I. Voyages de Radisson, p
dut- endurer lorsqu'il était à l'emploi de la France. Il t'a aussi raconté que la récompense que nous avions raison d'espérer d'elle, a tourné en la plus noire ingratitude, aussi bien de la part de la Cour que de celle de la compagnie, et qu'ayant été forcés de chercher du service ailleurs, nous avons été accueillis à bras ouverts par les Anglais.
« Tu connais en outre les motifs qui ont forcé ton père et moi à quitter l'Angleterre après treize années de service. Le besoin de vivre, le refus de justice que nous avons essuyé, ont donné lieu à notre rupture et à l'établissement que nous avons fait ici, pour la conservation duquel je t'ai laissé Tannée dernière, lorsque je suis parti pour la France. Mais tu ignores sans doute, que le prince qui règne en Angleterre ^ a désavoué les procédés de la compagnie à notre égard, et qu'il est l'auteur de notre retour aux Anglais. J'ai laissé ton père à Londres, plus heureux que nous, car son existence y est assurée, et doré-
I. Le roi d'Angleterre à cette époque était Charles II ; il avait succédé à son père Charles I, en 1660, après les onze années d'interrègne qui avaient suivi la mort de son prédécesseur. C'est à Charles II que la Société royale de Londres doit sa création (1660),
navant il pourra vivre dans la sécurité. Moi je suis venu t'apprendre que nous sommes maintenant sujets anglais, aimant mieux vivre sous le sceptre d'un roi clément et au service d'un peuple d'honneur que d'accepter les offres que nous a faites le roi de France par l'intermédiaire de ses ministres, pour que nous travaillions indirectement à sa propre gloire.
« J'ai reçu l'ordre, avant de quitter Londres, de prendre soin de toi, et de t'obliger à obéir à la loi anglaise. Tu es jeune et en état de travailler avec fruit à ta fortune personnelle. Sî tu te décides à suivre mon inclination vers l'Angleterre, je ne t'abandonnerai point. Tu recevras le même traitement que moi. Je ferai en sorte que tu sois satisfait, au détriment même de mes intérêts ... Je t'aime, car nous sommes de même sang. Je te sais courageux et résolu; prends vite ton parti, et prouve-moi, par ta réponse, que tu es digne des bontés du prince que je sers. Mais n'oublie point, avant tout, les injures que les Français ont infligées à celui qui t'a donné la vie, et que tu es en mon pouvoir » ^.
Le jeune des Groseilliers pouvait diffici-