oir Études NMi(jiies<, V2:i-UH
idenliqiic à celui de l'Église. Mais je crois bien que M. d'Hulst n'y étail pas allé voir, et que, s'il avait vu, il n'aurait pas osé conclure.
M. d'Hulst nous a dit lui-même pourquoi il avait paru se rallier à l'école moyenne : c'était pour accentuer la fiction du rapporteur et ne pas assumer personnellement la responsabilité des opinions qu'il prêtait à l'école large ; ce n'était point par un goût particulier pour les idées de M. l'abbé de Broglie, qui constituait à lui seul tout le groupe du juste milieu. L'école moyenne faisait en deux pages une critique assez sévère de l'école large, lui reprochant de trop accorder à la critique rationaliste, de n'avoir pas le sens de la tradition, de ne pas admettre entre la Genèse et les sciences un « concordisme modéré ». A vrai dire, l'école moyenne parlait de choses dont elle n'avait guère l'expérience. M. d'Hulst avait dû sourire en écrivant que sa doctrine était « probablement la plus sage et la plus féconde en progrès ».
Je n'attendais pas de l'article sur la Question biblique tous les bons résultats qu'en espérait son auteur. Il me semblait (]uc les problèmes réels de l'exégèse n'y étaient pas traités, puisque
l'élal (le la crili(jiu' laiil de l'Ancien <[iie du Nouveau Teslanienl n'y élail même pas indicjué. Mais je ne i)rév()yais pas que l'œiiMc du recteur, au lieu de ni'êtrc utile, put me l'aire plus de tort que mes propres publications. Et c'est pourtant ce qui arriva. Personne ne prit au sérieux le lantônie de l'école large; tout le monde fut persuadé que les opinions de l'école large étaient les miennes et que le recteur n'avait écrit que pour les détendre. Une polémique violente s'éleva. Tous les journaux et les revues orthodoxes réfutèrent M. d'Hulst à (jui mieux mieux. Ses adversaires ne me nommaient pas i)lus qu'il ne m'avait nommé. Lui-même ne dit pas un mot i)our me dégager de l'école large. De mon côté, je ne songeais pas à parler, puisque personne ne m'attaquait. On aurait pu cioirc que j'étais en dehors de la controverse, et tous ceux qui y prenaient i)art étaient persuadés, non sans raison, que mon sort en dépendait.
Le recteur tint d'abord tête à l'orage, il persévérait dans ses bonnes dispositions à mon égard. Au cours des dernières années, il m'avait pris en estime, même en affection, et il écoutait peu mes détracteurs. Cependant aucune intimité
n'cxislnil cnlrc nous, lîicn qu'il fui 1res bon, ses laçons de grand seigneur me gênaient quekjue peu. J'admirais comme loul lé monde l'exlrème facilité de son esprit ; mais celle facilité si grande tournait presque à la légèreté, parce qu'il ne prenait le temps de rien approfondir. Il avait l'esprit ouvert à toutes les idées neuves ; mais il s'effrayait lui-même, à certains moments, de ses hardiesses, et il se repliait alors derrière sa foi et les principes fondamentaux de la théologie qu'on lui avait enseignée au séminaire. Autant qu'il m'en souvient , nous n'avons jamais conversé ensemble pendanl seulement deux minutes sur un sujet quelconque de théologie ou de critique. L'abbé de Broglie, qui le connaissait bien, me disait de ne pas trop compter sur lui. Je n'avais pas besoin de cet avertissement. Les éloges que M. d'Hulst faisait de moi, à temps et à contre-temps, m'inquiétaient plus qu'ils ne me rassuraient. Je l'entends encore, pendant une séance d'examen de notre Faculté, tandis que j'interrogeais les candidats, faire, à l'oreille d'un jésuite qui ne m'aimait pas, un véritable panégyrique de ma personne. Le jésuite ébauchait un sourire pénible, qu'adou-
cirent un peu les dernières paroles du recteur: « Malheureusement, il n'a (|u'un souille de vie. » Cet enthousiasme quehjue peu exubérant pouvait, un jour ou l'autre, être combattu par d'autres sentiments; il devait céder à celui dont M. d'Hulsl n'aurait jamais éprouvé l'atteinte sur un champ de bataille, je veux dire la peur.
