‹ Choses et autres [microforme]Chapitre 19 sur 42 · LE CHEVALIER DE MORNAC · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE MORNAC

Ici la scène change, et M. Marmette, dans une préface pleine d’érudition, se charge d’analyser luimême son nouveau — et à mon avis — son meilleur roman — .

— Ce que je veux peindre, dit-il, c’est cette vie d’alarmes, d’embüûches et de luttes terribles dont est toute remplie l’héroïque époque qui précéda l’arrivée du régiment de Carignan ; les craintes des habitants des villes, les incessants dangers du colon isolé dans les campagnes et souvent hors de la portée de tout secours ; puis, à côté de cette existence parsemée d’épouvante, mais que rendaient cependant supportable encore certaines jouissances de la civilisation, les mœurs ou plutôt les coutumes barbares des tribus iroquoises ; les marches forcées et pénibles de leurs prisonniers de guerre ; les malheurs et la dispersion de la nation huronne, les tortures , captifs, leurs souffrances dans les villages iroquois les longues

nuits d’insomnie dans les ouigouams enfumés, les raffinements de cruauté des vainqueurs sur leurs prisonniers sauvages ou blancs ; l’admirable courage de ces derniers au milieu de souffrances, de tourments-inouïs ; enfin la marche stoïque de la civilisation contre la barbarie aux aboiïs ; et, pour adoucir les sombres couleurs d’un pareil tablearr, l’insouciante gaieté gauloise accompagnée d’un amour pur, fine fleur de chevalerie française, aux parfums pénétrants et salutaires comme l’image de Béatrix que Dante emporte en son âme pour mieux endurer la vue des horreurs de l’enfer.”?

Avec semblable croquis, l’espace et les moyens ne pouvaient guère manquer à l'imagination créatrice de M. Marmette qui a su s'acquitter de sa tâche en serrant toujours de près la vérité historique, y mêler de savantes recherches, et nous faire rire à belles dents en groupant l'intrigue autour du chevalier Robert du Portail de Mornac, un des ‘‘ caractères les plus délicieusement gascons ?” de cette époque gasconnante.

Véritable fils des bords de la Garonne, le sandis, le cadédis et le cap de dious ! toujours accrochés au bout de sa railleuse moustache, la garde-robe en revanche accrochée nulle part, le porte-monnaie vide, le cœur plein d’amoureuses pensées, l’âme pleine de courage, la tête de verve et ‘‘ d’insoucieuse gaieté,” ce chevalier de Mornac, favorisé sans doute par la bonne étoile de messires ses nobles aïeux, s’installe sans façon dès le premier chapitre du roman, chez maître Jacques Boisdon premier du nom et souche glorieuse de Jean

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