‹ Chrestomathie arabe, lettres, actes et pi©·ces diversesChapitre 16 sur 56 · SPECIMEN DE VERS · texte numérisé non relu

SPECIMEN DE VERS

O ma lettre, lorsque tu parviendras en leur présence, — baise la terre mille fois, puis ensuite leurs mains,

Dis-leur qu'ils sont la lumière de mes yeux, — et présente-leur le salut de ma part.

0 ma lettre, si tu t'offres aux regards de mon ami, — baise la terre devant lui et les traces de ses pas ;

Passe lentement sous ses yeux, et garde-toi de te hâter, — car mon âme et mon bonheur sont dans ses mains.

Demandez à ma lettre ce qu'a tracé ma plume : — Le corps de cet écrit révèle mon amour et ma peine.

Ma main écrit et mon œil répand des larmes abondantes ; — Mon amour se plaint au papier du mal qui me tourmente ;

Mes pleurs ne cessent de couler sur le papier, — et si mes larmes se tarissent, mon sang vient leur succéder^

wV-^£ ji«3r^L S^-^S' o-JLLj

SPECIMEN J)E VKRS. 253

Je vous écris et vous parle avec une vive amitié, — car mon cœur est auprès de vous et mon corps seul est avec moi ;

Mon désir eût été de ne jamais me séparer de vous , mais — le décret de Dieu est plus fort que la volonté des hommes.

Il n'est pas d'écrivain qui ne soit sujet au trépas ; -— mais ce que la main a tracé se conserve dans la succession des temps.

N'écris donc , de ta plume , que des choses — dont la vue puisse te réjouir au moment de la résurrection.

Lorsque tu ouvres l'écritoire de la grandeur et de la bienveillance, — fais que ton encre soit la libéralité et la générosité ;

Écris avec l'encre (ordinaire) seulement lorsque tu ne peux mieux faire ; — par là tu honoreras l'usage de la plume.

REMARQUES ET OBSERVATIONS DIVERSES SUR LES TEXTES DE LA DEUXIÈME PARTIE.

LETTRE I, PAGES 104 a 107.

Style simple et un peu négligé, sans être trivial. L'auteur y emploie avec plus de routine que de talent des formules banales.

Page 104, Ligne 8.

s^jX^j-^.-^ J^^ (J^J '^-^'^-rr^ ^-LJ! Que le salul soit sur vous et sur toute votre haute seigneurie. Le mot ï^^cï:^, h'ad'ra que nous rendons ici par seigneurie, signifie littéralement PRÉSENCE. Dans le style de la diplomatie et de la simple correspondance, ce mot a un sens honorifique équivalent, suivant les lieux et les personnes, à nos expressions : majesté, altesse, excellence, seigneurie, etc. Il en est de même des mots V jL^^ djenâb, côté, flanc, seuil de porte; — ^U/» mak'âm,

PLACE, RANG, POSITION; — ï\5buo Sa'âda, FÉLICITÉ, BONHEUR, Ct

d'autres analogues. Tous ces mots entraînent avec eux l'idée d'une qualification que la traduction doit proportionner au rang de la personne à laquelle ils s'adressent, et au sens honorifique et hiérarchique imposé par l'usage des localités ou la nature des écrits.

Page 104, Ligne 9.

J!j*Jb b — J^ C^v^^^j cJi'^a-a-J' ^L? 5* vous êtes assez hon et assez généreux pour vous intéresser à nous... — Les

verbes J^Pi, ,o V et ^>Jd)', qui signifient être bon et être gênéreua', sont pris souvent dans le sens de nos expressions françaises : être assez bon pour...^-- daigner.,. C'est le cas du passage ci-dessus. — L'impératif ^y^z-jiJ tefad'd'al, spécialement employé d'une manière absolue et sans complément, est une formule de politesse par laquelle on invite quelqu'un à faire quelque chose; Il équivaut à daignez... — veuillez prendre la peine... (d^ entrer, de vous asseoir, de vous mettre à manger, etc.) Les Turcs disent en ce sens ^.jSjj^-j bouïouroun, cl les Italiens favorisca.

