MORT DE noLAM
[200] Ilttdlanz ferit en une piedre bise : Plus en abat cjue jo ne vos sai dire; L'espede croist, ne Iroisset ne ne brisct, Conti-e lo ciel a mont est ressortide.
5 Quand veit li cons que ne la IVaindrat mie, Molt dolcenienl la plainst a sei niedismc : " E! Durendal, corn iés bêle et saintisme ! En l'orte pont assez i at reliques, Un dent saint Piedre e del sanc saintBasih'e,
10 El des chevels mon sei^nor saint Denisî'e ; Del vesteinent i at sainte Marie :
Il lien est di-eiz que paien te baillissent: De cresliiens devez estre servide.
MolL lar};es terres de vos avrai conquises,
15 Que Charles tient, qui la barbe at floride : Li empeiedre en est e ber e riches.
Ne vos ait hom qui facet codardie!
Dieus, ne laissiez (pie France en seit honidel »
[201] Ço sentllodlanz que la mort l'entreprenl, 20 Devers la leste sour le cuer li descenl. Dessoz un pin i est alez corant,
'3. Coranz est ici adjectif verbal (participe présent de lëtat), comme dans chien courant. Au contraire, il est gérondif dans esl alez corant 6, 2. 21. — 74. A lei (le chevaliers, selon la règle (comme il convient -d) des chevaliers. — 70. Apelet. Le l de la 3« pers du sing. semble subsister encore dans le Roland. Les cas où on pourrait le croire élidé demandent une correction, comme ici, où le ms. d'Oxford donne en apelet ce qui fausserait le vers, si le scribe eut prononcé ce /. Mais il est bon de noter que l'écriture conserve quchpie temps dos traits de prononciation archaïque, alors qu ils sont entièrement ou presque entièrement disparus-. — 79. Aveir désigne les richesses de tout genre; deniers, l'or ou l'argent monnayé. — 82. L'eslovrale.sle;,,er a le faudra payer (Htf : « l'alléger, le soulager de sa dette »).
2, 1. Piedre Lise, pierre brune. Cette expression est trcs fréquemment employée pour désigner le o-panit, le pori)liyre et autres espèces de pierres din-es dont la plupart sont de couleur foncée, de sorte que pierre bise esl souvent, comme ici, synonyme de pierre dure. —i. .Vf /"/•omc/ ne ne hriset, ne s'ébrèche m ne se brise (cf. 6, 88-89,. L'emploi des verbes actifs ;.u sens neutre-passif était autreiois bien plus fréquent qu aujourd hui. Cf. lever, mouiller, etc. — i. Est ressorliiie, a rebondi. — «. La plainst a sei medisme, il la plaignit, s'adressant à lui-même. — 9. Saint Piedre de saint Pierre; «. liasilie, de s. liasile. Cf. 10. il, etc'. — 11. De vos, avec vous, grâce à vous (nom de Vinstrunienl;. — ,li>r./( com/uises, pour ai conquises, expression curieuse qui n'est jjas sans exemple en ancien IraïK-ais. Celui qui parle se reporte par la pensée à un avenir i)rochain qu il considère comme déjà arrivé: « Quand j'aurai achevé, j'aurai conquis. « — l.ï liarhe floride, b. blanche. .Métaphore usuelle dans les chansons de geste et due sans doute ù la floraison printaniere des arbres fruitiers. — 21. Corant = currendo Cf. 27 et voy. 4, 38 et 5, 1, 73, notes. — 22. Adenz Ce
Sour l'erbe vert si s'est colchiez adenz, Dessoz lui met s'cspede e l'olifant ; Tornat sa teste vers Espaigne la grant :
25 Por ço l'ai fait qucd il vuelt veircment Que Charles dict, e Irestole sa gent, Li gcntilz cons, qu'il est morz conquérant. Claimel sa colpe e nienul e sovenl,
29 Por ses péchiez Dieu porofril lo guanl.
[202] Ço sent Rodlanz de son Iciiis n'i at plus Devers Espaigne gist en un pui gui.
A l'une main si at son piz batut ; « Dicus, meie colpe, par la loë vertul. De mes péchiez, des granz e des menuz, 35 Que jo ai l'aiz dès l'ore que nez fui
Tresque a cestjorn que ci sui consei'iz! » Son désire guant en al vers Dieu tendut : Angele del ciel en descendent a lui.
