I. Ibidem, livraison de janvier 1890, p
que le firent bon nombre d'entre eux. Comme eux cependant, Chouart et Radisson « conser- 1 valent au milieu des populations sauvages | qu'ils fréquentaient, le caractère et l'esprit na- \ tional. Gais, insouciants, généreux, pleins de \ courage et de loyauté, ils se faisaient des amis I partout où ils dressaient leur tente; et les inté- i rets de leurs patrons s'en trouvaient fort bien, I car les coureurs des bois n'en remplissaient que plus aisément leur mission commerciale » ^.
Chouart et Radisson sont, avant tout, des explorateurs et des trafiquants. Ils ne cherchent à découvrir de nouvelles terres et des tribus ignorées qu'en proportion du bénéfice qu'ils pourront en retirer par la suite. Tous deux ne semblent avoir d'autre ambition que d'élargir le cadre de leurs opérations commerciales, et leur but suprême ou desideratum est la découverte d'un chemin facile pour se rendre à la baie d'Hudson, à cette mer du nord que les
it F. Lacroix, Possessions anglaises de l'Amérique du Nord, p. lo.
Anglais avaient rencontrée sur leur route en 1612. Ils visent toujours la fortune, et pour Tatteindre, aucun sacrifice ne leur coûte: leur famille sera abandonnée pendant plusieurs années consécutives; ils négligeront les intérêts de leur patrie afin de s'engager aux Anglais, qui les utilisent pour leurs fins de lucre. Le plus souvent maltraités, ils iront du camp français au camp anglais, du camp anglais au camp français, avec une liberté d'allures tout à fait étonnante.
On les a appelés transfuges à raison de ces allégeances successives, tantôt prêtées à l'Angleterre, tantôt à la France. Le mot n'est peutêtre pas absolument juste; mais si l'on tient compte des mœurs du temps, aussi de la position délicate qu'occupait la France à l'égard de l'Angleterre, on pourrait, non sans raison, accoler l'épithète de traîtres aux deux Français. En ces temps déjà reculés, la France était presque toujours en hostilité avec l'Angleterre, et les Français ne devaient pas facilement comprendre qu'un des leurs piàt servir