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de justice, de police et de finances, pour la colonie. Puis venait un second mémoire écrit en 1736, époque où le marquis de Beauharnoïis était gouverneur-général et M. Hocquart intendant, ce qui rendait probable sa collaboration à ce document. Ce mémoire était suivi de ‘Considération sur l’état présent du Canada’? travail fait en 1758 avec une précision, une force et un talent remarquable, attribué à un commissaire envoyé ici par M. de Berryer — M. de Querdisien-Tremais — homme, dit la chronique du temps, extrêmement curieux, faisant sur tout des remarques et des observations judicieuses, et tenant en main l’unique plume qui aimûât sincèrement sa patrie. Il avait en outre, ajoute-t-elle, des ordres secrets du ministre de prendre connaissance de tout et de l’en informer.
Cette seconde collection comprenait une histoire du Canada de l’abbé de Belmont, supérieur du séminaire de Montréal entre les années 1713 et 1724 ; une relation de ce qui s’est passé au siège de Québec et de la prise du Canada, rédigée en 1765 rzr une religieuse de l'hôpital général de cette ville, adressée à une communauté de son ordre en France ; un ‘‘jugement impartial sur les opérations militaires de la campagne de 1759,’ pièce présumée écrite par un homme revêtu de quelques hautes fonctions ecclésiastiques ou civiles, si l’on en juge par l’assertion souvent répétée ‘qu’il était à portée de voir tout par lui-même et d'en conférer avec les principaux de l’armée”’ ; des réflexions sommaires sur
LES PAGES OUBLIÉES DE NOTRE HISTOIRE. 191 le commerce qui s’est fait au Canada, document rédigé après que la France nous eut quittés, et attribué à un négociant instruit engagé dans le commerce canadien ; enfin une histoire de l’eaude-vie au Canada, mémoire du commencement du dix-huitième siècle (1705), retraçant fidèlement ies crimes et les désordres semés au milieu des sauvages par l’eau-de-feu, cette inexorable tache d’acide qui va s'étendant et s’élargissant toujours sur la malheureuse peuplade qu’elle a touchée, et la ronge jusqu’à ce qu’elle tombe affaissée et détruite sous l’impitoyable morsure. |
L’impulsion se continuait en 1843, et le comité de direction faisait réimprimer ‘ sur d'anciennes relations les ‘* Voyages de découvertes au Canada, entre les années 1534 et 1542,’ de Jacques- Cartier; ‘le Routier de Jean Alphonse de Xantoigne, premier pilote du Sieur de Roberval, où est représenté le cours du fleuve St. Laurent, depuis Belle-Isle jusques au fort de Prince-Roy en Canada ; ’’ et le ‘ Voyage du Sieur de Roberval, ’? suivi de la description de Québec et de ses environs en 1608, ainsi que de divers extraits relativement au lieu de l’hivernement de Jacques-Cartier, en
M. Faribault, président de la société, publiait en 1860 de nouveaux dc ‘rents sur Jacques-Cartier, accompagnés de dessins historiques destinés à illustrer
ses voyages : (1) puis enfin — vers 1861 —- paraissait, d’après un manuscrit conservé au département de !a marine, à Paris, le ‘ Mémoire du Sieur de Ramzay, commandant de Québec, au sujet de la reddition de cette ville le 18 Septembre 1759.”
Ces importantes publications se succédant les unes aux autres, nécessitèrent bien des dépenses, bien des travaux de la part de la Société qui, malgré son origine aristocratique, malgré les amiraux, les généraux, les illustrations littéraires et scientifiques inscrits sur le rôle nominal de ses membres, malgré le patronage qu’elle reçut successivement du comte de Dalhousie, (2) de sir James Kempt, de lord Gosford, du comte de Durham, (3) de chacun de nos gouverneurs, était loin d’entendre dans ses coffres le bruissement des flots du Pactole.
Ce serait une curieuse page de notre histoire que le récit émouvant des luttes énergiques qu’eut à soutenir contre l’adversité cette fidèle gardienne des trésors | de notre passé.
