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vient d'une main moins expérimenlcc. J'oserai ajouter qu'il en est (ie même au point de vue de la conformité plus ou moins grande que ces travaux peuvent avoir avec l'enseignement commun des théologiens catholiques. Tous nos lecteurs sont assez intelligents pour comprendre que mes hardiesses — ou ce qu'on appelle ainsi — ne rendent pas hérétiques les PP. van den Ghcyn et Grisellc, S. J., qui ont écrit dans la Heinic; et ils savent également que l'orthodoxie de ces Pères ne garantit pas l'accord de mes conclusions avec les décrets de la Commission pontificale des études bibliques. Si Votre Imminence appliquait jusqu'au bout le principe dont Elle a trouvé bon d'user envers nous, il n'est pas une revue d'esprit véritablement scientifique où Elle dût permettre à son clergé de collaborer.
Encre et arguments perdus. A la lin de 1909, une campagne fut menée dans la presse catholique contre un prêtre qui était, comme moi, rédacteur à la Revue critique, dirigée par M. Clîuquet, mon collègue au Collège de France. L'autorité ecclésiastique lui enjoignit de renoncer à cette collaboration. Pour être complet, je dois ajouter que la même autorité lui a aussi interdit de se rencontrer avec moi à la table d'un ami commun. Nous n'avons plus le droit de nous voir (]ue dans la rue, si le hasard
nous conduit au-devant l'un de l'autre ; encore ne suis-je pas sur qu'il nous serait permis de nous saluer.
Le 29 mai, Pie X ratifia une décision de la commission pontificale des études bibliques sur l'authenticité et l'historicité du quatrième Kvangile. Le cardinal Merry del Val faisant partie de cette commission, et s'occupant, par conséquent, ou étant censé s'occuper de questions d'exégèse, je jugeai bon de lui adresser sur le sujet un petit mémoire où je demandais d'abord assez indiscrètement si la commission pontificale se tlattait d'être une société savante, auquel cas ses décrets seraient chose absurde, « la nature même de la science excluant de telles prescriptions », ou bien si elle était un tribunal théologique affectant seulement les apparences d'un comité scientifique ; j'argumentais ensuite contre le décret de la commission, et je disais pour conclure :
Le nouveau décret laisse la question joliannique en l'état où elle se trouvait auparavant. Il n'y a de cliangé que la condition des professeurs et savants catholiques, chargés d'un enseignement ofTiciel, qui vont être contraints de proposer comme vraies
et certaines des opinions que plusieurs pensent être fausses ou tout au moins douteuses. Je ne vois pas comment un exégcte qui ne parle pas au nom de l'Eglise, et qui se place uniquement sur le terrain scientifique, pourrait èlre tenu d'accepter ces opinions, de les déclarer siennes et de les défendre.
Il va sans dire que le cardinal secrétaire d'Etat ne m'accusa pas réception de cette lettre.
Parmi les évêques qui publièrent dans leur diocèse l'ordonnance du cardinal Richard, il y en eut qui ne se bornèrent pas à une simple adhésion. Je me laissai aller à critiquer un peu ironiquement, dans une lettre à lui adressée le 23 juin, les formules vagues et oratoires dont s'était servi M. Bougouïn, évèque de Périgueux, et plus sérieusement ce qu'avait écrit M. DadoUe, évêque de Dijon, homme instruit, ancien élève de M. Duchesne à l'Institut catholique de Paris; ce prélat, sans en être bien sûr, avait affirmé que l'histoire et la critique n'avaient « rien de commun » avec ce qui se lisait « trop souvent » dans la Revue cF histoire et de littérature religieuses. A distance, ces exercices de controverse semblent un peu futiles. Je n'étais pas fâché, avant de quitter l'Église, de montrer aux évèques, qui
m'avaient condamné sans merci, et dont plusieurs avaient abusé singulièrement de mon silence, (jue j'aurais bien su me détendre si j'avais voulu, et que ma modération avait toujours été autre chose que de l'impuissance.
