vu: DK S.MXT LKGEH
[17] Enviz lo fisl, non volontiers :
Laissel Tcntpcr en nn nn)nsticr.
(.".o l'ut Liisos o il entpat, (>lcpc Evpu'in iUujc Ipovat.
[17] // le fit malgré lui, non volontiers : il le laisse entrer dans un monastère. Ce fut à Luxeuil qu'il entra; il g trouva Ebroïn qui g était] moine. Cet Ebroïn lui voulait benu-
* La ^'ic de saint Léçer. texte revu sur le lus. de Clormont-Ferrand. par (r. Paris i Romania. L 273 sqq. Restitution critiipic du texte i. — Cf. Boucherie, l ne nonrelle révision dex poèmes de Clermont iRev. des
1. rom., î' sér.. L 5 sqq.), et P. Meyer. Hecueil. p. 190 sqq. — Ce poème en assonances a été composé vers le milieu du x' siècle, d'après une vie latine que nous possédons, très probablement par un Bourguignon, et transcrit par un Provençal. Il nous a été transmis dans un manuscrit appartenant à la Bibliothèque de Clermont, (pii contient aussi la Paxxion dn Chvisl. Voyez Tableau, etc., p. 0.
pour ovem, plus tard orom, oromes. La conservation de l'a est due. suivant quehpies critiques, à l'inlluence de l'r (cf. 3, 5, note;. C/est peut-être simplement une preuve que le son de <i n'était pas encore tout à fait arrivé à é (cf. 3, 3, note), ou bien un souvenir de l'orthographe latine. —27. .\vnixset. Le plus-(iue-parfait dusubj. latina formé, comme on sait, l'imparfait du subj. français. La syntaxe semblerait exiger ici le présent. — Aruissel, qu'il faut peut-être prononcer HU'ix.iet. en donnant à w lo son qu'il a en anglais, devient, dans l'Alexix.onsset. Pour le maintien de au (.•ici, cf. aut, Saint-Léger, à côté de ont. .Vloxis. — 2)*. Poxl et 29, clementia. mots purement latins. Pour ce dernier, voy. note à Eulalie.
2, 1. — Soure. L'i; latin, ropri-sonlé ici par oi;, a d('voloppé un II consonne (r). C'est un phénomène que l'on rencontre assez souvent à l'extrémité nord-est du domaine, région à laquelle appartient notre texte. Notez de ))lus que û (de même 0 dans hellezouv 2» est représent(' par oi; et non par o. comme dans non. esl;oltel. etc. M. Li'icking on conclut avec quoU|uo raison qu'il faut voir dans on une diphtongue primitive généralement rossorn-e en o. mais poi-sistant dialocta- Icmont devant v. x ou une voyelle, ce ciui constitue un paralh'lisme exact avec èi, issu de ë, ï latins.
l. Lo (cf. <-o, passim^. Quoiipie l'élision ait di-j;'i lieu dans ce texte {l'entrer, etc.\ l'article et le pronom ne sont pas eiu'ore arriv('s à la forme le devant une consonne. — Lo lixi. Il s'agit du roi Childéric II. à qui saint L('ger vient do refuser de redevenir son conseiller. — 2. Lai.i.iet l'enlrev. il le laisse entrer. (>n aurait dit ('gaiement on ancien fr. : entrer le tai.s-.iet. j»o menu? aujourd'hui, ;'i l'impératif, où le pronom-sujet est également supprimé, on dit : laixxe-le entrer. Du reste, l'ancioiuio langue jouissait d'une grande liliorlé pour la place à donner au pronom-régime d'un infinitif d('pondanl il'un autre verbe. — 4. Clerr Errûin. Le C(unio l'.broîn s'('tait roliiu- dans ce couvent, de d(-pil de n'avoir pu faire donner la couronne à Théodoric, frère (Je Chndéric IL
CHRESTOftlAÏIIlE D12 L ANCrEN IRANÇAIS
Cil Evruïns niolt H volst mel.
6 Toi par cnvidic, non por cl.
[18] Et .«an/. LeclKÏers fisl s^on mestier : Evruïn prist a casliier.
Celé ire ^'i-ancl et col corropt, Ço li preiat laissasl lo toi ; Fisl lo por Dicn, nel list por lui :
12 Ço li preial paiasl sod lui.
[19] El Evruïns fisl feinte pais :
Çol (lemonslrat que se paiasl.
