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lut convenu que l'archevêque de Paris ferait examiner mon livre par une coinmission de théologiens ; qu'il le condamnerait d'après le rapport de cette commission ; que le cardinal Perraud appuierait cette censure de son autorité académique en y adhérant publiquement et en la promulguant dans son diocèse (ce qu'il fit le 28 janvier) ; que le nonce apostolique, M. Lorenzelli , recruterait quelques autres adhésions dans l'épiscopat. De là vint que rEuangile et l'Eglise fut condamné par l'archevêque de Cambrai, les évêques d'Angers, de Baveux (actuellement archevêque de Paris), de Belley (actuellement archevêque de Reims), de Nancy et de Perpignan. Quelques-uns de ces prélats s'étaient abstenus de lire le livre qu'ils interdisaient à leurs fidèles. L'ordonnance de Perpignan surtout prouve que son auteur ne savait que vaguement et par ouï-dire de quoi il s'agissait. D'autres évêques s'étaient récusés. Ne voulant pas entrer en lutte ouverte avec le cardinal Richard, j'arrêtai la seconde édition de l'Evangile et l'Eglise, qui était sous presse. Je supprimai de même une introduction de quatre-vingt-.seize pages, que j'avais préparée

pour la troisième édition de mes Etudes bibliques, et qui était de nature à réveiller les polémiques. Mon intention n'était pas d'aller plus loin dans la voie des concessions ; de même que j'avais gardé le silence devant la condamnation portée en 1900 contre les articles de Firmin, je pensais me taire devant la censure qui atteignait l'Evangile et l'Eglise. Cette attitude était la meilleure que je pusse prendre, la plus sincère, puisque, dans mon for intérieur, je n'avais pour la sentence archiépiscopale aucun sentiment positif de respect, et que je ne pouvais faire un acte de « soumission » qu'en l'accompagnant de réserves qui le rendraient insignifiant ou équivoque. Cependant, ayant su, le 2 février, par une lettre de M. Mignot, archevêque d'Albi, que Léon XIII souhaitait une adhésion formelle à l'ordonnance du cardinal Richard, j'adressai à ce prélat les lignes suivantes :

Monseigneur,

On a dû dire à Votre Eminence, que, par égard pour la décision qu'Flle a prise au sujet de mon livre VÉvamjile et l'Eglise, j'ai retenu la seconde

édition de cet ouvrage, qui était sur le point de paraître.

Je m'incline devant le jugement que Votre Eminence a rendu selon son droit épiscopal.

Il va de soi ([ue je condannie et réjjrouve toutes les erreurs que l'on a pu déduire de mon livre, en se plaçant, pour l'interpréter, à un point de vue tout ditlërent de celui où j'avais dû me mettre et m'étais mis pour le composer.

C'était peu, et c'était trop. Je ne m'inclinais pas bien profondément; mais on pouvait maintenant me demander de m'incliner davantage. Par ailleurs, ma façon d'imputer aux censeurs de mon livre les erreurs que le cardinal avait voulu proscrire était d'une rare impertinence. Sans doute il était vrai que je n'avais formulé aucune conclusion dogmatique, et qu'on altérait ma pensée en la prenant pour une théorie opposée aux spéculations scolastiques. Mais la censure ne parlait pas d'erreurs, et conséquemment je n'avais nul besoin d'écarter ce grief. Le cardinal disait (|ue mon ouvrage était « de nature à troubler gravement la foi des lidèles ». C'est sur ce point cjue j'aurais dû répondre, et je le pouvais sans dillicullé: mon livre n'était

pas destiné au grand i)ul)lic, et c'étaient les clameurs de mes adversaires qui l'avaient fait connaître aux « fidèles ». La censure avait donc été rédigée avec plus de sagesse que ma lettre, puisqu'elle ne concernait pas le i'ond de mon ouvrage, mais l'ellet que sa lecture [)0uvait produire sur la masse.