Le jeudi 4 juillet 1907, le pape Pie X approuvait le décret Lamentabili sane exitii, rendu la veille par le Saint-Oflice. C'était le SijUabiis maintes fois annoncé dans la presse catholique depuis la condamnation de mes livres en décembre 1903. Il contenait soixante-cinq propositions, qui étaient « réprouvées et proscrites » sans qu'on en déterminât autrement la qualité, c'est-à-dire sans que l'Inquisition spécifiât si telle ou telle proposition devait être considérée comme hérétique, ou erronée, ou simplement téméraire. Le Saint-Ofïîce usait donc encore d'une certaine prudence, évitant d'engager entièrement son autorité , tout en réclamant une complète obéissance. Ce qui me frappa le plus
dans cette collection d'opinions censées malsaines fut le grand nombre de celles qui avaient été tirées de mes ouvrages, surtout l" Evangile et l'Église et Autour d'un petit Hure, et l'altération qui se constatait en plusieurs à l'égard de leur source. Il paraissait évident que, dans certains cas, les censeurs n'avaient pas compris; en d'autres cas, ils avaient, consciemment ou inconsciemment, modifié plus ou moins la teneur et le sens des textes pour obtenir l'erreur à condamner. Leur procédé me parut curieux à étudier, et je rédigeai, sur ces propositions, des notes critiques, indiquant l'origine des opinions condamnées et expliquant leur rapport avec les passages d'où on les avait extraites.
C'est seulement dans la seconde moitié de juillet que ce décret lut promulgé. Et en mon honneur, l'autorité ecclésiastique prescrivit encore de le lire tout entier au prône du dimanche dans l'église de Montier-en-Der. L'assistance eut assez d'esprit pour n'y rien comprendre. On eût obtenu le même succès en lui faisant lire les décrets des conciles de Trente et du Vatican.
Abstraction faite de ce détail, les intentions romaines apparaissaient clairement, et un per-
sonnage qui devait en être informé de première main, M. Haudrillnrt, recteur de l'Institut catholique de Paris, les interprétait avec exactitude dans la Croix du 23 juillet:
Les erreurs que rÉglise condamne aujouid'hui... avaient pu séduire quelques esprits unicpiement préoccupés d'un point de vue, ou dominés par l'esprit de système, et l'action de ces esprits devenait singulièrement périlleuse. I^'Eglise devait parler... Nous osons espérer... que les égarés qui clierchaient tout de bon la vérité se soumettront sans retard et sans réserve. I^es autres n'auront plus qu'à sortir de l'Église ; c'est douloureux, mais il était temps que l'équivoque cessât et que l'on ne pût plus s'affirmer catholique en soutenant des thèses protestantes ou rationalistes.
Que les auteurs des propositions condamnées fussent plus préoccupés d'un point de vue ou d'un système que M. Baudrillart lui-même ne l'était de la doctrine orthodoxe, le fait était pour le moins douteux. C'était aussi jouer sur les mots que de les dénoncer comme protestants ou rationalistes. Mais je fus surtout choqué de l'empressement avec lequel un de mes anciens auditeurs, — car M. Baudrillart avait suivi mes
cours de l'Institut catholique en 1892 et 1893 ; j'avais eu pour lui beaucoup d'estime, et il m'avait témoigné quelque sympathie, — sans être qualifié pour une semblable exécution, me reconduisait à la porte de l'Eglise. Je lui écrivis avec quelque vivacité. Une correspondance s'échangea entre nous où j'eus l'occasion de préciser le caractère de mes ouvrages apologétiques, dont M. Baudrillart me disait qu'à sa connaissance, ils n'avaient converti personne et qu'ils avaient troublé plus d'un croyant. Je lui répondis :
Ce que vous me dites de vos expériences ne me surprend pas. Mes livres d'apologétique sont de toute insufïisance pour amener à la foi les incrédules et les non catholiques; ils peuvent seulement dissiper leurs préjugés contre l'idée catholique et, dans une certaine mesure, contre l'Eglise. Ils représentent letfort que j'ai fait pour me maintenir moimême dans le catholicisme, nonobstant l'impossibilité ou je me suis trouvé de garder dans leur signification littérale la plupart des thèses qui constituent l'enseignement catholique. Mes écrits n'ont donc pu avoir d'utilité que |)our les lecteurs qui étaient dans une situation plus ou moins analogue à la mienne. Peut-être ont-ils empêché quel
ques désertions ; ils n'ont opéré sans doute, comme vous l'observez, aucune conversion proprement dite. Et il est naturel qu'ils aient troublé bien des esprits qui ne soupçonnaient pas encore les dillicultés. Mais vous m'accorderez que ces esprits-là ne pouvaient guère manquer d'être troublés un jour ou l'autre.
