Le vendredi 20 janvier
travail, en vous faisant observer que c'est surtout un acte de politique destiné à nous conquérir peu à peu la tolérance, puis la liberté, et à montrer aux inquisiteurs des raliones dnbilandi qu'ils i{^norent. C'est i)our cela que :
1" Je me suis borné au rôle de raj)porlcur; 2" Que j'ai fait valoir l'opinion moyenne; 3° Que je ne vous ai pas nommé, bien que j'aie toujours eu la pensée pleine de vous.
Tout à vous,
M. U'IIULST.
L'article du recteur de l'Institut catholique était donc en partie écrit pour moi. Mais l'auteur ne se proposait pas seulement de me garantir contre les chasseurs d'hérésie et de sauver la réputation de sa maison. Il voyait dans un avenir prochain les études sacrées libres des entraves Ihéologiques, et beaucoup d'àmes qui étaient inquiètes au sujet de la Bible rassurées dans leur foi.
Autant dire qu'il s'illusionnait complètement sur l'efTet qu'allait avoir son article. Et d'abord il n'avait pas vu (ju'aucun théologien orthodoxe ne pourrait admetlie la théorie de l'inspiration qu'il avait présentée sous le nom de « l'école
laif^e ». Sa première erreur avait été de poser la question biblique sur ce terrain de l'inspiration où il se lieurlait immédiatement aux définitions de l'Eglise et à la tbéologiequi les interprète. La grande affaire pour lui semblait être la présence d'erreurs dans la Bible. Prise en masse, la tradition catholique n'a jamais admis dans l'Écriture aucune erreur d'aucune sorte, et l'on sait pourquoi Galilée fut condamné. M. d'Hulst imaginait trois écoles théologiques dont on peut soutenir que deux n'avaient point existé : l'école large, l'école moyenne, et l'école traditionnelle, qui avait bien l'air d'être considérée comme l'école étroite. Il avait construit lui-même le système de l'école large et il le développait avec une visible complaisance, tout en se donnant comme simple rapporteur d'opinions courantes qu'il n'entendait point faire siennes en les exposant. Le système consistait à dire que la vérité biblique s'identifiait avec l'objet même de la révélation, la doctrine concernant la foi et les mœurs, en sorte que tout le reste, ce qui est simple matière de connaissances naturelles et d'histoire humaine, n'était pas objet d'ins[)iration divine et pouvait être erroné.
Les éléments de cette théorie avaient été eml)runtés à un théologien lillois, M. Didiot, à François Lenormant, et certaines idées avaient été prises dans mes écrits. M. d'Hulst travaillait trop vite. Il s'imaginait avoir exposé mes opinions dans celles de l'école large, et non seulement il avait oublié la thèse sur l'inspiration des Ecritures, qu'il m'avait jadis prescrit de garder inédite, mais il n'avait pas même lu les seules pages de Y Enseignement biblique où j'eusse touché à ce sujet en rendant compte d'un livre allemand ï . On a vu plus haut cjue ma façon d'expliquer la présence d'erreurs dans la Bible était toute (litTérente de celle de l'école large. Je continuais de penser que la Bible, étant un livre écrit jiar des hommes, n'échappait pas à la condition de tout livre humain et ne i)ouvait être en parfait accord avec la vérité d'une autre époque, même en matière de foi et de morale, que l'époque de sa rédaction. L'école large cho- (piait les théologiens en parlant d'erreurs dans la Bible, et elle défiait l'évidence en prétendant (pie l'enseignement doctrinal de l'Ecriture était