C-J]mD! — Samedi
.LxJJY! — Mercredi.
i9t) NOTES
Les iiorns des jours de la semaine, tels qu'ils sonl indiqués ci -dessus, servent à désigner les marchés publics, d'après le nom des jours où ils se tiennent. On dit J^^T! ^^j^ souk' el-Àh'd, le Marché du Dimanche, ou, sans même exprimer le mot ^£^
marché, foire : wV£^.Y! , ^^'^!, ^Uoj^l, le Dimanche, le
Lundi, le Mercredi, etc., c'est à-dire le marché du Dimanche, du Lundi, etc. Les emplucemens où se tiennent ces marchés sont dénommés très-souvent par le nom du jour du marché,, et beaucoup de localités, même de fondation récente, tirent leur nom de cette circonstance. C'est ainsi que nous désignons les villes de Teniet el-Ah'd (Col du marché du Dimanche); El-Arba (écrit avec toutes les variétés orthographiques et les h d'usage : VArhah, VEarhah, VÂrbah, VArhhah), t'est-h-dire le Marché du Mercredi.
Gomme sur la surface de l'Algérie beaucoup de localités diverses tiennent leurs marchés à des jours semblables, lorsqu'il pourrait y avoir confusion, on ajoute la désignation du lieu ou de la tribu, aa nom du jour du marché ; on dit, par exemple : VArla de Djendel ( le Mercredi de Djendel), pour distinguer ce marché de tout autre qui aurait lieu le même jour sur un autre point.
Le nom seul du jour de la semaine est tellement usité pour désigner le marché lui-même, que l'on entend les Arabes dire fréquemment : fai été, ou je vais au Dimanche, au Mercredi, au Vendredi de tel endroit, ou de telle tribu, c'est-à-dire au marché ou à la foire de tel jour, de tel lieu.
Page 146, Ligne 11.
^L.^.isr'i v^b ^j=s. Jwij Oukil hardj de Bah el-Djihâd, c'est-à-dire, l'intendant (ou chef) de la Marine, à Alger, qui habitait au lieu dit la Marine, en dehors de la porte qui communique avec la mer, nommée aujourd'hui Porte de France, ou Porte de la Marine (en arabe ïjiy^\ w^Lj Porte de l'Ile),
Cl que l'on désigne dans la lettre XVII sous le nom do s >!-5
jîL^^i Porte de la Guerre sainte.
Le mot ^ j~i>- est une alléraiion turque de l'arabe ^j-^ khardj, qui signifie dépense, et quelquefois revenu, j^ t^^ S^J oukil el-Hardj était, sous les Turcs, le titre officiel du commandant de la Marine, à Alger.
Il n'est pas inutile d'observer qu'en prononçant les mots arabes où se trouve le ^, les Turcs substituent souvent à cette lettre le ^ h' pour adoucir la prononciation. — Le mot ^ j-=^ cî -dessus, devenu ^j-^»- et resté dans la prononciation actuelle des Arabes, en est un exemple. — On dit encore àj L.^ tobbdna ou toppâna, batterie de canons, pour dJLk ^^^jh tôp-khâna, mot lurc-persan, qui veut dire maison, ou lieu du canon, etc.
Page 146, Ligne 13.
"^ji j Jj^i JJ^ Ali el-Bouzarr*y . Ali le Bouzarréen, c'està-dire de la montagne A ji jj ;^j Bou-Zarri'a, qui domine Alger à l'ouest, nommée souvent Boudjariah, Boudzaréah, etc., (toujours avec les h et les variantes obligées). Le nom de cette montagne (Lx-jjjjj ^^^ ) signifie la montagne qui a, ou qui possède la semence. — BouzarrVy est l'adjectif relatif formé du nom de la localité.
Page 146, Ligne 15,
>jJi \ô^ y^ ^jJi- y^-iJ'^l j^ Lundi dernier. Littéralement, le jour du lundi qui est avant ce jour-ci. Cette tournure arabe, comme on voit, est analogue à notre mot dernier, dans l'acception ci-dessus. — Les adjectifs opposés, prochain
298 NOTKS
ri suivant, s'exprimeraient en arabe, selon celte construction, par J-ju) ^«JJi qui est après; ainsi, lundi prochain, ou lundi suivant, se dirait : isX» Jjo ^jJt ^^t^^^ p^ - Lorsque les mots dernier et prochain peuvent se tourner indifféremment en français par passé et à venir, on les exprime en arabe par les adjectifs verbaux ^^^ , ^j^ , O^l-? , etc. , qui signifient
PASSÉ, et ^Ô'I, J,jLi et >^Li, qui signifient venant, ou a venir. On dirait donc : ces années dernières , ou ces années passées LxoLJl >ljc^i 2 j-j!» ; — les jours derniers, ou les jours passés iLLtLoJ! /»L>^i ; — f année prochaine LJ'^l àJuJI, etc.
