I. Voyages de Radisson, p
qu'il ne se querellât sérieusement avec le haut représentant de la compagnie. « Comment, lui dit-il, emmener mon neveu, mais j'ai reçu instruction de sir James Hayes de le laisser ici, pour des raisons que vous devriez être le premier à comprendre. Comment réussirez-vous, sans lui, à négocier avec les Indiens ? » John Abraham se montra inflexible, et il fallut bien se soumettre à son arrêt. Ce personnage, au dire de Radisson, détestait les Français. II aurait pu ajouter qu'il les craignait encore davantage. Le jeune Chouart n'eut pas même la permission de retourner à son fort pour y chercher des bardes et des papiers de conséquence.
L'escadre mit à la voile le 4 septembre, et le 23 octobre elle arrivait aux Dunes, d'où Radisson se transporta à cheval jusqu'à Londres. Le lendemain de son arrivée, sir William Young le présentait au roi, qui écouta avec attention le récit de ses exploits. Quelques jours plus tard, il comparaissait devant le comité de la compagnie, et lui faisait un rapport circonstancié de son voyage. Il faut croire qu'il ne fut pas heureux dans son exposé, car au lieu de recevoir l'approbation qu'il attendait, il eut à subir un déni de justice. « On était
jaloux, dit-il, parce que j'avais obtenu l'insigne honneur d'être présenté au roi et à Son Altesse royale ».
En dépit de tous ses motifs de plaintes, Radisson n'en persista pas moins à demeurer en Angleterre, avec son beau-frère. Quant au jeune des Groseilliers, il essaya par deux fois à se sauver en France, mais il fut arrêté chaque fois. Il se décida alors d'écrire à M. de Denonville, lui disant qu'il retournerait au Canada aussitôt qu'il pourrait s'échapper. Son plan consistait à accompagner Radisson à Port-Nelson, au premier voyage qu'il y ferait, et de là il se rendrait à Québec par les terres \
Le gouverneur écrivit auskôt en France et demanda à la Cour la permission de promettre cinquante pistoles à ceux qui se saisiraient de Radisson et le conduiraient à Québec ^. Le ministre répondit affirmativement. Mais au mois de mars 1687, l'on n'avait pas encore appréhendé Radisson, comme il appert par une lettre du ministre à M. de Denonville : « Le mal, ditil, que le nommé Radisson a fait à la colonie et celui qu'il serait capable de faire, s'il restait