LES MÉMOIRES D'UN AUTEUR DRAMATIQUE
Je confesse que je raffole des Mémoires, — de tous les Mémoires. Même dans ceux qui paraissent les plus ternes et les plus fastidieux, il y a une moisson d'observations psychologiques à faire. En voici qui ne laissent pas d'être assez curieux. Ce n'est pas que leun auteur ait tenu une grande place dans la littérature théâtrale, encore qu'il ait beaucoup produit ; mais il fut un observateur avisé, mêlé de près à la société des écrivains et des artistes de sa génération. Il s'agit d'Hippolyte Auger, le collaborateur d'Ancelot, de Charles Desnoyers, d'Alexandre Dumas, l'auteur, en
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outre, de cotte P/njsio/ut/ie du théâtre qui est restée uu li\re sérieusement documentaii'e. li est mort, chargé d'années, en 1881. Ses premiers travaux littéraires dataient du coniniencement de la Restauration !
C'est précisément sur cette époque delà Restauration et sur son état moral que ces Mémoires d'Augercontiennent d'assez intéressantes indications. Le récit de sa jeunesse montre dans quel désarroi d'esprit se trouvaient ceux qui arrivaient à l'âge d'homme à la chute de Napoléon. liippolyte Auger n'avait fait que de médiocres études, avec la pensée qu'il en saurait toujours assez pour risquer d'aller so faire tuer sur un champ do haLaille. Il avait grandi avec la conviction qu'il serait soldat. Que pouvait-on être, alors, sinon soldat? Mais voici que l'Empire s'écroule tout à coup. Comme tant d'autres, Auger est fort désorienté, il a peine à concevoir un autre sort. La nécessité le pousse, cependant, et, fort marri de sa dé chéance, il entre comme simple commis dans un magasin de draps, h. l'enseigne du J/rtwz<?/?<c/»;.
Cola était dur, pour qui avait rêvé de [jorter runiforiiio. Beaucoup de jeunes gens de son âge eurent cette désillusion, après s'être préparés à une existence romanesque, d'êlre contraints à remplir d'iiumhles fonctions. Mais Auger avait l'imagination active. Il se lia avec des officiers russes, entrés à Paris avec l'arli ée des alliés. Il était admis alors, comme on sait, de faire bon accueil aux Russes, sans qu'on fût arrêté par des scrupules patriotiques. Un de ces officiers lui proposa de le suivre en Russie, et Auger fut incorporé, en qualité de sous-enseigne, dans le régiment d'Ismaïlovski. Ils étaient relativement nombreux, ceux qui se trouvaient dans son cas, décidés à faire leur cbeniin bors de leur pays, dans une armée étrangère, et nulle défaveur ne s"atlacliait sur eux.
Auger aimait déjà passionnément le tbéàtre. A son arrivée à Paris, l'amitié précieuse d'une ouvreuse du Tliéàtre-Français, qui lui donnait des contremarques, lui avait permis de suivre assidûment le répertoire, où il avait vu les
dernières représciitalions de Mole, de Monvel et de M"*' Contât. Une rencontre, au parterre de la Comédie, lui avait fait faire la connaissance d"un vieil amateur, M. de Soleinne. qui avait contribué à lui donner le goût des choses théâtrales. Il avait joué la comédie de société chez Auguste Garneray, le peintre de la reine Ilortense, etchezM"''' d'Uzès, qui avait organisé une troupe d'acteurs de bonne volonté, avec l'aide de Brifaut, l'académicien, l'auteur de .\inus II.
Il semble que, en Russie, les services militaires d'Auger aient été assez minces. Il fut surtout chargé de diriger le théâtre des Pages, sous le prétexte de les perfectionner dans l'étude de la langue française. Mais le capitaine qui l'avait décidé àprendre du service changea de corps, et Auger, après un an de séjour à Pétershourg, eut envie de revoir la France. Il demanda un congé, qui devait se prolonger indéfiniment. Ce fut lui qui rapporta à Pans le manuscrit du Lépreux de la cité d'Aos/e, rjue lui avait confié Xavier de Maistre, alors chez
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son frère, le coin le Joseph, amhassadenr île Sardaigne.
