‹ Chrestomathie de l'ancien françaisChapitre 39 sur 63 · COURONNEMENT DE LOUIS · texte numérisé non relu

COURONNEMENT DE LOUIS

[2] Seignor baron, plaireil ^■os d'une escmple. D'une chançon bien faite el avenante?

* Le Couronnement de Louis, chanson de geste publié'C d'après tous les manuscrits connus par E. Langlois, Paris, 1888 (SocicMé des anciens textes français), tir. u-x, V. 10-159. — Le Couronnement de Louis est une chanson de geste rssonancée, composée par un anonyme, au commencement du xu' siècle, dans le dia-

3, 3. .Monte est un des exemples de la chute du t, dans la terminaison atone, qu'assure la mesure. Cf. .semble 1050, /or;ie 3300, mete 2197, etc. — 0. Qui me jurât conte .ia ])er a prendre, qm jura de me I)rendre eu mariage. Me est-il à la fois régime indiiect de jurât et régime diiect de prendre! C'est possib'e. On a jugé inutile de i('|'(''ler ce pronom. Kn tout cas. il est certainement et obligatoirement résime (!e prendre : son éloignenient ne fait pas difticu'llé. Pour.-i, voy. 4, 20, note. — 8. Ploret des uelz. Cf. 0, 2, 80, et vôy. 4. 51. note. — 9. Suer. Voy. au Gloss., s. V. .leror. — D'orne mort, au sujet d'un honune mort. L'ancien français suppiiniait volontieis l'article indéfini un et l'article partitif' pn'-posilion deel articied('lerminalil). — 1 l.Lodt Hv'.«..\nachronisnie : Louis n'était pas encore n(- en 778. date du dé'saslre île Roncevaux. — 19. .S'/ /<•( plaifjnenl. el déplorent sa mort (à haute voix) font son é'ioge funèbie. On disait (!e même ref/retcr. — 23. As mains, avec srs mair.s. — lin. de là (où elle git. à ses pieds). — 28. L'ajorneile. le [loinl <lu jour: participe passé- ft'minin pris substanlivemenl. Cf. l'ajornant. — 30. Molt grant onor. L'empereur fait de grandes, libéralités en terres au nionaslèie où on l'avait enterrée.

7, 1. Plaireit vos d'une esemjde'/ vous plairaiL-il d'[entendre] un exemple ?

CnUESTOMATUIE DE L ANCIEN FRANÇAIS

Quant Deus eslist nouante et nuef reiames, Tôt le nieillor torna en dolce France.

5 Li niieklre l'eis ot a nom Cliarlemaj,'ne : Cil aleva volentiers dolce France.

Deus ne fisl terre qui envers lui napende : Il i apent Bavière et Alemai^Mie Kl Normandie et Anjou et Hretaifrnc 10 El Lombardie et Navarre et Toscane.

[3] Reis qui de France porte corone dor Prodoni dcil estre et vaillanz de son cors ; Et s'il est om qui li face nul torl.

Ne deil jj^uarir ne a plain ne a bos,

1 j De ci qu'il lait o recréant o mort :

S'ensi nellait, dont perl France son los ; {'e dist l'esloire : coronez est a tort.

[4] Quant la chapcle fu beneeite a Ais,

Et li mostiers fu dédiiez et l'aiz, 20 Cort i ot bucne, tel ne verrez ja mais.

(Quatorze conte guarderent le palais ;

Por la justice la povre ^ent i vait,

Nuls ne s'i clainie que très buen dreitn'i ait.

Lors fist l'en dreit,.mais or nel fait l'eu mais ; 2â A convcitise l'ont torné li malvais:

Por fais loiers remaincnt li buen plait.

Deus est prodom,qui nos j^overne et paist,

S'en conquerront enfer, qui est puuais, 29 Le malvais puiz, dont ne resordront mais.

^5j Cel jor i ol bien dis et uit evesques ; Et si i ot dis et uit arcevesques ; Li apostoiles de Rome chanta messe.