Comme le tumulte allait grandissant, et (jue l'aflaire avait été portée à Rome, M. d'Hulst luimême, aux vacances de Pâques 1893, y vint pour se justifier devant le pape et les Congrégations romaines. On l'accueillit assez froidement. De son article et du tapage qui avait suivi on avait conclu (jue « l'école large » enseignait l'exégèse à l'Institut catholique et (pie ce mal devait cesser. J'ignore comment M. d'Hulst s'expliqua. Certainement il ne dit j)()int ({ue « l'école large» était une iiction « politique » ; il ne dit pas non plus que je n'étais pas « l'école large» et que les idées exprimées par lui sous le nom de celte école ne correspondaient ni à mes opinions ni à mon enseignement. Il était prisonnier de l'artifice ({u'il avait imaginé pour se mettre luimême à couvert. Mais c'est un autre qui en était victime. En laissant croire (jue j'étais « l'école
large » cl (ju'il avait été simple rapporteur de mes opinions, il échappait à la condamnation qui menaçait son article, et il se sauvait à mes dépens, puisqu'il se mettait dans l'impossibilité de me défendre. Il ne céda pourtanl pas tout de suite. Des amis considérables l'obsédèrent, lui remontrant qu'il compromettait son établissement et se compromettait lui-même inutilement s'il continuait à me soutenir : le Saint-Siège formulerait une censure publique et exigerait des mesures garantissant l'orthodoxie de l'enseignement donné à l'Institut catholique ; le recteur ne me sauverait pas, mais il courrait le risque de se perdre avec moi. Ce que Rome était censée vouloir, c'étaient les intransigeants de France qui le demandaient. On huit i)ar persuader à M. d'Hulst que l'intérêt de la Faculté de théologie, celui de l'Institut catholitjue et le sien, qu'on lui disait être celui de sa maison, exigeaient qu'on m'enlevât au moins l'enseignement de l'introduction et de l'exégèse bibliques. Il y consentit. A ce prix, on lui garantissait qu'aucune censure n'atteindrait son article, le pape Léon XIII devant prochainement, dans une encyclique, rappeler les principes régulateurs de
l'exégèse catholique et réprouver, sans nommer personne, les erreurs de l'école large.
M. d'Hulst rentra peu fier de son expédition. Il vint me voir le 18 mai pour m'instruire de ce qui avait été résolu à mon sujet. Mais il ne me dit pas les vraies raisons, au fond toutes politiques, de sa détermination. Pour la première fois, il sembla penser que mes adversaires n'avaient pas tout à fait tort et que les scrupules de M. Icard étaient fondés. Il me déclara fort gravement que mes cours suggéraient à mes auditeurs des doutes sur la foi, et il me cita même le cas de l'un d'entre eux, esprit fort distingué, qu'avait tout récemment troublé mon commentaire des Evangiles synoptiques. A ce blâme inattendu je répondis que la véritable cause des doutes était le désaccord d'un enseignement critique et historique avec l'enseignement Ihéologique ; qu'un enseignement anticritique, celui de M. \'igouroux par exemple, pouvait, tout aussi bien qu'un enseignement criti(|ue, déconcerter la foi en se moquant de la raison ; que l'auditeur éminent dont il me parlait m'avait témoigné, l'année précédente, à propos (le mon cours sur les premiers cha-
pitres de la Genèse, une satisfaction que j'avais tout lieu de croire sincère. Mais il s'agissait bien de cela ! Le recteur finit par m'a vouer, non sans un certain embarras, qu'il était impuissant à me soutenir contre l'opposition croissante qui se manifestait contre mon enseignement, et qu'il serait obligé de me retirer les cours d'histoire biblique pour ne me laisser que les cours de langues. Quinze jours plus tard, il vintm'annoncer qu'il avait choisi pour me remplacer au cours d'exégèse un savant de tout repos, M. Fillion, de Saint-Sulpice, qui ferait bon ménage avec M. Vigouroux i. M. Fillion ornait la Bible de commentaires pieux ; il prenait la plume de temps en temps pour réfuter « les Allemands ». « A celui-là, du moins », disait le recteur, « on ne reprochera pas un excès de critique. »
Il était entendu que ma Revue subsisterait ; que je continuerais pour mes lecteurs l'enseignement que je ne pouvais plus donner aux étudiants de l'Institut catholique ; que mon
1. Voir Documents, iv 2, comment la coinliinaison fut présentée aux évèques protecteurs de l'Institut catholique en août 1893.
aciivilé scienliruiuc ne serait pas sensiblement alTectée par le changement intervenu dans ma situation professorale. Tant il est vrai que ce changement n'était pas occasionné par mes propres écrits, mais par l'imbroglio ([u'avait provoqué l'article du recteur sur la (juestion biblique. J'acceptai la combinaison, quoique son avenir me parût fort précaire et incertain.
