B. de la Potherie, i, p
2. Letres patentes du lieutenant général du Canada et autres Pays, pour le sieur de la Roche, du 12e janvier 1598.
régions que les Anglais ne firent que visiter dans l'intervalle, sans y fonder d'établissements stables.
Le contrat portant reconnaissance des articles accordés par Louis XIII, en date du 4 mai 1627, donnait à la compagnie des Cent- Associés, « en toute propriété, justice et seigneurie, le Fort et Habitation de Québec, avec tout le dit pays de la Nouvelle-France, dite Canada, tout le long des côtes, depuis la Floride que les Rois prédécesseurs de Sa Majesté ont fait habiter, en longeant les côtes de la mer jusques au Cercle Arctique pour latitude, et de longitude depuis l'île de Terreneuve, tirant à l'ouest jusques au grand lac de la Mer Douce et au delà, etc., etc ».
Le traité de Saint-Germain-en-Laye, du 29 mars 1632, restituait à la France tous les lieux occupés par les sujets de la Grande-Bretagne, c'est-à-dire, l'Acadie et la Nouvelle-France qui comprenait le Saguenay, le Labrador et les terres adjacentes, telles que décrites dans les articles du 4 mai 1627, qui n'avaient soulevé aucune protestation de la part de la couronne britannique.
L'édit de création de la Compagnie des Indes occidentales, du mois de mai 1664, lui accor-
dait la liberté du commerce dans le Canada, l'île de Terreneuve et les autres îles du Nord, etc.
Donc en 1668, quand les Anglais vinrent arborer leur drapeau sur les rives de la baie d'Hudson, ils agissaient contrairement à un traité qui n'avait pas subi de révocation. Les sauvages, du reste, reconnaissaient volontiers la suprématie française, et lorsqu'en 1670, Simon- François Daumont, sieur de Saint-Lusson, alla au Sault-Sainte-Marie dans le but de négocier une convention avec les sauvages de l'ouest et du nord, près de vingt nations, y compris les Cristinos, répondirent à l'invitation, et s'engagèrent par un pacte solennel à accepter la domination de la France.
Devons-nous admettre que la découverte d'un pays, qu'une prise de possession ne suit pas de près, ne constitue pas un titre de propriété ? Du temps de la reine EHzabeth, vers l'année 1580, l'Angleterre s'efforça de faire agréer cette admission comme principe de droit public, lorsqu'elle résista aux prétentions des Espagnols, qui se disaient les rois de la mer, en vertu d'un privilège accordé par le Souverain Pontife. Voici ce que dit Camdem à ce sujet : « De même que la reine Elizabeth ne reconnaissait pas le
titre donné par Tévêque de Rome aux Espagnols, de même elle ne leur reconnaissait de titres que pour les lieux dont ils étaient en possession ; car, n'ayant abordé que ci et là le long des côtes, et donné des noms à quelques rivières ou caps, toutes choses d'aucune portée, ils ne pouvaient s'en réclamer pour faire agréer leurs titres de propriété, excepté dans les endroits qu'ils habitaient et qu'ils n'avaient pas cesser d'habiter \ »
Les prétendus titres de Cabot et d'Hudson tombent par là même, car ce qui est juste contre l'Espagne en faveur de l'Angleterre, doit l'être également contre cette dernière en faveur de la France et des autres puissances européennes. La colonisation immédiate ou l'habitation persistante faisant défaut, il s'ensuit que l'Angleterre, en 1668, ne pouvait pas s'attribuer la souveraineté des terres arctiques ^ pas plus qu'elle ne pouvait interposer son autorité sur les sauvages de la Nouvelle- France. Ceux-ci, habitués qu'ils étaient à vivre
I. Camden, Rerum Anglicarum et Hibernicarum Annales, régnante Elisabeth. Leyden, 1639, p. 328.
I. O'Callaghan, History of New Netherland, ii, pp. 343 et 344-
à côté des Français et à trafiquer avec eux, se portaient plutôt vers les postes du Saint-Laurent que vers la rivière Hudson. Exceptons toutefois la grande confédération iroquoise, qui sympathisait avec les Anglais de la Nouvelle-Angleterre.
En allant à la baie d'Hudson, les Anglais pouvaient bien y faire la traite sans être molestés par personne, mais ils faisaient œuvre d'empiétement. Du reste, ils connaissaient si peu le pays, qu'ils n'y seraient pas allés sans le concours de Chouart, le seul capable de les y conduire.
Mais reprenons le fil de notre récit.
Le Nonsuch, qui portait Chouart et ses espérances de fortune, s'éleva jusqu'à la hauteur du soixante et quinzième degré, dans la baie de Baffin, et de là, doublant le cap Diggs \ entra dans la baie d'Hudson, et s'y enfonça, en gagnant le sud jusqu'à l'entrée d'une rîvîère que les sauvages avaient baptisée du nom de Nemiskau ^, et que les nouveaux venus appe-