LB COCOTIER
Jeté sur l'eau par une main distraite, — De jour en jour entraîné par les vents, — Je flottai en dérive jus-
qu'à Tarbre de corail — Dont les branches m'arrêtèrent.
— Le sable s'amassa autour de moi, — Je grandis lentement, — Nourri par le constant soleil et l'inconstante rosée.
Les oiseaux marins, en bâtissant leurs nids contre ma racine, — Regardent mon corps frêle sous sa gaine d'écaillés. — Je suis veuf à jamais dans cette solitude.
— Au sein de la mer indifférente tombent et se perdent mes fruits inutiles. — Je végète sans joie, car nul homme ne jouit — Des trésors que pour lui je porte.
Que me fait le baiser du matin? — Les âpres brises me dérobent la vie qu'elles m'ont donnée. — Je mire dans le flot mon ombre échevelée. — Sans relâche s'abaisse et remonte ma crête fléchissante, — Tandis que toutes mes fibres se raidissent et s'épuisent — A faire signe aux navires qui tardent, — Aux navires qui ne passent jamais.
Depuis longtemps, ces navires-là auraient dû lui apporter le succès. Peut-être, cependant, a-t-il mieux que ce qu'on entend bien souvent par ce mot assez vulgaire : il a l'appréciation sympathique de quelques esprits d'élite qui rangent les fantaisies vagabondes de Stoddard parmi les plus délicieux morceaux de littérature ayant paru en langue anglaise.