C'est à son retour de Russie qu'IIippolyle Auger se trouva vraiment lancé dans le monde parisien, grâce à l'amitié de Benjamin Constant, dans le salon duquel il lut son premier drame, « taillé dans l'éloUe de la chevalerie » et dont il suffit de dire (|ue l'héroïne s'appelait Elfride! Cette lecture fut, au reste, assez malheureuse, la chatte de Benjamin Constant, qui avait droit de cité dans le salon, ayant interrompu, au passage le plus pathétique, pai' un miaulement plaintif... qui déchaîna des éclats de rire,.
Auger, qui ne révolutionna guère rien, {)()urtanl, avec Benoît ou /es Deux Cousins ou P/u.i de peur que de mal^ a, dans ses Mémoires, une assez plaisante prétention. Il se pique (et la chose lui tient au cœur) d'avoir le premier semé r« horrible » romantique sur le sol littéraire avec la traduction d'une ballade russe, Ludniile, qui déchaînait les plus macabres fantaisies.
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Kii réalilr, il est surtout inlrrossanl ({uand il parle des antres. Il y a, sur Talrna, une anecdote qui ne laisse pas d'être savoureuse. Une jeune (ille s'était follement éprise du tragédien et elle le poursuivait partout de ses romanesques déclarations. «Enlevez-moi! » lui demandait-elle sans cesse. Mais Talma, (pii n'était plus jeune, redoutait l'esclandre, et il la raisonnait paternellement. Tous ses arguments étaient vains, et sa froideur ne faisait qu'aviver la passion qui lui était inutilement témoignée. — « Ali ! fit-il un jour, à bout de forces, si vous étiez mariée, encore!... J'aurais moins de prudence ! »
Seize jours après, juste le temps nécessaire pour la publication des bans, Talma recevait, de son aventureuse admiratrice, un billet qui ne contenait que ces mots : a Je suis mariée. » Ma foi! Talma ne résista plus. Ce ne fut que plus tard, après nombre d'autres accidents, que le mari sut pourquoi il avait été si vite agréé. Auger revendique la paternité entière du roman qui parut sous la signature d'Alexandre
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Duii.as. Fernande. 11 avait la i-ancune longue, car, dans ses Mémoires, il ne manque guère une occasion de traiter durement Dumas. Ses petites revendications sont d'ailleurs nombreuses. C'est ainsi qu'il se vante d'avoir (( découvert » Léopold Robert avant tout le monde, et d'avoir commencé la renommée du peintre, si bien que, en deux heures, Léopold Robert, signalé par lui à des amateurs de ses amis, n'avait plus un tableau à vendre. Le fait, s'il est exact, peut faire pardonner à Augorun peu de sa complaisance habituelle, lorsqu'il parle de soi-même.
Un, souvenir sur lequel il s'étend, avec un lyrisme vieillot, qui est d'un assez bizarre effet, c'est d'avoir é(diangé, à travers îes siècles, ufi baiser — avec Marie Stuart! Cela demande quelques explications. La vérité est, tout bonnement, que lady Howard lui montra un jour le chapelet que la reine d'Ecosse tenait entre ses mains, en marcliant à l'échafaud. Avant de se livrer au bourreau, elle baisa dévotement la croix d'or émaillé. Auger demanda à lady Ho-
ward la faveur do poser ses lèvres sur cette croix, poétisée par l'acte dernier de la reinemartyre. C'est à quoi se bornait la grâce qu'il avait reçue, devenue pour lui le prétexte de développements romanesques.
