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DES HAUTES ÉTUDES

Le 20 septembre 1899, vers quatre heures de l'après-midi, ma mère, auprès de laquelle j'étais venu passer un mois de vacances, entendit le bruit d'un corps inerte qui s'effondrait sur le parquet de ma chambre. Elle accourut et me trouva inanimé dans une mare de sang. Pendant la journée, j'avais eu de légers vomissements de sang dont je ne lui avais point parlé, pour ne pas l'inquiéter. Une hémorragie stomacale plus considérable avait occasionné une syncope et dénoncé la gravité du mal. Je m'alitai. Le 23, une nouvelle hémorragie me conduisit à deux doigts de la mort. Pendant quel-

ques jours, on inc ciul perdu. Il élail certain (jue, si j'en revenais, de longs mois seraient nécessaires à ma convalescence. Je diclai donc une lettre pour le cardinal Richard, où je lui adressais ma démission de mon aumônerie. Peu de jours après, je sus par la prieure des Dominicaines que ma lettre était arrivée à destination et que l'archevêché m'avait donné tout de suite un successeur.

Au commencement de novemhre, je pus m'installer à Bellevue. M. Mignot, alors évèque de Fréjus, (jui suivait mes travaux avec intérêt depuis plusieurs années, voulut hien demander pour moi à Rome un induit m'autorisant à célébrer la messe dans mon appartement. Cet induit me lut accordé pour sept ans. Je me trouvais, au point de vue canonique, dans une situation assez singulière. F2n principe, j'appartenais toujours au diocèse de Chàlons ; mais j'avais été donné à l'Institut catholique de Paris, et l'évêché de Chàlons ne s'occupait pas de moi; à l'Institut catholique et à Neuilly, j'étais sous la juridiction du cardinal Richard ; mais j'y échappais en quittant le diocèse de Paris, et Meudon-Bellevue était dans le diocèse de Ver-

sailles. Là je n'étais qu'un étranger en résidence provisoire. L'évèché de Versailles contresigna mon induit et ne se mêla jamais de mes allaires. Par le l'ait même qu'aucun évèque n'avait ou ne réclamait de droit sur moi, je jouissais d'une liberté beaucoup plus grande (|u'un prêtre exerçant un ministère pastoral ou d'enseignement. C'est ce que j'avais voulu, et j'étais bien décidé à en profiter.

J'ait dit comment les articles de Firmin, dans la Reuiie du clergé français, que dirigeait un de mes anciens élèves, M. l'abbé Bricout, avaient commencé en 1898 et s'étaient continués en 1899 et en 1900. J'écrivis, dans la même Revue, en 1899, sous mon nom, deux longs articles sur « les origines du Nouveau Testament », qui étaient surtout une discussion des opinions émises par M. Harnack dans le premier volume de sa Chronologie de Vancienne littérature chrétienne. Tout m'était permis dans la critique des exégètes protestants, à condition de ne })oint livrer mes propres conclusions, qui étaient plus radicales. D'autres articles parurent sous le nom d'un certain Isidore Desprès, qui donna, en lévrier 1899, une étude assez

curieuse intitulée Opinions catholiques sur l'origine du Penlateuque ^

Després s'amusait visil)lenient de la (}uerelle qui était née entre le P. Lagrange, dominicain, et le P. Mécliineau, jésuite, à propos d'un mémoire présenté par le premier au Congrès international des savants catholiques, qui s'était tenu à Fribourg en août 1897. Le P. Lagrange avait discuté « les motifs qui ont empêché les catholiques d'abandonner la thèse de l'authenticité mosaïque du Pentateucjue ». M. von Hùgel avait lu au même congrès un exposé complet du travail de la critique sur l'Hexateuque (Pentateuque-Josué) : les journaux et revues catholiques n'en disaient mot. Le bon Després faisait mine d'être étonné de ce silence , et il s'empressait d'analyser copieusement une dissertation qui ne pouvait manquer d'être fort instrucli\ e pour ses lecteurs ; puis il abordait le mémoire du P. Lagrange, et, avec un grand air d'innocence, il en signalait le véritable objet : « Xe nous y trompons pas, disait-il, de l'observation critique à la réfutation il n'y a qu'un pas, et c'est

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