Quandius en ccl monstier eslut, Çol denionslrat amis li fnsl ; Slais en avant vos ço odreiz 18 Coni il etlrat par nielc fcid.
coup de mal, uniqueineni par envie, non pour autre motif. — [18] Et saint Léger fit son office : il se mit à exhorter Ehroïn. Cette fjrandc colère, ce courroux, il le pria de laisser tout cela. Il le fit pour Dieu, et non pour lui : il le pria de se réconcilier avec lui. — [19] Et Ehroïn fit une feinte paix : il fit semblant de se réconcilier. Tant qu'il resta dans ce monastère, il fit semblant d'être son ami. Mais vous entendrez (verrez) ])lus loin comme il a(/it avec mauvaise foi. —
.=). M<-l. Fornie ri'giilièro (cf. 13, 5, etc., et chicll, 2, 13; (i, 2, 70), /( Ionique donnant e, plus ou moins fermé. La forme mal, qui a prévalu (cf. oslal à Coté de oxlel, ni à côté de el, etc.), est due à l'inlluence conservatrice de /, qui dans certains dialectes du Midi a même déveiopp(; un ,( adventice après (' Iviitia, piai). C'est peut-être à une influence analogue qu'est dû Vu de ontin 2, 20. — 8. Prist a (cf. 30, etc., et sans .1 80), commença à, se mit à. On dit aujourd'liui, dans un sens un peu spécial : // .w itril ;), mais ce verbe n'est i)lus employé, dans ce cas, ni comme impersonnel (cf. 0, 2, il), ni comme neutre. — Cnsliier, exhorter (cf. le moderne rh/ilier). Ce texte conserve encore intact le c latin plac<; devant a (cf. qnier, caliiisl, etc.), ce qui ne i)rouve pas cependant qu'il appartienne à là r(-<jion du Nord et du Nord-Est, où la gutturale a persisti" jusqu'à nos jours. Voy. la note à rerjiél, 2, 8. — U. Corropt. Le /> indique "ici la véritable étymologie = corruptum. Voy. l'article de Littré, au niot courroux. — iO. Laissast, paiast. L'ellipse de la conjonction quv est fré(]uente en ancien français. Ce qui l'est mnms. c'est cette même ellipse lorsque la conjonction est annoncée par le démonstratif neutre ce (ici fo). — 12. f^aiast est pris dans son sens étymologique. Pacare, pacifier, faire la paix, se retioiive encore beaucoup plus tard. Cf. Couronnement de Louis, 2061. 2130 Cliarroi de Ximes, 343, etc. Le c m(-dial, avant de tomber, a d(-gag<; un yod, qui a foi-mé diphtongue avec a. Il tombe régulièrement, sauf dans (piclques cas où il a été prot(-gé par une li(j>uide {uiçjle, aigre, etc.). — 13-.Ï. Pai.v : paiast. Cette assonance'montrè que ai était une véritable diphtongue. C'est seulement dans la deuxième partie du xn« siècle que l'on rencontre ai rimant avec è, c'est-à-dire devenu son simple. .Mais, tout d'abord, ce n'est que devant lui groupe de trois consonnes Inieslre,: devant une ou deux consonnes, la sinmlilication du son n'est arrivée «pic beaucoup j/lus tani et loMJouis en passant par la prononciation Inlcrm<-du«re èi. Quant aux cas où ai se trouve devant un e muet, la iirononciation -;ii-e est encore signalée an XVI' siècle par Meigret, et Th. de Bè/.e, qui ia'traitc de provinciale, dit qu'il faut prononcer -è(-e. Notre text<nous offre encore la Iriphfongue icu assonant avec la diphtongue ié : Ditu : prcicr, .ïl, : prediier 89, : ciol lU et 142, et d'autre part eu avec é dans Déxi : clarUèl 10.3, le second élé-nwnt i; ^prononcez ou) de la diphtongue descendante ne comi)tant pas dans l'assonance, qui n'exige Ihoinophonie (pie poui- la voyelle accentuée. -- 15. Estut ne vient pas de stetit. C'est une forme analogique refaite sur le modèle des verbes qui ont le parfait en -u(. — l'j. Se. fut inirz. Le réfléchi n'est plus
[20] Heis Chelpei'is il se fut morz :
Par lo regnct lo sovrent tost.
\'iiidrent parent el lor ami, Li sanl Ledgier, li Evru'ia :
Ço confortent ad ambes dons 2i Que sent ralgcnt en lor honors.
