G. Pans, Romanin, X, p
4. C'est le nom cclliqiu;du vase, oii, croyait-on, avait été recueilli le sang de .b'-sus-Christ, et que Josepii d'Arimathie avait transporté en Bretagne. Les ciievaliers de la Table-Honde le cherchaient à travers mille périls.
.T. Chrétien ne put l'achever. Il fut continué ])ar un anonyme, qui s'occupa exclusivement des aventuies de Gauvain, et par Gaucher de Dourdan, (pii développa le vrai sujet du i)oènie, i;i leciierche du Graal, mais laissa encore l'ieuxre inaclievée. Plusieurs trouvères s'essayèrent après lui à la lei miner: l'un deux écrivit quelques vers seulement, les deux autres furent beaucoup plus abondants. Celui des deux qui eut le plus de succès fut Mennessier de Lille, qui éciivit vers 1220
du Ijic ou le Chevalier ù la Charrette '' ; c'est ainsi également qu'ont été composés Mer, Durmari le Gallois, Guinglain (fils de Gauvain), etc. En face de ce groupe de récits biographiques ou éi)is(jdiques, il faut en signaler un autre, dont le succès a été bien plus considéi-able et dont les caractères sont sensiblement diU'érents. Arthur et (îuenièvre y acquièrent une grande importance : les amours de celle-ci et de Lancelot (dont le Lancelol de Chrétien n'est qu'un épisode) et la cjuète du saint Graal (que Lancelot ne réussira pas à trouver à cause de son amour coupable, tandis qu'il est trouvé dans certaines versions par Gauvain, dans d'autres par Perceval, dans d'autres par Galaad, fils de Lancelot) sont deux centres de cycles différents, qui d'ailleurs se pénètrent de toutes pat'ts, et où le mysticisme et la courtoisie sont poussés jusqu'à un raffinement excessif. Voici quelques indications sur les romans qui nous restent de ce groupe.
En dehors des continuations du Perceval de Chrétien, il faut signaler la tentative faite, au commencement du -xiii" siècle, par le chevalier Robert de Boron (villag-e près de Montbéliard), pour donner l'histoire complète du Graal. Empruntant à Gaucher l'idée que ce vase avait appartenu à Joseph d'Arimathie, apôtre de la Bretagne, dont le corps était censé reposer dans le nKjiiastère de Glastonbury, il écrit d'abord la ])remière partie de l'œuvre, le Joseph d'Arimathie ou le Saint Graal, histoire du Graal en Orient, qui a pour source les évangiles apocryphes. La 2'' partie, Merlin, dont il ne reste que 500 vers, s'inspire de Gaufrei de Montmouth et sert de lien entre le Saint Graal et le Perceval, imitation de Chrétien de Troyes, qui ne nous est parvenue qu'en prose. Peu après, entre 1210 et 1250, furent composés les sept grands romans en prose du cycle de la Table- Uonde : 1* le Grand Saint Graal, renouvellement du Joseph d'Arimathie; 2° Merlin, également renouvelé et pourvu de longues suites dont deux subsistent {ChresL, 24); 3° Arthur; i" Lancelot, en cinq parties ; 5° la Quête du saint Graal; 6" la Mort d'Arthur, amplification de la fin du récit de Robert de Boron ; 7° le Tristan, de Luce du Gast, qui fut bientôt amplifié, sous le nom de Brait ou Brèt (le dernier cri de Merlin perfidement enfermé dans un tondicau par la femme qu'il aimait), par un certain Elle, qu'on surnomma de Boron, parce qu'on le crut parent de Robert, et à qui l'on attribua l'immense roman de Palamède (également appelé Meliadus dans sa première partie et Guiron le Courtois dans la seconde), lequel est
pour .Icanne de Flaïuhe, petite-nièce du comte Philippe, sous les auspices duquel Chrétien avait commencé le roman. L'autre se nommait Gerbert de Monlieuil: c'est l'auteur du Roman de la Violette. Sa ri'iUiclion est inlcrcalée assez maladroitement dans le iiianiiscrit, entre la continuation de Gaucher et la i('daction de Menessicr, ce qui donne pour l'ensemble du poème plus de 03.011(1 vers. Voy. G. Paris, 7..7 L(»éraliwe /'ninc.'ii.se au jnoTjen lige, § 58 et 59, ei Romunia, XVIII, 175 sqq.
tj. Ce nom vient de ce que Lancelot, pour suivre la reine Gucnièvre, femme d'Arthur, est obligé de monter sur une ciiairette, ce qui était contraire au lois de la Ciievalerie. Lancelot était surnommé « du Lac », parce qu'il avait été élevé par une fée ou « dame du Lac ».
TABLEAU SOJIMAIHK l)K l-A I.riTI^:rv\H HK FlUNÇAISIi AL .MOVfi:N AOK
consacré aux pères des héros de la Tahle-Hondc. Gautier Map i 2'' moitié du xii" sièclei.à qui l'on a attribué [)lusieurs de ces romans, semble n'en avoir écrit aucun ' .
Le succès des romans de la Table-Ronde se répanilit dans toute l'Kurope et persista Jus(|u'ù la fin du xvi' siècle. Vers le milieu du xiv" siècle, on compos»' encore en l'"rance le roman en |)i'ose de Perce foresl, et aux xv° et xvi', en Kspa};iu' et en Portugal, celui dWmadis, sans doute d"a|irès un orijîinal français. Ainndis répandit jusqu'à la folie le froùt des i-omans de clie\ alerie : !a spirituelle paiodie de Cervantes, Don Quichotte (160.Ô), amena heureusement une réaction salutaire, mais c[ui dépassa le but et dut contribuer pour beaucoup au dédain que témoitrnèrent le xvn' et le .wui" siècles pour l'ensemble de la littérature du moyen àpc.