'^Bj Cel ji'r i ot oferende molt belc.

Que puis celé ore n'ot en France plus bêle, 33 Qui la reçut molt par en fist grant feste.

lectp français (iu Centre, plutôt à l'Est qu'à rOuest de rile- <le-I"nmce. Nous n"en possétlons qu'un IVagment, qui fait parlii- (fune compilation du milirii du xni« siècle (2088 vers I publiée d'abord par .(onclibioet, puis par .M. E. Lanij-lois, et comprenant on outre trois branches dislinclcs : [<• lutte de Guillaume, à Home, contre le géant |)aïen Corsolt ; 2» ses <;ueiTes en France, contre les ennemis du jeune Louis ; 3" ses exploits en Italie contre (iuy d'.VIlenuig-nc, sans compter les 40 derniers vers, tpii semblent être un résumé de plusieurs chansons de peste. Deux ou trois de ces branches semblent ellesmêmes formées de plusieurs autres (voyez Langlois, Inlniliirlioii, i.xxi sqq.). Il a été démontré et reconnu que le Louis (pii ligure dans cette compilation est aussi souvent Louis II, Louis III, Louis V, et surtout Louis IV d'Outremer, que Louis le Débonnaire, et (pi il y est question non seulement de Guillaume d'Di-anpe ou Fierehr.ice, libérateur de la Septimanie et de la Provence, fondateur de l'abbaye de Gellonc et centre de la ceste du Midi, mais encore d'un Guillaume septentrioiiar. pi-obablement Guillaume de Montreuilsur-Mcr. qui serait le vér'ilable Guillaume-au-court-nez. Le point de fusion entre les deux Guillaume est visible dans le Charroi de Xi.snifs, cjui est du commencement du XII' siècle (voy. G. Paris, Ronumiu, I, 177 sqq.). L'auteur des Aliscans a connu une rédaction ancienne, mais déjà allérée, qui plaçait la scène à Paris.

S. Hfiames. Les mss. donnent roi.-tumes, roiaulmes de iiièmc v. 5, Chitrlemaujne), mais ce mol assoniint ici avec le son nasalisé um... e, Vn doit v «tre imniédiatemenl suivi de la nasale, et l'on doit éniie reiamex, (Jharli-nutfjne. D'ailleuis, dans ce t<'xle, a nasalisé n'assone ni avec a libre, ni avec les diphtongues fortes en a (ai, au). Cf. S, 13-4, noie. — 18. Hi'neeite. Forme n'gulière = bcnedicta. Los formes ronlnicles Iwiioil, hriioilc, se ronconlient parallèlemenl dès le .\ i' siècle, au moins dans certains c.ialectes. ( .{. les n»' 24 et 3". — 2o. Traduisez : .. les méciiants l'ont remplacée (la justice; par la cupidité ». — SG. Hi'rnaitienI li Imeii plail, les bons procès restent en soullrancc. — 43. lin est ici à peu près exi)lélif. Cf. ti, 1,

[7] Cel jor i ot bien vint et sis abez, El si i ot quatre reis coronez.

Cel jor i fu Loo'i's alevez Et la corone mise desus l'altel :

40 Li reis ses perc li ot le jor doué.

Uns arcevesques est el letrin montez, (^ui sermona a la cresfienté :

« Baron, » dist il, « a mei en entendez : Charles li majjnes a molt son tens usé,

15 Or ne puet plus ceste vie mener.

Il ne puet plus la corone porter :

Il a un lill a cui la vuelt douer. » Quant cil l'entendent, frrantjoie en ont mené ; Totes lor mains en tendirent vers Dieu :

50 n Père de j;;:loire, tu seies merc'ié,

Qu'estrauf^es reis n'est sor nos dévalez ! » Nostre empcrere a son fill appelé :

<i Bels filz, n dist il « envers mei entendez : Veiz la corone qui est desus l'altel '.'