[21] Et San/ Ledgicps donc tiret hicii, Que s'eut ralal en s'evesquict; El Evrui'ns donc lîrct mel, Que donc devint anatemcz :
[20] Le roi Chilpéric était mort : on le sut bientôt par le royaume. Leurs parents et leurs amis arrivèrent, ceux de saint Léger, ceux d'Ebroïn; ils les engagent tous deux à s'en retourner dans leurs terres. — [21] Et en cette occasion Ebroïn fit mal, car alors il devint ana thème : sa tète, quil avait tonsu-
guère usilé qu'au prc'seiit et à l'imparfait et au sens de « être sur le point de mourir ». En anc. fr., il pouvait signifier: au sens actif, « se donner la mort", et au sens neutre, « mourir «, et était employé à tous les temps. — Fut. Le parfait pour l'imparfait, comme très souvent dans l'ancienne langue (cf. aut 62, « avait ») ; ou plutôt, fut étant ici employé comme auxiliaire, c'est un passé antérieur au lieu du plus-que-parfait (cf. 4, 48). — Notez l'emploi (très régulier en ancien français) du cas-sujet pour le participe du verbe réfléchi : morz et non pas mort. Cf. avoir nom, également avec le cas sujet. — 20. Souvi'ent = sapuèrunt, d'où 'sâuvrenl, ■•iovrent. On a, d'autre part, sa(p)uérunt, *s;iui'ent, sorent. De même au sing. sont 00, et plus souvent sot. De sout rapprochez jout 07 = ja(c)uit, poul 92.122 = po(t)uit, aut 02, etc. = ha(b)uit (cf. avret 120, avrent 129). — 21. C'est à cause de la césure que lor a été placé devant le second des substantifs qu'il détermine.
— 22. Li sant Ledçfier, ceux (litt^ : les) de saint Léger. Cette tournure est restée dans les patois méridionaux. Quant à l'ellipse de la préposition de devant le nom de personne n'gime, qui alors se place quelquefois devant le nom déterminé, si c'est un nom propre (cf. pro Dec amur 1, 1, 1 ; /(' Deo inimi, 2, 3), elle est on ne peut plus fréquente. — Evruïn. L'assonance avec ami (ci. 34 et 140) montre que in ne se prononce pas en, mais in. D'ailleurs, la nasalisation, qui s'est développée d'abord avec maintien de la consonne {î\n (*), en, etc.), puis l'a chassée (à, è, etc.), n'existait pas encore au x" siècle. Elle a commencé par les voyelles claires a, e, i, probablement à la fin du xi"' siècle, et fini par les sourdes o, u, qui étaient encore pures à cette date. — 23. Confortent que, encouragent à. Cf. le v. prov. conortar. Il y a sans doute eu confusion entre 'confortare et coliortari. — 2') et 27. Donc (plus tard aussi dont). Il est parfois difficile de distinguer, dans les plus anciens textes, si ce mot signifie « alors » ou « donc », les deux sens étant voisins et sortis tous deux de celui du latin tune.
— 23, 27 et .ïO. Firct = fecerat, plus-que-parfait organique au .sens du parfait aoristique. Cf. laiserel 30, crastret 9o, esteret 134. 138, et voy. 2, 2, note. At^'ret 120 a le sens de l'imparfait et forme avec le participe pardonét un plus-que-parfait périphrastique ; furet 101 a le sens de l'imparfait. — 26. S'evesquiét = .<ia ey. L'emploi du masculin du possessif pour le féminin devant les mots commençant par une voyelle ne commence qu'au xiv"^ siècle. On dit encore : ma mie, ma mour, mauvaise grapiiie pour m'amie = ma amie, etc. Le genre de evesquiét a changé d'après l'analogie de duchë, comté (cf. encore aujourd'hui : Frauche-Comlê). Ces derniers mots ont emprunté" le genre des mots parallèles dacheé . conileé, où le sul'lixe -alum a été échangé contre le suffixe -itatem.
— Evexquiét suppose "epispocatum pour episcopatum, car !'(' n'a pu se produire qu'avant le changement de a en é, et cet / se conserve, comme on sait, même dans les dialectes où c latin devant a ne devient pas cli.
* Nous représentons ainsi les voyelles nasales actuelles.
VIK 1)K SAI.M I.KdKll
Son (jiiicv, que il al curouel.
30 Tut k) laisopt't rccinuT.
[22J Doiiiiiu' Dieu ilucic laissai Kt a diablc[s] comaiiilal.
Qui donc l'ut mels et a lui \iiil.
