‹ Choses et autres [microforme]Chapitre 14 sur 42 · FRANÇOIS DE BIENVILLE · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE BIENVILLE

— Qui vive?

— France !

Chapeaux bas, messieurs ! car vous allez voir défiler sous vos yeux la pattie d'autrefois, avec son drapeau fleurdelysé, ses mousquets à mèche, ses haches d’armes, ses élégants pourpoints, ses soyeuses plumes blanches,

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C’est la Nouvelle-France du comte de Frontenac, leste, joyeuse et brave, courant sus à l'anglais, partout où il se montre, gasconnant et donnant de larges coups d’estoc, sans nul souci du nombre et de l’isolement ; puis, toute noircie de poudre et de soleil, allant dévotement s’agenouiller à la petite chapelle de Québec et acclamer Notre-Dame de la Victoire.

Ah ! vive Dieu ! c’est qu'en ces temps-là, le dévouement et la valeur, ces bonnc: vieilles vertus gauloises, pesaient lourdement sur les corselets d’acier de l'ennemi. La science de chevalerie ne consistait pas alors à jeter furtivement à l’affût un demi-million de braconniers au coin d’un bois, pour y guetter le

passage de la France et l’assassiner à loisir sous le couvert des hautes futaies.

Les fils de Fontenoy et de Raucoux, les grands pères de Jemmapes et de Valmy savaient faire les choses en gentilshommes ; on se canardait poliment, le sourire aux lèvres, en songeant un tantinet aux folles marquises du temps où l’on faisait si joyeuses collations sur l’herbe de Chantilly, de Fontainebleau, de Versailles, et le soir, au Château St. Louis, en devisant autour d’une bouteille de vieux vin, on comptait sous le manteau, comme aurait dit LaBruyère, les pertes de l’ennemi par les coups d’arquebuse qui manquaient au fourniment.

Pauvre Nouvelle-France ! il n’est pas vrai que tu gises tout entière dans le trou béant que t’a creusé le dernier boulet de Sainte-Foye.

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Le chercheur te retrouve encore aussi complète, aussi charmante que jadis, douillettement enfouie sous les annales et les chroniques du passé, et de temps à autre tu reviens te livrer à ceux qui ont ton culte et te gardent leur meilleure part de souvenir. Hier, c’’iait un vieillard — M. de Gaspé — que tu choisir ‘ car il t’avait semblé voir passer sur ses cheveu: 1ancs un reflet lointain de la blanche oriflamme aux fleurs de lys.

Aujourd’hui ta main bénie vient se poser dans celle de notre jeunesse : ton privilégié a vingt-cinq ans, — l’âge où déjà les tiens appartenaient à l’histoire — et pour enseigner les sublimes choses du passé à tes fils d’aujourd’hui, tu as permis à l’un des nôtres de choisir un des chevaleresques portraits de ton illustre galerie, ‘un frère de héros, héros lui-même,’ François Le- Moyne de Bienville.

C'était un rude homme, ce François de Bienville qui, ‘‘flairait de loin la poudre, haïssait mortellement l’Anglais, et se trouvait bien, partout où il y avait de glorieuses estocades à donner.”’ Il faisait bon être son ami, et sentir passer sous son bras, cette main ‘large, musculeuse,” certaine ‘de pourfendre son homme au champ d’honneur.”?

A le voir, on se sentait fier de sa race, et rien d’étonnant que M. Marmette se soit mis en tête de dessiner sa grande figure, ua jour que le guerrier, revenant de Montréal, était à causer avec M. de Frontenac ‘ce vieux gentilhomme qui avait un roi — Louis

celle 1S, — — et es fils hoisir lerie,

XIII — pour parrain, et la discipline militaire pour tutrice.”’

Pendant deux ans, M. Marmette n’a fait qu’étudier tout ce qui pouvait mettre en relief le mâle caractère de son héros et rappeler la lointaine époque où il vivait.

Vieilles éditions à culs de lampe, mémoire des belles dames de jadis, chroniques veloutées de poussière, manuscrits jaunis par le temps, tout est venu se grouper autour de lui, pour faciliter son patriotique travail. Doué d’une patience véritablement bénédictine, il a su serrer de près chaque détail, chaque minutie de nature à jeter la moindre lumière sur l’ombre qui enveloppe l’histoire des mœurs canadiennes au XVIIe siècle. A voir l'exactitude avec laquelle il décrit ses costumes et les choses du vieux temps, on sent

l’homme qui tous les jours hante amoureusement Monteil, fréquente le Grand d’Aussy et se laisse prendfe à rêver de longues heures sur les gravures du ‘ Mercure Galant.”?

Lorsqu'il débute en disant :

— J'ai longtemps cherché quels pouvaient être les vins que buvaient nos ancêtres. ??

— ‘ Je me suis amusé à retrouver les anciens commandements d’arquebuse dans les travaux de Mars d'Alain Mallet, maître de mathématiques des pages de la petite écurie de Sa Majesté, on peut être sûr qu’il a employé de longues veillées à fouiller le passé,

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