Il y a, çà et là, quchpies notes amusantes sur les habitudes théâtrales italiennes en 1820, et Aujer évoque une curieuse figure d'impresalio, Yestri, le directeur du théâtre Valle. Il était d'usage, alors, que, entre les deux pièces du speclacle, le directeur parût sur la scène et annonçât le programme de la représentation du lendemain. Yestri excellait dans ces harangues,, faites d'un ton familier. Auger en cite (juelques exemples, — et cela nous reporto bien loin! « Eh bien, disait Vestri, que vous semble de la pièce que nous venons de jouer? N'est-elle pas digne d'un public aussi respectable et aussi judicieux que vous l'êtes? Je vous le dis en confidence : celle que nous donnerons demain lui est encore préférable, sous tous les rapports... Vous verrez un père... Non, je ne veux pas vous dire un mot de ce
pùro... j'ai mes raisons... Vous verrez une fille... Gardons-nous (le trahir son secret! Traiiir une jeune fille: j'en suis incapable!... Quant à l'amant, c'est tout à fait un galant homme, et n'était son valet, un drùle... Mais aussi, que de moyens il met en œuvre pour se tirer d'embarras!... Si je ne craignais de vous ôter ie plaisir de la surprise, je vous le dirais... » Et le boniment continuait ainsi, interrompu par des réponses aux réflexions des spectateurs qui prenaient plaisir à "le voir se prolonger. Au reste, certains théâtres d'Italie ont conservé très longtemps cette coutume de l'annonce parlée.
Auger fut un dos hôtes assidus du salon de Sophie Gay, où tous les mondes se trouvaient représentés et oii on évoquait parfois des souvenirs du Directoire, et de celui de sa quasihomonyme Sophie Gail, dont un petit opéra comique avait mis la musique à la mode et chez qui défilait tout le Paris artiste du temps. Les deux Sophie s'associèrent un jour pour donner au théâtre Feydeau un ouvrage qui,
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malgré l'influence dont elles disposaient dans la société parisienne, ne réussit qu'à demi. Aug-cr se poussait assez habilement, grâce à ses relations, et Ancelot l'aidait bientôt à débuter au théâtre par une comédie en deux acies, Une Séduction.
Encore un coup, les mémoires d'Augcr ne sont assurément que de l'histoire théâtrale de second plan, mais ils ne laissent pas d'être intéressants pour la peinture de la vie littéraire sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Ils sont fertiles en anecdotes souvent curieuses. Par exemple, Auger avait une bien bonne opinion de lui. 11 n'était pas non plus sans aigreur, et il avaitgardé un certain nombre de rancunes tenaces.
Au milieu de nombre d'historiettes vieillottes, on peut glaner quelques souvenirs assez piquants. On ne se rappelle plus guère, aujourd'hui, Théodore Leclercq, dont les Proverbes
luront célèbres, jadis. De ïd\[, tOurs, ou Le feu eoure sous la eendre, le liapprocliemenl, ou II faut faille de nécessité vertu, VOrphellnc, ou A brebis tondue Dieu ?ncsure le vent, paraîtraient aujourd'liui choses fort insipides. Mais ces ciioses avaient'plu à ses contemporains, Auger avait beaucoup connu ce petit bourgeois malicieux, qui ne dédaignait pas d'user, ilansla vie, de moyens de comédie. C'est lui qui racontait comment il avait joué un tour de sa façon à Napoléon. Oh ! ce tour était bien innocent ! Un de ses amis avait été appelé par riunpereur. et l'idée de cette entrevue avec le maîtr^e tout-puissant le troublait fort. Il défaillait d'avance à la pensée de se trouver en face de Napoléon. Théodore Leclercq, au momept où son ami parlait pour les Tuileries, s'avisa de lui « faire sa tète ». comme à un acteur, et de lui mettre du rouge sur les joues, de façon à ce que son émotion fût dissimulée. L'empereur était de belle humeur, par hasard. La bonne mine de son interlocuteur le charma et il lui confia un poste fort enviable.
sans s'apercevoir de la terreur qui })aralysaiL riionime auquel il adressait la parole. Et Théodore Leclercq s'égayait fort, au souvenir de ce petit stratagème. 11 n'en fallait pas plus, naguère, pour inspirer un vaudeville, et Leclercq, en effet, ne manqua pas d'écrire ce vaudeville vécu. Heureux temps !