Il volouliei's seniprel recivt :
Coni t'olc eu aul j;raucl adiuiél, 3(5 Lu rejcue pris! a ile\asler.
[23] A fou, a llamme vail ardanl, Kt a glavies persécutant :
Pur cpiant il puut tant t'ait de mel, Pur Dieu ncl vuult il observer.
Cil ne l'ut nez de niedrc vifs, 'ri Qui tel exercile vedist.
[24j A Ostedun, a celle civl,
Doni sant Led{;ier vait asalir.
Ne puot entrer en la cilét :
Dcfors l'asist, list i fjrand niel :
Et sanz I.edjjriers niolt en fut trists is Por cel tel mol qui' tlefurs \il.
rre, il la luissa se couvrir loul cnlicrc de cheveux. — L--J ^^ Inissu l;) Dieu cl se recommanda aux diables. Quiconque alors était mauvais et venait à lui, il raccueillail toujours volontiers : lorsquil en eut réuni une grande multitude de ces gens-là), il se mit à dévaster le royaume. — [23] // va brûlant [tout] avec le feu, avec la flamme, poursuivant [les fuyards] Vépée à la main : il fait autant de mal qu'il peut; pour rien au monde il ne garderait quelque mesure (lilf jiour Dieu, il ne veut y prendre garde). Il n'y eut jamais d'homme vivant, né de mère, f/ui vît une pareille armée. — [24] A Autun, cette cité fameuse, il va attaquer Monseigneur saint Léger. Ne pouvant (litf il ne peut) entrer dans la ville, il l'assiégea au dehors et y fit de grands ravages; et saint Léger s'attrista beaucoup pour les grands ravages qu'il vit [faire] au dehors. — [25] lia pris [avec lui]
31. Domine Dell, plus tard : Damne- [Damne-, Damre-, Damer-. Dumle-, Damel-, Dunie-) -Dieu, -Deu, -Dé. ha l)rcniier mot ne se décline pas, parce, qu'il est joint au second dans la prononciation. — 33-4. Vint : recivt. Voy. la note a lirruïn 22. — 34. Semprel = senipre le (cf. quel liorel 33. prendrel 54, sourelx 134). Les pronoms i)ersonnels ne s'appuient que rarement (et antérieuremenl au x\\\' siècle) à des mots autres que des ])ronoms. En ancien provençal, ce phénomène est plus l'n'quent. — 37. Fou. Voy. 2, 19, note. — 38. Perxeculitnl, forme savante due à l'eniploi fréquent de ' perxecutare dans la langue religieuse. — 3'.'. /'(>/• quant. CI'. /)or tant r/i/e Go, Iti, « pourvu que ». et les expressions restrictives modernes : /)oiir autant i/ue. tout autant que. — 41. Vifs, rif irieanl) est souvent employé' comme un epilhelon ornan.s dans des phrases semblables. Cf. 0, 1, o, <le nul orne vivant, etc.. et surtout 19, 2.'j4. vif recréant. — 42. IH.rercite. mot savant, connue le montre le dé'placement de l'accent latin et le nuiinlien de 1'/ Ijrel". tpii serait tombé, si le mot eut été de formation populaire. — 43. .-1 Usteilun, a celle ciel (cf. en cel mon.'itier SI). — 40. Asisl == ad-sesit, et non : assedil. — 40-30. AI pris, sent ei.ssit. L'auteur passe
[25] Sus clers a[t] pris et rcvesliz, lOt ud ses crois furs s'eut eissil.
l'oi- ont eissit, vulsl li preier <^>uc tut cel nie! laissast pur Dieu : (>il Kvru'ins, (|uel liurel vit, 5i Prendre] ruvat, liicr lu (ist.
[26] llure en udi-eiz les |)eincs granz <v*ne il ont lirel, li liranz.
Li perfides laut fut crudels, Les uuils de! (juiev li fait crever; Cuni si laut l'ail, niisl l'en reclus : <)0 Ne suul nuls Imuni cju'esl deM-im/.
[27] Andx-s lèvres li fait talier.
Ane la lan^'ue ((ue aul en (iuie\.
