‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 26 sur 63 · SERMONS, TRADUCTIONS ET CEIIVHES DIVERSES EN PROSE · texte numérisé non relu

SERMONS, TRADUCTIONS ET CEIIVHES DIVERSES EN PROSE

Le plus ancien sermon vraiment populaire que nous possédions en français est le sermon en vers, du commencement du xii" siècle, qui commence par les mots : Grand mal fist Adam (voy. Chrest., 6'»), d'abord publié par M. Jubinal. M. Suchier en a donné en 1879 une nouvelle édition fort améliorée, en y joignant un autre sermon un peu postérieur, de même forme (sixains rimant en aabecb) '" et de même dialecte

s. Publié par G. Pauthier, Paris, ISUo. Sur la question, un peu obscure, des rédactions diverses par où a passé le livre, voy. Rom., XI, 429.

4. Voy. la belle édition de Siméon Luce et celle de Kervyn de Lettenhove (Bruxelles).

j. Seulement ici les vers de six syllabes se mêlent aux vers de cinq syllabes.

TABLEAU SOMMAIUR DE LA LITTI;:R ATIIIE I-RAN(.AlSi; W MOVF.N Afli:

(aiifflo-normand). Les si-i-moiis de siiiiil lU-riiard {Chrest., O.')) n'ont i)()iiit été composés i-ii français; ils ont été tradnits du latin dans la dcuxiénio moitié dn xii" siècle, tlans la région des N'ost^es. Ceux de Maurice de Sully, évè(iue de Paris [Chrest., 66), qui ne sont fruére postérieurs, ofl'rcnt un mérite littéraire sidlisant pour expliquer la vo^ue immense dont ils ont joui. L'éloquence de la, chaire a, d'ailleurs, fourni en France, au xiir siècle, un assez jjrand nombre d'œuvres remartiuables ' ; mais au xiv", il semble que l'on se soit borné à piller l'àffe précédeid, jusqu'au moment où (lerson [Cliresl., 67), qui devait être plus tard chancelier de l'Université, prêcha devant la cour (1389-97) des sermons qui n'étaient pas exempts de recherche, mais où la science et le talent se montraient déjà. Plus tard, devenu curé de Saint-.Iean-en-Cii'ève, il composa pour ses paroissiens des instructions fanùlières que l'on peut citer connue ce qu'il a fait de mieu.x (1100-11141, et ([ui furent, en fi'rande partie, publiées pour la première fois en lJOi>, après avoir été traduites en latin. L'orateur, l'ifi'oureux dans son raisonnement et pédant dans son exposition, s'y montre trop souvent gêné par les lourdes formes de la méthode scolastique et n'atteint pas à la noble simplicité de ^L^urice de Sully : il ne se montre vraiment lui-même que lorsque, mettant de côté tout l'appareil de l'école, il se laisse naturellement emporter par la vive sympathie qu'il éprouve pour le « pauvre commun ».

Outre les sermons, le moyen àffe eut toute une littérature en lanjcue vulfcaire basée sur les livres saints (surtout les apocryphes), et destinée à l'éditication des fidèles. Les évangiles apocryphes, les Actes des Apôtres, développés par des légendes concernant ceux des apôtres dont |a vie ne paraissait pas assez remplie, les Gesta Pilati, les Vitee patrum, etc., eurent une grande vogue. Le Nouveau-Testament fut traduit dès la fin du xn" siècle. L'Ancien-Testament l'avait d'abord été par parties séparées ; c'est ainsi que nous avons la belle traduction des quatre livres des Rois deuxième moitié du xn" siècle, voy. C/ires/., 68^ publiée par Le Houx de Lincy, le Livre de Job, les Psautiers d'Oxford et de (Cambridge, la belle traduction anglo-normande en vers des Proverbes de Salonion ^avec une glose allégorique) par Simon de Nanteuil (xii° siècle), l'agréable imitation du livre de Tobie par Guillaume le Clerc, et plusieurs traductions complètes de la Bible, encore manuscrites. De même le Dialocfus Gregorii papœ (fin du vi" siècle) fut traduit au commencement du xiii° siècle une fois en prose et , avec addition de la vie de Grégoire, deux fois en vers. Vers la fin du même siècle, Macé, curé de La Charité, raconte librement l'Ancien Testament en 10.000 vers. Déjà le livre des Macchabées avait fourni la matière d'une chanson de geste perdue, dont nous avons deux remaniements encore manuscrits, l'un d'environ 22.000 vers du milieu du xiii" siècle, l'autre d'environ 8.000 daté de 1295. De ces traductions édifiantes, il convient de

