bien voulu les associer a votre grande ceuvre.
Et, a son tour, il lui tendit une superbe plume en or.
Le lendemain, un diner modeste mais plein d’entrain était offert par l’abbé a ses intelligents typographes, dans l’atelier méme ou ils avaient composé les “‘ @iuvres de Champlain, ”’ et pas un de ceux qui étaient la n’a encore oublié le plaisir de cette joyeuse journée.
L’atelier ! c’était 14 que l’abbé Laverdiére avait passé les meilleures heures de sa vie, c’était la aussi qu’il devait tre surpris par les premiéres étreintes de l’agonie.
Le ro mars 1873, vers 9 heures du matin, il entrait chez M. Delisle, imprimeur, rue Port Dauphin,
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et le saluait gaiement. Ce dernier lui posa une question ; mais ne recevant pas de réponse, il se retourna et vit M. Laverdiére étendre les deux mains vers un pilier et rouler lourdement sur le parquet.
Il venait d’étre foudroyé par une apoplexie de poumons.
Apprentis et typographes s’empressérent autour de lui et l’étendirent sur une table ou, trois quarts d’heure aprés, M. ’abbé Bolduc le confessait et lui donnait le Saint-Viatique.
Vers l’aprés-midi, il fut assez bien pour étre transporté 4 sa chambre, au séminaire, et méme de cing a six heures, un mieux sensible se déclara. Néanmoins le pouls battait irrégulier, et les médecins hochaient la téte en ne présageant rien de bon.
Jusque-la, ’abbé avait continué lui-méme a prendre ses remédes, mais 4 minuit, en acceptant une derniére potion, il murmura a l’oreille d’un confrére qui le veillait : é
— Tous ces gens ont un air bien mystérieux ; je crois que les médecins me décomptent.
Quelques heures aprés, la respiration devenait de plus en plus stridente, le sang se retirait des extrémités et le froid montait toujours.
Les priéres des agonisants commenceérent alors, et lorsqu’elles furent terminées, tout était fini.
Plus heureux que bien d’autres, l’abbé Laverdiére git dans ‘‘ sa bonne ville de Champlain, ’’ au milieu de tout ce qui a su réjouir son cceur.
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Artiste, il se repose maintenant au milieu des toiles ravissantes de Bounieu, des fréres Lagrenée, de Philippe et de Jean-Baptiste Champagne, de Parrocel d’Avignon, de LeBrun et de Vanloo qui décorent la petite chapelle du séminaire. II dort bercé par ces noéls, ces cantiques et ces chants sacrés qu’il aimait tant, a cété des amis qui formérent son cceur et protégerent sa jeunesse MM. Holmes, Demers, Casault, Parant, en face de cet autel ot, au milieu de toutes les sciences qu’il possédait, il a su puiser la seule nécessaire : ;
— La science de bien mourir.
Ce n’était pas pour de tels hommes que Montaigne poussait ce cri de désespoir :
— Nous n’apprenons a vivre que lorsque la vie est passée.