‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 20 sur 63 · Publié par G. Paris et non mis dans le commerce · texte numérisé non relu

Publié par G. Paris et non mis dans le commerce

5. Cf. A'iotor Lecierc, Ilixtuire litlr^raire de la France, t. .WIH. p. 114, et pour tous les falileaux cités, .\. de .Montaiglonel G. Haynaud. Recueil général et complet dex fabliaux des A7//' et XIV' siècles, Paris, 1S72-8S, 6 vol.

TAHLEAU SOMMAIRK DK LA KITTERATLRE KllANÇAlSE AU MOYEN AGE

Chresl., 27), composù à Genappc (Belgique , Vers li5(J. par le Dauphin, fils de Charles \ II, «Mii devait réjîuer sous le nom de Louis XI et quelques seigneurs de ses amis, mais redijîc peut-être par Antoine de la Sale, l'auteur bien eonnu des Quinze joies dn mariage. Nous ne parlons pas, bien entendu, des auteurs de nouvelles du xvi» siècle, la période que nous éludions ne dépassant pas la fin du .\v°.

III poKSIE lAlugi'E ET PASTOBAI-Ë

Si Ion veut donner aux mots «poéxie lyrique .. leur sens le plus large, il convient d'appeler de i-c- nom toute poésie de courte étendue, régulièrement divisée en strophes, dans hupielle les paroles sont subordonnées au chant. La poésie lyricjue exprime d'ailleurs soit des sentiments -énéraux, soit un sentiment personnel dans ile(|uel s'exalte l'âme du poète : ce dernier trait appartient plutôt aux Iroahndoiirs, c'est-à-dire aux poètes lvri<[ucs du Midi. La poésie lyrique du Nord semble bien être en partie originale, ,,u<.iqu'oii ait longtemps soutenu le contraire : la publication d'un certain nt)mbre de romances et pastourelles du xii° siècle ' a montré qu'elle n'était pas moins ancienne que celle du Midi, et le caractère particulier qu'elle afl'ecte est une preuve de plus que. sauf dans certains genres part iculiers plus savants, elle s'était développée à l'origine, parallèlement à la poésie provençale. Vai elïet, les plus anciennes romances françaises sont des récits épiques, des chansons d'histoire ou de toile -, comme on les appelait au moyen âge : les chansons de Rainaud et Belle Eremhor, Belle Doette {Chrest., 3.3), Belle Idoine, Belle Mylanline, Belle Isabeau, Belle Yolande, etc., sont de véritables petits drames, où l'expression vive et légère, les détails gracieux ou na'ifs laissent tout son relief à la lutte des passions (pii s'y agitent, et, à ce titre, elles ont un caractère franchement populaire, ou du moins semipopulaire, que n'ont pas les poésies raffinées des troubadours.

L'iie autre forme ancienne de la poésie lyrique, où le Nord semble également avoir tievancé le Midi, est la pastourelle [Chrésl., 31, 2). Uaimon Vidal, dans son Donat provençal, avoue expressément que le " parler de France, vaut mieux et est plus avenant pour faire romances et pastourelles 3 ,,. Le sujet en est moins relevé que celui de la romance et la scène est placée à la campagne ; cependant, de bonne heure, les hautes classes y figurent. Tantôt un chevalier oll're son amour à une bergère qui, le plus souvent, lui préfère le berger son voisin : c'est ce thème qui, développé et augmenté de la peinture des jeux des bergers, a fourni la nia-

1. AU-/'r;iiizu'.iisrlie Rom.iiizon iinil Pnsloiircllcii, hfrausgcgcbpn von K;irl Harlscli, Leipzig, 1H70. CI'. JiMurov, Origines de lu poésie lyri(jue en Fr.inec, i' éd., 'Paris, I90i.

2. C'osl-à-diro <• chansons qu'on clianle m lilant nu en lissant la toile à la veilWWi » ; aujourd'hui encore, on apix'lk- <' chansons de filasse » des chansons analogufs.

15. .' La jiailadura francesra val mais cl es plus avinenz a far ronianz el paslurellas. ■> {Grammaires provençales, p. p. Guessard, 2'' édil., p. 71.)

tière des nombreuses pastourelles de Robin et Marion, et plus tard du Jeu de même nom, par Adam de la Halle (G/iresL, 53). Tantôt un chevalier rencontre une dame dans un verger ou un sentier fleuri, et engage avec elle une conversalion amouriîiise, où l'on voit poindre déjà les allégories du Roman de la Rose ; ou encore, comme dans la délicieuse chantefable d'Aucassin et Nicolette {Chrest., 30) dont il convient de détacher la deuxième partie, qui a un tout autre caractère (voy. p. 16), l'auteur place dans un cadre pastoral d'une fraîcheur charmante le récit d'un amour à la fois na'if et passionné.

Il faut citer encore parmi les genres lyriques qui ne doivent rien au provençal, le lai chanté, le motet {Chrest., 31), dont la forme est empruntée aux chants liturgiques, la rotrouenge {Chrest., 36'), ordinairement munie d'un refrain *, le servenlois mom donné spécialement aux prières consacrées à la Vierge), la chanson de croisade, la chanson pieuse, où se distingue Gautier de Coinci, ([ui imite et parodie les chansons d'amour à la mode, enfin les diverses chansons destinées à accompagner la danse, telles que la hallelte, Vestampie, le rondeau, devenu plus lard le triolet, etc.

