‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 37 sur 63 · CHANSON UE HOI.AND · texte numérisé non relu

CHANSON UE HOI.AND

[90J Disl Olivici-s : « De ço ne sai jo hlasiiK-. Jo ai vcdut les Sarraziiis criCspai^u»' ■

15 Govert eu sont li \'al e les nioiilaiK'ii'J^ E li lai'riz e treslotes les plaines.

Gi-aiiz sont les oz de eele ^renl eslranf^e : Nos i avons niolt petite conipai^jne. >■ Respont Kodhuiz : « Mes talenz en enf,'rai-

[^nel.

20 Ne placet Dieu ne ses saiuz ne ses auficles Que ja por mei perdet sa valor Fr née! Mielz vueil moi-ir que hontajifes ni"alai}<ue( : Poi- bien ferir lemperedre nos aimet. »

[91] Rodlauz est proz'ed Oliviers est safces : 25 Ambedoi ont nierveillos vassalage.

Puis qued il sont as ehevals ed as armes,

Ja por morir u'eschiverout bataille.

Bon sont li conte e lor paroles haltes.

Félon paien par grant iror chcvalehent.

30 Dist Oliviers : <• Rodlauz, vedez en alques !

Vostre olifant soner vos ncl dcijjrnastes :

Fust i li reis, n"i oûssous domaj^e.

Cil qui la sont n'en deivent aveir blasnic.

Guardez a mont ça devers les porz d'Aspre : 35 ^'edeir pijdez dolente riedre};:uarde ;

Qui ceste fait ja mais n'en ferat altre.

— Tais, Oliviers, ne dire tel oltrage :

Mal seit del cuer qui el piz se codardet!

Nos remandrons en estai en la place :

40 Par nos iert faiz e li cols et li chajjU's. »

13. De ço ne >iai jo Llasnie, je n'y vois pas matiùre à blâme. Ço, le fait de sonner dû cor pour appeler Cliarlemagrne au secours de l'armée. — 17. (jrunz, lat. grandes, est parfaitement ri'gulier, les adjectifs féminins n'ayant, comme les noms, qu'une forme pour le singulier et une pour le pluiiel. Cf. 4, 10.

— Oz =z oxls = hostes. .\u siuguliei", osl dans les plus anciens textes, puis oz sous l'iulluence de la déclinaison masculine. Cf. 4, o'i, note. Ce mot a d'ailleurs été aussi employé comme masculin, sans doute par un sentiment obscur de l'étymologie. — l-Jx:run(je, étrangère. ^20. Deu. Voy. 3, 63, n. — Ange/eK. Voy. 3, 78, n. — 21. France. L'article était très souvent supprimé devant les noms djîpays. Cf. 0, 2, 18. 24, etc. — -21. Que hontage-t m'ataig'net', que d'être désiionoré. Remarquez le changement de conslruclion, qui consiste à mettre comuie second terme de la comparaison un subjonctif (avec ellipse de que) au lieu d'un inlinilif. De môme, en latin, on peut se servir de guam suivi du subjonctif avec ou sans la conjonction h/, surtout après po/i i;.s-. Cf. CiciM-on, pu-^xini. Tite-Live, etc.

— 23 Por bien ferir, parce que nous frappons bien. En français moderne, une locution seiublablc ne pourrait se rapporter qu'au sujet de la phi-ase. — 2."). .\mbedoi = ambo-*dui. La déclinaison do duo a <'t(' assimilée en latin populaire à celle de bnniix au pluriel. — 27. Por morir, au pri.K de la mort, fallùt-il mourir. Après une proposition principale n('gative. pour indique souvent en ancien français un échange marquant opposition. Cf. 13, 1, 11. .Vujourd'hui, on ne pourrait employer ainsi pour avec un inlinitif, mais seulement avec "le substantif indiquant le prix : i- Je ne le ferais pas pour un empire ■■ — 30 VV(/e3 en algues, regardez un i)eu de ce cùté. Voy. .ï, 2, 40, note. — 31. Xel = ne le. Le, pronom neutre, représente, par un pléonasme fn^quent en pareil cas, liulinilir régime du verbe principal placé par inversion en tète de la phrase. — 32. Fust i li reis, si le roi y était. Il n'y a pas ici de sens restrictif, comme il y en aurait ca français moderne dans la construction analogue : le roi y l'ùt-il. — Oiissons = habuissemus. On sait que les dilTérenles lle>;ions de la 1" pers. du phu-. en latin ont été luiiforméme.it remplacées en français par -ons (d'abord -oinesi, enqirunlé à .tomes = sumus. On trouve également les formes sans s : om ium) et on. Uni est la forme ordinaire (anglo-normande) du ms. d'Oxford. — 30. Le pronom féni. cesle représente une espèce de neutre, une idée générale comme » chose, aCtaire », etc. Cf. la, et aujourd'hui encore dans : « Vous

'92 Quant Hndianz vcit que bataille serat. Plus se t'ait fiers (|ue lions ne lieparz; Franceis escridel, Olivier- apelat :

" Sire eonqjaiu},', amis, nel dire ja.

i.') I,i euqu;redre, <|ui (;a euz nos laissât, Kels vint mih'e eu mist ad une pai'l, Sueii eseiëntre nen i out un codarl.

