‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 24 sur 63 · nihliothèqne de l'École dex Ch.irics, t. XW'III cl · texte numérisé non relu

nihliothèqne de l'École dex Ch.irics, t. XW'III cl

s. Pour toute la iiibliographie du ttiéàtre du moyen âge, voy. Petit de .lullfviile, Le.s Mystères (Paris, 1880, 2 vol.), et Répertoire du théâtre comirpie au moyen âge (Paris, 1887).

4. Articles dans le journal Le Monde des K;, 17, 28, Su août et 4 septembre 1X72.

xiv" siècle, réunis dans le manuscrit de la Bibliothèfiue nationale, qu'a publiés la Société des anciens textes français, et (jui montrent quelle teinte de mysticisme aveugle et parfois douloureux avait revêtu, durant cette époque malheureuse et tt)urmentéc, la dévotion à la Vierge ; mais il y a loin de là à ces immenses compositions (jui embrassent tout l'Ancien et tout le Xou\eau Testament. et dont la Passion d'Arnoul Gréban, du Mans [Chrest., 54), plus tard dévelopjiée par Jean Michel, nous ofl're le meilleur échantilhju. Malgré ses 34.574 vers, divisés en ((uatre journées, la pièce est intéressante en certaines de ses parties, non pas dans les passages de style relevé, mais comme le disent les éditeurs dans leur Préface •', dans ceux où l'auteiu' " quittant le cothurne, parle avec aisance, parfois avec gaieté, la bonne et franche langue populaire. »

Les origines du théâtre comique sont peutêtre encore plus obscures. Avant l'établissement des confrères de la Passion, qui occupent, à partir de 1402, le théâtre de l'hôpital de la Trinité, les Etifants Sans-Souci et les Clercs de la Bazoche avaient été autorisés à jouer en public des Farces, des Moralités et des Sotties. La sottie se rattache à ces fatras ou fatrasies, dont le moyen âge nous a légué de nombreux exemples ; on en distingue deux espèces : la sottie amoureuse, destinée à être récitée dans des puys de rhétorique, et le jeu des pois piles, petit poème dramatique débité par des sots ou baladins, qui l'accompagnaient souvent de culbutes, et qui n'était en somme qu'une espèce de parade destinée à préparer le public à la partie sérieuse du spectacle, le Sermon ou la Moralité ; après quoi venait la Farce, pour clore gaiement la représentation 6. La plus ancienne farce que l'on connaisse est celle du Garçon et de l'Aveugle, jouée vers 1277 à Tournai et publiée par M. I*. Meycr dans le Jarhhuch fur roinanische Literatur. Mais c'est aux xv" et xvr siècles qu'appartiennent presque toutes les pièces de l'ancien théâtre comique. La meilleure, qui est en même temps une des plus anciennes du répertoire, est La farce Pathelin (Chrest., 55), dont Brueys et Palaprat tirèrent en 1706 une comédie en trois actes, rajeunie de nos jours par Ed. Fournier et reprise au Théâtre-Français. Il faut noter à part, au xin° siècle, les deux pièces d'Adam de la Halle, dont l'une, d'un caractère tout aristocratique, le Jeu de Robin et de Marion [Chrest., 53), n'est qu'une pastourelle mise en action; quant à l'autre, le Jeu de la Feuillée, c'est un bizarre petit chef-d'œuvre d'un caractèi'e tout personnel, où la satire prend des libertés ])resque aristophanesques. Ces deux pièces semblent être, avec la farce déjà signalée, les plus anciens représentants du théâtre profane.

5. G. Paris et G. Haynaud, Le Mystère de la Passionl d'Arnoul Gréban (Paris, ^'ie^veg, 1878). — Arnou Gréban a encore composé, en collaboration avec son frère Simon, l'immense Mystère des Actes des Apôtres.

6. Voy. Picot, La Sottie en France {Romania, VII, 230 sqq.), qui donne une longue liste des sotties qui nous sont j)arvenues. M. Picot a entrepris, pour la Société des anciens textes français, la publication du Recueil général des sotties (le t. 1" a paru en 1002, le 2" vient de paraître).

TAIÎLRAU SOM>rAlRr: DE LA LlTTÉllATLRi: FRANCAISF Al' MOVKN AOF.