[203] Li cons Rodlanz se jut dessoz un pin, 10 Envers Espaigne en at lornét son vis. De plusors choses a remembrer li prist : De tantes terres come li bers conquist, De dolce France, des homes de son ling, De Charlemagne, son seignor quil nodril, 45 E des Franceis dont il esl si cheriz. Ne puel muder ne plort e ne sospirl ; Mais sei medesme ne vuelt mètre en oblit Claimet sa colpe, si prict Dieu mercit : « Vcire paterne, qui onques ne mentis, 50 Saint Lazaron de mort ressurre.xis E Daniel des lions guaresis,
mot donne un sens qui contredit ce qui suit : ou bien il y a ici une négligence fâcheuse due à l'assonance, ou bien le vers est corrompu. — 2(j. Diët = dicat. L'i palatal dégagé par la gutturale s'est fondu avec 1'; étymologique, comme dans vessie, amie. Voy. la note à 7, 102. — E trestote sa gent. Quand un verbe avait deux sujets coordonnés, le verbe se plaçait quelquefois entre les deux, et ainsi le second sujet était mis en relief. Dans ce cas, le plus souvent, comme ici, le verbe ne s'accorde qu'avec le premier sujet, et il faut admettre l'ellipse de ce même verbe. E peut donc se traduire par « et de même ». Cf. 6, 2, 80. — 27. Conquérant. Cf. corant 21. — 29. Dieu, à Dieu. Cf. 6, 1, 20 et 63 ; G, 2, 48 et 6, 3, 14> Au v. 54, la préposition est exprimée. — Quand un chevalier voulait offrir réparation d'une offense, ou provoquer un adversaire, il lui tendait ou jetait son gage, ordinairement son gant (dans le Roman de Thèhes", v. 393-6, OEdipe présente à Jocastc un pan de sa tunique, comme réparation pour le meurtre de Laius) ; et si l'adversaire le prenait ou le relevait, c'est qu'il acceptait le duel. — 30. Ço ■'sent R. de son tens n'i at plus (s.-ent. que), R. sent que sa vie est finie. Cette ellipse est rare, quand le pron. démonstratif est exprimé. — 32. .4 l'une ma i;i, d'une main. L'ancien français opposait régulièrement l'un à l'autre non seulement comme pronom indéfini, mais avec un nom, lorsqu'il ne s'agissait que de deux. De même, il mettait l'article th'lerminatif avec les autres nombres cardinaux pour opposer une partie d'un tout au reste. Cf. 5, 40, etc. — 33. Par la ioê vertut. Roland demande le pardon de ses péchés au nom des perfections divines, des mérites à l'aide desquels le Christ a racheté les hommes. — 36. Conseûz, atteint mortellement. — 37. En, pour ses péchés. Cf. 54. — 38. A lui, à côté de lui, avec lui. — 40. En indique changement de direction. Le .sens de ce mot est parfois un peu vague envieux français. Cf. 6, 1, 30. — 41-5. On pourrait à bon droit s'étonner de voir que Roland ne donne point le moindre souvenir à la belle Aude, sa fiancée. Cela prouve simplement qu'à l'époque du Roland, les amours du héros avec la sœur d'Olivier ne faisaient point encore partie de la h^gende. — 50. Ressurrexis (= resurrexisti/, (u ressuscitas (mot savant). — 51. Guaresis. Ce développement inorganique de la 2" pers. du sing. (et des 1" et 2" du plur.; du parfait de l'indicatif et de tout l'imparfait du subjonctif se rencontre surtout dans les verbes en -ir, et aussi, postérieure-
COrKONMOMK.NT DK LOIIS
Guaris de niei ranemc de toz pcrilz Por les pechicA que en ma vide (is ! » Son dcstre i^iiant a Dieu eu porcilVit,
55 Et de sa main sain/, (îahriël Tat pris. Dessour son bras teneit lo cliief enrlin : Jointes ses mains est aie/, a sa (in.
Dieus li traniist son anfj:ele eheridDin, Et saint Mieliiel de la mer dcl péril,
60 Ensemble od els sain/. Gabriëls i vint : Laneme del comte portent en paredis.
[204] Morz est Bodlanz : Dieus en al laneme es
^•iels.
Li em]H're(lre en Ropccsvals par^•i^'nt.
Il nen i al ne veie ne sentier 65 Ne vuiile terre ne aine ne plein pied,
Que il n'i ait o Franceis o paien.
Charles escridet : « Ou estes vos, bels niés?
Ou l'arcevesques e li cons Oliviers ?
Ou est Gerins e ses compain^'' Geriers ? 70 Ou est cons Ote e li dus Berengiers,
Ive e Ivortes que j'aveie tant ehiers ?
Qu'est devenuz li Guascoinz Eng:eliers,
Sanse li dus e Anseïs li fiers?
Ou est Gerarz de Rosseillon li vielz, 75 Li doze per que j'aveie laissict? <>
De ço cui chielt, quant nuls n'en respondiét?