P(jr s(jn s(df,'nor deit oni soll'rir ^'ranz nialz. Fd eiidui-er e f<jrz freiz c f,'ranz elialz:

50 Sin deit oni |)ertlre del sane e de la cliaru. Fier de ta lance, e jo de Duiendal, Ma boue espede (]ue li reis me douât.

Se jo i muir, dire ])uel qui l'avrat :

5i Icestc espede fut a noble vassal I »

[93j D' lire |)ai't esl l'arcevesques Tui-pins; . Son cheval brochet e nionlct un larriz; Franceis apclct, un sermon hjr ad dit : « Seignor baron, Charles nos laissai ci; Por noslre rei devons nos bien morir, 60 Crcsticntét aidiez a soslenir :

Bataille avrez, vos en estes tôt fit.

Car a voz uelz vedez les Sai-razins.

Clamez voz colpes, si preiez Dieu mercit : Assoldrai vos por voz anemes guarir.

65 Se vos morez, vos estrez saint martir. Sièges avrez el graignor paredis. »

Franceis descendent, a terre se sont mis. Et l'arcevesques de Dieu les benedist : 69 Por pénitence les comandet l'crir.

nous la baille;^ belle », etc. — :!^. .M:il seil de, iiiallieur à. — 42. Fier.s, au cas sujet. Cf. 3, 19, note. L'accord se fait par syllepse avec le sujet de la j)lirase, auquel /lers se rapporte logi(iueme'nt, sinon grammaticalement. — 44. .\'el dire ja, ne le dites plus (voy. Glossaire, s. V. in/initif, et à non 3j. Ce qui suit n'est que le développement des (piatre derniers vers de la lu-ade précédente. De même, la 3« et la 4" tirade du 2' extrait reproduisent la donnée de la 2' tirade, ce (pii ne veut pas (lire que nous ayons alTaire ici, comme il arrive parfois, à des variantes ducs à des renuuiieurs : c'est une des formes de la répétition (-pique. — Notre piemier cou|)lel est pr('-céd('' dans le manuscrit d'Oxford, et suivi dans les F.rtrails de M. G. Paris, d'un autre couplet reproduisant la même i(l('e. — 40. llets l'int milie en mis! ad une part, il en mit de cûlé lil en choisit) vinsit mille de tels (quei. Dans des tournuies semblables" après tel (ilel), gue esl souvent sous-entendu. Cet emploi de tel en apposition à un nom de nombre est d'ailleurs fréquent. — .Vilie (plus tard mile, mille) = milia, nuiis mil (conservé clans le millésimei = mille. 1'./ posttoniiiue se conservant en français sous la forme d'un e muel. tandis que le tombe dans les mêmes conditions. .\prês l'.i'.iO, on devra iv'gulièremenl écrire : deuJ- mille, deu.v mille un, e'.c. — 47. Son e-iciëntre, accusatif absolu. — 50. Sin — si en. Si (= sic) est à demi explétif: en représente lor .ion ■leignor (dans l'intérêt de son seigneurs — .ïo. Turpins. « L'archevêque de Hcims, Turpni (dans les doeunients authenli(|ues Tilpinus , est un peisonnagc histoiicpi.'. qui mourut longtemps avant Charlenuigne. niais api ■ - Honcevaux. Nfius ne savons rien de lui <iui jnslilii- It^ rôle ([u'on lui prêle ici. .Vu xii' siècle, on a fabriipié sous son nom un écrit latin relatif aux exp(-(lilions de Charlemagne en Kspagne, où se trouve, enlri> autres, un récit de la bataille de Honcevaux assez dilTéient «lu nijtie : Turjiin, bien (-ntcndu, n'y meurt pas.' Ci. Paris). — 60. Cresliêntét. Mot assimih- à un noin pr^iire de pays, d'où la suppression de Tarlicle. Cf. -'I et 8, 1, Ho'tes. 02. .1 vos uelz, de iavec) vos yeux. .1 indique ici l'instrument. Cf. S2, etc. — 03. Dieu. ;'i I»ieu. Voy. 3, 0.5, n..— 6.Ï. Fstrez, forme de futur empriinlce à es'er. Ici estrez semble avoir conservé quehpie chose de sa sianilication primitive ot indiquer la permanence de 1 état bienheureux du martyr. — Oti. Uraignor. comparatif organique (= grandioremi, a ici un sens purement augmentatif. Cf. 23, 152.-67. A terre .le sont mis i\s se sont prosternés. — 68. De Deu, au nom de Dieu. Cf. iz.

94 l'raiiceis se (li'ceent, si se mêlent sour picz: Hii'ii sont assois, qiiile do li»r péchiez; K l'arcevesques de Dieu les al seifjniez ; Puis soiil mon tel sour loi" coranz destriers : Adoljét sont a lei de chevaliers.

' j K de bataille sont tuit apareilliét. Li cons Uiidlanz apelet Oliviei- :

« Sire compain^. molt bien lo disiiez : F'ar (iuenclon somcs a mort jufjiét; l*ris en at or ed aveir c deniers.

SO l,i emperedrc nos devreit bien venjiier. Li reis Marsilies de nos al t'ait marchiét. Mais as cspedes l'estovrat eslegicr. »

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