Page 104, Ligne 9.

v^iXjl^ J,1-^ LiS Comme nous nous intéressons d vous. Dans la langue régulière, la première personne singulière de Paorisle s'indique par l'î, et la première du pluriel par le » placés devant le radical, sans qu'aucune addition apparente à la fin du mol dilTèrenlie le pluriel du singulier. En Barbarie, l'usage vulgaire est de former la première personne du singulier par le .» initial, et d'ajouter pour le pluriel la désinence \j ; ainsi l'on dit communément J-^jo na'mel, je fais, w^lki

net'lob, JE DEMANDE, au lieu de J-0.CI et v^^JJ?) et au pluriel yiojj , na'melou, nous faisons, yJa) net'lobou, nous demandons.

Cette forme plurielle J^, wJtla^, etc., que l'on emploie vulgairement pour le singulier, au lieu de J— d c!, v^j^JX! ,

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est pins dislincie à l'oreille que la forme régulière; aussi l'on ne doit pas s'étonner de la préférence que l'usage oral lui a donnée. Il faut observer que, dans le style cpislolaire, on parle souvent de soi en arabe au pluriel de la première personne : on dit NOUS au lieu de je ; celte particularité, jointe à ce que Tarticulalion » n est plus sensible que \ a, justifie en quelque sorte l'usage populaire de Barbarie. En Egypte , où le » n'est pas employé au singulier, on fait souvent précéder, dans la conversation, le î de la première personne, de la lettre j : on dit par exemple J-^cb pour J-^c! je fais, etc.

Celle forme de la première personne du singulier parole «, quoique généralement usitée dans la conversation, n'est cependant employée dans l'écriture que par les gens peu instruits, ou par ceux qui ne recherchenl point la correction du style. Ces derniers encore emploient souvent sans distinction la forme normale et la forme vulgaire. Il en résulte, dans les écrits d'un style peu sévère, une confusion de nombres que la traduction doit s'aitacher à éclaircir.

Page 104, Ligne 10.

Uj^ ^'li .... L«isr^ »!jj Vient chez nous. etc. L'aoriste du verbe arabe indique une action présente ou future. Dans l'usage oral, lorsque l'on veut exprimer le présent d'une manière positive, on place devant l'aoriste la particule !» suivie des pronoms affixes; elle équivaut au présent indicatif de notre verbe être : ainsi ^^:S^ yektob signifie il écrit ou écrira, sans détermination précise du temps; et ^^^^ i\j rah yeklob, il ÉCRIT ACTUELLEMENT. Daus la phrasc qui fait le sujot de celle note, les mois ij^^ J'L .... ïi» rah.... yaty "andna signifient donc il vient maintenant , il est actuellement dans l'habitude de venir. (V. Cours, pp. 29 et S35.)

On trouve quelquefois la particule I, devant un prétérit, et

alors elle exprime une action présente suivant inimédiatenient un fait qui vient de s'accomplir, comme w^;^-=^ ^Ij rani djit, JE SUIS VENU, j'arrive ; -^J cuJi ^-t^K rak koU loh, vous LUI avez dit tout-a-l'heure, vous venez de lui dire. Cette indication du temps présent au moyen de îj et des affixes, bien qu'usitée généralement en parlant, ne doit jamais être employée dans un style sévère et correct. Elle peut être à peine tolérée dans les écrits familiers ; partout ailleurs elle trahit l'ignorance de celui qui l'écrit.

Page 104, Lignr 10.

^^j4>j\ -j. j-j oLifi S^JU^^ ^^ Colonel du fort du porl. On a voulu désigner ici feu M. d'A"***, capitaine de frégate, commandant la station navale à Mers el-Kebir.

