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La littérature française au moyen âge

TABLEAU SOMMAIRE DC LA I.n TKH ATlHi: KHANÇAISE AT MOYEN AGE

laliine, d'orif^inc prohableiiu-iil lonibarcle; Rovon de IlHns(one, crorif^'ine allcinaïuie, ou encore Doon de la lioche, qui, comme Florent et Octnvien, Florence de Home e( tl'aulres encore, nesl qu'une variante du thème traité dans Sébile, la femme innocente persécutée. Ia- beau poème de Horn, emprunté à l'anglo-saxon, n'a pas été rattaché à la famille de Charlema^nc : il a pris seulement, comme le roman d'Alexundre et celui des Macchahées. la forme des chansons de ^esle.

On doit éf;:alement assitrner une place à pai't aux poèmes inspirés par les croisudes, lesquels sont plutôt des chroniques rimées c|ue de véi-ilables é|)opées, et ilont le principal mérite serait la fidélité, (|ui malheureusement leur fait souvent défaut. Le seul fait que les Sarrasins y sont représentés comme des idolâtres, tout comme dans les chansons de j^'esle, montre que les jongleurs n'avaient pas une connaissance directe du monde musulman, et «ju'au simple récit des faits racontés dans les chansons de croisade primitives ils ne se faisaient point scrupule de mêler leurs propres inventions. Nous ne citerons que la Chanson d'Antioche ou de Jérusalem [Chresl., 15), composée, d'après Paulin Paris, son premier éditeur, au commencement du .\ii° siècle par le pèlerin Richard et renouvelée sous le règne de Philippe-Aufïuste par Graindor de Douai (cf. ci-dessous, p. xliv . Le cycle des croisades a, d'ailleurs, été remanié au XIV" siècle avec adjonction d'épisodes i^voy. p. xxix) 1.

Mentionnons, pour clore cette revue rapide de nos épopées, le court poème il a à peine 300 vers du Combat des Trente -, et les 23.000 vers du Bertrand Duguesclin de Cuvelier (1384 . Ces sujets, vraiment épiques, n'ont cependant pas réussi à inspirer des auteurs trop au-dessous de leur tâche. D'ailleurs la diffusion de l'histoire au XIV' siècle faisait qu'on s'intéressait moins à la poésie inspirée par les événements contemporains, et cette tentative pour rajeunir l'épopée parla nouveauté des sujets n'eut aucune suite.

La parodie avait, du reste, depuis longtemps commencé son œuvre de destruction, et les libertés que prennent avec la chevalerie les auteurs d'Audigier et de Trubert montrent que la na'i'veté et l'enthousiasme des xi° et xii' siècles étaient déjà loin. La satire et les intentions comiques se montrent iiettement dans la 2" partie du Couronnement de Louis avec l'étrange personnage de Rainouart au tinel, dans Aioul, dans le Moniage Guillaume et dans plusieurs autres chansons de geste, où la gravité épique est parfois en défaut. Il faut mettre à part le Voyage ou Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople [Clirest.^ 5), qu'on chantait dès la tin du xi" siècle à la foire de VEndit à Saint-Denis, et qu'on peut considérer comme le chef-d'œuvre de l'esprit français, on pourrait dire : de l'esprit parisien ^car c'est sans

1. Le Oievulicr au Cygne n'est qu'une léeenclc mythologique qu'on a essayé de rattacher aux origines de la maison de Bouillon. 'Voy. Roinania, .\\'II, 034; Golther, Germaiiia, XXXIV, 'et Petit, Bibliographie der nieddelnederlandsche Taal- en Lelerkunde {Leyde, 1888), 463.

2. Le combat eut lieu entre trente Bretons et trente Anglais en mai-s ISuO, et le poème n'est pas de beaucoup postérieur.

doute un Parisien ipii en est l'auteiu'', au moyen âge. Ici, en ellel, il n'y a vraiment ni parodie ni satire : la haute antiquité du poème em|)éche de s'arrêter à cette opinion. L'auteur, plein d'admiration pour (Charlemagne connue tous ses cnntenq)orains, a seulement fondu deux sujets disparates, le pèlerinage de l'Kmpereur au Saint- Sépulcre et un conte arabe ou indien ilonl l'étpiivalent se retrouve un peu ])art<iut ; et il n(; s'est pas aperçu du contraste clio(|unnt que fait avec la première partie l'élément comiiju»! ajouté, je veux dire les gahs de Charlemagne et (le si's douze pairs, se vantant d'accomplir les ])rouesses les plus invraisemblables, rpie le roi de Constantinople les forci- à réaliser sous peine de nu)rt. ce cpii les mettrait en grand péiil, |)uis- (pi'ils sont désarmés en leur (jualité de pèlerins, si Dieu ne leur venait en aide. S'il a voulu faire rire, ce qui est évident, l'auditoire btjurgeois ou populaire à qui le ijoème était destiné, ça été non aux dépens de Charlemagne, mais aux dépens du r(ji Ilugon et des Grecs, dont l'insolente magnificence choquait les Occidentaux et en i)articulier les Français. « Par l'esprit qui l'anime, par son mélange de bonhomie et de fanfaronnade, par la malice na'i've de son style, par plus d'un trait de détail, le Pèlerinage nous apparaît comme tm précurseur du charmant roman de Jean de Paris ^. Le succès répondit du reste au mérite de l'œuvre, surtout à l'étranger. En France, la Chanson fut renouvelée au xiii' siècle, et elle a formé le début du poème de Galien, dont on n'a plus que deux versions en prose, l'une connue sous le nom de Galien le restoré ou rhéloré c'est-à-dire le nouveau Galien, l'autre incorporée dans la vaste compilation imprimée sous le nom de Garin de Monglane.

Nous pouvons maintenant arrêter un instant notre marche et examiner rapidement la plus ancienne de nos chansons de geste, qui est en même temps la plus belle, tant par le choix du sujet que par la forme que l'auteur anonyme a su lui donner.

La Chanson de Roland peut être considérée comme une trilogie épique dont les trois parties sont : la trahison de Ganelon, la mort de Roland, la vengeance que Charlemagne tire de cette mort sur les pa'iens et sur Ganelon. La première partie, l'exposition, est toute en descriptions et en discours : les mœurs guerrières du xi" siècle y sont représentées dans un tableau dont les tons vigoureux, les couleurs na'i'ves conviennent parfaitement à la véritable épopée * : les faits se

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