I. Voyages de Radisson, p
gour resta inflexible. Chouart n'en persista pas moins dans sa résolution de partir. S'abouchant avec des sauvages du saut Sainte-Marie, venus en traite au mois d'aoiit 1661, il convint avec eux de les rencontrer dans un certain endroit, sur les bords du lac Saint-Pierre, à environ sept lieues des Trois-Rivières. Chouart remplissait les fonctions de capitaine au fort de cette ville embryonnaire, et souvent il en gardait les clefs. Une nuit que tout le monde était plongé dans le sommeil, il ouvrit les portes du fort, et s'esquiva avec Radisson et un nommé François Larivière. Puis tous trois coururent rejoindre leurs alliés qui, suivant les conventions, les attendaient au lieu du rendezvous. On comprend facilement leur anxiété et le besoin qu'ils éprouvaient de se mettre à l'abri de toute recherche.
Quittant le saut Saint-Louis, nos voyageurs remontèrent le fleuve Saint-Laurent, traversèrent le lac Ontario, puis aperçurent bientôt la chute Niagara. De là, ils naviguèrent sur le lac Erié que Radisson appelle le lac des Castors, remontèrent la rivière Saint-Clair ou des Sorciers. Ils aperçurent enfin le lac Supérieur, et visitèrent les îles à son entrée : ce fut d'abord l'île des Quatre-Mendiants, et puis celle de
Michillimakinac \ où ils remarquèrent pour la première fois une espèce d'arche, formant un pont naturel, au-dessous duquel un vaisseau de cinquante tonnes peut passer à Taise. « C'est, écrit Radisson, comme un grand portique, creusé sans doute par le battement des vagues fdu lac. Je lui ai donné le nom de Portique ^ Saint-Pierre, à cause de son nom, et parce que je suis le premier chrétien qui Tait vu. Toute la côte est parsemée de rochers ^ sur un parcours de cinq ou six lieues, et nulle part il est possible de mettre un canot en lieu sûr. Quand le lac est agité, les vagues entrent dans les con-
1. Les sauvages l'appelaient primitivement Meshenemahkenvong, mot qui signifie grande tortue. On trouve sur cette île un rocher en forme de pain de sucre, de 30 pieds d'élévation, dont la ressemblance à une tortue a fait donner à l'île son nom. L'arche, dont parle Radisson, a existé jusqu'à ces dernières années. Elle était suspendue au-dessus d'un précipice de plus de cent pieds; le pont naturel qu'elle formait avait 40 pieds de longueur.
2. On aperçoit sur l'île de Michillimakinac plusieurs curiosités naturelles, entre autres la Caverne du crâne, le Rocher des amoureux, les Roches peintes et la Pierre dorique. — Cafs' and Schoolcraft's Travels in
cavités des roches avec un bruit terrible, ressemblant au bruit des canons \))
Nos voyageurs mentionnent trois îles groupées en triangle dans une baie qu'ils appellent baie de la Trinité. C'est la baie Keweenaw. S'avançant ensuite jusqu'à la rivière Montréal, d'oti partait un chemin conduisant vers les sources de la rivière Chippeway, ils remarquèrent, à une journée plus loin, une pointe de terre longue d'environ deux lieues, mais large de soixante pas seulement.
Plus au delà s'offrit à leurs regards une jolie baie où ils jetèrent les fondations d*un poste de commerce, le premier dont on constate l'existence sur les rives du lac Supérieur. C'était un petit fort de bois, triangulaire dans sa forme, entouré d'une palissade en branches ^. La baie où fut érigée cette habitation s'appelait la baie de Chagouamigon. Les Outaouaîs résidaient sur l'une des pointes depuis deux ans; ils s'étaient aussi cantonnés sur les îles adjacentes, du côté sud du lac Supérieur ^.
Chouart et Radisson quittèrent la baie de