Auger avait, un moment, vécu en relations assez étroites avec Balzac, alors que le romancier venait d'abandonner son métier d'imprimeur. 11 s'était installé rue Cassini, dans une maison dont le jardin avait une petite porte sur la place de l'Observatoire. Un jour, il demanda à Auger de l'aider à décorer son salon, car it allait recevoir, lui dit-il, une visite telle qu'il lui fallait un cadre qui fut digne d'elle. Auger et lui allèrent acheter du calicot bleu, qui jouait la soie, et le tendirent sur les murs. Balzac, transformé en tapissier, s'impatientait d'abord, mais bientôt son imagination lui fit voir luxueuse à souhait cette tenture modeste, et il se hâta de congédier Anger, l'heure du rendezvous s'approchant.
Aui^cr, si cavalièreineiil sommé de travailler à la décoration du temple où devait être reçue l'idole, fut excusable de se cacher pour l'attendre et pour contempler ses traits. Mais il lut très déçu en apercevant une femme sèche, maigre et laide, et qui n'était même plus jeune. Mais qu'importait î Balzac la voyait, lui, telle qu'il voulait qu'elle fût.
Auger, ai-je dit, avait fait un assez long séjour en Russie. Il y a à ce propos une anecdote assez curieuse. Il n'était point commode, alors, pour un auteur dramatique, d'obtenir les suffrages du tsar. C'était, en ce temps-là, l'empereur Nicolas qui régnait, et il allait fréquemment au Théâtre-Michel. Auger y faisait jouer une pièce de lui, déjà représentée à Paris, Marcel. Il y avait, dans cette pièce, une scène où un mari surprenait sa femme dans les bras d'un gentilhomme. Ce mari, qui n'était qu'un pauvre diable, se révoltait et sautait à la gorge du séducteur. Auger comptait sur cette scène qui avait toujours produit de l'eiTet.
Tout à coup, l'empereur donna un coup de
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poing- terrible sur le bord de sa log-c. — « Comment jouc-t-onun pareil ouvrage ici ?» s'écriat-il. Les cliambellans, le directeur, les aides de camp accourent, tremblants, se demandant vainement en quoi ce passage avait pu déplaire au tsar. Celui-ci ne s'expliquait point, mais ne se calmait pas. Enfin il dit la cause de son irritation. « L'esprit de cette pièce est détestable, fit-il. Comment ! un ouvrier ose y souffleter un homme distingué 1 »
Telle était la raison de son courroux. Étrange critérium pour la valeur d'une œuvre dramatique ! Le théâtre était en émoi ; l'empereur s'était déjà levé, les comédiens demeuraient interloqués. Mais l'impératrice, qui n'avait pas été aussi choquée que son illustre époux, intercéda pour la pièce, qui put continuer. Cet incident refroidit un peu le zèled'Auger, (jui avait ambitionné, un moment, de diriger le théâtre français de Saint-Pétersbourg.
Il revint en France. Ce fut l'époque de sa collaboration avec Ancelot, dont il traçait un portrait assez peu flatté, le montrant gonflé de
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sa personnalité. Comme le lemps se cliarge de remettre les gens à leur place ! C'est Ancelot qui, un jour, entendant quelques coups de GÎ filet à la première représentation d'une de ses ])ièces, eut un geste d'étonnemeni, avec une parfaite bonne foi. 11 ne prit pas un instant les sifflets pour lui. — « Le n.allieureux ! lit-il en désignant l'acLcur qui était alors en scène, il aura retranché, changé ou ajouté quelque chose ! »
Auger se piquait d'avoir été joué" au Théâtre-Français, « bien qu'on l'eût refusé ». C'était simple figure et pur badinage. En réalité, au bout de quelque temps, il avait simplement présenté, réduite en un acte, une pièce qui en avait d'abord trois. Sous celte forme nouvellQ, la comédie avait été acceptée. Auger s'étonnait fort qu'on n'eût pas reconnu le sujet. « Voilà, disait-il dédaigneusement, comment les choses se passent ! » Mais il ne manquait pas de fatuité, et il admettait malaisément qu'on pût oublier (luelque chose de lui.
Un passage des J/émoires d'Auger révèle un
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auloiir (Iranic'Uitjiio... iriiileiilion, du moins, chez le grave M. de MoiUalivet, alors ministre de l'intérieur. Il trouva, il est vrai, des complaisants bien empresses.