Page 148, Ligne 5.
,^^LL ^y^ Gibraltar. Ce nom vient de l'arabe (Djebel Târek'), qui veut dire Montagne de Târek'. — On sait que Târek benZyâd conquit l'Espagne en Tan 92 de l'Hégire (7il de J.-C.) pour le calife omeyade Abd el-Malek; il opéra son débarquement à l'Ile Verte L-^.îasr'! ïj^j^\ ( et - Djezirat el- Khad'ra), d'où les Espagnols ont fait le nom Algesiras, qui désigne aujourd'hui la ville existant sur la terre ferme en face de celte île. La montagne rocheuse située vis-à-vis d'Algésiras a reçu le nom du conquérant, et son appellation, Djebel Târek', devenue pour nous Gibraltar, s'est conservée jusqu'à nos jours. Abd el- Moumen fonda, cinq siècles plus lard, une ville au pied de celle
montagne, qu'il voulut faire appeler ^J^^ J-:^ Djebel el-Fath' (Mont de la Victoire), mais l'ancienne dénomination a prévalu.
LETTRE XVIIl, pages 148 a 151.
Style officiel correct, élégant et sans emphase des khodja ou secrétaires instruits et expérimentés, qui étaient assez nombreux
en Algérie avant la conquête. Depuis, les secrétaires capables sont devenus plus rares , «t on leur a généralement préféré (les gens moins habiles , mais dont la rédaction vulgaire et quelquefois mal orthographiée , semblait plus au niveau des connaissances arabes de ceux qui les emploient. Le style épistolaire y perd ordinairement en dignité et souvent en précision. — Cette lettre est un excellent sujet d'étude et un très - bon modèle de style pour les arabisans.
Page 150 , Ligne 2.
-^v-^Ui. ^b Bâch-h'ânba , le commandant des h'ânba.
Les h'ànba (pluriel v J|^) formaient à Gonstantine, et forment
encore aujourd'hui dans la -régence de Tunis , une milice qui peut être assimilée à notre ancienne maréchaussée.
Pagb 150, Ligne 6.
»Ucs^! J-^ ^^ Sid 'ÂM er-Rah'man. Voyez sur le mol c^ pour Jw^, la note 1 à la page 66 ci-dessus.
^Ud^JI ^\ Ebn et-Temtdm, ou sidi Tamtam, est le nom
d'un marabout dont la chapelle se trouve sur les bords de l'Ouad Zenati, entre Bône et Gonstantine. Lors de la retraite de l'armée française, à la première expédition de Gonstantine, les Arabes, qui depuis long temps harcelaient les derrières de nos colonnes, observèrent que la terre avait été fraîchement remuée auprès de la zaouya de sidi Tamtam. Us creusèrent en cet endroit, et retirèrent les cadavres de nos soldats, qu'ils commencèrent à mutiler. Nos troupes , indignées de cette barbarie aussi atroce que vaine , revinrent sur eux avec fureur. Un grand nombre d'Arabes se réfugièrent dans la zaouya, où ils furent massacrés pour la plupart.
i(M) NOTliS
\*MiK 150, LiONii H
»L»^-aJI U-lwj! Nous avom envoyé les goums. Le mol ♦ Ls^-i est le pluriel usuel de >j i goum, qui signifie en Algérie Mwe troupe de cavaliers armés. C'est le mol >j 3, qui désigne on général une réunion d'individus. Le ^ est prononcé euphoniquemenl g, au lieu de k, suivant l'usage de presque tous les Barbaresques.
LETTRE XIX, pages 152 a 155.
Style poétique et prose rimée; lieux conununs épislolaires. Cette lettre est bonne à étudier avec soin pour l'analyse grammaticale.
Page 152, Ligne 5.
J-lsr;^ Des parures. Ce mol arabe est le pluriel J-*-9 4û
singulier iL-Lss., qui signifie une pièce d'étoffe servant ^eyàêlement. Il est pris au figuré comme vêtement caractérislique qMii grade ou d'une position, et est analogue à nos mots : ù costume, livrée. Le vers suivant en offre un exemple.