Cum si laut tul vituperél, Dist Kvru'ins, qui tant fui mcls :
<■ IIur[e] at perdul don[t] Dieu parler; 66 J a non podrat mais Dieu luder. »
[28] A terre joui, niult fut allliz; N'en aut ud sei cui en calsist.
ses clercs et les a fait revêtir [de leurs iiabits de cérémonie], et il est sorti de la ville avec ses croix. Il en sortit, parce quil voulait lilt^ voulut), au nom de Dieu, le prier de renoncer à tous ces ravages. Cet Ebroïn, dès qu'il le vit, ordonna de le saisir et le fit charger de liens. — [20] Maintenant vous entendrez le récit des grands supplices qu'il en tira, le tyran. Le perfide fut si cruel qu'il lui fit crever les yeux (litt' les yeux de la tête). Quand il eut fait cela, il le mit en prison : personne ne sut ce qu'il était devenu. — [27] // lui fait fendre les deux lèvres et aussi la langue litt' la langue qu'il avait dans la tête). Quand il l'eut ainsi honteusement mutilé, Ebroïn, qui tant fut mauvais, dit : « Maintenant il a perdu le moyen de parlera Dieu; désormais, il ne pourra plus louer Dieu. » — [28] // gisait à terre, bien affligé : il n'avait avec lui
dn pa.ssé imlè/ini de l'action 'équivalent à un privent de rétal) au parfait aoristii(u<'. De même, l'ancienne langue passe volontiers du présent historiipie au parfait aorislitpie, et réciproquement. — 33. Quel liurel, et 34, prendrel, voy. 34. n. — 57. Crudels, assonant avec crever, montre qu'il vient de 'cruilalem , et non de crudelen) : car on sait que ê tonii(ue donne ei [oij. — 60. .Ve sont... qu'est <lerenuz. On ilirait aujourd'hui : 11 ce qu'il était devenu ". Cf. 37, tant l'ut rrudels (que) les uoils del quier li fait crever. L'ancien français usait d'une plus grande liberté que le fr. moderne dans la concordance des temps ; cependant il faut reconnaître que cette liberté se réduit le plus souvent à la confusion du présent historique et du parfait aoristique. De même, dans les propositions coordonnées; voy. 31, note. — 02. Ane. aussi icf. 87i, semble confirmer l'i-tymologie proposée par Diez pour aine — adhuc. — 03.' Vituperét. mol savant icf. CJ-er- (■(■/(' 42, claritét 103, lucrat 118, etc.). Viluperare est applitpié à la mutilation par les haç-iogra|)hes, connue dehonestare, ilelurpare iU. Paris. Homania. I. 312). — 03. Dont Dieu parler (cf. 71). Nous disons de même : .■ avoir de ipu>i manger ». — Dieu, a Dieu. Oi\ trouve assez souvent, surtout aux xi' el xu' siècles, le casi-(''gime des noms de pei-sonnes employé pour le datif au singulier (rarement au pluriel), (^f. 0. 1. 2i' et 03 : 0. 2, 29 et "48, etc. — 08. Calsist — 'calsi.-i.irt |>our c.i/iii,f.ve/. Changement de suflixe plus fréquent pour les verbes (pii ont en latin le parfait en / «pie pour ceux qui l'ont en (/(.
Sovre les picz ne puot ester, Que l()7. les al il condamnez.
Iloi-fel at pcrdut d()n[t] Dieu parler, 72 .Ta non pudral mais Dieu lodcr.
[29] Sed il ueu at laugue a parler.
Dieus exodisl les sons pensers ; Et scd il nen al uoils carnels, En cuor les at espiritels ; El sed en corps at grand lornuMit, 78 I/aneme eut avrat consolement.
[30] Guenin aut non cnil comandat :
La jus en carlrcs l'eut menât, Et en Fcscan, en ccl monslier, Iluoc reclusdrcnt saut Ledgier.
Domine Dieus en cel llaiel Si 1 visilet Ledgier son serf.
[31] Les lèvres li at rcstorét :
Si com dcsanz Dieu prist lodcr ; Et anc eut aut mercit si graut, Parler lo (isl si com dcsanz.
Donc prisl Lcdgiers a predi[i]er, 00 Lo puople bien list creidre en Dieu.