Dans ma leçon de clôture, vers la mi-juin, je traitai moi-même le sujet qu'avait abordé M. d'Hulst : (( La question biblique et l'inspiration des Ecritures ». Je croyais avoir le droit de dire ma pensée sur ce point, sauf à faire évanouir le spectre de l'école large avec lequel il me plaisait nullement d'être confondu. Mes auditeurs trouvèrent tout naturel que je m'expli- (juasse avant d'abandonner ma chaire; car tous soupçonnaient ou savaient que cette leçon était la dernière ({u'il me serait donné de leur adresser. Mon discours, exempt de rhétorique, parut
leur agrécM-. .lo no sache pas (|iraueiin d'eux eu ait élé scaudalisé. M. d'IIulsl, (|u'()u renseii^uail sur ce qui se passait à mon cours, dut conuaîtie en gros ce que j'avais dit. Mon intention était de publier cette leçon dans ma Revue, à la lin de l'année, comme j'avais publié, au commencement, ma leçon d'ouverture.
Il ne m'était pas venu à l'esprit que ces pages inoffensives épouvanteraient M. d'Hulst et me feraient expulser définitivement de l'Institut catholique. J'y voyais bien quelque danger, mais non pas un danger certain. Je voulais compter encore sur la simple évidence de mes principales assertions et sur le mérite de ma sincérité, comme s'il n'était pas vraisemblable qu'on me condamnerait sans me lire, et comme si ma sincérité n'était pas, aux yeux des hauts personnages qui dirigeaient l'Institut catholi(iue, un défaut pire que mes « erreurs » mêmes. « Cet homme a l'esprit perpendiculaire », disait de moi un peu plus tard M. d'Hulst.
L'article parut vers le 10 novembre,^ l'année
1. Il est repr(3duit Études bibliques, 138-1G9. On peut comparer la leçon d'ouverture, sur la Critique biblique, dans le même volume, pp. 97-122.
scolaire 1893-1894 ("tant déjà commencée, quel- (lues jours avant In réunion annuelle des évèques protecteurs de l'Institut calholicjue. Après avoir rappelé l'article de M. d'Hulst et les polémi(jues qu'il avait suscitées, je notais que l'on y avait traité de la question hiblicpie par rapport au dogme de l'inspiration. Or, ce point de vue n'était pas le plus important. « C'est pourquoi, après avoir analysé brièvement les dernières controverses », je voulais « dire en (juoi consiste surtout la (luestion bihiicjue, (juels sont les moyens dont on dispose pour la lésoudre, enfin comment il est possible d'écarter les diflicultés qu'elle présente au point de vue lbéologi(jue ».
On s'était querellé pour « savoir si le dogme de l'inspiration permet ou ne permet pas de croire (ju'il y ait des erreurs dans la lîible » : ceux (jui aflirmaienl se mettaient en contradiction avec la tradition tbéologique, et ceux qui niaient mettaient le dogme en contradiction avec les faits. Mais la question biblique, la vraie, est une question d'bistoire: « il ne s'agit plus de savoir si la Bible contient des erreurs, mais bien de savoir ce (jue la Bible contient de
vcrilô. » Ce princiiie posé, je forimilais « un certain nombre de conclusions sur lesquelles la crili(iue non catholique ne reviendra probablement jamais, parce que de fortes raisons portent à les regarder comme acquises à la science » :
Le Pentateuque, en l'état où il nous est parvenu, ne peut pas être l'œuvre de Moïse.
Les premiers cliapitres de la Genèse ne contiennent pas une liistoire exacte et réelle des origines de riiumanité.
Tous les livres de l'Ancien Testament et les diverses parties de chaque livre n'ont pas le même caractère' historique. Tous les livres historiques de l'Écriture, même ceux du Nouveau Testament, ont été rédigés selon des procédés plus libres que ceux de l'historiographie moderne, et une certaine liberté dans l'interprétation est la conséquence légitime de la liberté qui règne dans la composition.