(1) Un bibliophile parisien appréciait dernièrement—dans un travail spécial—le catalogue d'ouvrages sur l’histoire d'Amérique publié par M. Faribault :
— Bibliographie curieuse, disait-il, devenue rare même au Janada où il serait à désirer qu’on publiât une nouvelle édition de ce livre avec les corrections et les additions dont il aurait besoin.
(2) La société littéraire et historique de Québec, fut fondée le lundi 16 mars 1824 par le comte de Dalhousie,
(3) Lord Durham fit copier à ses frais une partie des manuscrits imprimés en 1840,
Nous la verrions se défendre intrépidement contre l'incendie qui, dévorant en 1854 le palais du corps législatif, réduisait en cendres une partie de ses nombreux ouvrages. Nous la suivrions dans sa nouvelle lutte, arrachant volume par volume, feuille par feuille sa riche bibliothèque à la conflagration qui—en 1862—allait la relancer sous les lambris de la banque nationale, puis, une fois la catastrophe passée, accep- 4 ter courageusemént l'épreuve, recueillir pieusement 4 700 volumes, ruines oubliées au milieu des cendres et a des débris de 4000 ouvrages dispersés au vent, vendre pour du vieux cuivre les instruments calcinés de son musée, et tout entière à sa mission d’apôtre du
| savoir, reprendre gaiement le chemin de la science, 3) soutenue par cette énergie, qui est le secret de toute
‘a puissante vitalité.
Alors parurent, avec des notes de M. Le Moine, de le curieuses publications dignes de l’attention de celui nir qui s’applique à l'étude de l’histoire canadienne.
OTS C'étaient, le Journal tenu pendant le siège de 1759 par le colonel Malcolm Fraser, commandant le régiment des montagnards écossais ; le journal écrit
sun pendant la même période par Jean Claude Panet,
que notaire royal ; les campagnes de Louisbourg (1750-
au 58); un dialogue des morts entre Montcalm et Wolfe ; tion et la campagne de 1760 au Canada, trois opuscules ” attribués au chevalier Johnstone, aide-de-camp du dée général de Lévis ; une lettre écrite au général Mur-
ray par le lieutenant-colonel H. Caldwell, lors de use
l'invasion du Canada en 1775; et le journal de
l'expédition sur le fleuve St. Laurent, contenant un rapport succinct et détaillé des faits et gestes de la flotte et de l’armée de terre, depuis le jour de leur départ de Louisbourg jusqu’à la reddition de Québec.
Les éditions de ces travaux si différents, si propres à jeter des rayons de lumière sur ce qu’il y a d’obscur dans nos anna 5, constituent jusqu’à ce jour les états de service que la société littéraire et historique de Québec peut montrer à son pays.
Leur nombre considérable n’est pourtant que la minime partie de ce qui se cache au milieu des rayons de sa bibliothèque, et l'amateur, le véritable bibliophile, en y jetant un simple coup d'œil, se convaincra des raretés qu’elle recèle.
A côté de six in-folios manuscrits contenant les documents sur l’histoire coloniale, recueillis par M. Broadhead dans les archives de Londres (1) et publiés à New-York dans la fameuse collection O’Callaghan, il trouvera dix-huit volumes qui renferment toute la correspondance officielle des gouverneurs français du Canada,’ (2) correspondance pleine de renseignements
(1) Ces six volumes connus sous le nom de ‘“ London Archives”” comprennent : I 1613 — II° 1688 1697 III 1697 — il 1726. IVo 1727 — 1754. V° 1754 — 1760. VI° 1760 — 1779.
(2) Ces dix-huit volumes sont désignés sous le nom ‘‘ Archives de Paris” ; ils renferment lesséries de 1631—1674—1675— 1684 — 1685 — 1687 — 1688 — 1691 — 1692 — 1699 — 1700 — 1709 — 1710 — 1727 — 1728 — 1744 — 1745 — 1747 — 1748 — 1754 — 1755 — 1756 —-1757 — 1758 de janvier à août — 1758 de septembre à décembre — 1759 — 1760 — 1765.
palpitants d'intérêt. Elle fut copiée à grand frais dans les archives du ministère de la marine, de la guerre, des colonies, et dans la bibliothèque du roi, à Paris, d’après un ordre de la législature de l’état de New- York, puis traduite plus tard, — en partie, — dans la collection ci-dessus mentionnée.