La crise de la loi, qu'elle soit un bien ou un mal, n'a pas été déchaînée par mes publications. J'en suis la victime bien plus que l'agent. La sachant inévitable, j'ai essayé de la modérer, et c'est peutêtre cette présomption qui a détruit la paix de ma vie. Si j'avais voulu m'enfermer dans l'orientalisme, j'enseignerais encore aujourd'hui près de vous l'hébreu et l'assyriologie; le recteur de l'Institut catholique ferait mon éloge dans ses rapports annuels à l'assemblée des évêques; on me citerait en exemple de la concorde entre la science et la foi, précisément parce que je ne me serais occupé que de la science et n'aurais jamais parlé de la foi. Je serais probablement chanoine honoraire de Notre-Dame. Et voilà comment j'ai manqué d'être heureux en ce monde.
(domine on devait s'y attendre, le décret Lamentahili fut suivi de la i^rande encyclique Pascendi doininici (jrerjis, « contre les erreurs des modernistes », qui est datée du 8 septembre
1907. Cette encyclique dénonçait solennellement pour la première fois le système moderniste, qu'en même temps elle inventait, ce système, tel qu'elle l'avait constitué, n'ayant été professé par personne ; elle créait aussi, pour l'extirpation de l'erreur, la police inquisitoriale ([ui sévit encore sur l'Église catholique, au moins dans certains pays, spécialement en France et en Italie.
Avec la philosophie de MM. Blondel et Laberthonnière, où a pénétré quelque élément kantien, avec la théologie de Tyrrell, qui avait quelque chose de l'individualisme et de l'illuminisme protestants, avec mes livres où il y avait surtout de la critique historique, les théologiens de Sa Sainteté avaient construit une sorte de doctrine encyclopédique dont l'agnosticisme était la base et qu'ils disaient avoir inspiré toute la critique des modernistes. Pie X et ses rédacteurs avaient assurément le droit d'indiquer les liens logiques qui pouvaient exister entre les divers courants du prétendu modernisme ; ils pouvaient de même, s'ils le jugeaient à propos, montrer les conséquences dernières des idées qu'ils combattaient. Mais
ce (jirils n'avaient pas le droil de faire, c'était de présenter comme un enseignement réel, qui aurait été secrètement agréé ou publiquement professé par tous les individus qu'il leur plaisait d'englol)cr sous la dénomination de modernistes, la théorie (ju'ils avaient eux-mêmes élaborée. La philoso[)liie négative (|u'ils mettaient au fond du système moderniste était une caricature des idées de Blondel et de Laberthonnière, croyants })ositifs s'il en fut, et plus éloignés de l'agnosticisme, de la doctrine qui consiste à ranger Dieu dans la catégorie de l'inconnaissable et à l'y laisser, que les théologiens scolastiques les plus orthodoxes. D'autre part, ma critique de la Bible était aussi indépendante de l'agnosticisme qu'elle l'était de la théologie traditionnelle, et la façon dont les rédacteurs pontificaux essayaient de ridiculiser la méthode de l'exégèse historique, en faisant passer pour afiirmations de théoriciens aveuglés les faits les plus clairs, tels que l'évolution et les transformations des souvenirs apostoliques dans la tradition de l'Évangile, était-elle même ridicule. L'Encyclique avait l'intention d'être un acte solennel du magistère ecclésiastique ;
on lui avait donné la foi me d'un i)aniphlel antimoderniste. Les personnes mêmes des novateurs y étaient fort maltraitées : c'étaient des monstres d'orgueil, qui s'imaginaient être « les seuls détenteurs de la sagesse, uniquement préoccupés de réformer les autres et dépourvus de tout respect pour les supérieurs ecclésiastiques».