JL^jSL ^jJ! J^! Jii ^^S^j f:%^
'( Et tu revêtiras les insignes de la science, qui^femt briller » ceux qui les portent , au milieu des ténèbres de l'ignorance , » comme des étoiles scintillantes. »
Page 152, Ligne 6.
j.2)i;^) jj-xj' Les dents semblables aux (leurs de l'oranger.
A ]â lettre : les dents des fleurs de l'oranger. Le mot j^JLJ* est le pluriel de^JLJ', expliqué plus haut, p. 287. Quant à w-aU, ou plus correctement j».^ h!, c'est le pluriel du motjLBj!, plu-
riel lui-même du singulier j-aj, c^ï signifie généralement ^eur; mais en plusieurs contrées barbaresques, notamment à Alger, où cette lettre a été écrite, le mol j-2t^\ fleur, désigne spécialement la fleur de l'oranger, probablement comme fleur par excellence, et c'est ici la véritable acception. On compare ici, comme on le voit, des dents très-belles à des fleurs d'oranger : métaphore arabe aussi exacte et aussi rationelle, que chez nous les seins dHvoire, les cous d'albâtre, les lèvres de corail, les tailles de guêpe, et tant d'autres choses, qui seraient, dans la réalité, plus aff'reuses que la plus laide nature : ce sont là des lieux communs où les littérateurs vulgaires ne sont pas moins ridicules en arabe qu'en français. — Le mol j-sj désignant toujours la fleur de l'oranger presque partout en Algérie , on se sert, dans la conversation , du mot jl^ pour signifier fleur en général.
Page 152, Ligne 13.
j-û»Jî ^ ^^tXi Ja Lsj Et ce qu'elle (la mer) vous a fait éprouver pendant le voyage. A la lettre : et ce qui est survenu à vous de sa part dans le voyage.
Page 152, Ligne 14.
jj^* Puissiez-vous être Le mot ^j^^ est la 2« pers.
fém. sing, de l'aoriste indicatif du verbe ,1^ être, et signifie littéralement ici vous serez. 11 devrait y avoir ^J^SCj* avec le » de l'indicatif. C'est une faute de l'auteur de la lettre.
Page 152, Lkjnk dehnièrk.
j^jj^^ i-xJLLJ i^Li^ .... .sont pleins du désir de contempler votre visage semblable à la lune dans toute sa splendeur.
Liltéralenienl : sont désireux de la conlemplalion de votre pleine lune. La comparaison de la figure d'une femme à la lune pleiiK* esi le maximum de la beauté idéale chez les Arabes ; tous les nombreux lecteurs des Mille et une Nuits^ traduites par Galland avec plus de grâcôr et de gehlillesse que d'exactitude, se rappellent le nom , peu harmonieux pour nous , de la princesse Badroulboudour, qui signifie la pleine lune des pleine lunes. Des hommes même portent, en Algérie, le surnom de Baderoufa, c'est-à-dire : lune complète, ou pleine lune.
Cette assimilation essentiellement arabe n'est pas toujours du goiit européen, ainsi que nous en fîmes la plaisante' expérience à l'occasion du distique suivant :
c ^a.L^ cJLsj "^^=S.i o^JlX^
« Mon oeil a vu la pleine lune marcher sur la terre, — s'inclinanl vers les » uns et s'écarlanl des autres.
» Que Dieu est grand! m'écriai-je saisi de respect; — depuis quand » donc la pleine lune resplendissante est-elle descendue sur la terre?»
Ce distique fut improvisé par un Arabe en l'honneur d'une jeune personne dont le père, qui appartenait à l'Université', habitait la même maison que l'auteur de Ce livre. On nous pria de traduire ces vers qui excitaient un vif et joyeux empressement. Traducteur fidèle, nous écrivîmes aussitôt sur le (lapier : « Mon œil a vu la pleine lune... etc.» A peine la classique famille eut-elle jeté les yeux sur ce début, qu'elle fut accablée d'un désappointement subit; les fronts se plissèrent, les larmes furent prêtes à couler, et la voix courroucée du patriarche de la candide tribu , gronda de graves et pathétiques reproches à l'innocent traducteur , que l'on accusait d'avoir lancé une épigramme
et d'avoir ainsi violé les lois de la bienséance el de la chevalerie sous le manteau sacré de la traduction. En vain nous cherchâmes à nous disculper en rassemblant le plus de gravité que nous pûmes ; on ne persista pas moins à nous condamner , en invoquant la rhétorique des Grecs et des Latins. Pour une métaphore arabe trop fidèlement rendue, on nous tint pendant plusieurs années une rigueur comiquement sérieuse, qui nous a constamment inspiré tout autre sentiment que le remords ou le chagrin. Néanmoins , tout le monde n'est pas aussi exclusif en littérature que le bon patriarche ci-dessus, — qui s'est, du reste , tellement converti depuis , qu'il a cherché à apprendre l'arabe pour tâcher de l'enseigner; — el l'on peut dire sans danger que la métaphore banale de la pleine lune, pour désigner un visage plein et brillant, n'est jamais, dans la pensée des Arabes, que très-flatteuse pour la beauté.
