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/;('/// lirrc, en lUO.'i. vSanl le dernier, Ions ci-s chapitres, sous une l'orme plus simple, avaient été enseignés dans mes conférences catéchétiques au couvent des Dominicaines.
C'était la suite de la religion, el cette suite prouvait au moins que la religion était une grande chose, elle la faisait connaître comme telle. Mais, après l'exposé de l'histoire, il fallait aborder directement les problèmes et les difficultés du temps présent. A cet objet correspondaient trois chapitres : « le Dogme el la science », « la Raison et la foi », « la Religion et la vie ». Un chapitre fort délicat, intitulé : « le Régime intellectuel de l'Église catholique », servait de transition entre les chapitres historiques et ces chapitres de discussion théorique, où les vues réformatrices l'emportaient décidément sur les considérations apologétiques. Sauf quelques passages insérés dans Autour d'un petit Hure, rien de tout cela n'a vu le jour.
Je regrette aujourd'hui de n'avoir pas publié en un petit volume mon chapitre du « Régime» pendant que j'étais encore dans l'Eglise. Cette critique aurait pu être grandement utile. Maintenant elle ressemblerait à une attaque venue
du dehors, et elle ne servirait à rien : le « régime » a été tellement perfectionné i)ar Pie X que la moindre discussion n'y peut plus même pénétrer.
Rien n'est plus lacilc que d'en marquer les défauts. A la vérité, l'Eglise reconnaît en principe, et le concile du Vatican a proclamé l'autonomie des sciences humaines, dans leur ordre, selon leur objet et leur méthode propres. Mais dans son enseignement, sans qu'elle s'en aperçoive, l'Eglise catholique vit sur la science de l'antiquité, incorporée à sa tradition. Même dans son catéchisme et dans la prédication populaire, elle contredit chaque jour les données les plus élémentaires de la science moderne, en sorte que la crise de la loi existe maintenant, à l'état latent, dés l'école primaire. A un degré supérieur de l'activité intellectuelle, et eu égard au mouvement scientifique, la liberté du catholique est assez limitée ; dans l'ordre des sciences religieuses, on peut dire qu'elle est à peu près nulle.
Il est inii)ossible, écrivais-je, de i'onnuler une liypolhèse ou une conclusion nouvelle sur un point important de pliilosophie naturelle, rationnelle ou
historique, sans Iroiiver on l'ace de soi la l)airière d'une opinion lliéolo<4i(|ue. I.a philosophie d'aujourd'hui n'a pour raison d'èlre tpie de fournir, si possihle, une conception générale du monde et de l'homme, de leur origine et de leur fin, qui soit en rapjiort avec l'état de la science dans le temps présent. Elle n'a donc pas à regarder, pour y chercher sa loi, du côté de la théologie, qui représente la science du passé, mais du côté de la science actuelle, dont la théologie elle-même ferait bien de se préoccuper. On a vu tout dernièrement une levée de boucliers théologiques se produire contre un jeune philosophe catholique du plus grand mérite, M. Maurice Hlondel, qui s'était permis de déclarer la philosophie autonome, tout en afTirmant qu'il n'y a pas, à proprement parler, de philosophie chrétienne, ni jamais de philosophie définitive. Pour avoir osé dire ces sinqiles vérités, il fut dénoncé à Rome ; et sans doute il doit à sa condition laïque de n'avoir pas été condamné, hjuettez une théorie sur la nature de la matière et la composition des corps, vous rencontrez le théologien brandissant comme une arme terrible la définition du concile de Trente sur la transsubstantiation du pain et du vin dans l'eucharistie, et la permanence de leurs « accidents » : comme si cette définition, qui reflète les conceptions philosophiques du moyen âge, était par elle-même une règle pour les savants de nos jours, et que ceux-ci fussent bien coupables de n'y trouver aucune
himicrc. l'roposo/ une analyse psyelioloj^iciue (le la personnalité, le Ihcoloj^ien surgit avee sa théorie de « l'union hyposlalique » et des deux natures, la divine et rinnnaine, associées dans l'unicjue personne du Verbe Fils de Dieu, qui dans la chair s'appelle Jésus-dhrist. Dites un mot favorable à rhyi)olhèse de révolution, le théolof^ien vous oppose les premiers chapitres de la Genèse, dont les auteurs, assurément, n'avaient pas prévu Darwin. Parle/, des relif^ions de l'antiquité, de leur origine et de celle de la mythologie, de l'institution des sacrifices et autres coutumes religieuses, le théologien vous objecte l'Histoire sainte. Parlez de l'antiquité du monde et de l'espèce humaine d'après la géologie, l'archéologie préhistorique et historique, le théologien vous demande si vous comptez pour rien la chronologie biblique, le déluge universel, et le témoignage de l'Ecriture, qui ne contient pas d'erreur. Si la science avait attendu la permission de la théologie pour se mettre en mouvement, elle n'aurait pas fait un pas depuis le XV siècle ; et si elle voulait aujourd'hui se montrer docile aux admonestations des théologiens, elle serait arrêtée net dans son développement.
Quant à la liberté de la critique dans les recherches de science religieuse, l'Eglise el la théologie oiïicielle n'en ont pas seulemenU'idée. « La science de rÉcrilure n'a jamais été conçue
autrement qu'en auxiliaire de la dogmatique. On ne lui voit pas encore d'autre raison d'être. L'altitude de Bossuet à l'égard de Richard Simon figure assez bien celle de la théologie à l'égard de la critique depuis trois siècles. On ne veut pas que la critique existe ; on ne comprend même pas qu'elle puisse exister ; on s'efTorce de lui barrer tous les chemins par où elle essaie de se faire jour. » Sur ce point, j'étais plein de discours et je n'avais qu'à rappeler les faits des dernières années : l'encyclique Providentissimus Deiis, le ridicule décret du Saint-Offîce, rendu le 15 janvier 1897, pour garantir l'authenticité du passage le plus sûrement apocryphe de toute la Bible, le verset dit des Trois témoins célestes dans la première Epitre de saint Jean ^ ; la nouvelle constitution de l'Index, promulguée la même année par le pape Léon XIIL « L'ancienne théologie scolastique, appuyée, du moins en apparence, par l'autorité pontificale et la hiérarchie ecclésiastique, fait des efïorts désespérés pour contenir le mouvement de la science, qui envahit l'Église malgré elle. Le danger d'une telle situation n'a pas besoin d'être démontré. »