L'auteur de la lettre a écrit corounil pour colonel. Dans la prononciation, les Arabes, entre autres allérations fréquentes des mots de notre langue, substituent volontiers les R aux L, et réciproquement. Us disent, par exemple : càbolar, pour caporal; corônil ou corônir, pour colonel; djinilar et djininar, pour général, etc. Celte substitution de l'R à \'L est tellement dans leurs habitudes instinctives, qu'on la rencontre quehjuefois même dans les altérations du langage arabe : beaucoup d'indigènes prononcent, entre autres, ^^j)^ derouok' , pour C^j3! ii del-ouok't, maintenant, eic.

La substitution réciproque de l'u à I'l et de I'l à I'r , est l'une des altérations les plus fréquentes de la prononciation chez les divers peuples , quand ils articulent les mots d'une langue étrangère pour eux. Ce fait a pour cause l'affinité naturelle des lettres l et r , qui se prononcent l'une et l'autre , par les personnes qui ne grasseyent pas, avec l'extrémité de la langue. L'articulation l, chez les enfans, précède et remplace presque toujours l'articulation it, qui n'a lieu que longtemps après les premiers essais de la parole,

%iH NOTK.S

La pronoMcialioii exacte de la lellre it esl fori utile pour l'usage oral de l'arabe. Elle est impossible à presque tous les Anglais et les Allemands, ainsi qu'à un Irès-grand nombre de nos compatriotes, que le séjour de Paris ou du midi de la France a babitués à grasseyer. La lellre r (le» arabe) est, sans contredit, pour ces personnes, bien plus dilficile à articuler que les autres lettres de l'alpliabel arabe, même celles qui nous sont totalement étrangères. Cela tient à ce qu'une habitude étant plus diiTicile à perdre qu'à acquérir, les personnes qui prononcent I'r en grasseyant, ne peuvent articuler, sans grasseyer, le , arabe, qui se rencontnî dans lant de mois. — L'R, tel que le prononcent les Parisiens et les Provençaux, parmi les Français ; les Anglais et les Allemands, parmi les étrangers, convient parfaitement aux différentes nuances du ô . Chez la plupart de ces populations européennes , le caractère romain R exprime exactement l'articulation c., si diversement transcrite. On pourrait donc s'étonner , si l'on ne connaissait rentraînemenl des routines suivies sans examen , que la plupart des Européens, notamment les Français, qui prononcent si naturellement le ô arabe, on I'R parisien ou provençal, aient élé représenter une articulation qui leur est familière , par des groupes bizarres de lettres, tels que gr, ghr, gh, etc., que l'oreille seule eût pu leur signaler comme très-inexacts. — Pour le i comme pour d'autres lettres arabes, on a pensé qu'en mulliplianl les signes représentaiifs , on donnerai une plus haute idée des connaissances qu'on était censé posséder. C'est de celle manière, — disons-le en passant — que les particularités de la prononciation arabe sont inutilement compliquées et très-souvent défigurées ou rendues impossibles, alors souvent qu'elles peuvent être notées avec simplicité et d'une manière dirccle.

Le grasseyement en arabe donne non-seulement une apparence étrangère à la parole , mais il expose encore à des mé-

prises quelquefois burlesques. Si l'on prononce, en grasseyant le j , les mots J-w» recel, envoyer, — ^^^>^ rer'eb, désirer, — «jj rir\ poussière, — *lj>j reda, espèce de manteau, et une infinité d'autres, on en fait : J.**^, laver, — «^.us aller vers Vouesf, - j-^sans, outre, moins, — ]Xà déjeûner (rop as,}, etc. Il est donc utile, comme on le voit, de distinguer en arabe le . ou R non grasseyé, du o ou R grasseyé, — que nous caractérisons ici en le faisant suivre du signe ' (R').

Observation sur le mot ç- Lx^ Pagk 10'», Ligne 10.

