‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 22 sur 63 · TABLEAU SOMMAIRE DE LA LITTÉRATLRE FRANÇAISE AU MOVEN AGE · texte numérisé non relu

TABLEAU SOMMAIRE DE LA LITTÉRATLRE FRANÇAISE AU MOVEN AGE

uns cependaul ont un but moral, comme le dit des Trois morls et des trois vifs et les dits assez développés de lîaudoin de Condé fin du xiii' siècle , de son lils Jean Chresl., .'lO . qui a aussi écrit les deux l'ableaux du (Uerc caché et du Sentier hultu. et du Liéfjceois W'alriquel de Couvin, qui lui est un peu postérieur; 2" les Débuts, Disputoisons ou Batailles, cadre commode dont on a beaucoup usé : débal de l'Ame et (lu corps, de Synagogue et Sainte Eglise, du Croisé et du Descroisé par Rulebcuf , du Vm et de /'eau, etc.; la lialaille des vins, celle des Sept Ars, par Henri d'Audeli, où l'on trouverait les éléments d'une élude sur l'ensei^rncment au XII' siècle, etc. ; .3" les Testaments, dont nous a\ons dit un mot à propos de \'illou; 4° les Congés :Jean Bodel. t^laude Fastoul, etc.': 5° les Fatrasies ou Resveries parodies du paler, du credo, coq-à-l'àne, etc. : 6° enfin, les traductions de Vies de saints, le plus sou\ent léj^'endaires, ou de Miracles, en particulier des miracles de la Vierge voy. section VU . et les poésies d'un caractère purement moral ou relif^'ieux. comme la Chanteplenre. le très instructif traité en prose des Quatre âges de l'homme, de Piiilippe de Novare. chancelier de Chypre (mort vers 1263 , le Besanl de Dieu, de Guillaume le Clerc de Normandie , le Roman des Romans, œuvre bien écrite, qui est peut-être aussi de Guillaïuiie. la Voie de paradis trois rédactions dilTérentes au xiii' siècle, et. auxiv*^, une immense compilation de Guillaume de Guilleville, le Pèlerinage de la Vie humaine, sur le même sujet , et surtout le Miserere et le Roman de la Charité, du Rendus de MoUiens ^dernier quart du xii' siècle . dont M. Van Hamel a donné une excellente édition critique 1885], et les Vers de la Mort d'Héliuand '. dont le succès fut immense au xiir siècle et dans les siècles suivants.

Nous mentionnerons ici. plutôt qu'au chapitre des traductions, à cause de l'indépendance dont elles font preuve, la série des « 'Arts d'amour », dont le de Arfe amatoria d'Ovide est le point de départ. La plupart nous donnent de précieux renseignements sur la vie mondaine et s'inspirent du livre d'André le Chapelain De arte honeste amandi, commencement du xiii"' siècle , le code le plus complet de cet amour courtois que glorifient les troubadours et que mettent en action les romans de la Table Ronde, livre bientôt traduit en vers par Drouart la ^'ache, et ussi en prose. 11 convient de citer la traduction, dont la seconde moitié est perdue, de Maître Elle xiii' siècle, une traduction glosée en prose du commencement du xiv« siècle, et surtout la Clef d'amour récemment publiée par M. Doulrepont)et le poème de Jacques d'Amiens xiir siècle , à cause des détails curieux qu'on y trouve sur les relations entre les deu.x sexes H cette époque.

Les poèmes allégoriciues doivent nous arrêter un peu plus longtemps, en particulier le Roman de la Rose, dont la première partie, due à (tuiI-

l. Hécemment publié par Eni. Walberg pour la Soc. des anc. textes fr. — Hclinand. moine de Froidmont, mourut en 1229. Son poème afTecte une forme très particulière : la strophe est de 12 vei-s oclosyllabiques disposés sur deux rimes.

laume de Lorris (vers 1237 n'est en somme

qu'ime espèce d'Art d'aimer, développé, non sans agrément, dans le cadre d'une allégorie assez froide, où la rose, que l'amant cherche à concjuérir dans le jardin d'amour, représente la p(jsscssi(jn de la femme aimée. L'auteur s'inspire d'Uvide, mais en se conformant à l'idéal de la courtoisie au xiii' siècle, idéal peu élevé, cpii se résume dans l'art de faire des conquêtes. L'innovation * consiste dans la dramalisalioii des faits dont l'àme est le théâtre et dans la personnification des senliments(jui s'y manifestent, Dangier résistance, Bel-Accueil, .Maie- Bouche, etc. : innovation fâcheuse d'ailleurs, malgré s<jn énorme succès, qui faussa jus((u'à la lin du xv" siècle les conditions normales de lap<jésie amoureuse.- Les applicati<jns les jjIus anciennes et peut-être les meilleures du système se trouvent dans le Roman de la Poire, de messire Thibaut Chrest., 45 . et dans le Songe vert, récemment publié par nous d'après les deux mss. connus 3.

La seconde partie du Roman de la Rose, qu'écrivit à Paris, où il étudiait. \ers 12"7,Jean de Meun-sur-Loire, quoique maintenue dans le même cadre et gardant les mêmes personnages, est d'un tout autre caractère et appartient plutôt à la poésie satirique, et aussi à la poésie scientifique, dont nous allons dire un mot tout A l'heure. Un esprit nouveau, l'esprit de recherche et de libre examen, anime les pâles acteurs du drame. « La mythologie ne leur est pas moins familière que l'Evangile ; déjà parait chez eu.x ce paganisme de langage et presque de croyance, cette idolâtrie érudite et poétique qui éclatera deux siècles plus tard dans l'enthousiasme de la Renaissance. Guillaume de Lorris avait dispersé parmi les bosquets du Jardin d'Amour un essaim de sylphes gracieux : Jean de Meung en a fait une académie, un collège d'encyclopédistes. A leur tête il a placé deux personnages créés par lui. dame \ature et son chapelain Genius: l'un et l'autre ont le secret de la pensée du poète et reçoivent la mission spéciale de faire connaître le fond de la doctrine *. »

Cette science de Jean de Meung est naturellement celle de son temps, mélange de vérités, d'erreurs grossières et de légendes bizarres, amenées par la manie de tout moraliser qui a^ait transformé d'une façon si étrange les Métamorphoses d'Ovide et qui devait plus tard, sous la plume de Christine de Pisan. faire servir les poétiques légendes de la mythologie grecque à l'éducation du fils de Charles V •'•. De bonne heure, la poésie de langue vulgaire avait disputé au latin l'iionneur de faire connaître les sciences, en particulier l'astronomie et l'histoire naturelle. Dès le premier tiers du xif siècle, le Normand Philippe de Thaon écrivait son Comput Chresl.. 46; et son Bestiaire; peu après, le livre de Gemmis de Marbode évêque de Rennes à partir de 1096 était traduit en octosyllabes Chresl , 47 . et les imitations de ce premier Lapidaire

2. L'allégorie, en particulier dans les (lueslions amoureuses, se montre déjà dans des romans et des pastourelles du kh' siècle, mais sans être encore ériffée en svstème.

" 3. Vov. Romania. XXXIU. 490 ss.

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