personne qui s'en émût. Il ne peut se tenir aur ses pieds, car il les a tous deux entravés. Maintenant il a perdu le moyen de parler à Dieu ; désormais il ne pourra plus louer Dieu. — [29] .S'f7 n'a plus de langue pour parler, Dieu entend sa pensée; et s'il na plus au cor])s des ijeux charnels, il en a dans l'âme de spirituels; et s'il a au coi^ps grant tourment, son âme en aura consolation. — [30] Celui à qui il [Ehroïn) le confia s'appelait (litt* avait nom) Guenin: il l'emmena au fond d'une prison. A Fécamp, dans le monastère de cette ville, on enferma saint Léger. Dans cette cruelle épreuve, Dieu visita Léger, son serviteur. — • [31] // lui remit les lèvres en état et il commença à louer Dieu comme auparavant ; il en eut si grand'pitié qu'il le fit parler comme auparavant. Léger se mit donc à prêcher et il convertit (litt*^ il fil bien croire en Dieu) les gens [qui l'entouraient]. — [32]
73. Sed. avec un <l riiplionique non éLymologiqup. Cl'. 7.Ï. 77; i, 03, cl iii-d 2, 7. — 78. Aneme (cf. 141^, dissyllabe, comme jovcne. , auf/ele (aussi mujle), ord'ciic (aussi nriie), et im/u/ene (trissyllabe). Ces mots sont il ilomi savanis. — S2'. Herlusilrenl — reclusfc'')runt. On aldiuliail rrrliixlr<'nl. l's se liant mieux avec le /, f|ui csl (lu inrnu' depiv'-. Dans celte l'oinie, d'ailleurs (lialectalf. le d ronstitue sans ilouto un retour au l'adical latin rc-rluil. (A. iivisdvciit 3, 114-. llli. — 83. FIniel a si}inili<'- successivement : « l'onet, punition (et en particulier : ]innitioii de Dieui. souirr;ince fet en particulier: soutViance des martyrs, persécution subie), i)ers(-culion inllip'e il'uienr des persécuteurs). « Voy. liomunin, I, 314, et notre (ilossaire. — 80 et 88. Desaîiz = <li's-!inz. Anz est le même mot cpie ninz (cf. une et iihir). avant, j)lut6t = nuti- et .t adverbiale. — 89. Prediicrlcf. jirediat 117; = 'pra-dlcare, pour pru'dicare, pai* confusion iwoc pra'du-crc, tandis que /;rcc/iier, qui se rencontre aussi, repn'sente pra'd(ï;care. Dans prppsrliirr I jtrcsrticr '■>^. 2, 84. par la contraction de ee et par la rc-duction de ie à <•) = 'pra-dicliare, l's est développi'c par la chuintante : la forme nonnale est previhier. — "t>.ï. Tirant. Voy. l.ï, 2, 13, note et le Glos-
[32] El Evruïns si com l'odil,
Ci-eidre nel peut entro quel vit; Com il lo vit, fut coroços ; Donc aul od lui dures raisons; El cuor e.xaslrct al tirant, 06 Peis li promist ad en avant.
[33] A granl furor, a granl fia ici.
S'il reconi ndct Lodebcrt :
Ço li rovat et noit et di,
Mel li fcsist dentro qu'il vil.
Cil Lodeberz furet buons huom, 102 Et sanl Ledgier duist a sou duom,
[34] Il li volst faire molt amét :
Beivre li rovat aporter.
Guardat, si vit grant claritct :
De ciel vindret, fut de par Deu.
Si com roors en ciel est granz ; lOS Eissi com flamme est cler ardanz.
[35] Cil Lodeberz, quel horel vit, Toriiat s'als altres, si lor dist :
« Gest homnc, cel, molt aime Dieus,
Et Ehroïn, quant il l'ouït dire, ne put [Se résoudre à] le croire Jusqu'à ce qu'il l'eût vu; quand il Veut vu, il en fut courroucé. Alors il s'emporta en paroles contre lui (litf il eut avec lui de dures raisons). La fureur s'alluma dans le cœur du tyran : il lui promit de nouvelles tortures (litt*^ des tortures désorynais). — [33] Il recommande à Lodehert de le torturer furieusement. Il lui ordonna de le tourmenter nuit et jour tant qu'il vivrait. Ce Lodehert était un hrave homme : il emmena chez lui saint Léger. — [34] Il voulait lui faire ce qui pouvait lui être le plus agréable : il lui fit apporter à boire. Il regarda et vit une grande clarté : elle venait du ciel, envoyée de Dieu (litf elle existait de par [la volonté de] Dieu), s'étendant comme un arc lumineux dans le ciel, éclatante comme une flamme. — [35] Lodehert, dès qu'il vit cela, se tourna vers les autres [ceux qui le suivaient) et leur dit : (' Cet homme, pour qui une pareille manifes-
saire. — 104. Beivre doit être considéré comme pris substantivement sans article, construction moins clure que l'ellipse de a avec aporter. — 100. De ciel (cf. en ciel 107). Ciel a été parfois considéré comme un nom propre de lieu, et, comme tel, employé sans article. I)e même et plus souvent p,-ira(/('s (cf. 10, 138). Cf. 20, 2, 00, rieiil en me.'ion, et voy. Tobler, Zeitschrift fiir rom. l'Iiilolof/ie, .\II1, 194. 199. — 108. Cler ardanz. Dans le casoîi deux adjectifs sont ainsi rapprochés, le premier n'est pas toujours, comme ici, pris comme adverbe et invariable. On trouve en ancien français de nombreuses expressions oii les deux adjectifs j)i-ennent l'accord. Cf. com siii maie ei'jree {Aliscans, 50); oeiis durs ciiils (.Mexiiaffier de Parifi, 2, p. 225) ; des choses pures luimaines (Amyot, Paul-Emile, 58), etc. On dit encore aujourd'hui : une rose fraîche éclose, une in I! uence ioule puissante, etc. Cf. 5, 113 et la note. — Ht. Cest homne, cel. Pléonasme destiné à renforcer rid('e (cL 123). Cel ('ecc-illum) a d'ailleurs le sens emphati((ue du latin, tandis que ces! (*ecc-istum) désigne la personne qu'on montre du doigt.