L'histoire de la doctrine religieuse contenue dans la Bible accuse un développement réel de celte doctrine dans tous les éléments qui la constituent : notion de Dieu, de la destinée humaine, des lois morales.
A peine est-il besoin d'ajouter que, pour l'exégèse indépendante, les Livres saints, en tout ce qui regarde la science de la nature, ne s'élèvent pas au-dessus des opinions communes de l'anliquité, et que ces opinions ont laissé leurs traces
dans les éciils ( l même dans les croyances bil)li- (jncs.
Tontes ces conclusions ont pour ol)Jcl des faits généraux qu'il ne |)araît guère possible de contester absolument. Il importerait plutôt d'en exan)iner la portée, de les analyser soigneusement dans leurs détails, afin de reconstituer avec précision et justesse riiistoire de la composition des Livres saints, Ihistoire du peuple de Dieu, l'histoire de la Loi et de l'h^vangile.
C'est à ce travail critique qu'il faut demander la solution des ({uestions bibliques, (juestions d'histoire, à examiner par la méthode historique. Quant à « l'inerranee » de la Bible, elle ne peut s'entendre que relativement. « La Bible est un livre ancien, un livre écrit par des hommes et pour des hommes, dans des temps et des milieux étrangers à ce que nous appelons la science. Les erreurs de la Bible ne sont pas autre chose (pie le côté relatif et imparfait d'un livre (|ui, par cela même qu'il était livre, devait avoir un côté relatif et imparfait ». On pourrait même dire, en un sens, que « ces imperfections contribuaient à rendre la Bible vraie pour le temps où elle a paru ».
Pour Unir, j'insinuais, d'ailleurs avec raison,
(|iu' la iiolion absolue de rinspiialioii l)il)li(|U(' iiï'lail nécessaire (|ii'aii proleslanlisnie orthodoxe, et (jirelle était presque en contradiction avec le principe fondamental du catholicisme. « Un livre, si vrai qu'il soit, ne peut s'interpréter lui-même, se pioportionner à l'état intellectuel, moral, social, des temps pour lesquels il n'a pas été écrit. Voilà pounpioi le commentaire ecclésiastique... a besoin d'être toujours nouveau, tandis que la Bible est obligée de rester ce qu'elle est ;... ce que le progrès de la science scripturaire paraît enlever au prestige de l'Écriture manifeste la nécessité du magistère ecclésiastique. La critique fait ainsi l'apologie de l'Église contre les sectes fondées sur l'autorité de la Bible seule ».
Et je prenais congé du lecteur par ces lignes qui n'exprimaient ni fausse modestie ni bravade, mais la satisfaction d'un devoir accompli et une certaine confiance dans l'équité de mes juges éventuels : « Ces opinions n'ont, au fond, rien de nouveau. A l'heure qu'il est, beaucoup les conçoivent telles qu'on vient de les lire et préfèrent laisser à d'autres le soin de les exprimer en public. Mais une parole sincère et paci-
(i(|iu' a loiijouis le droit de se faire entendre: tous sont à même (.Yen Taire leur profil si elle est bonne, el il est laeile de la eorriger en ce qu'elle [)eul avoir de délectucux. »
L'article était i)lus neuf (jue je ne le disais et ne le pensais; mais, tel ([uel, il n'était pas révolutionnaire. Il explicjuait en termes clairs la position (jue j'entendais prendre dans les questions biblicpies, et il dissipait l'équivoque dont M. d'Hulst m'avait enveloppé en imaginant son école large. Je ne voulais pas autre chose. Mon langage n'était olTensant pour personne. D'ailleurs, cet article a été réimprimé trois fois dans mes Etudes hiblifjiies, et il a été fort peu attaqué dans la presse catholique; il n'a jamais été condamné par l'Kglise. Peut-être, après tout, contenait-il plus de vérités gênantes que d'erreurs palpables.
