‹ Chrestomathie arabe, lettres, actes et pi©·ces diversesChapitre 2 sur 56 · SYSTÈME DE TRANSCRIPTION · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE TRANSCRIPTION

" l'abus fait par les Européens de doubles ou même de triples lettres pour représenter des articulations arabes (il aurait pu ajouter : même des articulations européennes) ; et, pour éviter cet inconvénient, il conclut à joindre à nos caractères romains une quantité considérable de points et de traits inférieurs ou supérieurs imperceptibles, représentant, selon lui, toutes les particularités de la prononciation et de I'orihographe. Ce moyen, il est vrai, n*^augmente pas le nombre des caractères; mais, ce qui est bien pis, il attribue à chacun d'eux une multiplicité da valeurs fort embarrassante pour un orienfliliste, et inintelligible pour le public, grâce à tous les signes accessoires dont les lettres européennes sont embarrassées. Avec ce système, M. Veijers est parvenu à représenter les vingt-huit lettres arabes par plus de soixante lettres européennes, dont un grand nombre se confondent facilement entre elles. Son alphabet représentatif contient douze A, trois C, deux G, neuf I, trois 0, quatre T, sept U, etc., (quarante lettres pour sept caractères!) et tout le reste en proportion. Les lettres italiques, mêlée? aux lettres romaines, ajoutent à cela la confusion d'un double alphabet.

On conçoit fort bien qu'avec un tel mode de transcription, on ne peut lire qu'en se représentant les mots écrits en caractères originaux, ce qui est loin d'être facile aux personnes même les plus familières avec l'arabe, et est, |)ar conséquent, impossible à toutes les autres. Nous aurions bien voulu donner ici un court specimen de ce système frèS'Simple. Mais deux raisons s'y opposent : nous ne le connaissons que depuis peu d'années, «t qui est insuffisant

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pour le Jjien appliquer , — et nous serious obliges d(î taire établir à grand frais des caractères spéciaux, et de retarder indéfiniment la publication de notre Livre.

Les auteurs de tous ces systèmes de transcription n'ont pas tenu assez compte de l'inconvénient, mê^ne matériel^ de recourir à des caractères particuliers, que l'on ne peut se procurer ni en tous temps ni en tous lieux.

Le moins irrationel des modes européens de transcription, est l'usage que l'on suit généralement en France, et qui consiste à introduire la lettre H partout où l'on suppose que la pr^uionciation des Arabes ne ressemble pas à ta nôtre. La lettre H, à notre époque, n'a plus qu'une valeur orthographique; et elle est, en réalité, sans influence sur la prononciation chez nous. Ceux qui ne la prononcent pas l'ont nommée aspiration^ tandis que ceux qui l'articulent l'expriment par une expiration. — Son emploi abusif dans la transcription de l'arabe, n'a d'autre inconvénient que d'embarrasser inutilement la lecture, et d'induire ceux qui la voient à des efforts de prononciation aussi vains que disgracieux.

En créant les systèmes en vue d'une précision rigoureuse et d'une universalité d'application qu'il est impossible d'obtenir y les auteurs, peu habitués aux observations pratiques, n'ont pas pensé que la prononciation des lettres romaines, comme celle des lettres arabes, est soumise à vn grand nombre d'influences locales ^ et qu'aucun système ne peut être universellement appliqué dans toute sa rigueur. Ils n'ont pas réfléchi que leurs combinaisons obligent plus que jamais les Européens à recourir aux textes, au lieu ilr lejir o\\ tenir \m\, et que la difficulté réelle n'est pas

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d'imaginer un système, mais de le faire adopter, lis ont cru, par exemple ,^ comme Volney et quelques autres idéologues, que les peuples musulmans, pour faire plaisir aux Européens, renonceront à un mode d'écriture national^ que l'habitude l<îur fait préférer au nôtre, et qui a pour eux une origine éternelle et divine; qu'ils s'empresseront, par conséquent, de transcrire en des caractères étrangers pour eux, suivant le caprice de quelque Roumiy tous les livres de leur doctrine et de leur littérature. — €es auteurs, enfin, ont espéré que les Européens, pour leur usage tout particulier, se chargeront des travaux et des dépenses de celte inutile transposition, lorsqu'il serait plus rationel, alors, et plus avantageux pour tous, de publier les textes dans leur forme originale.

Nous avons signalé déjà avec détails dans nos ouvrages, les inconvéniens très-graves du mode, sténographique en quelque sorte, de l'écriture arabe; nous avons même dit qu'un tel système rend la lecture impossible aux masses, et présente un obstacle puissant à la civilisation des populations, en s'opposant à la propagation et au progrès des idées. On ne nous accusera donc pas d'engouement irréfléchi pour ce genre d'écriture, qui n'a d'avantage à nos yeux qu'un mérite calligraphique incontestable.

D'après ces considérations, et par suite d'une longue habitude des populations arabes, nous nous croyons fondé à dire que tous les systèmes européens ne peuvent, à notre époque, amener ni préparer aucune modification à l'écriture des musulmans. — Sans avantage réel pour les vrais orientalistes, ils peuvent lout au plus dissimuler temporairement à qiicUpies (''Indians \m\ courageux, la diflicullé primitive

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de l'écriture arahc. Ils ne sont donc, à peine, qu'un moyen didactique dangereux, qui fausse les idées en éloignant de l'application. — Ceux qui veulent apprendre l'arabe pour le mvoii\ doivent l'étudier tel qu'il a toujours été, et par conséquent tel quil est encore^ et s'abstenir de tous ces moyens factices dont il est presque impossible d'effacer plus tard les mauvaises influences.

S'il parait démontré que la transcription des caractères arabes avec nos lettres ne peut utilement et rationellement remplacer les textes ; si elle est (et nous pouvons l'allirmer) dangereuse pour l'étude, — son emploi ^ indispensable en un certain nombre de cas scientifiques et usuels ^ se trouve restreint a la citation de noms d'individus et de lieux, ou de passages de textes, que l'on ne peut ou ne croit pas devoir écrire ou imprimer en caractères arabes.

Ces noms ou ces passages transcrits, sont destinés ordinairement à être lus par le public plutôt que par les hommes spéciaux, et ils exigent, pour ce motif, un mode de reproduction simple, pouvant être lu sans effort par tout le monde, et retraçant la prononciation aussi approximativement toutefois, que le permet l'analogie de chaque langue.

Us doivent en outre réserver, au besoin^ quelque léger indice d'étymologic et d'orthographe suffisant à l'orientaliste, que l*on suppose toujours familier avec la grammaire.

Le but réel et positif d'un système de transcription, est donc de conciliek, autant qu'on le peut, les faits de la rRor^oNciATioN avec les rARTicuLAïUTÉs de l'orthographe

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