Le prétendu modernisme n'avait pas été la doctrine de quelques individus, c'était la tendance d'une foule. Même dans les livres de ceux en qui l'on a voulu voir les chefs du mouvement, cette tendance apparaissait en forme si subtile et volatile qu'on n'a pu ni la définir ni l'atteindre sans la matérialiser grandement. Pour en faire une hérésie, les théologiens du pape la traduisirent en un système complet qui était susceptible de toutes les condamnations. Mais ce qui avait existé réellement n'était pas un ensemble d'opinions que leurs tenants auraient voulu substituer aux croyances traditionnelles. C'était un effort assez dilTus, intense pourtant, — beaucoup moins chimérique et aveugle qu'il ne peut sembler maintenant à des observateurs superficiels, parce qu'il a été vaincu, — pour assouplir la rigueur de l'absolutisme romain et celle
du dogmalisnie thcologiquc. Il n'avait pas plus besoin d'opposer une doctrine à une doctrine (|ue de fonder une Eglise nouvelle en face de l'Eglise ancienne. L'Eglise existante était comme son point de départ et l'objet de son action ; il ne tendait pas à lui faire accepter un symbole nouveau ou répudier son organisation séculaire; mais il voulait l'induire à se relâcher de son attitude intransigeante, à laisser discuter les problèmes qui actuellement se posent, à en chercher de bonne foi la solution avec le concours des intelligences et des volontés qui étaient à son service. Envisagé de ce point de vue, qui est celui de la réalité, le modernisme n'était pas tout à fait une utopie, et ce n'était pas du tout un complot. Peut-être même devrait-on dire qu'avec moins de raison, et plus d'enthousiasme religieux, il eût été plus fort ; qu'il aurait eu plus de chances de s'imposer en quelque manière à l'Eglise, ou que du moins il lui aurait plus eiïicacement et plus longtemps résisté, s'il y avait eu entre ses adeptes une entente et un concert dont ils n'eurent jamais l'idée.
Il me parut opportun d'écrire encore au car-
diiKil Mcrry del Val les principales réflexions et les sentiments que nie suggéraient le document pontifical. La lettre est du 29 septembre 1907. Elle commençait ainsi :
C'est avec un sentiment de profonde tristesse que j'ai lu la récente encyclique de Sa Sainteté contre les erieurs des modernistes. Je n'y ai pas trouvé seulement une dénonciation solennelle d'opinions qui, sur des points très importants, ne sont pas celles des personnes à qui on les inq)utc, mais une difFamation de ces personnes, et telle, en maint endroit, qu'elle semblerait presque inspirée par la malveillance envers certains individus qu'on a eus plus particulièrement en vue. Pas plus que je ne reconnais ma doctrine dans le système moderniste, je ne me reconnais moi-même dans le portiait de ceux qu'on dit être les tenants de ce système. Une apologie serait inutile, et j'oserai dire que l'encyclique m'en dispense. Les lignes que je me permets d'adresser à Votre Kminence n'ont pas d'autre objet que de renseigner le Saint-Père sur mes dispositions actuelles.
Suivait ma réponse au grief d'agnosticisme et à « la description « du travail critique sur les origines chrétiennes, « satiriquement esquissée par les théologiens de Sa Sainteté » ; je finissais
en protestant contre l'imputation de mauvaise foi, que contenait un passage de l'Encyclique. La politique de répression n'en poursuivait pas moins son œuvre. Vn mntii proprio de Pie X, en date du 18 novembre 1907, prononçait l'excommunication contre ceux qui seraient « assez audacieux pour défendre l'une f[uelconque des propositions, opinions et doctrines réprouvées » dans le décret Lamentabili et dans l'encyclique Pascendi. Le cercle des mesures disciplinaires était fermé : ou l'hérésie moderniste allait être étouffée, ou les modernistes seraient obligés de quitter l'Eglise. L'événement a prouvé cependant que ces mesures si sévères étaient insuffisantes, et l'on y a joint, en 1910, la prestation du serment antimoderniste, par lequel tous les ecclésiastiques exerçant un ministère quelconque sont tenus de réprouver explicitement et dans le détail les principales erreurs du modernisme. Il est difficile de savoir jusqu'à quel point tout cet attirail inquisitorial est efficace. Il ne peut pas manquer de l'être à la longue si on continue de l'appliquer avec rigueur.