Rien ne peut mieux donner l’idée des matériaux précieux accumulés dans ces dix-huit in-folios que le récit des tribulations du compilateur.
Les documents relatifs au Canada et à New-York occupaient deux divisions séparées. La première contenait une série de volumes reliés, débutant en 1663 et finissant brusquement en 1737. (1) Elle comprenait 7o volumes renfermant les dépêches du roi et de ses ministres aux gouverneurs et aux principaux fonctionnaires des colonies françaises. La seconde, qui est la plus intéressante et la plus fertile en secrets curieux, était comprise dans une suite de cartons où gisaient pêle-mêle, sans attache, sans pagination, sans le moindre ordre possible, une quantité incroyable de documents originaux concernant le Canada, depuis 1630 jusqu’à l’époque du traité de Paris, le 1 > février 1763. Il y avait au moins une centaine de ces portefeuilles, renfermant chacun assez de matières pour être reliés en deux forts volumes. L’imagination ne pouvait se représenter exactement le travail de Sisyphe qui attendait le bibliophile conduit à cette mine par
(1) La perte des volumes qui suivent l’année 1737 est beau coup à regretter.
sa bonne étoile. Il lui fallait lutter contre l’âcre poussière de ces manuscrits piqués des vers, tohubohu inconcevable où souvent les dates ne pouvaient faire trouver une issue. En vain le penseur s’essayait-il au travail. A chaque inStant il se heurtait contre les anachronismes les plus fantastiques. Une dépêche de 1670 restait prisonnière entre les pages qui racontaient la défaite du baron de Dieskau ; un récit de la capitulation de Québec était réfugié derrière une immense lettre du gouverneur Dongan ; l’expédition de 1660 prenait part à l’attaque des forts Duquesne, Frontenac et William Henry; l’histoire des Hurons flânait dans les rues de Manhattan ; les Ottawas s’immisçaient dans les affaires particulières de Boston, et ce n'était qu’à la longue que ce pêlemêle assourdissant, que cette chinoiserie historique finissait par récompenser au centuple la patience et les longues recherches qu’ils avaient occasionnées.
Heureux encore lorsque le chercheur pouvait s’en retirer à aussi bon compte. M. Harrisse nous raconte dans ses ‘* Notes pour servir à l'Histoire de la Nouvelle France *” qu’on cherchait ces documents sous les combles, à l’aide d’une lanterne, et qu’en déplaçant des masses de boîtes et de liasses, un éboulement soudain faillit coûter la vie l'employé chargé d’explorer le grenier. ”
Un peu plus loin, à côté de ces dix-huit infolios se trouve l’intéressant journal tenu par un
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avocat de Montréal, Simon Sanguinet, pendant l’invasion des Bastonnaiïs en 1775-76, et comprenant le siège du fort St. Jean, la capitulation de Montréal et le siége de Québec ; celui de J. B. Badeaux des Trois-Rivières, pendant la même période ; celui de Hugh Finlay de Québec, et l’histoire du fort St. Jean, rendant les années 1775-76, manuscrit attribué à M. Foucher par un bibliophile distingué, M. Amable ‘ zrthelot. (1) Puis en files délaissées viennent cinq
olumes en partie manuscrits sur les affaires du Janada ; (2) deux volumes de ‘‘ Relations, ?” dont le premier contient un recueil de ce qui s’est passé au Canada, au sujet de la guerre tant des Anglais que des
(1) Ces manuscrits viennent d’être publiés par M. l'abbé Verreault.
(2) Ces volumes, qui ont appartenu à Jacques Chavannes, conseiller au parlement, contiennent d'importants détails sur l'affaire Bigot.