<> Dieus! » dist li reis, « tant me puis esmaier
Que jo ne fui a l'estor comencicr! »
Tiret sa barbe corn hom qui est iriez, SO Plorel des uelz e si franc chevalier;
ment, dans d'autres. Cf. i\tini[in'sis, Bastard de Bouillon, 412; respoiulpsisles. Beaudoin de Scbourc. 11. 350: n<i.sv/i/p.s-/.s, ibid.. 4o7 ; fpiidesis, ibid.. IG, lOSii : cniihtitexisl. Hugues-Capct. 1G6, etc. Voy. Chabanoau. //(.«/. de la conj. fr., p. 93-4. et G. Paris, Arrciil l.ilin. p. 74. — 52. De mei laneme. Inversion qui n'est pas rare en ancien français et qui s'est conservée longtemps dans cette Ibrniule. — 35. « I-'ange Gabriel prenant lui-niénie de la main de Roland le gant qu'il ofTre à Dieu, c'est, pour une imagination du xi" siècle, le comble du sublime : il nous faut quelque effort pour ne pas trouver cette image surtout bizarre. » (G. Paris.) — 30. Saint Michiel de la mer del péril. Allusion à la célèljre abbaye du Mont Saint -Michel au péi-il de la mer (.Manche), fondée au vui'' siècle, près du pays dont Roland est censé comte : c'est une des raisons i d'ailleurs peu probantes) qui ont fait croire que l'auteur du Roland était Breton. — Gl. Dans l'éd. G. Paris, l'extrait se termine ici. Nous unilormisons la grapliie. — 03. Xe vuide terre ne aine ne plein jiied, ni une aune ni un pied entier de terrain vide. La coordination a remplacé la subordination, par une espèce d'hendiadys. Plein ])ied. Cf. jtleine hanute. 5, 12. — 70. lie.ipondièl =: * respondèdit, par une fausse analogie avec les composés de (tare. Le latin populaire. Irailant les verbes composés comme les simples. disail : perdedit. vendedit. d'où j)erdiét, cendiét î per- <li"renl, vendièreni). Cette forme a gagné de bonne iie>u-e les verbes en f/ere : de.-<rendi<'l (cf. (h.'<cendedit, Valerius d'Anlium , et de.icendiderani, Laberius, dar.s Aulu-(jelle, 7, 9), enlendiét, etc., et même quelques autres (ri(;)i/)/é/, etc.). /c s'est ensuite réduit à (. plus tôt ou plus tard, suivant les dialectes. Le Saint L''(fer a d('J:i rendit 3. 119 : cela prouve que les deux formes étaient alors déjà usitées jiarallèlement. — Kn, d'eux, d'entre eux. — 78. A l'estor romencier, au commencement de la bataille. Comenrier est pris substantivement, et l'article n'est sous-entendu (pu' pai'ce qu'il y en aurait eu deux de suite. Si le régime eût été placé après l'iulinitif. ce qui est i-galemenl correct, on aurait exprimé l'article lal eomenrier l'e.^tor' : de même avec un \erb(> ueuti-e 'al remonter /c.v ahatuz. (piand ceux (pii ont éti- désarçonnés remontent), oii parfois la transformation du verbe en substantif est encore plus avancée {al remonter des ahatuz). — 8(1. Ploret des uelz. Cf. 6. 3, 8, et voy. 4. 51. note. Pour le verbe au singulier, cf. 20 et voy. la note.
iMicontrc terre se pa^^ment vint milier : Naime li dus en al m<jlt ^rant pitiét.
'■'>. — Moicr m; i..v iu:i.i.r; .viiu', i-i.\\<;i';i-: i«i-; iiui..vmi
295j Li «'mperedre esl rejjaidricz d'Espaigne,
E vient ad Ais, al meillor siét de France;
Moule el palais, est venuz en la chatnbre.
Es li venude Aide, une bêle dame; 5 Ço dist al rei : « Oust Rodlanz li châtaignes.
Qui me jurai come sa per a prendre? »
Charles en at e doloi- e pcsance ;
Ploret des uelz, lirel sa barbe blanche :
« Suer, chiere amie,dome mort me demandes. 10 Jo t'en donrai moll esforciét cschange :
Gost Lode^^■is, meillor ne sai en France;
Il est mes filz de ma nioillier la gente, - E si tendrai mes marches e mon règne. »
Aide respont : « Cist moz mei est estrangcs. L') Ne placel Dieu ne ses sainz ne ses angeles
Après Rodlant (|ue jo vive remaigne ! «
Perl la color, chiet as piez Charlcmagne ;
Semijres est morte : Dieus ait mercit de
[l'aneme!
19 Franceis baron en plurent, si la plaignent.
[296] Aide la bêle est a sa fin alede.
Cuidet li reis qu'ele se seit pasmede;
Pitiét en al, sin i)loret l'emperedre ;
Prent la as mains, si l'en at relevede :
S(jur les espladles at la teste clinede. 23 Quant Charles veit que morte l'at trovede.
Quatre conlesses sempres i at mandedes;
Ad un mostierde nonains est portcde ;
La nuit la guaitent cntresque a l'ajornede.
I-onc un aller belemenl l'enterrèrent ; .30 Molt gi-ant onor i al li reis donede.