Pendant que Pie X organisait sa police, je terminais l'impression de mes Evangiles synoptiques et celle de mes réflexions critiques sur le décret Lamentabili et sur l'encyclique Pascendi, le tout devant paraître simultanément à la fin de janvier 1908. Dans les premiers jours de ce mois, je reçus une lettre de M. Monier, qui m'invitait en termes pressants à me soumettre explicitement aux directions pontificales : j'avais, selon lui, gardé un silence respectueux devant les derniers actes de Pie X ; il ne m'en coûterait guère d'y donner une adhésion positive, qui me réconcilierait avec l'F^glise et assurerait la paix de mon existence. Je répondis au vénérable sulpicien qu'il s'était mépris sur la signification de mon silence, et que je me disposais à le rompre dans quelques semaines. La démarche de M. Monier devait m'être expliquée peu de jours après : la monition que je reçus de l'évêque de Langres, le 12 janvier, avait dû être confiée d'abord au cardinal Richard, qui s'était récusé.
n'ayant pas qualité pour me la transmettre ; et le vieil archevêque avait recommandé encore une fois à M. Monier de me préparer, si possible, à la soumission.
L'évêque de Langres, suivant des instructions venues de Rome, me manda auprès de lui, ayant besoin, me disait -il, de m'entretenir, (( pendant quelques instants, d'une très grave affaire me concernant ». L'alTaire était maintenant pour moi sans aucune gravité. On était en plein hiver, et entre Cetïonds et Langres il y a presque toute la longueur du département de la Haute-Marne. Je m'excusai sur ma santé, priant M. Herscherde vouloir bien me faire sa communication par écrit. Une semaine s'écoula durant laquelle sans doute l'évêque consulta Rome. Le 18, il m'écrivit une longue lettre, très bonne et très digne, qui roulait précisément sur le même thème que celle de M. Monier : j'avais eu une grande part au mouvement d'idées que réprouvaient les actes pontificaux de 1907 ; devant ces actes je m'étais tu ; mais mon silence ne suffisait ni à rassurer le pape, ni à édifier l'Église ; c'est pourquoi le cardinal Merry del Val, au nom du pape, avait chargé l'évêque
dont je me trouvais le diocésain par ma résidence, de me demander une adhésion pleine et entière aux condamnations [)orlées contre le modernisme.
Le style du cardinal secrétaire d'Etat, dont M. Herscher me citait ensuite les instructions, était moins paternel :
M. ral)bc Loisy devra (iéciarcr qu'il condamne, sans aucune restriction toutes et ciiacune des propositions condamnées par le décret LamenUibiU, confirmées par le motu |)roprio Praeslunlia, comme les condamne la sainte Hglise, et qu'il condanuie le modernisme comme l'a condamné le Saint-Père dans l'encyclique Pascciuli. Votre Grandeur lui défendra en outre de publiera l'avenir aucun écrit ou article semblable à ceux qui ont déjà été l'objet de la léjjrobalion du Saint-Sièj*e. Dieu veuille (pie M. Loisy corresponde à ce dernier appel de la grâce, et qu'il pourvoie à son àme, afin que le Saint- Pèi'e ne soit |)as obligé de prendre les mesures nécessaires pour enlever le scandale dont sa permanence dans l'Église est la cause.