Ces formes primitives de la lyrique française, d'origine essentiellement populaire, ont des strophes inégales de trois à huit vers à rimes consécutives et terminées par un refrain de rime diflerente. L'assonance y domine à la première époque ; mais, dès le commencement du xiii" siècle, elle est remplacée par la rime, et Audrefroy le Bâtard, d'Arras, introduit les rimes croisées, qui semblent bien être une imitation provençale. Sous l'influence des troubadours, la poésie lyrique devient de plus en plus savante et artistique, et un grand nombre de trouveurs, surtout parmi les nobles, s'ingénient à imaginer des combinaisons nouvelles. Les genres qu'on imite le plus volontiers sont : la chanson d'amour (divisée en trois groupes de strophes difl'érentes, chaque strophe à son tour se subdivisant en trois parties, dont les deux premières se font pendant, tandis que la troisième est asymétrique) (voy. Chrest., 31, 1), Vauhe, le salut d'amour (épître) et le jeu parti {Chrest., 35). lluon d'Oisi, le comte Conon de Béthunc, Gautier d'Espinaus, Renaud, le roi Richard d'Angleterre, le châtelain de Coucy, le chevalier Gace Brûlé {Chrest., 31, 1), Thibaut de Cliampagne, roi de Navarre {Chrest., 31, 2), Gautier de Coinci {Chrest., 32), Colin Muset, sont les meilleurs des chansonniers connus au xiii" siècle et dans le dernier quart du xir.

Avec le xiV siècle, l'inspii-ation diminue, et la difficulté vaincue semble être le but auquel tendent principalement les trouveurs. Le chant royal, destiné à célébrer surtout Dieu et la \'ierge, la ballade (l'ancienne hallette asservie à des règles plus rigoureuses), le rondeau simple ou double, prennent dans la faveur

4. A ce genre appartiennent, bien qu'elles ne soient i)as Inujoui-s ainsi diMionunûes, presque toutes les pièces lyricpies deslini'es à i-irc chantres qui ne sont pas d'in'iitalion i)roven(;ale, en parlieuliei- les pièces d'un caractère plaisant, i)olili(jue ou saliruiue romposées à Arras au xui» siècle. Cf. G. Paris, La Lilleruture fr. au moyen âye,^ 119.

TAIÎ(,L'Ai: SOMMAIUI; KK LA 1.1 TTKR VHIIK FKA.NCAISK

Al .M()Vi;.\ A(;i;

publique la place des formes plus lihies el plus simples créées |)ar les frouvcurs de làf^e précédent. D'abord Kusiaelie Descliamps, dans son Arl de dicter el faire clinnsons, etc., puis, au siècle suivant, Henry de Croy, dans son Arl el science de rhétorique, s'épuisent en e/Vorts ridicules pour nous apprendre à distin>,'uer les innombrables espèces de rimes el les dillérenles Cormes de ballades et de rondeaux à la mode. Descliamps Chresl., 38 joiprnant l'exemple au l^réceple, n'écrivit pas moins de 1.1 7J ballades, 171 rondeaux, 80 virelais, sans compter le Miroir du mariage, en 13.000 vers environ, et (luanlilé de menus poèmes. Son maifrc et son ami, ("mil laume de Machaul ^chef-lieu de canton des -Vrdennes . l'auteur du Voir DU i, dont les leuvres ne tardèrent pas à vieillir après avoir joui d'une très ffrande popularité, n'avait pas été aussi fécond ; il reste cependant de lui 200 ballades, 100 rondeaux, la Prise d'Alexandrie, en vers octosyllabiques, et d'autres poèmes assez importants. Eu même temps que Descliamps, dans la deuxième moitié du .\iv" siècle, florissait le chroniqueur-poète P^roissart, dont les poésies (voy. Chrest., 37 , publiées par M. .\. Scheler -. sans atteindre à la valeur de sa prose, ne manquent ni de {jrâce ni d'intérêt. Les plus importants de ses poèmes sont : le Trettié de l'Espinelle amoureuse, le Joli huissonde Jonèce. le Paradis d'amour et la Prison amoureuse, où se trouvent mêlées des lettres en prose. Peu après, la savante Cliristine de Pisan. (pii se dit l'élève d'Eustache Deschamps, se délasse de la composition de ses jjraves traités de politique et de morale par des poésies amoureuses non dépourvues d'alTéterie, et aussi par des poésies d'un caractère plus élevé, comme le Poème de la Pucelle 1 119^ ou même purement didactique, comme le Livre de Mulacion de fortune 1103 , essai d'histoire universelle, le Chemin de long eslude. recherche de la vertu qui convient le mieux au gouvernement du monde. eiïEpistre d'Othea la déesse a Hector de Troye. conseils adressés au jeune duc d'Orléans, fils de Charles V, aous une forme allégorique, où la prose explique les vers.

Le xv siècle est rempli, eu outre, par les noms d'Alain Ghartier, de Martial d'Auvergne (1 Amant rendu cordelier à l'observance d'Amour, publié par Michelanl pour la Société des anciens textes franvais, les Arréls d'amours, les Vigiles de Charles VII, etc.\ de Charles d'Orléans, d'Olivier Basselin et de Vil- Ion, poètes de valeur inégale, mais que rassemblent un vif sentiment des malheurs qui désolent la France el un patriotisme d'un bon exemple à cette époque troublée. Après le remarquable éloge de Jeanne d'Arc, de Christine, viennent le Lay de la Pair et la liallade de Fou^rères, d'Alain Charlier, où le poète appelle de tous ses vœux la tin des hostilités et la libération définitive du territoire ; puis les VigUes de Charles VII. de Martial, œuvre plus louable

1. Ce poème raconte les relations littèmireH; «le G. ili' Macliaut avec une jeune princesse de clix-sei>t ans, .Vgnès de .Xavarie, s<eur de Cliarles le .Mauvais, el leur entrevue à la cour de ce prince.

Page 1