Voici les titres des parties manuscrites :
Liste contenant le nombre, les noms, les qualités des accusés, le prononcé sur l’accusation, le chiffre des amendes, des aumônes et des restitutions. Mémoïre de Jean Victor Varin, ancien commissaire de la marine à Montréal, adressé à Monseigneur de Sartines, lieutenant - général de police. Mémoire sur le sieur Bréard, ancien contrôleur de marine à Québec, contre M. le procureur-général de la commission établie pour l'affaire du Canada. Réponse du même aux mémoires de M. Bigot et du sieur Péan. Mémoire de François Maurin, munitionnaire et fournisseur de vivres à messeigneurs les président et commissaires du conseil. Précis pour le sieur Pénissault, ci-devant intéressé dans la traite des vivres du Canada contre monsieur le Procureur du Roy. Mémoire pour le même ; Mémoire de Jean Corpron, munitionnaire à messeigneurs le
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Iroquois depuis 1682 jusqu’à 1712, par un fin observateur, M. de Léry ; le récit du commandant Du- Buisson sur l'attaque du fort Détroit par les Mascoutins et les Outagamis, ‘un morceau des plus dramatiques, disait M. Faribault, où le type indien éclate dans toute sa grandeur et dans toute son originalité pittoresque *” : un cahier racontant un voyage fait au Mississipi en 1698 et 1699 par deux frégates du roi, l’une Za Badine, commandée par d’Iberville, l’autre Le Marin, par le chevalier de Surgères ; un travail sur le sabre, la mort et l'enterrement du général Montgommery ; le livre du recensement de 1765, et enfin l’histoire de Montréal (1640-1672), par l’abbé Dollier de Casson, manuscrit de la bibliothèque Mazarine, découvert par l’hon. L. J. Papineau, et
président et le commissaire députés par Sa Majesté pour juger souverainement et en dernier ressort l'affaire du Canada. Mémoire pour le sieur Estèbe, servant à sa justification des accusations à lui faites dans le mémoïre imprimé du sieur Bréard. Mémoire pour Guillaume Estèbe, écuyer, secrétaire du roy près la cour de Bordeaux, conseiller honoraire du Conseil supérieur de Québec, et ci-devant garde des magasins du roi en la même ville, accusé, contre monsieur le procureur-général du roi en la commission, accusateur,: Notes du sieur Martel. Mémoire pour Daniel de Joncaire-Chabert, ci-devant commandant du petit fort de Niagara, contre M. le Procureur-Général de la commission établie pour l’affaire du Canada. Précis pour M. de Vaudreuil, grand’croix de l’ordre royal et militaire de St, Louis, ancien Gouverneur Général du Canada, Observations sur le commerce du Canada, Mémoire de François Bigot, ci-devant intendant de Justice, police, finances et marine au Canada. Conclusions rapportées le 22 août 1763. Observations pour le sieur Péan, capitaine aide-major des ville et gouvernement de Québec, et des troupes détachées de la Marine, Chevalier ; second mémoire du même,
Jser- Duutins ques, dans alité it au roi, autre ravail snéral 65, et abbé hèque au, et
r juger Méaccusa- Bréard. du roy Conseil 1 roi en éral du 1, Méhandant al de la r M. de , Louis, sur le i-devant anada.
pour le ent de evalier ;
qui vient d’être simultanément publié par les deux sociétés rivales de Québec et de Montréal. (1)
Elles peuvent se compter, les sociétés purement littéraires qui se soutiennent ainsi par la souscription annuelle d’un petit nombre de souscripteurs, et peuvent exhiber semblables trésors historiques. Pourtant — il faut malheureusement le reconnaître — avec de pareilles ressources à notre disposition, nous ne sommes parvenus qu’à jouir du triste spectacle de voir les étrangers posséder mieux que nous les secrets de nos chroniques et de nos annales.
La bibliothèque de l’état de New-York a fait traduire, imprimer et distribuer à ses frais les parties les plus saillantes de la correspondance officielle des anciens gouverneurs du Canada, et nous gardons sur nos rayons la version française complète et inédite.