vin \)E SAINT Li':oi:n
Por cui tels cose vient de ciel. »
Por cels sifj:iies que vidreiit tels llî Dieu pi-isdrciit riiull a coidoder.
[36] T()i( li lionuie de cest païs
Trestoil lai jjrisdrent a venir.
Et sanz Ledf,'iers les prediat :
Domine Dieu il les lucrat,
Rendit cel fruit cspiritel 120 Que Dieus li avret pardonét.
[37] Et Evruïns, com il l'odit,
Creidrc nel pout entro quel vit.
Cil biens qu'il list, cil li 'pesât :
A ocidre lo comandat.
Quatre honines i tramist armez, 126 Qui lui alasscnt décoller.
/afion se produit au ciel, Dieu l'uinie bien. » A cause de ces sic/nés qu'ils virent ainsi se produire, ils se mirent à louer Dieu hautement. — [36] Tous les gens du pays accoulurent vers lui, et saint Léger les évangélisait : il les gagnait au Seigneur^ se montrant ainsi reconnaissant des dons spirituels que Dieu lui avait accordés. — [37] Et Ebroïn, quand il Vouït dire, ne put [se résoudre à] le croire jusqu'à ce qu'il Vent vu. Le bien que faisait cet homme lui pesait sur le cœur : il donna l'ordre de le tuer. Il envoya quatre hommes armés qui allassent lui trancher la
•112. Tels cose. La présence, dans le manuscrit de Clermont, de l's au nominatif singulier des adjectifs de la 3" déclinaison a lieu de surprendre à cette date. Faut-il y voir uneiniluence provençale ? M. G. Paris ne le pense pas. — 114 et 116. Prisdrent = *pre(n)s(é)runt. Li provient (ICI comme aux 1" et 2" pers. du plur.), par analogie, de la 1" pers. du sing. pris = *pré(n)si. 'prieis. où Vi final a influencé la tonique (é donne rég-ulièrement ie. et iei se réduit à i). Le d euplionique. intercalé au lieu de / {pri.itreni) dans celle forme dialectale, a sans doute été amené par le <l des autres formes de prendre. Cf. reclusdrent 82.— 115. Toit = *totti. Ce mot. comme la 1" pers. de la plupart des parfaits en i. a (Hé iniluencé par ïi final. L'; atone final explique de même le maintien de i dans (7. icil. icist. cil, cist au sujet pluriel, à côté de icel, ice.it. etc., au n-y. silig. et plur. : le maintien de If au suj. sing.. où il v a un e final, serait plus surprenant II faut sans doule attribuer Vi aux formes parallèles illic, istic. — UG. Trestoit = trans-'totti. Tr.ins a ici, comme souvent isolément, ou en composition, le sens augmentatif. — Lai = fil;lac : prononcez l;ii. L i provient de la transformation en yod du c final, qui est tombé dans la forme < ommune lu'. Cf. 130. etc Mais /ai (cf. >(■), Go, 8, etc.. sex])fique dillcremment! — 123. Cil hieiis... cil. Cf. 111. — 124. .4 ocidre lo comandat (litf : « le confia à tuer »). Cf. 26, 140, commanda .«ton enfant a mourir {mourir au sens actif), et sans préposition aucune : // /',( ocire conuunlé (Roman de Tlièbes, 7.5, dans notre édition pour la Société des anc. textes fr., 1890i. Cf. G, 1, 09. les comandet ferir, où commander a déjà pris le sens moderne, et voy là note à 4, 20. — 120. Lui, fém. Iei, puis // (de même 'moi, toi, soi) s employait, non pas seulement, comme aujourdhui. en qualité de régime indirect (= ,•) lui) ou de régime de prépositions, ou encore de régime direct dans un sens emphatique ((7 n'a invité que lui), mais encore comme régime direct placé devant le verbe, dans des cas où il est difficile de distinguer cet emiiloi de celui de la forme proclitique le {me. le, se), et où 1 intention dedonnerdu relief n'est pas marquée. Kn sens contraire, mais moins souvent, on trouve le, etc., où nous
[38] Li Ireis vindrent a sant Lcdgier,
Jus se gîteront a sus picz :
De lor poquicz que avreut faiz,
Il les asolst et pardonat.
