‹ Chouart et RadissonChapitre 49 sur 75 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Tergiversations de Chouart et de Radisson. — Radisson essaie de justifier sa conduite. — Etait-elle excusable ? — Nouveau voyage de Radisson à la baie d'Hudson. — Son entrevue avec le jeune des Groseilliers, fils de Chouart. — Radisson s'empare des fourrures appartenant aux Anglais. — Il passe en Angleterre. — Luttes entre Anglais et Français à la baie d'Hudson.

YMt ÉcoNTENTs de la conduite des Anglais à 4RH leur égard, nos deux Français ne le furent pas moins quand ils se virent si maltraités par les Français, après leur dernière et récente expédition. Dans ses récits de voyages, Radisson éprouve le besoin d'expliquer sa conduite, que Ton est tenté à première vue de taxer d'inconséquence. En effet, si l'on reprend les événements d'un peu plus haut, nous voyons les deux beaux-frères quitter leur patrie pour se

mettre au service de l'Angleterre. Dix ans se passent, et les voilà retournés à leurs premières amours, travaillant pour leur patrie, Tun comme officier de marine, et l'autre en sa qualité de bon citoyen français. Neuf années plus tard, voilà que l'un d'eux abandonne de nouveau la France pour l'Angleterre.

Coment expliquer les tergiversations de ces deux hommes? Etaient-ils le jouet du caprice, ou se laissaient-ils entraîner par l'amour du lucre? Ecoutons comment Radisson plaide sa cause : « Je me sens, dit-il, dans l'obligation de me défendre de l'accusation d'inconstance, parce que j'ai voyagé, en 1682, contre les intérêts des Anglais, et l'année suivante, contre ceux des Français (il devait, cette année-là, retourner à la baie d'Hudson et y arborer le drapeau de l'Angleterre). Si je ne donnais un aperçu exact de ce que j'ai fait, l'on pourrait avec raison me taxer d'inconséquence. Mais plusieurs personnes d'une grande probité et d'une haute réputation, ont apprécié ce que mon beau- frère, M. Chouart des Groseilliers, et moi-même avons fait, au cours de nos voyages, pour les messieurs concernés dans le commerce des peaux de castors à la baie d'Hudson, et les causes du mécontentement qui

nous fit abandonner l'Angleterre pour la France. Je n'ai aucune raison de croire que je mérite d'être accusé de légèreté et d'inconstance à cause des emplois que j'ai acceptés, bien qu'ils fussent contraires aux intérêts de la dite compagnie, car il est assez connu que mon frère et moi avons fait de notre mieux, ayant tous deux exposé nos vies et agi comme des hommes d'honneur et de courage pour l'avantage et le profit de la dite compagnie, depuis l'année 1665 jusqu'à l'année 1674.

« Mais voyant que nos conseils étaient négligés et re jetés, pour d'autres qui tendaient directement à la ruine du commerce des castors, et que nous étions considérés comme des êtres inutiles, dignes d'aucun encouragement ou récompense, nous avons enfin pris la résolution, bien à contre-cœur, de retourner en France; car il est notoire que j'ai plus d'inclination pour l'intérêt de l'Angleterre, étant marié à Londres à une personne d'honorable famille, dont l'alliance m'a engagé plus fortement encore à prendre les intérêts de cette nation. De plus, tous mes amis connaissent mon affection pour ma femme, et combien de fois je leur ai déclaré îa peine que j'éprouvais de m'en voir séparé.

« J'espère que l'exposé de ces considérations

jettera un jour plus favorable sur ma conduite,, et me justifiera de ce que Ton a dit de moi dans le but de me rendre odieux auprès des Anglais » \

Tel est le plaidoyer justificatif de Radisson. Le vrai motif de ses agissements, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, est assez facile à saisir. Seulement il est facile de percevoir ses prédilections pour l'Angleterre. Qui pourrait l'excuser de cette espèce de trahison, sans invoquer ses liens de famille ? Il n'était pourtant pas aussi traître qu'on le pourrait croire. Chouart et son beau-frère étaient, en réalité, des hommes de valeur. Forts de leur habileté dans les négociations avec les sauvages, ils pouvaient se montrer plus exigeants que le simple navigateur marchant dans les sentiers battus, ou le vulgaire commis de traite incapable de lutter de ruse et d'astuce avec l'Indien perfide. On ne doit pas perdre de vue à l'époque oti nous sommes de leur carrière, qu'ils avaient, par une expérience de trente années, acquis une certaine renommée parmi les sauvages de la Nouvelle- France. Bons explorateurs, maniant le français, l'anglais, le huron, l'iroquois et l'algon-

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