APPLICATION DES PEINES. TESTE
1"' tour : La dégradation civique à l'unanimité, moins la voix de M. le comte de Montesquiou-Fesenzac qui a dit non, 1" tour, l'amende; j'ai dit :
— Je veux frapper un coupable, je ne veux pas ruiner une famille, c'est-à-dire frapper des innocents. La restitution de la somme reçue me suffit. Point d'amende.
Au 2' tour, à six heures du soir, j'ai dit :
— L'heure avancée m'empêche de développer et de soutenir comme je voudrais l'avis que j'ai ouvert devant la cour. Je le regrette profondément. Ce n'est pas que j'aie et que je puisse avoir le moindre espoir, mais c'est par devoir que je parle. On l'a reconnu, il n'y a que deux systèmes logiques, ou l'amende de la loi, ou pas d'amende du tout. C'est vers le dernier système que j'inclinais, et j'y persiste. Messieurs, l'exemple n'est pas dans l'amende, l'exemple est dans les choses terribles que vous avez vues, l'exemple est dans la chose terrible que vous venez de faire. L'amende diminue l'exemple. Elle met une question d'argent à la place d'une question d'honneur. Et puis, maintenant, un dernier mot. Que ceux qui ont voté une amende énorme en songeant à la clémence royale y réfléchissent. Messieurs, je rappelle \ la cour des souvenirs; tout à l'heure des orateurs écoutés ^'^ ont dit que, s'il en était besoin, i.i clémence
Scguicr, Mole, Montalcmbcrt. {Note de Viâor Hugo.)
royale modérerait les condamnations pécuniaires qui. vont peser sur la malheureuse famille Teste. Eh bien, Messieurs, prenez garde, rien n'est plus grave, rien ne serait plus impolitique, il ne faudrait pas qu'on pût dire qu'en matière de corruption, la Chambre des pairs a été sévère et la couronne indulgente.
L'amende de 94,000 francs est votée.
A six heures et demie, lettre du général Cubières disant qu'il vient de demander sa retraite. Le malheureux jette à chaque instant quelque chose à la mer.
15 juillet, midi et demi.
Appel nominal. La Chambre est profondément et douloureusement agitée. Un groupe m'entoure, composé du premier président Legagneur, de M. Trognon, des ducs d'Albufera, d'Harcourt et de Valençay; les magistrats veulent toute la loi, toute la peine pour Cubièrcs; les ducs sont ploi hommes.