‹ Choses et gens de théatreChapitre 9 sur 14 · INTIMITÉS THÉÂTRALES · texte numérisé non relu

INTIMITÉS THÉÂTRALES

gens s'amusent, et je ne suis pas plus sévère qu'un autre, mais, que diable! on doitètro raisonnable, cependant... J'ai été jeune, moi aussi... Cela ne m'empècbait pas d'estimer que

le travail, c'est sacré !... Oui, je peux me vanter de n'avoir pas été paresseux! On pourra dire de moi ce qu'on voudra, mais on sera bien forcé de reconnaître (jue je n'ai jamais badiné avec les cboses du métier... Penses-tu que je serais parvenu à être ce que je suis si je n'avais pas eu la constante préoccupation de bien faire?

TOFANO FILS

Voyons! Encore de la morale!

TOFANO PÈRE

Mais oui, je t'en ferai, de la morale! C'est mon devoir de père, de t'avertir et de le reprendre... Ce devoir-là, je l'accomplirai, si peu récompensé que je sois de mes efforts pour faire de toi un bon sujet... Ali! les enfants, les enfants, que de soucis ils nous donnent! Est-

ce que tu ne disparais pas conlinuellement, maintenanl ? Sait-on oii tu es V Ce n'est qu'avec mauvaise grâce de la part que je peux l'avoir un moment, le matin, comme aujourd'hui, pour essayer de te façonner comme il faudrait... Tu as bien des choses à apprendre encore, cependant !

TOFANO FILS

El»! mon Dieu, lu t'emportes!

TOFANO l'KHE

Ce qui m'cnraj^e, c'est (|ue tu as des dispositions, c'est que tu es très capable de te distinguer, c'est que tu pourrais avoir un bel avenir devant toi, que lu serais de taille à me dépasser... Quand tu veux l'appliquer, y mettre du tien, tu me donnes parfois l'illusion que tu as la vocation... Tuas de l'originalité, de l'aplomb, du tempérament... Je suis ravi, je me sens fier de mon élève et de mon fils... Et puis, baste ! tu me déconcertes, le lendemain, par la dissipation... Et alors, mon garçon, laisse-

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moi le le dire, tu me fais ilela peine, beaucoup de peine!

TOFANO FILS

Voilà des grands mots !

TOFANO l'FUE

Des grands mots!... Mais, mon pauvre enfant, c'est la vérité... Crois-tu que cela m'amuse de te faire des reproches? Seulement, je connais la vie, je sais ce qu'elle réserve, et, si tu ne veux pas être exposé à bien des déceptions, il faut que lu aies une éducation première solide... Ah! je suis trop bon pour toi, trop faible!... Mon père, à moi, ne me traitait pas si doucement, et, tout grand que je fusse, il me corrigeait très bien, le cher homme, si je ne paraissais pas profiter de ses avis.

TOFANO FILS

Ah! ça, c'est un système qui ne prend plus!

TOFANO l'KRE, (j^ls d'ujnc

Quel langage! Quelles manières ! On a bien

raison de dire que le respect s'en va !... Je t'ai élevé avec trop de ménagements, je le vois bien!

TOFANO FILS

Allons! ne te fàclic pas !... Tu sais bien que, après tout, je ne suis pas méchant.

TOFANO PKRE

Non, mais tu es léger, inattentif..,, tu bayes aux corneilles..., tu ne songes qu'à t'amuser... Ce ne sont pourtant pas les bons exemples qui te manquent, ici! Ta mère et moi, nous ne nous reposons guère, chacun dans notre partie. Menons-nous une existence de plaisir, nous? Nous aurions bien gagné le droit d'en prendre un peu à notre aise, cependant !... Mais je ne veux pas me retirer avant de te savoir liors d'affaire, et, bien que je sente déjà la fatigue, je peine des journées entières, comme lorsque j'étais un écolier... Vraiment, je ne comprends pas que tu n'aiespas un peu plus de plomb dans la tête... Tu sauras ça. toi, quand tu auras des enfants, à ton tour, qu'il n'y a pas de chagrin

INTIMITES TllEATUALKS 239

pareil à voir que ceux (jii'on aime ne vous écoulent pas!

