‹ Chouart et RadissonChapitre 47 sur 75 · I. Voir en appendice pièces B. E. F. et G · texte numérisé non relu

I. Voir en appendice pièces B. E. F. et G

Gillam, père et fils. Quatre de leurs hommes moururent de faim, en courant les bois. Deux s'empoisonnèrent par accident; un autre se cassa un bras. Bridger, de son côté, charmait ses nombreux loisirs en caressant la dive bouteille \ Quand le printemps arriva, la débâcle brisa le navire de Zachary Gillam. Touchés de ces malheurs ininterrompus, les Français s'offrirent à lui préparer une grande barque pour son retour. Bridger ne voulut pas courir les risques de la mer sur une aussi frêle embarcation, et il préféra prendre passage sur le vaisseau français. Quant à Gillam, fils, il était entendu qu'il suivrait les autres à Québec, dans son propre navire, que les Français lui avaient confisqué.

Le départ de la baie d'Hudson eut lieu le 27 juillet. Huit Français y restèrent, sous la conduite de Jean-Baptiste Chouart, afin de former une colonie stable. La flottille arriva à Québec à la fin d'octobre, non sans avoir éprouvé de longs retards de navigation. Le-

I. Il paraîtrait que tous les gens de Bridger et de Gillam auraient péri de misère et de faim, s'ils n'eussent été protégés par Radisson. Du reste ils sollicitèrent Radisson de venir à leur secours.

Febvre de la Barre, qui était alors gouverneur de la Nouvelle-France, fit restituer au jeune Gillam son vaisseau, tout en lui conseillant de ne plus remettre les pieds à la baie d'Hudson. Bridger partit avec Gillam pour se rendre à Boston, et de Boston en Angleterre ^.

L'acte de clémence du gouverneur de la Nouvelle - France à l'égard du jeune Gillam, fut blâmé à la Cour. M. de Seignelay lui écrivait le 10 avril suivant:

« On ne saurait s'imaginer ce que vous avez prétendu, lorsque, de votre autorité, sans appeler rintendant, et sans porter l'affaire au Conseil souverain, vous avez fait rendre au nommé Guillin, de Boston, un bâtiment pris par les nommés Radisson et Desgroseliers, et en vérité, vous devez éviter que ces sortes de procédures dans lesquelles il n'y a point de raisons paraissent devant les yeux de Sa Majesté. Vous avez même fait en cela une chose dont les An-

I. Radisson écrit qu'il se sépara en bons termes d'avec Bridger. "Je lui donnai l'assurance, dit-il, que je portais un grand intérêt aux Anglais, que j'étais disposé à servir et le roi d'Angleterre et la nation anglaise, avec tout le zèle dont j'avais fait preuve à l'égard de la France. "

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glais sauront bien se prévaloir, puisque vous avez fait rendre, en vertu de votre ordonnance, un vaisseau qui, dans la règle, devrait être regardé comme un forban, n'ayant point de commission. Et les Anglais ne manqueront pas de dire que vous avez si bien reconnu que ce vaisseau était muni des expéditions nécessaires, que vous l'avez fait rendre au propriétaire, et prétendront par ce moyen faire connaître qu'ils ont pris une possession légitime de la rivière de Nelson, avant que les dits Radisson et Desgroseliers y eussent été, ce qui serait très préjudiciable à la colonie ^. »

Cette lettre sévère avait sans doute été inspirée par Chouart et Radisson, qui s'étaient transportés en France, à l'automne qui vit leur retour de la baie d'Hudson. En arrivant à La Rochelle, ils avaient appris la mort de Colbert, à la demande duquel ils avaient entrepris ce voyage. Ils étaient à Paris en janvier 1684. Lord Preston y remplissait alors les fonctions d'ambassadeur délégué par l'Angleterre, et il avait porté plainte contre la conduite des Fran-

I .Collection de documents relatifs à l'histoire de la Nouvelle-France, i, p. 324 et 325. — New-York colonial MSS., vol. ix, p. 221.

çais dans la baie d'Hudson. Appelés à se justifier, les deux beaux- frères s'en acquittèrent victorieusement. « Loin d'avoir été blâmé, écrit Radisson, je puis dire, sans me flatter, que je reçus une complète approbation. Je ne dis pas que j'aie mérité des éloges, mais je me suis efforcé, dans tout ce que j'ai fait, d'agir en honnête homme ^. »

Chouart présenta au ministre un mémoire pour justifier sa conduite. Il y dit qu'il n'avait fait que remplir son devoir comme fidèle Français, et que les prétentions des Anglais étaient absurdes ^.

Dans le même temps, Radisson, revenant sur le passé, faisait adresser des suppliques pour se faire indemniser des pertes qu'il avait subies du temps qu'il servait dans la marine française. C'est dans l'une de ces suppliques, signée par le marquis de Belleroche, qu'il nous apprend que sa femme s'était sauvée de l'Angleterre, après avoir abjuré le protestantisme *.

Lord Preston ne parvint point à faire punir

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