‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 15 sur 63 · TAHLEAU SOMMAIRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

TAHLEAU SOMMAIRE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE AU MOYEN AGE

pas à versifier ' : que Lambert le Tort, et, viii peu plus tard. Pierre de Saint-Cloud et Alexandre de lîeruay, éerixent le lïoinan d'Alexnndr'e, sujet sur lequel s'étaient essayés déjà Albéric et le clerc Simon, et que la Bible et les Métanwrphoscs d'Ovide fournissent la matière d'un j^rand nombi-e de poèmes, dont une partie seulement nous a été conservée. Nous allons donner quclrpies détails sur les plus intéressantes de ces imitations. .

Il se forma de bonne heure une Icj^'cnde sur Alexandre : on le crut fils de l'enchanteur éjjyptien Neclanebo. qui aurait trompé la reine 01yni]3ias. La plus ancienne forme de ce roman est le Pseudo-Callislhènes, écrit en.grec vers le II" siècle de notre ère, et traduit en latin dès avant le milieu du iv siècle, par Julius Valérius, et j)lus tard, au x" siècle, par l'interprète Léon. Le plus ancien poème composé en France sur ce fond latin est VAlexundre d' Albéric de Hriançon ou de Pisançon '^, écrit dans un dialecte daupliinois et dont nous n'avons qu'un court fragment. Comme, du reste, tous les auteurs français de liomnns d'Alexandre, il rejette avecindignation la donnée de la légende yréco-latinc sur la naissance irréfculière d'Alexandre, qui choquait trop les idées du moyen âge sur l'hérédité des vices et des vertus. Au xii'' siècle, parut un renouvellement de 7S5 vers de dix syllabes, que M. Paul Meyer a publié dans le premier volume de son excellent travail sur Alexandre au moyen âge ^. Ces deux poèmes furent éclipsés, dans la seconde moitié du xii" siècle, d'un côté par VAlexandreïde en hexamètres latins de Gautier de Chàtillon, que l'on expliquait dans les classes, de l'autre par la grande composition en vers de douze syllabes ^ dont les diverses parties sont dues à Lambert le Tort de Châteaudun,à Pierre de Saint-Cloud ■' et à Alexandre de Bernay, dit de Paris, composition quisendjle avoir été refaite parce dernier. Le j)oème dWlexnndre a sa source première dans la traduc-tion latine du Pseudo-Callisthènes et dans (^)uinle-Curce : mais l'intention qui y domine, c'est de démontrer la vanité de la gloire humaine parle contraste des merveilleux exploits d'Alexandre, présenté comme l'idéal du héros, avec la mort misérable qui vient le surprendre. Dès avant 1191, Gui de Cambrai, celui-là même qui, au commencement du xiii" siècle, a mis en vers l'histoire de BarlaHm et Josaphat (voyez p. 15), donnait une suite au Roman d'Alexandre en

1. M. Settegast a récemment démontré que le poème en alexandrins de Jacques ou Jacot de Forest, le Romun de Jules César, était refait sur le texte en prose de Jean de Tiiin, intitulé Histoire de Jules César (voy. Chresis, IH et !!•;, (juil a puhlié, et non celui-ci sur le ])oi''nic. Sur l;i légende de Ci'sar, voy. A. Graf, Jt<ini;i iiellu memoria e iielle immnqinazioni tiel rnedio ero (Home, 1HN2-3), I, 2ix ss.

2. Ilypotlièse vraisendilable de M. P. Meyer. Le ms. porte: de Hesunçon. Pisançon (Mautes-Alpes ouDrôme), si-pait plus rap]iroclié de la forme traditionnelle.

:'.. Alexandre le Grand dans la littérature française au moyen â<je, 2 vol., Paris, Vieweg, 188S. Cf. Ramania, XI, 213 ss.

i. Le nom d'alexandrin donné •> ce vers vient on de l'auteur, ou du héros du poème ; il est dû ,i la grande vogue dont jouit l'u'uvre d Alexandre de Bernay. Nous avons vu, du reste, ce vers employé dans le Voyage de Charlemayne, qui est antérieur d'un siècle.

;j. C'est probanlement l'auteur d'une des branches du Roman de Renart.

écrivant la Vengeance d'Alexandre, sujet qui fut, très jicu d'années après, repris par Jean le 'Venelais, ipii avait probablement dédié son œuvre à Henri II tle (Champagne 'J. Enfin, au xiV siècle (1312), Jactpies de Longuyon (en Lorraine), s'inspirant de l'idée qui domine dans le Roman, écrivit les Vœux du Paon, dont le but évident est (le donner à la chevalerie les règles de la courtoisie, de l'amour et du courage, et où apparaissent pour la première fois les neuf preux ''.

Le Roman de Thèbes **, composé vers 1150, par un anonyme, semble avoir servi de modèle à VEnéas et au gi-and poème de Benoit de Sainte- Maui'e. Ce poème n'est pas simplement une imitation de la Thèhaïde de Stace, faite à travers une rédaction latine abrégée ; la liberté avec latpielle l'auteur a traité son modèle, les épisodes qu'il a ajoutés, la peinture exacte des mœurs du xn" siècle, en font presque une œuvre originale et dans tous les cas pleine d'intérêt. Aussi son succès n'a-t-il guère été moindre que celui du Roman de Troie, tant à l'étranger qu'en France. La légende d'CEdipe, perpétuée jusqu'à nos jours par des contes populaires finnois, slaves, albanais, cypriotes, etc., était d'ailleurs très répantlue au moyen âge, au moins dans le monde lies clercs et des la'iques instruits, et ses transformations au point de vue chrétien, dont les principales sont représentées par la Légende du pa})e Grégoire (commencement du xii" siècle) et par la Légende de Judas (xiii" siècle), quoique émanant des clercs, devinrent franchement populaires '•'.

L'Enéas lo, un peu postérieur au Roman de Thèbes, qu'il imite et auquel il fait allusion, a longtemps été considéré à tort comme l'œuvre de Benoit de Sainte-Maure : l'examen attentif de la langue ne pei'met pas cette attribution ". C'est une imitation très libre de VEnéide, de style un peu prolixe et maniéré, mais qui otl're des parties intéressantes, par exemple le na'if récit des amours d'Enée et de Lavinie. Son succès est constaté par la traduction qui en fut faite, dès la fin du xu" siècle, par l'allemand Henri de \'eldeke.

Mais c'est Benoit de Sainte-Maure qui occupe la place d'honneur dans le cycle de l'Antiquité, par l'étendue de son poème, par le soin donné au style et par la façon remarquable, quoique déjà conventionnelle, dont il traite les épisodes d'amour. Vassal du roi d'Angleterre, Henri II, il a rimé pour ce prince une Chronique qui continue celle de Wace et dont il sera question plus loin (voy. chap. VII). Mais l'écrivain et le poète

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