Page 154, Lignb 3.
L-p^ jJLôj Veuillez transmettre.... nos saluts. il eût été plus correct de mettre /j^J^ avec le .« final (comme au
mot J^j^* ci-dessus , p. 301 ) . L'expression ^j^f^j veut dire : et vous ferez parvenir....
En rédigeant cette note , nous remarquons , dans le texte ,
l'absence du point sur le é. de ^^^\ Qu» devient , de celte
manière ^^' Ce point s'est usé pendant le tirage ; c'est un inconvénient fréquent dans les caractères arabes, el nous ne le signalerions pas ici au lecteur, si l'absence de celle légère
marque ne changeait très-sensiblement le sens. Le mot ^*i^»
avec le ô, signifie faire parvenir, et ^«-1^» avec le c. non ponctué, veut dire faire avaler. Il y a donc, matériellement, à cause d'un point omis : vous ferez avaler nos salutSy au lieu de vous présenterez ou transmettrez... L'influence des points diacritiques est, comme on voit, fort grande, et leur omission ou
lo(ir déplacement est quelquefois très-grave, el ajoute beaucoup à la difficulté de la lecture et de rinlelligence du texte dans les livres arabes. L'usage de différencier, par des points diverses articulations d'un même caractère est la source de bien des inconvéniens , et le Coran lui-même est interprété de plusieurs manières , par suite de l'indécision de la lecture de certains passages. Ces particularités et bien d'autres, que nous avons signalées, notamment dans notre Cours, pages H et 12, peuvent aider les Européens à apprécier — qu'il est plus difficile qu'on ne le croit, de lire et de bien comprendre de l'arabe manuscrit ou imprimé, — et qu'il s'en faut de beaucoup que tout le monde arabisant, indigène ou européen, puisse lire tous les textes. — Nous avons d'autant plus de peine h soupçonner cette difficulté, que chez nous les ouvrages sont toujours lisiblement imprimés, et que dans les langues européennes la simple lecture n'exige aucun effort de la part des gens instruits. C'est tout différent en arabe, où l'on ne peut lire exactement qu'en comprenant.
Nous n'avons pas pour but, en faisant cette observî^tion pratique, d'effrayer les étudians par l'exposé de difficultés que le travail et l'intelligence peuvent toujours surmonter. Nous croyons seulement de notre devoir de faire connaître exactement la nature et l'état de la langue arabe, pour bien faire comprendre que des études superûcielles n'amènent qu'à un résultat insuffisant à nos besoins. La langue chez les Arabes est un instrument très-difficile à manier ; c'est un véhicule réfractaire à la transmission prompte et claire de la pensée, — surtout à cause de l'insuffisance des moyens graphiques. — C'est donc un besoin
RIGOUREUX POUR NOTRE POLITIQUE ET NOTRE ADMINISTRATION DE BIEN CONNAITRE l'ahABE POUR LE BIEN APPLIQUER , COMME C'eST POUR NOUS UN DEVOIR ET UN PUISSANT INTÉRÊT DE CIVILISATION
d'habituer les Arabes a l'usage de notre langue. 11 y a avantage pour nous à savoir l'arabe, et il y a, pour un Arabe, plus de fruit dans l'intelligence du français écrit et parlé (qu'il acquiert assez facilement), que dans les études les plus minutieuses de sa langue ; car il n'y trouve , après une vie de travail , que les
puériles subtilités de l'école, et le silence le plus complet, ou l'enseignement le plus inexact ou le plus arriéré sur toutes les branches des connaissances qui honorent le génie de l'homme et sont aujourd'hui l'âme des sociétés.
Page 154, Lignr 4.
LJL»! J^ ^ De noire famille, c'est-à-dire rfe ma /emme. Le mot JjftI, famille, peuple, gens, monde, elc, sert souvent à désigner la fem,me, ou Réponse, que la bienséance musulmane n'oserait indiquer d'une manière directe. Un Arabe ne dira jamais ma femme, il prendra une circonlocution, par exemple : Jwffi! ma famille, — c^^l J a>! les gens de la tente, — jLO) J— 2>! les gens de la maison, ou simplement ^j^^a^] la tente, — j\^^\ la maison. Quelquefois même il se servira du nombre pluriel seulement , sans indiquer aucun sujet ; par exemple : J, I^JLi ils m'ont dit, c'est-à dire les gens de la maison m*ont dit (ma femme m'a dit).