Le mot c. L:^ est fort usité dans l'usage oral avec le sens des prépositions de, à, en. On dit, par exemple : SLùbi> .^xJt le terrain de vous, ou a vous, Jj J^! oLx* ^LaiJ! la clé de fer, ou la clé EN fer. L'emploi de ce mot, général dans, la conversation, doit cire proscrit du style : il accuse toujours une excessive négligence, ou caractérise un défaut d'instruction.

Le mot c.L X-/s , que l'usage vulgaire emploie comme une

espèce de préposition (à, de, en) est un nom substantif oUL» signifiant la jouissance temporelle des biens de ce monde, — la propriélé humaine, qui est limitée a Vasufruit des choses d'icibas. Cette acception toute mystique a fait étendre ce mot h ridée de propriélé ou possession, et c'est par une nouvelle extension, que l'usage populaire en Barbarie le prend dans le sens des prépositions exprimant la propiiéié ou la relation. Il est bien entendu que l'orthographe varie suivant le caprice de ceux que le défaut d'instruction force à l'employer dans le style, et

l'on ne doit pas s'étonner de le trouver écrit : a:^\, ^*,

oboi, «j:;, ;ft:o], et ménic avec la foruu' plurielle ç^j-.:-'.

SCO . NOTES

Page 104, Lionb 13.

^cc Jj^j i.*.*-cs. 6ii U Dieu est son répondant, et se charge

de le représenter envers et contre lui-même. A la lettre : Dieu est sa caution, et chargé en son lieu et place, c'est-à-dire que Dieu exécutera pour lui et à son détriment ce qu'il aurait dû

faire. Dans le mol Jj-î^ qui est pour '3j^> ^^ sS ^ ^'^ ^"P~ primé à cause du » du tanouin , pour lequel le ^ prolongé interceptait le son de la voyelle brève précédente. (Voy. Cours de Langue arabe, p. 252, n» 37 (B) et note 2.)

Page 106, Ligne 6.

«jj c y^lj q A Bah Azzoun. On nommait Bab Azzoun, ou Porte d' Azzoun, la porte méridionale d'Alger la plus rapprochée de la mer. Cette porte n'existe plus : le nom est resté à l'emplacement qu'elle occupait et au quartier adjacent.

LETTRE 11, PAGES 106 et 107.

Style simple et familier, sans incorrection grave. Du même individu que la précédente.

àSsiA ^^ U vju^ v^^^ ^^j Quant à la chose au sujet de laquelle vous m'avez écrit. Le texte porte littéralement : au sujet de laquelle vous avez envoyé vers nous. Le mot w^ envoyer, est pris souvent dans le sens d'envoyer une lettre, ou écrire à quelqu'un.

LETTRE m, PAGES 108 et 109.

Style simple et correct. Le mot ^j^y , altération arabe de notre mot monsieur, dénote que ce billet a été adressé à un Français. (V. p. 36, note 2).

Page 108, Ligne 8.

JLJ! JjL> Après-midi. Le mot Jlj J signifie déclinaison, cessation. Il indique le moment où le' soleil commence à décliner, c'est-à-dire l'instant qui vient immédiatement après le midi vrai.

LETTRE IV, PAGES 108 et 109.

Style familier et médiocre.

Page 108, Ligne 16.

L-jae^ b J^'^ Nous vous prions d* avoir la bonté de.... A la lettre : et vous resterez, notre ami. . . Le mot Ju rester, est assez fréquemment employé avec la signification de vouloir bien, daigner, etc. Il est alors ordinairement suivi d'un verbe : J-djù* Juî Vous voudrez bien faire.... ^^.sxC)* ^âô' Vous voudrez bien écrire... C'est une tournure particulière au style épistolaire barbaresque. Dans le texte de la lettre IV, il est employé sans complément et est suivi d'une périphrase ; le sens est, mot-à-mot : et vous resterez, notre ami (car nous avons fini du livre qui est chez nous) et nous désirons de votre bonté que vous nous envoyiez ... Celle construction est tout aussi illogique en arabe qu'en français, et nous la signalons ici comme fait pratique, sans la donner comme modèle.

2(lî NOTKS

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