‹ Chouart et RadissonChapitre 8 sur 75 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Chouart et Radisson se fixent aux Trois-Rivières. — Radisson capturé par les Agniers et amené dans leur pays. — Il est adopté par une famille chez ces Indiens. — Supplices qu'ils lui infligent. — Se rend au fort d'Orange sous bonne garde. — Il réussit à s'évader et passe en Europe. — Revient dans la Nouvelle-France en 1655.

f| ES familles Chouart et Radisson vécurent ^à aux Trois-Rivières. Radisson, du reste, le dit formellement : « Je vécus aux Trois- Rivières, où demeuraient aussi mes parents, mes compatriotes et mon frère, sa femme et ses enfants. » Ce frère était Médard Chouart, "^ sieur des Groseilliers. C'est ainsi qu'il rappelle le plus souvent. Ils n'étaient en réalité que beaux-frères, mais leur union était aussi intime que s'ils eussent été frères par le sang:

mêmes goûts, mêmes ambitions, mêmes dispositions pour la vie d'aventures et mêmes désirs de faire fortune dans le commerce des fourrures. Ils semblaient vivre Tun pour l'autre, )£ et durant les trente années qu'ils marchèrent ainsi dans une communauté d'intérêts, nous les trouvons toujours con fraternisant, et servant, dans leurs ambitions commerciales, comme par un pacte commun, tantôt la France, tantôt l'Angleterre. S'il est vrai de dire que l'union fait la force, elle devait faire de ces deux hommes de caractère une association avec laquelle il était bon de compter. C'est ce que ne comprirent point ou mieux ne semblèrent pas comprendre les chefs de la colonie, et en cela ils n'eurent pas raison.

^ Radisson était plus jeune que son beau-frère î Chouart de plusieurs années. Aussi était-il beaucoup plus imprudent. Ce fut à la suite d'un acte de grande témérité qu'il lui arriva, un jour, le malheur de tomber entre les mains des Iroquois. C'était en 1652, l'année qui suivit son arrivée dans la Nouvele - France. Les Agniers rôdaient dans les environs des Trois- Rivières avec des intentions évidemment hostiles. Lorsqu'ils pouvaient s'emparer d'un Français, et à plus forte raison d'un sauvage

ami des Français, ils remmenaient captif ou lui fracassaient le crâne à coups de tomahawk. Tout le monde savait cela et Radisson aussi bien que les autres; mais son amour de la chasse l'avait rendu imprudent à l'excès. Un jour qu'il s'y livrait, sans trop se préoccuper des maraudeurs iroquois, il fut assailli par une bande de ces barbares qui le conduisirent dans leur pays. Toutefois, il n'y fut pas trop maltraité. L'un des capitaines les plus influents dans la tribu l'adopta pour son fils. Radisson en profita pour se faire la vie moins dure au milieu des plus méchants iroquois. « Ces sortes d'adoption, écrit Charlevoix, qui devinrent dans la suite assez fréquentes, ont tous les avantages de celles qui se pratiquaient parmi" les Romains, à l'héritage près, qui n'est rien chez les sauvages; d'ailleurs elles n'en ont pas les charges, et elles ne reçoivent même aucune atteinte des guerres qui peuvent survenir; d'oii' il est arrivé qu'on s'est assez souvent servi avec succès des Français adoptés par les Iroquois,. pour entamer avec eux des traités de paix ^. » Radisson apprit beaucoup durant le séjour

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