‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 25 sur 63 · Vov. G. Paris, /,.( Litirr. fr.imnise au moyen âge · texte numérisé non relu

Vov. G. Paris, /,.( Litirr. fr.imnise au moyen âge

T.UtLEAU SOSIMAIRE DE LA LITTÉRATUUI-; FRANÇAISE AU ÎMOYEN AGE

riens en prose. Nons avons déji'i vu la première croisatle racontée dans une chanson historique en vers, la Chanson (rAnlioche ou de Jérusalem. M. P. Meyer a découvert et publié (/Jom.niia, V, 1 sqq.) une traduction en vers de VIfisloria hierosolymilana de lîaudri de Bourjjueil, composée vers la fin du xii° siècle et racontant la première croisade, et aussi (dans un des deux mss.) les événements subséquents jusqu'à lîaudouin II. La troisième a produit VHsloire de la ifuerre sainte, œuvre sincère d'un jongleur nommé Ambroise, attaché à la personne de Richard Qeur-dc-Lion (12.352 vers de huit syllalH's, publiés avec une traduction par G. Paris, 1897). Un épisode fabuleux de cette croisade est raconté dans le Pas de Saladin, médiocre poème de la fin du xiii" siècle. La quatrième a été innnortaliséc par l'œuvre de Viilehardouin ^vers 1207), qui inaug^ure avec éclat l'histoire personnelle et subjective {Chrest., 59) ', en même temps que la prose s'y dég-age des entraves du latin, qui se font sentir encore dans les traductions du xii" siècle. Son continuateur, Henri de Valencieniics,qui s'est occupé des années 1207 et 1208, quoiqu'il ait plus de brillant et de mouvement, n'atteint pas au mérite du grave maréchal de Champagne ''' ; mais Robert de Clari, qui a écrit l'histoire de la croisade à un point de vue tout différent de celui de Villehardouin, celui de la gent menue, est, à ce titre, extrêmement intéressant et mérite d'être étudié. Les événements des trois premières croisades se trouvent réunis dans le Livre de la Terre-Sainte, traduit dès la fin du xn° siècle, du latin de (îuillaume de Tyr (1181), et continué par plusieurs chroniqueurs, dont le meilleur est un certain Ernoul : cette continuation a seule été publiée par M. de Mas-Latrie. Enfin la septième croisade est racontée dans la Vie de saint Louis de Joinville (1224-1319), rédigée en 1309 {Chrest., 61). Joinville n'est ni un homme de guerre ni un diplomate, comme Villehardouin : c'est simplement un honnête homme plein de bon sens et de cœur, plus bourgeois que chevalier, s'épanchant librement avec une naïveté qui fera le charme éternel de son œuvre. La relation de Pierre Sarrazin, quoi(jue plus exacte et plus claire, est loin d'av(jir la même valeur littéraire. Il faut aussi signaler le livre, si intéressant pour l'histoire des mœurs, du Ménestrel de Reims [Chrest., 60), composé en 1260. C'est un récit de la croisade, avec de nombreuses digressions, où la vérité historique se trouve travestie de la manière la plus na'ive : le style, plein de grâce et de mouvement, plaît par sa na'ivcté charmante. M. N. de Wailly l'a très soigneusement édité 1878). comme il avait déjà fait pour Joinville et Villehardouin.

Au commencement du .xiv siècle appartiennent la chroni([ue en 8.000 vers assez médi(jcres de Codefroi de Paris, chronique essentiellement parisieime qui va de 1300 à 1316, et le très curieux Livre de Marco Polo, rédigé en fran-

1. Voy. rexceilenle ('dition qu'en a donnée M. Natalis de Wailly et le chapitre qu'y consacre M. Aubortin dans son ouvrage plusieurs fois cité, t. II, p. 168 sqq.

2. Publié en 1H74 par M. Hopf, d'après le manuscrit unique de Copenhague.

çais un peu altéré par Rusticicn de Pise, qui partageait à Cènes la prison du fameux voyageur oriental pendant une guerre civile, et traduit dans toutes les langues de l'Europe ^. Les progrès de la géographie moderne ont montré l'étonnante exactitude de ces récits : les fables invraisemblables qu'on y trouve mêlées ne sont pas de l'invention de Marco Polo, mais proviennent de renseignements qu'il ne pouvait contrôler. Dans le dernier tiers du même siècle, Froissart compose sa Chronique Chrest., 62), qui va de 1326 jusqu'à 1 iOO, et dont la première partie (de 1326 à 1360), imitée de très près de l'œuvre du chanoine de Liège, Jean Le Bel (vers 1350), a été rédigée jusqu'à trois fois, de 1372 à lilO, date de la mort de l'auteur, de façon à rendre sans cesse l'œuvre plus complète et plus personnelle *. Pour le reste de la Clironique, Froissart ne relève que de lui-même et vole, comme il dit, de ses propres ailes, grâce aux renseignements qu'il a passé sa vie à recueillir dans les cours et sur les grandes routes du continent et de la Grande-Bretagne. Voici comment le na'if Montaigne juge le célèbre chroniqueur : « J'aime les historiens ou fort simples ou excellents. Les simples, qui n'ont pas de quoi y mêler quelque chose du leur et qui n'y rapportent que le soin et la diligence de ramasser tout ce qui vient à leur notion et d'enregistrer à la bonne foi toutes choses sans choix et sans triage, nous laissent le jugement entier pour la connaissance de la vérité. Tel est, par exemple, le bon Froissart, etc. >> Bien dllférent est Philippe de Commines, mort un siècle après Froissart. Ses Mémoires [Chrest., 63) inaugurent l'histoire politique : ils nous montrent la lutte intéressante et dramatique entre l'esprit politique qui vient de naître, dans la personne de l'habile et perfide Louis XI, champion de l'unité française, et l'esprit féodal qui ^■a succomber avec Charles de Bourgogne, dernier représentant de cette féodalité brillante dont Froissart se plaît à nous peindre les brillantes passes d'armes. Le siècle qui sépare ces deux écrivains remartiuables est rempli par un grand nombre d'ouvrages historiques aflectant le plus souvent la forme de Mémoires, de Biographies, de Journaux, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer ici.

Page 1