X\. — CHROMQl'K ET IIISTOiniî

C'est on Aiif^'^letcrro, dans la prcmiiTo nioilio du xir siècle, que la C/iroa/(/iiP riince se inoiitre pour la preniièi"o l'ois, dans ce mou\enient littéraire si remarquable qui se ratlaclie au nom d'Aélis de Louvain. femme, puis veiive-de Henri I"'. Aélis avait d'abord l'ail écrire par un certain David riiistoire de son mari, probablement sous une forme voisine de celle des chansons de freste. (ieolfroy Gaimar. protéjré d'Aélis, fait allusion à ce fait dans son Estore jles Angleis. écrite en vers de huit syllabes à rimes plates ; forme ordinaire de la Chronique . premier essai d'histoire générale en anglo-normand, dont la deuxième partie, qui s'arrête à l'avènement de Ilenrt I" 1087), nous est seule parvenue '. Peu après, \\'ace né à Jersey vers 1100, mort \ers IITT» , qui avait déjà écrit des poèmes relifrieux (Conception. Viede xaint yicolas, de sainte Marçf nerite, etc.". compose deux },'-rands poèmes historiques, le Roman de Brut (Geste des lîretnns. II55 et le Roman de Rou Rollon Geste des Normands, commencée en 11601. publiés le premier par Le Roux de Lincy, le second par M. Andresen Chrest., 57'). Le Rou comprend deux parties, dont la dernière, composée 10 ou 12 ans après la première partie, est en tirades monorimes et doit être précédée des 314 alexandrins monorimes jusqu'ici publiés à part sous le nom de Chronique ascendante G. Paris', dont le titre indique que l'auteur remonte le cours du temps pour résumer les événements jusqu'au rèirne de Henri IL L'œuvre de ^^'ace ne manque pas de mérite : mais son style simple et un peu na'if fut démodé avant qu'il eût achevé son œuvre, et le roi le remplaça (vers 1175) par Benoit de Sainte-Maure, en Touraine, l'auteur du Roman de Troie, dont le style, plus travaillé, mais moins na'if et un peu prolixe, était plus conforme au goût du jour. Sa Chronique des ducs de Xormandie Chrest.. 57'' complète, avec la (Chronique de Jourdain Fantosme '- et la Conquête de l'Irlande, d'un anonyme qui traduisait Moricc Regan, latinier du roi d'Irlande Dermod, le groupe important des chroniques rimées sur l'histoire d'Angleterre au xii" siècle. Il faut y joindre, au xii" siècle aussi, le beau poème de S' Thomas le martyr, de Garnier de Pont-Sainte- Maxence {Chrest. 56\ et. au xni", l'œuvre très intéressante récemment découverte à Cheltenham et publiée par l'éminent directeur de l'École des Chartes, M. P. McAier. Ce poème historique, qui est consacré à l'histoire des troubles du temps du roi Etienne, porte le nom de Histoire de Guillaume le Maréchal Chrest.. 58^ et a été composé peu après la mort du roi d'Angleterre Henri III 1219 par un poète originaire dune des provinces anglaises du continent- " Son style simple, exempt des chevilles qui déparent tant de vers de cette époque, prend, à l'occasion, une vigueur et une animation peu

1. Pnl)liée, sous le nom de Chrotiiqtie.t des rois anglo-saxons . dans les Cfironiques anglo-normandes. par M. Fr. Michel.

2. Guerre de Henri II contre le roi d'Ecosse, en tirades monorimes d'alexandrins.

ccmununes... Son poème est assurément un des dociunents les plus importants qui nous soient parvenus non sculcmenl sur l'Iiistoirc, mais sur les mo'urs, les habitudes, la vie sociale, les façons de penser, de sentir et de dire du xn' et du xm" siècle •'. «>

En France, on sentit aussi de bcjnne heure la nécessité de dégager la vérité historique des embellissements de la poésie : dès la lin du xii* siècle, on reproche aux chansons de geste de déguiser les faits et l'on cherchée remonter au latin, comme à la vraie source de l(jutc vérité. La Chronique de Turpin est alors .souvent traduite en prose car les \crs sont désormais suspccls et à ses légendes viennent s'en ajouter de nouvelles. L'histoire nationale commeiue à être écrite en langue \ulgaire : un des manuscrits du Turpin contient une Chroniffue des rois de France, où les interpolations ne man(juent pas. Vers 1260. le ménestrel du comte de Poitiers traduit les C/iron/V/ue.s latines de Saint-Denis, et Joinville mentionne, sous le nom de roman, une autre de ces traductions, qui est devenue la base de cette chronique générale, si souvent remaniée, qui va de la prise de Troie au règne de Charles V *. L'histoire universelle même est inaugurée. Dès la fin du xii' siècle, le futur empereur de Constantinople. Beaudoin VI. comte de Flandre, faisait rédiger en français un recueil d'histoires qui portait le nom d'Histoires de Beaudouin et que fit continuer son petit-fils Beaudouin dAvesnes j 1289; : la partie la plus ancienne est encore inédile. Peu après, en 1225, un clerc entreprit de raconter, pour le châtelain de Lille Roger, dans le Livre des Histoires, les événements depuis le commencement du monde: mais il s'arrêta au temps de César. Son livre, qui eut un grand succès et fut traduit en italien, est sou\ eut joint dans les manuscrits aux Faits des Romains, ouvrage remarquable qui devait contenir l'histoire des douze premiers empereurs romains et qui s'arrête malheureusement à la mort de Jules César. La Chronique rimée de Philippe Mousket ;plus de 31.000 vers . qui va de la prise de Troie à l'an 1242. se borne à l'histoire de France : elle a de la valeur pour l'histoire de l'époque contemporaine à l'auteur, et, de plus, elle est précieuse pour l'histoire littéraire par l'usage que l'auteur a fait de chansons de geste perdues. La chronique rimée de Guillaume Guiart, sergent d'armes d'Orléans, intitulée Branche des royaux lignages (12.500 vers, composée en 1306 , est écrite, au contraire, dans un esprit d'opposition aux chansons de geste et afTecle un caractère purement bourgeois. L'auteur raconte la guerre de Flandre de Philippe H", en 1304 : il y a ajouté, à l'aide des Chroniques de Saint-Denis, une introduction qui s'étend de 1180 à 1304. et qui n'ajoute pas grand'chose à la valeur, du reste considérable, de la partie persminclle de son œuvre.

Mais ce sont surtout les croisades qui ont f(jurni la matière aux meilleurs chroniqueurs et historiens français, et en particulier aux histo-

3. Vov. G. Paris, L.i Liltéralure française au moyen âge. S !«.

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