LETTRE XX, pages 154 a 4 67.
Style poétique, prose rimée, métaphores nombreuses et généralement exagérées, qui noient dans leur torrent l'objet très-simple de celte lettre, et le rendent fort difficile à extraire. Ce genre de style est très-goûté des Arabes , comme de tous les peuples arriérés, où l'abondance des mots supplée à la pénurie des idées. — C'est le style classique et pédanlesque par excellence, avec lequel le traducteur européen doit chercher à se familiariser, car ce style est employé souvent à des relations importantes. Dans ces textes, la difficulté de la traduction usuelle consiste h saisir l'ensemble, et à exposer nettement le but de l'écrit, ce qui demande beaucoup d'attention, de tact et d'habitude. La longue et diffuse épître ci-dessus (XX) ne dit précisément (|ue ces mots (p. 159, ligne 14 et suiv.) : a Vous n'ignorez pas
• iOG NOTES
ce qui I'sf arrivé à noire mosqttce; >^ — el j)his loin (p. 116, ;ui bas) : " Je suis pauvre, j'ai plun de quatre-vingts ans, et j'ai une famille dont l'entretien m'est très - coûteux . » C'est là loul ce que renferme de positif un texte de six pages d'impression, dont l'original, qui est entre nos mains, occupe, sur une grande feuille de papier, une surface de 138G centimètres carrés, très-confusémeul remplie par les trails exagérés et disgracieux d'une lourde écriture barbaresque.
C'est au milieu d'une telle confusion , — augmentée quelquefois des difficultés d'une écriture à peu près illisible, — qu'il s'agit, pour le traducteur, de trouver l'objet de la lettre, et de séparer de celte surabondance de lourds ornemens, ies quelques faits ou les rares pensées qui y sont disséminés, et qui ne sont pas toujours explicitement exposés.
Dans la lettre dont nous parlons , par exemple , on se fie exclusivement à la perspicacité du destinataire , et à la connaissance préalable qu'on lui suppose de l'objet de la demande. On se dispense alors de lui donner clairement les détails indispensables, et l'on se dédommage par un déluge de mots inutiles. Il en résulte qu'après avoir perdu beaucoup de temps à lire et à chercher à comprendre ce fatras, on tient à peine le fil de l'alTaire. Tout ce que renferme l'épîlre ci-dessus, au point (le vue du motif de sa rédaction, se résume h ces quatre lignes :
« }ta place d'oukil, dans laquelle j'ai succédé à une longue » suite d'ancêtres (sous-entendu : vient d'être supprimée) . Puissé- » je. par votre influence et celle de sid Ah'medben el-Arbi.... )) ( on sous-entend : en obtenir un autre ou un secours)! J'ai » plus de quatre-vingts ans, je suis pauvre, et j'ai peine à sub- » venir aux besoins de ma famille. «
Et encore ce peu d'idées n'est- il pas exprimé aussi positivement dans le texte, et n'est-ce que par induction que nous le résumons ainsi.
Dans la pratique, le résumé exact et succinct d'un texte est l'œuvre la plus difficile de la traduction ; en présence de certains écrits, il faui élre fort exercé pour dépouiller les pensées, -— or-
liinairement peu nombreuses dans le style arabe, — des éplihèlos cl des métaphores sous lesquelles on les ensevelit. Ce résultai ne peut être oblenu que par l'examen minutieux de tous les mots, et la séparation des idées réellement utiles de celles beaucoup trop abondanlos qui ne sont qu'accessoires Pour les cas difficiles, nous conseillons aux personnes qui s'étudient, à traduire de l'arabe en français, de lire d'abord le texte en l'analysant, d'en faire la traduction littérale in extenso, et de souligner ou marquer toutes les périodes ou tous les mots, souvent épars, qui se rattachent directement au sujet. On transcrit ensuite ces passages soulignés ou marqués, en classant les idées d'après l'ordre logique , et l'on donne au tout, par le style, une forme admissible en notre langue, et propre à faire comprendre immédiatement l'objet de l'écrit. — Les traducteurs peu expérimentés ou peu consciencieux, tronquent ou altèrent un texte, sous prétexte de le résumer, en passant outre à ce qu'ils ne comprennent pas ; ils n'arrivent même pas ainsi à l'analyser. Le résumé d'un texte arabe, en bien des cas, n'est pas moins long h faire, et est toujours plm difficUe que la traduction littérale la plus complète ; comme il est plus difficile en chimie, — qu'on nous pardonne la comparaison , — d'obtenir quebjues gouttes d'huile essentielle, que la plus abondante décoction.