M. de Montalivet avait accordé une audience au directeur de l'Ambigu, de Cès-Caupenne, qui sollicitait aussi le privilège de la Gaîté. Le ministre venait de déjeuner et achevait la lecture d'un journal, quand on introduisit de Cès- Caupenne. L'homme d'Etat était de fort bonne humeur. — « Tenez, ht-il. on lui tendant le journal et en lui désignant du doigt un fait divers, n'est-ce pas qu'il y a un drame tout fait, làdedans ? » De Cès-(]auponne, qui était bon courtisan, s'inclina en souriant : « Monsieur le niinisti'e, dit-il, le drame est reçu. — Comment cela ■? — Du moment que vous trouvez là un sujet de drame, le drame est fait ! »
Le directeur de l'Ambigu courait aussitôt, de Saint-Cloud, chez Auger, et lui racontait sa conversation avec le ministre. « Il faut que le drame soit écrit dans huit jours, joué dans quinze ! lui dit-il. Arrangez-vous ! »
Auger ne reculait pas, à l'occasion, devant un tour de force. (Mais ce ne sont pas ces tours de forcc-là qui rendent une renommée durable l) Il se mit à l'œuvre. Le soir du huitième jour, il lisait aux artistes de l'Ambigu le Coi^régidor de Sév'dle, mélodrame en trois actes et quatre tableaux, et, la semaine suivante, l'ouvrage était représenté.
M. de Montalivet ^trouva la flatterie délicate. Quelques jours plus tard, de Cès-Caupenne avait, comme il l'avait désiré, le privilège de la Gaîté. Le ministre, toutefois, ne se trouva pas lui rendre là un grand service, car cette double direction brouilla de Cès-Caupenne avec la Société des auteurs dramatiques, qui le mit en interdit. Auger prit parti pour le directeur, et ce fut là l'origine d'interminables procès. C'est dans les pièces d' Auger, tandis que le théâtre de la Gaîté était dans cette situation difficile, que débuta vraiment à Paris Laferrière, qui n'avait fait encore qu'une apparition dans un drame de Dumas.
Auger semble, d'après ses Mémoires, avoir été
assez volontiers processif, d'ailleurs. Il eut un autre procès retentissant avec Dormeuil, le directeur du Palais-Royal. Si ce différend peut être mentionné, c'est que l'écrivain avait alors pour avocat Victor Augier, gendre de Pigault-Lebrun, le père d'Emile Augier. Victor Augier perditsa cause, au reste, bien qu'il eût eu un joli mot, dans sa plaidoirie : « Nous ne savions pas que la parole d'un directeur de théâtre n'était (ju'un simple effet de mise en scène !... » Les directeurs ont-ils beaucoup changé depuis ce temps? Une dizaine d'années avant qu'il fût question de l'opéra de Meyerbeer, Auger avait fait jouer un drame, les Huguenots. 11 gardait quelque rancune au compositeur d'avoir « étouffé » sa pièce, à lui. Il est de fait qu'on ne se souvient guère de ce drame ! Par ce perpétuel mécontentement, par ces revendications constantes, par ces accusations de plagiat qu'il lançait facilement, Auger était bien de la race des auteurs ! Même après quelque soixante ans, il rappelait, sans que le temps eût paru apaiser ses ressentiments, Ces démêlés nombreux qu'il
avait eus avec les geas de théâtre. C'est même cette absence de sérénité qui est curieuse, en ses MémoheSy cliez le vieillard (pi'il était, quand il se mit à les rédiger, sur le tard. Il par lait avec indulgence des hommes qu'il avait coudoyés pendant sa vie, quand ils avaient appartenu à un autre monde qu'à celui dutliéàtre; mais, sur ce terrain particulier, il changeait d'allures et il devenait féroce... L'ironie, c'était que la plupart de ceux auxquels il s'en prenait étaient profondément oubliés et qu'il n'y avait plus guère que lui, oublié comme eux, qui so souvint de ces écrivains d'autrefois, dont il n'était le survivant que pour les accabler.
INTBIITÉS THÉÂTRALES