‹ Choses et autres [microforme]Chapitre 17 sur 42 · LEE LEE LEE · texte numérisé non relu

LEE LEE LEE

les cheveux au vent, l’œil en feu, le sourire de la vengeance aux lèvres, lançant son cheval au beau milieu des rangs épais des montagnards écossais,” tandis que Lavigueur, tout en distribuant balles et plomb à l'Anglais, ne trouve d'autre moyen d'exprimer sa farouche satisfaction qu’en criant d'une voix rauque :

— En avant les gars ! tue ! tue!

C’est au milieu de ces grandeg scènes que M. Mar-

mette se sent à l’aise ; et l'enlèvement de mademoiselle de Rochebrune par les Anglais, son évasion, la description de cette escadrille de débarquement, glissant silencieuse le long du Cap Rouge, et passant à demi-portée de nos avant-postes qui croient que c’est le ravitaillement attendu de Montréal depuis si longtemps ; le récit de la bataille des plaines d’Abraham; cette lutte gigantesque de deux cents canadiens contre l'aile gauche de l’armée anglaise ; toutes ces péripéties, tous ces chocs, toutes ces gloires ont été rendus dans un style vif et passionné par notre romancier qui, tout en nouant son intrigue, n’a pas cessé de suivre de près la vérité historique.

Pour vous en convaincre ; suivez-moi au camp de Beauport, et asseyez-vous entre Beaulac et Lavigueur, sur le tronc de cet arbre renversé.

Maintenant retenez vos larmes pour mieux voir, car l’Anglais bombarde Québec :

— ‘De minute en minute, et trouant soudain le voile immense, tissu de ténébres jeté sur le fond du

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tableau, de livides éclairs bondissent et roulent sur les flancs à pic des rochers de Québec et de Lévis.

‘€ Puis tout redevient nuit ; et le fracas des détonations de l'artillerie passe en hurlant dans l’air pour aller se briser dans la brume sur les masses géantes des Laurentides, et revient vers la ville en râlant un sourd et dernier grondement. Ces suprêmes ronflements de la canonnade, répercutés par l'écho, se confondent alors avec les mugissements lointains et graves de la cataracte du Montmorency, dont les eaux emportées par un élan terrible jettent vers le ciel une immense clameur d’effroi, avant de crouler éperdues dans un abîme de deux cent quarante pieds.

‘ À gauche, la scène change.

‘ De rougeâtres lueurs empourprent d’une teinte sanglante les sommets embrasés de l’île et de la côte du sud depuis Beaumont jusqu'où la vue peut s'étendre en descendant le fleuve. Ce sont les torches de l’incendie allumé pour éclairer les funérailles de la domination française en Amérique.

‘ Selon que le vent souffle avec plus ou moins d'intensité, ces grandes lueurs fauves, enchaînées l’une à l’autre dans un vaste parcours, semblent danser sous le ciel blafard comme une immense filée de spectres qui viendraient de sortir de l’enfer et secoueraient au vent dans une ronde satanique leurs vêtements de flamme.”?

Voici maintenant le spectacle qui se déroule du côté de la ville.

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