Ce que nous disons ici au sujet de la traduction des lettres, peut s'appliquer également aux actes judiciaires et aux autres écrits usuels; il peut s'étendre aussi à celle des ouvrages arabes. Avec des connaissances très-solides et très-vastes en arabe , et le dévouement indispensable, on pourrait extraire d'un grand nombre de livres qui ne valent pas la peine d'être traduits , les idées et les faits utiles, sans embarrasser le lecteur français des inutilités, des longueurs, et du défaut d'ordre qui caractérisent ordinairement ces ouvrages.
Page 156, Ligne 5.
•, sY! à jJ^I f/homme sincère, très -cher. Le mot
»UI8 NOTFS
^'•V^ signifie aussi ami dévoué, cl se |ncuU souvciil daiis
colle acceplioii — V-ci esl le comparalif ou superlalif de l'adjcciil jj ji, qui veut dire puissant, cl qui csl souvenl employé, dans l'usagj; barbaicsque , avec le sens de cher, précieux. Le uiolj-ci siguine donc très- cher, très précieux.
Pagb 156, Ligne 7.
^I AJ jJi ^.^««pr'i j^j -^-^j^^ '■^^ J.^! Le seigneur Moh'ammed Khodja, oukil des deux villes sacrées et nobles. Feu Si JVIohanimed er-Rachid iTâliz Khodja, fui pendanl longlemps oukil de l'adminislralion des biens légués en h'abous aux deux villes sacrées et nobles, c'est-h-dire la Mekke el Médine. Si Moh'ammed Hafiz Khodja élail un Turc d'une grande piobilé, d'une grande bienveillance el fort dévoué aux Français, malgré la rigidité de son orlhodoxic musulmane. Il a laissé de très bons souvenirs à tous ceux qui Font connu, et notamment h Fauteur du présent livre. C'était en outre un calligraphe arabe très-habile; il fut pour Alger la dernière lueur d'un art mourant, fort utile chez un peuple qui n'imprime pas, el que les Barbaresques n'ont pas su maintenir, ni ne pourront jamais relever.
L'administration des biens de la Mekke et Médine est insliluée, dans les pays musulmans , pour gérer les biens légués en h'abous par de pieux croyans en l'honneur des deux villes saintes. Le produit de ces biens est employé en secours el eïi aumônes aux voyageurs et aux pèlerins particulièrement, et appliqué en outre h diverses œuvres pies. L'organisation du service de la Mekke et Médine et d'auires services analogues a subi, depuis quelques années, de nombreuses modifications en Algérie.
Les deux mois ij^j^ sacrées, el ^j^j^ nobles, sont deux adjectifs an duel, se rapportant à ^^ villes, sous-enlendu.
Paur 156, Lignes 7 et 8.
.jj!jJ! ^ ^JjÔ* ôii^ sAju^! Que Dieu lui donne la
félicUé dans l'une et Vautre habitation, c'esl-îi-dire dans l'une et l'autre vie. — Le mot ^^jljJ! , qui veut dire les deux maisons, désigne mélaphoriquement la vie temporelle et la vie éternelle. On dit : ^;-J3J1 ASj] la maison la plus proche, pour dire ce monde, et ^^YljljJ!, ou usuellement ^2L"^!j!jJi, la maison dernière, pour désigner l'autre vie. — l/expression ^j-dJiJ) les deuœvies, h la ligne 9 de la page 156, a le mémo sens.
Page 156, Ligne 8.