55 Par tel convent la te vueil ge douer. ; Tort ne luxure ne pechié ne mener.

Ne tra'i'son vers nelui ne ferez, Ne orfelin son fié ne li toklrcz :

S'ensi le fais, g'en lorai Damedeu :

60 Prent la corone, si seras coronez ; O se ce non, filz, laissiez la ester : Ge vos defent que ^ os ni adesez.

[8] <' Filz Looi's, veiz ici la corone'.^ Se tu la prenz, .emperere iés de Rome;

65 Bien puez mener en ostmil et cent ornes. Passer par force les eves de Gironde, Paiene f;'ent craventer et confondre, Et la lor terre deis a la nostrejoindre. S'ensi vuels faire, ge te doins la corone ;

70 O se ce non. ne la baillier tu onques.

[9] " Se tu deis prendre, bels filz, de fais loiers.

Ne desmesure lever ne esalcier.

Faire lu.\ure ne aie ver pechié.

Ne eir enfant retolir le sien fié, 75 Ne veve feme tolir quatre deniers,

Ceste corone, de Jhesula te vie,

Filz Loo'is, que tu ne la baillier. »

Ot le li enfes, ne mist avant le pié.

Por lui plorerent maint vaillant chevalier, 80 Et l'cmperere fu molt grains et iriez :

« lia I las, » dist il, <> coin or sui enseigniez !

30. 76, etc. — .^1. S'est sor nos dévalez, n'a fondu sur nous (comme une calamité). Ils se félicitent de ce que la couronne ne va pas ('choir à un étranger. — 5C-7. A'e mener... ne ferez. Ciiangement brusque de construction. Les deux tournures sont équivalentes : à cette condition ide) ne pratiquer, etc., à condition (que) vous ne ferez, etc. Cf. 77, (/ne lu ne lu baillier et 144, qu'a eir enfant Ja son dreil ne tolir, où l'inlinitif se trouve employé, quoique ((ue soit exprimé : on attendrait ne la bailles, ne lohjes, au subjonctif, ou, dans le second exenii)le, toidras, au futur. Les deux tournures sont combinées. — 02. Adesez. Les formes -ons, -ez, ont remplacé uniformément de très bonne heure les tormes étymologiques -eins, -eiz (-eiz, puis -oiz se continue assez tard dans certains dialectes; pour la première conjugaison, -ains -ez {-iens, iez), pour la troisième. lens — iamus (resté dans certains (îialectos (n'a d'ailleurs i)as lardé à produire -ions, qui s'est alors étendu par analogie (ainsi que -iez) ii toutes les conjugaisons, de sorte qu'on trouve au xii'^ siècle, au subjonctif, jtarlons, parlez, arnons, aniez, a côté de i^endions, vendiez, et plus tard uniroiméinent -ions, -iez. — 70. Ae la bailler lu onques, ne la porte jamais. — 71. Prendre de fais loiers, recevoir <'.<• l'argent indûment. — 71. Vie = v(H(o). Forme très r('gulière : ë donne ié et t final tombe. — 77. Voyez la note aux v. 56-7.

HUON I)K BORDKAUX

Delcz ma feme se colclia palloniers,

Qui enfîoiulra cest coart orilicr.

Ja eu sa vie u'iert de mci avanciez :

85 Quin fercit rei, ce sereit grauz péchiez. Qv li lésons toz les clievcls treucliicr, Si le metous la euz en cel moslicr :

Tirra les cordes et sera niarrcj;liers , S'avra provende qu'il ne puisl mendiicr. »

90 Dclez le rei sist Arncïs d'Orliens, Qui niolt par fu cl orj^oillos et fiers ; De gianz losenji^es le [irist a araisnier : « Drciz eniijerere, laites pais, si m'oiez. Mes sire est jovcues. n"a fpie cjuinze ans

[entiers :

95 Ja sereil niorz, quin l'ereit chevalier.

Geste besoii;iie, s'il vos plaist, m'otreiez : Tresqu'a treis ans que verrons cornent iert. S'il vuelt proz estre ne ja bucns eritiers, Ge li rendrai de ^ré et voleniiers, 100 Et acrcistrai ses tcires et ses fiez. » Et dist li reis : « Ce fait a otreier.

