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QUELQUES SUGGESTIONS PRATIQUES

L'heure de la séparation est venue, messieurs, et pourtant je n'ai fait qu’effleurer, dans l’humble mesure de mes connaissances la tâche que vous m’aviez imposée. Pour la rendre complète, au lieu de bouquiner çà et là, et de feuilleter les rares volumes que vous avez mis à ma disposition, il m'aurait fallu préparer un véritable cours sur notre littérature nationale, cours où nous aurions fait ressortir ensemble nos groupes les plus accentués ; Cartier, Champlain, avec leurs récits -aventureux, Lescarbot, ce chantre des muses de la Nouvelle France, l’historien Charlevoix, les intéressantes relations des Jésuites. Nous nous serions reportés vers ces temps où M. de Montmagny faisait jouer la comédie au magasin ; où l’on étudiait en 1647, 51, 52, le ‘‘ Scide””’ et Héraclius de Corneille ; où M. le comte de Frontenac forçait les Ursulines à venir

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assister à la grille de leur parloir à la représentation de Tartuffe. Nous aurions fredonné ensemble nos naïves ballades populaires ; nous aurions étudié le caractère, le style, les goûts de nos gouverneurs français, de nos évêques, de nos intendants dans leurs correspondances encore inédites. Puis, seraient venus nos jours de luttes, avec leurs satires, leurs plaidoyers, leurs chants et leurs sanglots. Nos historiens, nos poètes, nos romanciers, nos journalistes, nos publicistes, nos orateurs, auraient fièrement défilé devant vous, et nous aurions applaudi, à qui mieux mieux, à toutes ces gloires canadiennes. Mais cette tâche agréable et difficile appartient plutôt à la chaire universitaire qu’au genre de causerie que vous m'avez demandé. Je la laisse à plus fort et à mieux renseigné que moi, et, avant de reprendre d’autres études et l’autres occupations, je terminerai ce dernier entretien en répondant brièvement à une question qui m'a é*: .cquemment posée pendant le cours de ces modestes conférences.

— Quels seraient les meilleurs moyens, me demandiez-vous, d'encourager et de propager la littérature canadienne ?

Ma réponse est toute prête.

— Répandez dans vos campagnes la lecture de tout bon livre publié dans notre pays.

Cette propagande facile échoit au ministère de l’Instruction Publique qui chaque année doit affecter une certaine somme à l'achat d’un nombre

déterminé de volumes donnés en prix aux lauréats de nos écoles.

Dans une étude remarquable publiée en 1872, M. Joseph Tassé s’exprimait ainsi :

— ‘ Le rapport de l'instruction publique pour 18608 et 1869 constate que 6,199 volumes ont été distribués en prix, par l’intermédiaire des inspecteurs d'écoles. On n’a donné sur ce nombre que 720 livres canadiens, et la plupart n’étaient pas littéraires, mais pédagogiques. Au lieu d’acheter 5,561 volumes de la Zibliothèque de l Enfance, n’eût-il pas mieux valu faire imprimer une édition à bon marché de quelques uns de nos ouvrages canadiens, et les donner en récompense ?

‘ Notre pays compte des centaines de colléges, couvents, académies et autres maisons d’enseignement. Chacune de ces institutions donne bon nombre de prix tous les ans, et plus de 15,000 volumes doivent s’écouler de cette manière. Cependant les ouvrages canadiens y sont à peu près inconnus. Si toutes ces institutions donnaient chaque année des livres canadiens ex prix, nous arriverions avant longtemps à un magnifique résultat. Des milliers d'ouvrages, au lieu d’encombrer les tablettes de nos libraires, s’écouleraient ainsi, et non seulement on encouragerait les auteurs, mais on favoriserait encore l’industrie de l’impression et de la reliure canadienne, qui a déjà pris tant d’extension. ??

Cette suggestion de l’auteur des ‘ Canadiens de l'Ouest’? mérite d’être mise en pratique, car ce n’est

qu’à cette condition que le métier d'homme de lettres

au Canada pourra être quelque peu rémunératif. (1) Ne vous êtes-vous jamais demandé tout ce qu’il fal-

lait d’efforts, de courage, de recherches et d’abnégation pour écrire un livre en ce pays?

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