^jj) ^3 <3^j»J Ls--J -/-JUtj et hd accorde, en ce
qu'il désire, la satisfaction la plus entière. A la lellre : et lui accorde, en ce quHl désire, la fhaîchelu de l'oeil. L'expression métaphorique ^^^^ Ç-^ fraîcheur de l'œil , signifie le contentement , la satisfaction, par allusion à celle idée arabe, que l'œil est froid dans le contentement, et chaud dans la frayeur, ainsi que l'indique ce passage d'un commenlairc du Coran, que nous croyons d'El-Khazin, sur le verset 74 du chapilre xxv :
^wwcl ij^ liJ'UJjjj IL-N ]j\\ \j Ll) .,^ «... Donne-nous le
>' froid des yeux (le contenlemenl) par nos femmes et nos an-
» fans. — C'est-à-dire, explique le commentateur, rends-les pieux
» et vertueux, de sorte que nos yeux en soient rafraichis. On
») dit (ajoute-t-il) que rien n'e^l plus rafraîchissant (satisfaisant)
" pour l'œil du croyant que de voir sa femme cl ses en fans
» soumis à Dieu. Son désir alors est qu'ils soient placés avec lui
» au Paradis; sa joie sera comblée, et son œil sera rafraîchi
» par cela. » Voici ses paroles :
^jjj^ r-:r^ ^-^^ ^. -^^-^ l?W^. M^ ^*^>^-^ J^J>^
Puis il ajoule :
J^j fsîcj >),b jjj^\ -^v^ e^' ij^-3^jj' w^î .jl J^j
2( J— ■ I ■ ^.i J JLJ-J) »û <i»;w-C w-.L.w3 ïLiao w>9
« Les Arabes disent que l'œil est froid dans la joie, cl chaud » dans la crainte. — On dit aussi que le sens de ,^rf^\ ij^ » «si l'idée de se livrer à l'amitié exclusive pour celui qui plait, » et de ne considérer nul autre que lui. » — Dans cette dernière acception , qui est peu commune et n'est pas généralement adoptée, le mot 'ij^ serait pris comme nom d'action du verbe JLi, signifiant être stable ou fixe, et voudrait dire la stabilité de l'ml, c'est-à-dire l'attachement exclusif pour quelqu'un. —
La dernière période du passage précédent : ^ ^^-^^-;r^ J-^-:-^ ï^IiJ j-Jà-J! signifie liitéralemeni : en sorte qu'il fixe solidement son œil, a l'exclusion du regard vers un aulre que lui. C'est encore un exemple remarquable du sens abstractif de>.jc, dont il a été question ci-dessus avec détails à la page 275 et aux suivantes.
L'expression métaphorique ^j^^ '^j-^ , et sa forme verbale Ll-^ j.3, pour dire être satisfait^ joyeux, rassuré, est trèsfréquente.
Quelques personnes peu instruites en arabe, tant indigènes (jue Français, pensent à tort que ^^v^î ^v-i veut dire la prunelle de l'œil, et n'hésitent pas à traduire ainsi. C'est une de
DK LA DliUXIËMli l'AUTlK. 311
ce» erreurs uolables qu'un peu d'éludé elémenlaire el l'usage irop négligé du dictionnaire feront disparaître dans l'avenir,
Pagb 158, Ligne 8.
ww»j-^^i Qui ont éprouvé la miséricorde. Ceci est la iraduction littérale du mol ^^^j^y^ participe passif du verbe I0.J pardonner. — On a déjà fait remarquer, pp. 91, 92 et 274, que les mots dérivés de la voix passive, en arabe, peuvent être pris dans le sens énonciatif ou optatif, et signifient une chose faite ou faisable, un état mbi, ou dont on souhaite l'accomplissement. C'est ainsi que le mol fjr^j^ pardonné, ou objet de la miséricorde divine, veut dire : auqud on souhaite la miséricorde de Dieu, et s'emploie d'une manière toute spéciale après les noms des individus morts. Il relrace donc à la pensée l'idée de notre mot feu ou défunt, en y joignant le souhait que nous exprimions autrefois en celle circonsiance : « Que Dieu lui fas^se paix et miséricorde! » Dans la pratique, ^j2^j^\ veut dire le défunt.
Page J58, Ligne U.
>|^^1 ^ ij^j ^.^ (J^ ^-JH^ ^ f^endanl une période qui excède cent et soixante années; à la lettre : ce qui est excédant sur... — Le mot ^^^-^ est un substantif signifiant excédant, d'un usage assez fréquent. On dit, par exemple : ^^jr^j L^sdr^ ^^^^x**ôj v^^^i Lju-ww \jJ^j ils étaient sept mille qualre-vin^t-dix individus et un excédant, c'est à- dire ils étaient plus de
Dans la pratique orale, le mol ^^ prononcé nif, signiti<' le nez; el, par une application métaphorique usitée aussi chez
noiitt, il veut dire amour-propre, point d'honneur, lad. On dil : ^ 5 jj£ L» ! jJ^ Cet homme - ci n'a pas de nez , n'a pa» d'amour -propre, de délicatesse de sentimem. C'est la .corruplion (lu mot ^Jl nez.
Page 158, Lignk uunMKitK.
