‹ Chouart et RadissonChapitre 46 sur 75 · III · texte numérisé non relu

III

nement des explorateurs qui se croyaient seuls dans ces lieux lointains. Radisson courut dans la direction d'où semblait venir cet étrange tonnerre, et il n'aperçut d'abord qu'une tente sur une île de la rivière Kaoïiirinagaw, qui coule à environ trois lieues de la Kakiouakina. Mais il ne tarda pas à remarquer une petite bande de blancs, dont l'un parlant à des sauvages, prononçait des mots qu'il lisait dans un livre. Radisson, qui se trouvait avec son escorte de l'autre côté de la rivière, leur adressa la parole, en sauvage d'abord, puis en Français. La réponse se faisant attendre, il reprit en langue anglaise. Cette fois, il fut compris, et les nouveaux venus déclarèrent qu'ils venaient de la Nouvelle- Angleterre, sans délégation officielle. Le chef de la bande était Benjamin Gillam, fils de Zachary Gillam, l'ancien capitaine du Nonsuch. Radisson, qui connaissait le fils aussi bien que le père, le salua avec la plus grande politesse, mais il s'en tint là. Cependant il crut devoir ajouter qu'il ferait mieux de s'en retourner à Bolton, vu que la contrebande n'était pas plus permise à la baie d'Hudson que sur les côtes du Massachusetts. Et puis tous deux se séparèrent sans plus de cérémonie.

Radisson remonta à la rivière Kaouirînagaw jusqu'à trois lieues plus haut. Quelle ne fut pas sa stupéfaction en apercevant un navire qui s'avançait toutes voiles dehors! Il fit allumer un gros feu afin de signaler sa présence. lyC capitaine s'empressa de jeter l'ancre, et envoya un canot à terre. Six hommes sautèrent sur le rivage. Parmi eux se trouvait M. Bridger, envoyé par la compagnie, et, coïncidence curieuse, le capitaine du vaisseau anglais était Zachary Gillam en personne. L'entrevue fut courtoise de part et d'autre, mais pas très amicale. Radisson leur dit qu'il avait pris possession du pays au nom de la France, et qu'il avait assez d'hommes et de canons pour chasser tous les Anglais, qu'ils fussent de Londres ou de Boston. Puis il leur raconta mille histoires de son invention sur la force de son armée, sur son fort laissé à la charge de Chouart; il fit briller à leurs yeux tout l'avantage qu'il saurait tirer de son alliance avec les sauvages de la baie. Bref, il réussit par ses exagérations à^en imposer au nouveau gouverneur de Port-Nelson.

Pendant ce temps, les Anglais de Boston se fortifiaient au lieu o\x Radisson les avait rencontrés. Ce que voyant avec crainte, il résolut

de se rendre maître de leur poste, mais plutôt par la ruse qu'à main armée. Son premier plan d'attaque fut d'amener le jeune Gillam au fort français et de l'y retenir sous divers prétextes pour l 'empêcher de communiquer avec son père et Bridger. C'est ce qu'il fît presque sans aucune difficulté. Puis en l'absence du maître, il alla attaquer le fort des Bostonnais, et s'en empara sans coup férir. Un écossais, qui avait refusé de se livrer, courut avertir Bridger de la conduite de Radisson. Mais, celui-ci rendu plus audacieux par la peur d'une surprise, n'attendit pas qu'on vînt le sommer de délivrer le jeune Gillam et sa troupe. Prenant avec lui une dizaine de bons hommes, il courut sus à l'Anglais de Londres, désarma l'équipage en un tour de maîn, et revint victorieux auprès de son beau-frère anxieux ^.

L'Anglais et l'Américain n'étaient plus leurs maîtres, et la France rentrait dans ses droits, en faisant reconnaître son autorité auprès de ces intrus.

Le reste de l'hiver ne fut plus qu'une longue succession de malheurs pour les équipages de

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