Je répondis à M. Herscher, le 19 janvier, ce que je pouvais répondre : mes lettres au cardinal Mcrrv del Val avaient dû instruire Pie X de
mes dispositions. Quanl à souscrire aux actes pontilicaux, je ne le pouvais pas sincèrement. J'aurais pu condamner certaines propositions ou doctrines que ces actes avaient altérées en les empruntant à mes livres; mais je ne me dissimulais pas que mes opinions réelles étaient proscrites avec et dans celles que je pouvais désavouer :
Cela étant, adliérer purement et simplement à la condamnation du modernisme tel qu'il a été condamné par l'encyclique pontificale serait confesser que je ne trouve plus en moi aucune idée consistante et que je suis actuellement en dehors de toute raison comme l'encyclique proclame que j'ai été jusqu'à présent en dehors de toute foi. Un pareil aveu ne me conduirait pas à l'orthodoxie, mais au néant de l'intelligence et de la conscience... Mon esprit serait aussi incapahle de vivre dans l'atmosphère intellectuelle du décret Lamentabili et de l'encyclique Posce/îrf/, que mes poumons seraient incapables de respirer au fond de la mer... Inutile d'ajouter que, pour mes publications, je ne pourrais m'engager à suivre de tout point les instructions pontificales. Il n'est guère possible de mettre au jour une page de critique biblique sans contrevenir de manière ou d'autre à ces instructions.
Et j'annonçais « l'intention de faire paraître
prochainement un commentaire des trois premiers Evangiles » dont les conclusions principales étaient conformes à celles de mes précédents écrits ; je m'expliquerais aussi, « en temps opportun », sur le rapport de mes opinions avec 1 celles qui avaient été censurées par le Saint- 1
Père. Cet avertissement eut probablement pour elTet de retarder la sentence d'excommunication, qui ne lut lancée qu'après la publication de mes li\res.
Il est à noter que Rome, en cette occasion, me faisait des conditions plus favorables qu'en 1904. On ne me demandait pas de condamner mes livres, de rétracter formellement les opinions que j'avais professées, de reconnaître pour miennes les doctrines et propositions réprouvées par PieX, mais seulement de les rejeter comme Pie X les rejetait. La distinction n'était pas sans importance ; mais, comme je le disais dans ma lettre à l'évéque de Langres, elle n'était que superficielle et ne suffisait pas à rendre possible mon adhésion. Je doute fort qu'on ait eu à Rome quelque désir ou espoir de me retenir ainsi. Il est possible cependant que la modération relative de mon attitude, comparée à la
polémique véhémente que Tyrrell commençait alors à mener contre les actes de Pie X, ait donné le change sur mes sentiments. Mais si Tyrrell s'insurgeait contre l'Église romaine, c'est qu'il était encore passionné pour les intérêts de la religion catholique ; et si je ne m'emportais pas comme lui, c'est que les affaires de l'Eglise ne me touchaient plus.
Les Evangiles synoptiques et les Simples réflexions sur le décret Lamentabili et sur l'encyclique Pascendi parurent à la fin de janvier. Je n'ai jamais bien compris pourquoi le public se jeta sur le petit volume de Réflexions comme il aurait pu le faire sur un bruyant manifeste. On s'aperçut seulement après coup, lorsque je fus obligé d'en donner au plus vite une seconde édition, que le livre était ennuyeux. Ce n'était qu'une étude de textes pour établir comment les théologiens pontificaux avaient composé le décret et l'encyclique. L'objet réel de cette discussion ne frappa personne ; on vit seulement que je ne me soumettais pas aux instructions pontificales, et ce geste, qui pourtant n'avait rien de violent ni d'imprévu, fut ce qui attira un moment l'attention. Un flot de
condamnations épiscopales servit à le souliaîner.
Le cardinal Richard était mort le 28 janvier. Son successeur, M. Amette, par ordonnance ^ datée du 14 février 1908, défendit la lecture de mes livres « sous peine non seulement de péché grave, mais d'excommunication spécialement réservée au Souverain Pontife », la même censure atteignant ceux qui les détiendraient, les imprimeraient ou en prendraient la défense. M. Herscher suivit, le 17 février 1908, et tous les évêques de France en firent autant.
Le 22 février, une dernière sommation m'arriva de Rome par l'intermédiaire de l'évêque de Langres. M. Merry del Val lui avait écrit le 19:
Le S;iint-Pèrc, voulant faire preuve de la plus grande longanimité à l'égard de l'abbé Alfred Loisy, afin, si c'est possible, de sauver une àme, me charge de prier Votre Grandeur d'envoyer à M. Loisy une nouvelle et dernière admonition, formelle et péremploire, dans le sens de la précédente. En même temps, vous préviendrez M. Loisy explicitement