L'inconvénient de ma démarche apparut sans délai. Sitôt ma lettre reçue, le cardinal Richard, ({ui l'avait comprise avec plus de simplicité qu'elle n'avait été écrite, m'invitait fort aimablement à venir le voir. L'onction presque doucereuse du bon cardinal en pareilles circonstances ne manquait jamais de m'exaspérer. J'ai déjà dit le sentiment que m'avaient inspiré les polémiques par lesquelles avait été préparée la condamnation de mon livre. Il ne semblait pas que ces polémiques dussent finir et que l'autorité ecclésiastique eût souci de les arrêter. Je craignais de plus, et avec raison, que l'archevêque, ayant condamné mon livre pour avoir été « publié sans Yimprimatiir exigé par les lois de l'Eglise », ne voulût soumettre mes écrits au contrôle de ses théologiens, ou bien qu'il ne me demandât de renoncer à mon cours des Hautes

P^tudes ou d'en changer le sujet. Au lieu de me rendre à l'audience du cardinal, je lui écrivis, le 5 février :

Monseigneur,

En retirant mon livre du commerce et en prévenant Votre Emincnce que je le retirais, j'ai pensé agir comme il convenait à la discipline ecclésiastique ; et je crois savoir que je suis entré ainsi dans les intentions du Souverain Pontife. Mais je réserve, certes, mon opinion personnelle sur tout ce qui s'est passé à pro])os de ce livre d'histoire où l'on veut chercher des erreurs de théologie. Votre Eminence me permettra de ne pas répondre maintenant à l'invitation qu'Elle a bien voulu m'adrcsscr. Dans les circonstances jjrésentes, l'entretien qu'Elle me propose serait trop pénible pour moi et, je le crains, aussi pour Votre Eminence elle-même.

Cette lettre ramenait à sa juste valeur, c'est-àdire à rien, la « soumission » précédente. Elle arriva trop tard à l'archevêché pour qu'on modifiât la note officielle que contenait, au sujet de celle-ci, la Semaine religieuse du diocèse de Paris dans son numéro du 7 février. La note supprimait assez habilement la finale de ma

première lettre, en sorte que l'auteiir de l'Evangile et l'Eglise se trouvait réprouver les erreurs qu'on avait « pu déduire de son livre ».

L'affaire n'était finie qu'en apparence. L'évêque de La Rochelle, M. Le Camus, brouillon plein de bonnes intentions, publiait, sous le titre de Vraie et fausse exégèse, sa réfutation de mon livre. Il m'écrivait naïvement qu'il avait eu l'idée de me combattre pour m'empêcher d'être condamné. Rien n'était plus facile à réfuter que sa réfutation, et je le lui fis bien voir plus tard. L'Univers du 6 février contenait une lettre du cardinal Perraud à l'un de ses anciens condisciples de l'Ecole normale, où le prélat académicien pensait résoudre tous les problèmes de l'exégèse avec deux phrases de Bossuet contre Richard Simon. L'évêque d'Autun n'avait tiré de son propre fonds qu'une image d'un goût douteux : « Oserai-je dire... que les flottements de l'auteur de l'Evangile et l'Eglise produisent sur le lecteur quelque chose d'analogue au mal de mer? On voit trouble, on a la nausée, on se sent mal au cœur, et le reste. » Dans le même temps, j'étais averti par une voie très sûre que mon petit livre et les, Etudes évangéliques étaient

délerés à la Congrégation de l'Index. L'idée d'une défense de rEvancjile et l'Eglise, en forme de dialogues ou de lettres, prenait consistance dans mon esprit. Dès le mois de mars 1903, le canevas d' Autour d'un petit livre était tracé ; mais il me sembla opportun d'en ajourner la publication au mois d'octobre, lorscfue paraitrait mon volume sur le Quatrième Evangile. Vers la fin de juin, j'appris que Léon XIII avait refusé de laisser inscrire les Etudes évangéliques au catalogue de l'Index. Il mourut le 20 juillet.

Un de mes amis anglais, qui était à Rome pendant le conclave où Pie X fut élu, m'écrivait que tous les cardinaux papables, sauf le cardinal Zvampa, qui est mort depuis, étaient « des extinguishers^ distingués ». Je lis dans mon journal, à la date du 28 juillet : « Le nou-

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