Litléralure byzantine. — Romans d'aventure -.
La littérature byzantine, (|ui a exercé une grande influence, encore insuflisamment étudiée, sur une branche importante de la littérature du moyen âge, provient du rapprochement de la Grèce et de l'Orient après la conquête d'Alexandre. Le roman ^ est né en Grèce du contact des deux civilisations. L'œuvre la plus ancienne qui mérite vraiment ce nom est l'Histoire babylonienne, de Jamblique, production orientale revêtue d'une forme grecque. Les Vies de Pythagore par Porphyre et Jamblique. d'Apollonius de Tyane par Philostrate, de Proclus, de Plotin. pleines de miracles et d'inventions merveilleuses, ont eu également une grande vogue, sans qu'on puisse déterminer exactement leur influence sur l'Occident ; mais l'Apollonius de Tyr, dont l'original grec perdu est du III' siècle, et qui, traduit probablement au vi" siècle, a fourni, comme nous l'avons vu, en changeant l'époque, la matière de Jourdain de Blaye, a eu des imitations noml^reuses. A cette première période, pui-ement littéraire, en succède une autre, plus obscure à cause de la pénurie de documents, qui va de la fondation de Constantinople jusqu'aux croisades; elle nous est surtout connue par la littérature populaire bulgare imitée en Esclavonie et en Russie. Pendant cette période, la France n'a guère communiqué avec l'Orient que par l'Italie méridionale, restée à moitié grecque ; elle en a cependant tiré le sujet de plusieurs romans dont nous allons dire un mot.
Le pieux roman grec de Barlaam et Joasaph ou Josaphat, dont l'origine indienne est incontestable * {Joasaph est un des noms de Bouddha), a dû être traduit en latin au xii» siècle,
1. G. Paris, la Litléralure française au moyen âge, §§G0, 61, 62.
2. Nous empruntons les éléments de ce chapitre à M. G. Paris, loc. laud., et Bomania, passim.
3. Les poèmes imités de r.\ntiquit(', et les productions du second âge dans l'i-popéc niitionale mélangée d'éléments étrangers, prirent le nom de ronutn*, comme les poèmes d'aventure proprement dits.
4. Les légendes de source indienne passent ordinairement de Vindou en persan, du persan en syriaque, du syriaque en arabe, de l'arabe en grec et du grec en latin.
avant de l'être en français, puis en allrinand. Le conte indien de Sindibàii est «•elui «pii srmblta\oir eu la meilleure fortune en fJccident. Il s'en est formé deux groupes de rédactions : « l'un composée du Dolojialhos, iju'écrivit en latin, pr<d)ahlement d'après un récit tron(|ué, à lu fin du MI' siècle, le moine cistercien Jean de Ilaute- Seille, et de la traducdion en vers français (|u'»'n lil Herbert peu de temps après ; l'autre, comprenant plusieurs versi(ms françaises et latines Jtoman des Sept Sayes, llistoria Septem Sapienlium, etc.), dont le ra|>port exact n'est pas encore déterminé, mais dont les relations sont très étroites icf. Chrest., 26j. C'est un roman à tiroirs dans le genre des Mille et une \uils. lin voici le céidre : Un roi veuf se remaiie ; il a de sa première femme un fils qu'il a fait élever hors de la cour, et qui y revient son éducatirm terminée. Sa marâtre, voyant ses proptjsitions galantes repoussées, l'accuse, comme Phèdre et la femme de Putiphar, d'avoir voulu la séduire. Le roi la croit et condamne son fils à mort. Son fils venait de faire vœu, pour obéir aux recommandations de son précepteur Sindibàd, de ne pas prononcer une parole pendant sept jours : il ne peut donc se disculper. Le roi a sept ministres, qui viennent tous les jours lui raconter, sur les dangers de la précipitation et la défiance qu'on doit avoir à l'égard des femmes, une histoire qui décide le roi à ajourner l'exécution au lendemain, et cela jusqu'au septième jour, où l'enfant se disculpe et où la marâtre est punie. Dans les romans du groupe oriental, chacun des sages raconte deux histoires, dans certains romans occidentaux, qui semblent nous donner la tradition primitive, ils n'en disent plus qu'une, et la reine fait la contre-partie ; dans d'autres le Dolopathos . les récits de la reine sont supprimés, probablement par suite d'un manque de mémoire de celui qui raconta la légende au moine de Haute-Seille. Ajoutons que Jean a substitué ^'irgile à Sindibàd dans le rôle de précepteur du prince, et qu'il lui a fait raconter aussi une histoire. Les histoires varient d'ailleurs d'une rédaction à l'autre, et il n'y en a qu'une iCanis' que l'on trou\e partout uniformément : c'est celle du chien qui a^ ait sauvé un enfant en tuant un serpent cjui allait le dévorer, et ([ue le père tue dans un moment de colèi-e. parce qu'il le croit coupable de meurtre. Celle que l'on désigne sous le nom de Puteus ;la femme qui fait semblant de se jeter dans un puits pour rentrer ensuite chez elle, et qui se trouve aussi dans l'œuvre de Jean, ainsi que Gaza (l'histoire du voleur du trésor), est trop connue par Georges Dandin pour qu'il soit utile d'insister. Les autres histoires du Dolopathos sont empruntées à d'autres sources ■'• ».
La Vie de Saint Grégoire, doul nous avons déjà dit un mot (v.p. 12 , a une source byzantine. C'est cncored'aprèsdes tradilionsde mêmeori.'ine que les grandes figures d'IIippocrate. d Arislote. de Virgile, ont été travesties et qu'on leur a attribué non seulement un pouvoir nv^ique, mais encore des. aventures ridicules, qui démontrent