TOFANO FILS

Mon Dieu ! ne dirait-on pas que je suis un grand coupable?

TOFANO PÈRE

Voyons, prouve-moi que je ne prêche pas dans le désert... Recommençons t

TOFANO FILS

Recommençons !

TOFANO PÈRE

Mets-toi là... Bon !... Redis-moi, comme tout à l'heure, mais mieux : « Vùlcz-vous joër avé

TOFANO FILS

« Yùlez-vous jotT avé moi? »

TOFANO PÈRE

Soigne donc l'accent, sapristi 1 Enfin!... Je m'approche... là... je te donne la main...

tu me fais tourner sur moi-même, et tu m'envoies un coup de pied.

TOFANo FILS, acco7nplisscuit ce qui lui est com-

7nandé, cfivoie, après (/uelçues (/7'imaces, un

fort coup de pied à son père^ qui s'étale de

tout son long.

Voilà.. . Est-ce ça ?

TOFANO vv.wE, sc rclevcuit

Pas mal ! mais je voudrais plus de feu... plus de rapidité aussi. Rends-loi bien compte qu'un clo^vn qui a l'air d'hésiter n-e fera jamais rien... Encore une fois ! {Tofano fils l'ecommenée les plaisanteries co?isacrées et^ de nouveau., allonge le coup de pied que lui fait étudier son père.) Allons ! ça ira... Mais hier, au cirque, tu étais d'une mollesse!... Continuons ! (Il feint de se frotter la partie du corps sur laquelle il est to?nôé, e/i poussant des gémisseinents burlesques.) Là... tune doispas me laisser le temps de me remettre... Tu me prends par la jambe droite... je perds l'équilibre, je m"élale... commeça .. Alors, tandis que

INTIMITES THEATRALES

lu me relèves par le fond Je mon maillot et (|ue je me retourne, lu me donnes cinq ou six

gilles... C'est entendu ?

TOFANO FILS

Entendu ! (// exécute ce qui lui est ordonné et il envoie à son père une furieuse averse de coups de pied et de gifles.)

TOFANO i'KRR

Plus fort, que diable !... Plus les gifles sont vivement envoyées, plus le public est content... Et puis, c'est l'art, ra !... Si tu m'avais vu, dans le temps, au cirque Bouthors I

^,me roFANO, personne énorme, en maillot de travail, entre ^ en jonglant^ en sa qualité de « femme hercule », avec des poids monstrueux qu'elle manie le plus aisément du monde.

Eli bien ! avez-vous terminé ?... 11 est l'heure de déjeuner. (.1 Tofano père.) Et as-tu dit au petit que nous n'étions pas contents de lui ?

TOFANO PÈRK

Oui ; il m'a promis d'être plus zélé, désormais. (Avec une affection attendrie, à son fil.s) : N'est-ce pas. chenapan ? (A sa femme): C'est qu'il irait loin, s'il voulait I

M™» TOFANO, sans cesser de jongler, à son fils.

Écoute ton père, va, mon garçon ! Le travail, il n'y a encore que ça de vrai, sais-tu !... Et puis, quand on aie respect de ses parents, ça porte bonheur, dans la vie !

Tofano nère et fils se débarrassent de leur costume de travail. J/""^ Tofano dépose ses poids, qui font un bruit terrible, en tombant, et, machijialement , elle répète des salut s, en faisant des pirouettes, comme si elle revenait, après des applaudissements, sur Varène^du cirque.

TOFANO PÈRE à SOU /ils, très grave.

Quand OU a une sainte femme de mère comme celle-là, mon enfant, il ne faut pas être

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