(1) Outre ces manuscrits, la société littéraire et historique de Québec possède deux volumes intitulés ‘ MATIÈRES CRIMI- NELLES ” — Jer volume, 1682-1730. 2ème vol, 1738 à 1746.
Un volume de “ Matières de Police et de, Voierie” (1683-1756) Un volume de ‘ Police ”” (1695 à 1755.)
Six volumes de Procédure Judiciaire — MATIÈRES CIVILES. 1er volume 1665 à 1696. — 2ème volume 1701 à 1705. — 3ème volume 1706 à 1730. — 4ème volume 1730 à 1751. — 5ème volume 1752 à 1753. — 6ème volume 1752 à 1759.
Deux volumes de ‘“ Registre des Edits, Arrêts et Déclarations (Québec). rer volume 1663 à 1700, avec index, et 2me volume de 1704 à 1736.
Un travail de l’honorable Roderigue McKenzié, ancien conseiller législatif, intitulé ‘ Récits de la Compagnie du Nord- Ouest ”’ — ce manuscrit appartient aujourd’hui à M. Cyrille
Tessier — et des études sur la géologie du Läc Supérieur par l’amiral Bayfield,
En 1837, l'honorable M. Bancroft, plus tard ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, venait demander au président de la société la permission de compulser dans les archives les matériaux nécessaires au récit qu’il se proposait de faire du siége de Québec. Il était suivi, en 1845, par Jared Sparks, le biographe de Washington, et l’année dernière le savant et sympathique auteur des ‘‘ Pionniers du Nouveau - Monde, ’’ M. Francis Parkman de Boston, cherchait dans les manuscrits de la société ses plus précieux renseignements pour les consigner dans l’ouvrage qu’il se propose de consacrer à la mémoire de La Salle ‘t de Jo'iette.
Nombre de nos documents manuscrits ont été ainsi copiés, traduits et insérés dans les publications scientifiques américaines, et dernièrement encore, je lisais dans le troisième volume de l’histoire du Wisconsin — page 314— par le général W. K. Smith, la traduction de cette relation du commandant Du Buisson trouvée si saisissante par M. Faribault.
Il faut bien peu de chose pour priver à jamais un pays de documents importants qui, une fois partis, ne peuvent plus être remplacés.
Une vieille histoire le prouvera.
Un jour — il y a de cela deux cent-neuf ans — trois hommes quittaient un port anglais sur un batiment qui prenait la direction de la haute mer.
Leur air était sombre, agité ; pendant la traversée ils furent moroses, taciturnes, fuyant leurs compagnons, évitant l'équipage.
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Le 27 juillet 1660, l’ancre tombait au milieu de la rade de la petite ville de New-Haven, état de Connecticut, et les trois mystérieux voyageurs allèrent se perdre dans les rues de la cité. Ils y vécurent en paix pendant quelques mois, mais bientôt on sut le secret qui pesait sur ces existences souillées.
Whalley, le colonel Dixwell, Goffe avaient appose leurs signatures au bas de l’arrêt de mort de Charles Ier; tous trois portaient la tache du régicide.
Alors personne ne voulut les voir.
Partout où ils passaient les enfants crachaient sur leurs habits, les femmes leur jetaient des pierres, les hommes évitaient leur contact. Conspués, honnis de tous, ils allèrent demander aux cavernes de la montagne une pierre pour abriter leur tête, et, après la mort de l’un d'eux — Goffe —- on trouva parmi ses papiers, les registres authentiques du ‘* Journal de la chambre des communes. ??