^^Lw"^tj j^"^! g , ^ -y^ jZ»LJ\ Le détermina leur des
événemens et des causes; littéralement : celui qui facilite (l'accomplissemenl) des événemens et des causes.
Page 160, Lignes 2 et 3.
^^w**^! ^^yî , .Llaasr'ij Celle parole claire et sublime.
Ceci se rapporte au Coran, que tous les musulmans s'accordent à déclarer clair et précis ( ^r^'j ), bien qu'il ne puisse être compris qu'à l'aide de commentaires où l'on trouve , presque sur chaque passage, des explications très>diverses et des leçons quelquefois bien différentes.
Page 160, Ligne dernière.
^^Ui3i <>l^jj^j J'ai dépassé seize lustres. A la lettre : j'ai dépassé quatre-vingts (ans). Il est inutile de rappeler ici au lecteur que le lustre est une période de cinq ans.
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isl^^ljlja». ^Ja ... l'aidera à passer le S'irdt'. Le S'irdt' est, comme on sait, le pont miraculeux suspendu au-dessus de l'enfer, et sur lequel doivent passer tous les hommes au jour du jugement. Ce pont est, suivant la tradition, aussi étroit que le tranchant du sabre le mieux affilé, aussi mince qu'un cheveu.
Les méchans tomberont dans l'abîme , les bons seuls parviendront h l'extrémité du pont, qui aboutit h l'entrée du Paradis. Là ils se désaltéreront de l'eau du bassin de Mahomet (J^ >^jss.). Celui qui boit une seule fois de cette eau est affranchi pour jamais du besoin de boire. La largeur de ce bassin est d'un mois (de la marche d'un homme). Son eau surpasse le lait en blancheur, et est plus douce que le miel. Autour du bassin sont placées autant de coupes qu'il y a d'étoiles au ciel. Deux conduits y amènent l'eau du Kauler (fleuve qui traverse le Paradis). (Maracci, Prodromi ad refut. Aie, pars m, p. 91.)
Le riiot L\j^ veut dire chemin, endroit de marche, de passage. Il vient du verbe i>L«. qui signifie avaler de la nourriture, et par métaphore faire du chemin, comme si le voyageur avalait la route qu'il parcourt. L'orthographe normale serait isLw avec le ^*-, mais on a adopté le ^ comme étant phoniquemenl plus conforme à la nature du i qui termine le mot. (Baïdaoui, Commentaire du Coran, fol. 4, man. 229 de la Bibl. d'Alger. — S. de Sacy, Séances de Hariri, p. 300).
Page 162, Ligne 10.
>!ji^! à^^ ^^^Sj p ) Oil les pieds refuseront leur
service , c'est-à-dire glisseront et ne pourront plus porter les corps. Ce passage, ainsi que ceux qui, comme lui, sont marqués par des guillemets, est tiré du .^j-^fsr^ Sah'ih'^ recueil très-célèbre de traditions par l'imam ^ Abou Abd Allah Mohammed el-Bokhari. Voici le titre de ce livre important, et les noms de
son auteur : Jj.*-> \y^ y j^^ajidr^! Jj^*wJ1 ^^^fsr^] «-«Ls-'t ^! i«obU! JUJ! >U^Î! ^ ^^l,\j ..u-;^^pJj; ^\
^tlsr-^\ ojusr^! ^a^^l fi\ « Le Collecteur véridique,
;]I4 NOTJiS
" digue do couliaiicc, abirgc, dus actes de l'apôUe de Dieu {que » Dieu répande sa hénédiclioii sur lui el lui accorde le salul!), » de ses préceples, de sa vie; par le docleur, le poulife, le » savant et ircs-docle Abou Abd Allah Mohammed ben Ismaïl » ben Ibrahim ben el - Mor'aïra ben Bardezba ben el - Ahuaf >» El-Djo'fy El-Bokhari. » Ce livre est un de ceux sur lesquels est élâblie la sonna ou loi traditionnelle des Musulmans orthodoxes. El-Bokhari vivait dans la première moitié du troisième siècle de l'Hégire (10^ de l'ère chréliennej. Le surnom de Bokhari ne lui a élé donné qu'à cause du long séjour qu'il fit dans la ville de Bokhara en Tartaric , dans l'ancienne Transoxianc, el de la réputation qu'il y acquit. Bokhara n'est point le lieu de sa naissance. — La Bibliothèque d'Alger possède un magnifique exemplaire du Sahih, sous le n" 252 in-f<>.
Page 163, Ligne 5.
« Et ne rendra pas illusoire la récompense de celui qui fait » de bonnes œuvres. » Ces paroles sont une citation de la fin du