1. Voir Lecoy de La Marche, La chaire française au XIIl" siècle, et Aubertin, Histoire, etc., t. II, p. 290 sqii.

ra|)procher plusieurs traités de morale, de lu fin du xiii" siècle, comme le Manuel des péchés de Guillaume de Waddinglon, et la Somme le lioi, du fréie Laurence, appelé aussi le Miroir du monde nyi Des cires et des vertus, dont ci-rtains passagis semblent annoncer l'Imitation de Jésus-(^hrisl.

La légentle de la Viei'ge avait donné naissanc(; à toute une littérature, qui comprend non seulement l'histoire de sa naissance légende de sainte xVunc, de son père saint Fanuely, de son mariage, basée sur un apocryphe qu'oid traduit en vers Waceet (iautierde (^oinci, prieur de \'icsnr-Aisne -{- 1236, mais enc<jre sa vie entière, racontée par Henri de Valenciennes 'milieu du xii" siècle) et par d'autres, et siirt(jut les nombreux et parfois stupéfiants miracles obtenus par son intercession. Le plus célèbre tles quatre recueils des Miracles de la Viertje que nous possédons est celui de Gautier de Coinci environ 30.000 vers), œuvre singulière, de style recherché et plein de jeux de mots, où se reflète exactement la piété na'ive du moyen âge, mais qui attriste par le fanatisme intolérant (jui s'en dégage.

Les Vitœ palrum ^déjà traduites en prose (avec prologue en vers) au début du xiii" siècle, pour Blanche de Navarre, comtesse de Champagne), augmentées de légendes de diverses provenances, ont produit en français de nombreuses biographies édifiantes ou ascétiques de source orientale ( \'(e de sainte Thaïs, Vie de sainte Eiiphrosyne, les Sept Dormants, etc.), auxquels font pendant la lie de saint Martin, de Paien Gastinel, enqjruntée au recueil hagiographique latin de Sulpice Sévère v° siècle), la lie de saint Léger Chrest., 3) et une foule d'autres vies de saints d'Occident ou d'Orient beaucoup plus romanesques et souvent purement fabuleuses. Il faut en rapprocher un assez grand nombre de contes dévots, parmi lesquels nous citerons seulement l'.laf/e et l'Ermite, dont Voltaire a tiré un des meilleurs épisodes de Zadig, la Bourgeoise de Rome (rattaché à la légende d'Œdipe) et le Chevalier au barisel, qui. condamné par l'ermite qui l'a absous à remplir d'eau un barillet, n'y peut réussir jus- (juau moment où il y verse une larme de vrai repentir. A ces contes se rattachent les nombreux exemples qu'on trouve dans les sermons et dont nous avons un intéressant recueil dû au franciscain anglais Nicole lîozou xiir' siècle), récemment publié par M. P. Meyer pour la Société des anciens textes français.

Dans l'ordre des lettres profanes, il nous reste à mentionner quelques ouvrages en prose qui n'ont pu trouver place dans les chapitres précédents. Et tout d'abord, ce livre étonnant de l'Italien Hrunet Latin, le Livre du Trésor Chrest., 10),, moins remarquable encore par la richesse de l'érudition dont il est la preuve que par l'éclatant témoignage que l'auteur rend dans sa préface à notre langue, en déclarant que, s'il a écrit son livre en français, c'est ■• par ce que françois est plus deli tables langages et plus communs qiie moult d'autres » : puis le curieux traité de Jehan d'Arkel. Li ars d'amour, de vertu et de boneiirté [Chrest., 71), probablement basé sur des sources latines et où la science

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