A peine M. d'Hulst avait-il reçu le numéro de V Enseignement biblique et pris connaissance de mon article, qu'il accourut chez moi. — J'habitais alors tout près de l'Institut catholique, au 44 de la rue d'Assas, dans la maison où mourut Lillré. — Le recteur était véritablement consterné: « Qu'allons-nous faire? me dit-il. J'avais
CTU VOUS sauver en oblcnanl des évcHiues (ju'on vous laisserait l'enseignenienl des lani^ues. Mais cet article va tout remettre en question. Si on le dénonce au cardinal Richard avant la réunion épiscopale, qui a lieu le 15 novembre prochain, vous êtes perdu. Ne savez-vous pas que nous sommes menacés d'une encyclique sur l'Ecriture sainte, qui va paraître incessamment ? Les évêques vous condamneront sans attendre l'encyclique. Si encore vous aviez remis après l'assemblée des évêques la distribution de votre numéro ! » Je lui répondis que l'idée m'était venue de cette petite habileté, mais qu'il m'avait répugné de m'en servir en accomplissant un acte de sincérité dont personne au monde n'avait motif de me faire grief. M. d'Hulst sembla un moment repris par la sympathie qu'il avait pour moi ; il était moins dominé })ar la crainte, et il me quitta en me disant : « Eh bien ! je ne porterai pas votre article au cardinal. Advienne que pourra ! »
Et M. d'Hulst porta lui-même l'article au cardinal Richard, sachant bien ce qui adviendrait. Ce ne sont pas ses propres réflexions qui le tirent changer d'avis. Certaines personnes de
son t'iiloiiingt', s'inspiranl i)r<)l)al)U'nu'nl de son inléivl, pc'iil-t'lrc aussi de (|uc'1(|ih' malveillance à mon égard, ou pour sauvegarder Torlhodoxie de rinslilul catholicjue, lui reniontrèrenl (ju'il serait gravement c'omi)roinis si mon article était porté par un zélateur quelconque à l'archevêché ; qu'il s'exposait à se i)erdre lui-même sans avoir aucune chance de me sauver; que mes idées étaient plus condamnal)les encore que celles de l'école large ; qu'il n'était pas responsahle de l'imprudence commise })ar moi en les pul)liant ; ((u'il avait lait tout son devoir en me secourant inie lois à ses risques et périls; (juc mon manifeste était une espèce d'infraction à l'engagement i)ris envers les évéques lorsqu'on m'avait retiré l'enseignement de l'exégèse ; que l'Institut catholique ne pouvait vraiment plus nie conserver sans grand dommage pour sa réputation et pour le lecrutement des étudiants en tliéologie.
Dans le lrou})le (hi moment, le pauvre recteur distinguait mal ce que ces assertions pouvaient renfermer de vrai et de faux. Sans m'en avoir dit un mot, dans une circulaire adressée aux évéques en août 189M, il leur avait j)romis
en mon nom que je ne loueherais pas aux questions bibliques dans mes cours de langues. Mais lui-même ne songeait pas à m'empêcber de les traiter dans ma Revue, qui ne subsistait qu'à cette fin. Je me suis autrefois demandé s'il n'avait pas été piqué de voir démolir sa fiction de l'école large, et s'il n'avait pas voulu me faire sentir que je n'avais de ressource qu'en son appui. Il m'est impossible de croire qu'il ait agi sous l'intluence d'un tel sentiment. On l'aura épouvanté de sa responsabilité rectorale ; on l'aura persuadé que je m'étais perdu en écrivant, et que ce n'était pas lui qui me perdait en me dénonçant. La démarche qu'il lit lui coûta. Il se crut et il se lit l'esclave de sa fonction. Il lui répugnait d'être mon exécuteur. Jusqu'à son dernier jour, il éprouva le besoin d'expliquer sa conduite en cette circonstance : il n'avait pu, disait-il, agir autrement. Sans doute aurait- il 'souhaité en être lui-même plus assuré.
Le cardinal Richard n'avait jamais rien lu de pareil à mon article. Les cinq propositions où j'avais résumé le travail de la critique biblitpie lui parurent d'une hardiesse extravagante. Luimême introduisit ma cause devant l'assemblée
(les c'vè(iues, le 15 novembre. Les prélats jugèrent que la présence d'un homme qui avait des idées si singulières était compromettante pour rinstitul catholique, et ils résolurent de me destituer en me demandant ma démission. ^ « Vous vous êtes jeté devant une locomotive en marche », me disait M. d'Hulst (}uel([ues jours après cette exécution. La locomotive, c'étaient les évoques et l'encyclique de Léon XIII devant laquellâH,on s'inclinait par avance. Mais j'aurais pu dire au recteur qu'il m'avait jeté sous la locomotive.