De main en main ces originaux passèrent à l’honorable William Smith qui, malgré les offres, les demandes et les supplications de hauts personnages anglais, en fit cadeau à la société littéraire et historique de Québec où ils sont précieusement conservés aujourd’hui. (1)
(1) Ce sont neuf gros volumes in-folios portant date de 1642 à 1645 inclusivement, c’est-à-dire, quatre ans avant la mort de Charles ler (1649.) Le dernier de ces volumes fut offert à la société, le 20 février 1835. En les donnant, l’hon. W. Smith écrivait sur le verso de la première page :
“ Ces livres manuscrits ont appartenu au régicide Goffe qui, sous la restauration, s'enfuit en Amérique, fut caché dans une
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Persuadée de l'importance du dépot confié à sa garde, la société littéraire et historique de Québec a signé un engagement avec les directeurs de la eve Canadienne : ce contrat donnait à ces derniers la permission de publier ses manuscrits. Ta direction s’en est servie pendant quelque temps ; mais pareille mission n’appartiendrait-elle pas de droit au gouvernement canadien qui devrait créer un bureau d’archives chargé non-seulement de l'impression des documents précieux que nous avons sur nos rayons, ainsi que de la publication des importants manuscrits que possède la bibliothèque d'Ottawa, mais encore de la recherche et de la copie de ceux qui fourmillent en France, en Russie et en Angleterre ?
Dans quelques années, au lieu d’être enfouies sous la poussière qui couvre leurs in-folios, ces pages oubliées de notre histoire, éditées par la patrie, annotées et commentées par des hommes compétents, revivraient avec l'énergie et l’ardeur qui caractérisaient l’époque où elles furent tracées. Elles dérouleraient aux yeux de la jeunesse canadienne ces
grotte pendant plusieur$ années et mourut à New-Haven, état de Connecticut.”
Le colonel Dixwell était connu en Amérique sous le nom de James Davids ; à la longue, il finit par acquérir l’estime de ses nouveaux compatriotes et mourut, sans être molesté, en 1688. Il ne voulut pas que son nom fût connu et fit mettre sur sa tombe l'inscription suivante.
— J. D. Esqr. deceased March ye 81th in the year of his age. 1688. — Sa tombe se voit encore’dans le cimetière des méthodistes, à New-Haven, ainsi que les pierres grossières qui recouvrent les cendres de Whalley et de Goffe. La première porte pour inscription — 1658, E. W. — et la seconde — 1680. M. G.
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s méthoui recouière porte 80. M. G.
épisodes héroïques où la foi, le dévouement, les solides qualités de nos pères furent si rudement mises à l'épreuve. Elles lui rappelleraient que si le temps des Iroquois, des Agniers, des Hurons est passé, que si les branches et les feuilles mortes de la forêt ne craquètent plus sous le pied furtif du guerrier rampant vers le lieu de l’embuscade, la lutte se dresse encore devant elle, lutte sans trève contre les plaisirs énervants, le luxe, les folles passions, les heures perdues, ennemis qui scalpent, torturent, annihilent tou! aussi sûrement une nation que le couteau du Peau-Rouge.
Aiïguillonnée par l’exemple, notre jeunesse — qui ne demande pas mieux -- se lèverait pour montrer à , ce continent, à l’univers entier, ce qu’un petit peuple peut faire, jusqu'où il peut parvenir, lorsqu'il s’appuie sur la foi, les fortes études, l’amour des lettres, la saine politique, le respect de la vie de famille, les professions bien comprises, le commerce honnête, les spéculations raisonnées, les emplois consciencieusement remplis ; sur le travail accompli dans les conditions dictées par la morale et la sagesse.
La route pourrait peut-être lui paraître longue et monotone. Les heures de défaillance pourraient surgir ; alors, au moment du découragement, nous gagnerions le tertre voisin. Là, sous l’ombre d’un érable, chacun tirerait de son frac de gentilhomme, de sa vareuse d’ouvrier, de son havresac de soldat le livre qui raconte simplement, naïvement les annales du passé.
Peu à peu, en le feuilletant, les fatigues du chemin s'évanouiraient. Notre front brûlant se rafraîchirait. Nous finirions par nous appuyer de nouveau sur nos bâtons de voyage, et, retrempés par le sang des ancêtres, nous reprendrions, alertes et dispos, la route de l’avenir, laissant derrière nous le souvenir de notre honnêteté, de notre dévouement, de notre énergie, trois choses qui, renfermées dans un chapitre, sont toujours relues avec plaisir ; car elles se sont montrées si rarement, que pendant des siècles et des siècles on a cru plus prudent de les reléguer parmi les pages oubliées de l’histoire.
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