— Granz nierciz, sire, » diënt li losengier, Qui parent erent a Arneïs d'Orliens.

Sempres fust reis, quant Guillelmes i vient :

IQj D'une forest repaire de chacier.

Ses niés Bertrans li corut a l'estrier ;

Il li demande: « Dont venez vos, bels niés?

— En non Deu, sire, de la enz, dcl mostier, Ou j'ai 01 grant tort et g:rant pechié.

110 Arne'is vuelt son dreit seignor boisier :

Sempres iert reis, que Franceis l'ont jugié.

— Mar le pensa, » dist Guillelmes li fiers. L'espee ceinte est entiez el mostier, Desront la presse devant les chevaliers :

115 Arne'i's truc\e molt bien apareillié ;

En talent ot qu'il li colpast le cliicf.

Quand li remembre del Glorios del ciel.

Que d'orne ocire est trop mortels péchiez.

Il prent s'espee, el fuer^r el'embatié, 120 Et passe axant. Quant se fu rebraciez,

Le poing- senestre li a mcslé el chief.

llalce le destre, enz el col li assiet :

L'os de la gole li a par mi brisié ;

Mort le tresbuche a la teri-e a sespiez. 125 Quant il l'ot mort, sel prent a chastcier :

<" Ile ! gloz, » dist il. « Dex te doint encom-

[brier !

Por quoi voleies ton dreit scignor boisier ?

Tu le deiisses amer et tenir chier,

Creistre ses terres et alever ses fiez. 130 Ja de losenges n'avéras mais loier.

Ge te cuidoc un petit chasteier.

88. Tirra. Coime eiiplionique. pour tircm. Cl'. demoiirra, etc., et d'autre part dorru, etc. — Murrpg/ier est parfaitement régulier ; tnarguillier, (|ui n'est pas antérieur à la lin du xv siècle, n'en est qu'une altération, et a dû passer par marglier. — 89. S'urru, et il aura. — Qu'il ne juti.il. afin qu'il ne soit pas forcé de. — 93. Fititm /mis, faites silence. — 00-7. Traduisez : « accordez-moi cela (son séjour dans un cloître) pour trois ans, et alors {liW [époque] à laquelle] nous verrons conunent il sera ». — 102. Diënt (cf. 13, 1. 0(5, etc.) = dicunt. La gutturale tondje purement et simplement, parce qu'elle est suivie d'une voyelle vélaire (o, u). V.We tondie do même, si elle est suivie de .( (voyelle semivélaire et semi-palatale) et en même temps précédéede o, Il (jouer, clutrrue). Dans die = dicat, où le c est suivi d'un ;( et précédé d'un i, sa chute s'explique dilfércninient (voy. la note à 6, 2, 20). La gultuiale, avant de tomber, dégage un yod, si la voyelle précédente est un a et surtout un e ou un i (payer, tloyen, etc.). — 119. Enz el col li assiet, il le lui applique sur le cou. — 137. Qui

Mais tu iés niorz : n'en dorreie un denier. »

Veit la Cf)r<nie, (]ui desus lallcl siet :

Li cuens la prent senz jjoint de l'alargier;

135 \'ient a l'enl'ant, si li assiet cl chief.

i< Tenez, bels sire, cl non d(d l'ci del ciel, Qui te doint foiced'estre buens justiciers ! » "Veit le li pcie, de son enfant fu liez : Il Sire Guillelmes, granz merciz en aicz!

1 10 Vostre lignages a le mien esalcié. »

[10] Il lié! Looïs, .. dist Charles, .- sire filz, Or avras tu mon rciamc a tenir.

Par tel convent le puisses retenir Qu'a eir enfant ja son dreit ne lolir,

1 15 N'a veve feme vaillant ini angevin ; Et sainte église pense tie Iden servir, Que ja deables ne te puisse honir.

Tes chevaliers pense de chier tenir :

Par els seras onorcz et serviz,

150 Par totes terres et amez et chcriz. »

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