Li quarz, un» fel, nom aut V'adart, 132 Od un espct lo décollai.
[39] El com li aut lolut lo quiev.
Li corps esteret sourels piez :
Ço fut loncs dis que non cadit.
Lai s'aproismat qui lui lerit :
Entro taliat les picz dejus, l'iM Li corps esteret sempre sus.
'40, Del corps ascz l'aveiz odil,
Et dels llaiels (jue granz sostint.
L'aueme rccivt Domine Dieus :
Als altres sanz eut vait en ciel.
Il nos aiut od cel seinor
11 i Por cui sostint tels passions!
'''^''- — [-W] Trois d'entre eu.v alli-rent à saint Léger et se prosternèrent à ses pieds : il leur donna l'absolution et le pardon des péchés qu'ils avaient commis. Le quatrième, un félon — il sa nommait Vadarl — lui trancha la tète avec uneépée. — [39] Et quand il lui eut enlevé la tête, le corps resta debout sur les pieds : il resta longtemps sans tomber. Celui qui l'avait frappé s'approcha : Jusqu'à ce qu'il lui eût tranché les pieds près de terre, le corps continua à rester debout. — [40j Tous avez assez entendu parler du corps [de saint Léger] et des grandes tortures qu'il subit. Quant à l'iime. Dieu la reçut : elle alla (lilf : va) au ciel rejoindre les autres saints. Puisse-t-il nous venir en aide avec le maître pour qui il souffrit un tel martyre!
mettrions lui, etc. Cf. 4. 77; 51, 79. — 133. Li aul (éd. 'il laut), correct, nécessaire, parce que l'élision du pronom Il est inadmissible au datif. — 134. Esteret (cf. 138). Plus-que-parfait organique de ester {= 'sta'reirat panv .iteterat), influencé parère/, imparfait de e.v/re; il a le sens d un parfait aorislique. Cf. 2, 2, note. — 135. Ço fut loncs dis que. Loncs dis est un accusatif de temps et non un nominatif. Cf. loz dis. tous dis. toujours. L'emploi de cette expression, pour indiquer un tenins qui, d'après la source latine, fut dune iicure, semble prouver que <li avait déjà iierdu le sens limité de " durée de vingt-quatre heures ». — 137. Entro itonr entro que (cf. 92. 122i. L'ellipse de que dans les locutions conjonctives n'est pas rare dans les propos, qui indiquent le point d'aiTiv(-e (des-i = desi que, etc.). .\u contraire, 7 i/e subsiste souvent seul dans les proiiositions finales et consécutives 'afin que, de sorte quei. — 143. Aiut = adjutet. .\d du latin a été ici, par exception, traité, non comme prr''fixe, mais comme faisant partie du \ erbe. .\djutare a donc été assiiuih^ aux verbes qui. ayant un radical de plusieurs svllabcs, prennent l'accent tantôt sur la dernière syllabe radicale, oui alors se maintient [aiùe. ma njùe. parole, etc.. à l'indic. prés.), tantôt sur la terminaison, ce qui aniène la chute de la voyelle antétonique {aiilier. man- (jier. parler, etc.). — .Mut. non .7;'»/. comme le prouve !a forme aiudlia des Serments. oii le scribe a exponclué un d devant 1'/. ce qu'il n'aurait pas fait, s'il av;;it prononcé adjudlia. dj. son du J dans le haut moven aec, l)ouvant fort bien se noter (//.
CONSTA.NS.
Chreslomalhie.